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Malgré la famine qui menace à Gaza, les États-Unis suspendent leur financement

6 février 2024, par Amy Goodman, Jan Egeland — , , , , ,
Malgré la famine qui menace à Gaza, les États-Unis suspendent leur financement à l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés.es de Palestine dans le (…)

Malgré la famine qui menace à Gaza, les États-Unis suspendent leur financement à l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés.es de Palestine dans le Proche-Orient (UNRAW en Anglais) Après qu'Israël ait déclaré que 12 de ses employés.es aient participé à l'attaque du 7 octobre

Tiré de Democracy Now
Traduction Alexandra Cyr

Note : comme la plupart des médias francophones utilisent le sigle Anglais pour cette organisation, j'ai décidé d'en faire autant dans ce texte qui s'en trouve allégé. A.C.

A.G. : (…) Les autorités palestiniennes et les groupes de défense des droits humains dénoncent la décision des États-Unis et d'au moins 12 autres pays (dont le Canada n.d.t.) de suspendre temporairement leur financement à l'UNRWA après qu'Israël eut accusé 12 de ses employés.es d'avoir participé à l'attaque du 7 octobre. Neuf de ces personnes ont été remerciées et l'UNRWA déclare que deux des accusés.es sont décédés.es.

L'UNRWA est un de plus important employeur de Gaza avec 13,000 employés.es. Il aide la majorité des habitants.es de l'enclave soit environ 2millions 300 mille personnes. Cette agence est visée par Israël depuis longtemps. Depuis le début de la guerre à Gaza, 150 de ses employés.es ont été tués.es.

Francesca Albanese, la rapporteure spéciale des Nations Unies pour les Territoires palestiniens occupés, a écrit sur les réseaux sociaux : « Le lendemain du jugement de la Cour internationale de justice qui conclut qu'il était plausible qu'Israël commette un génocide à Gaza, certains États ont décidé de ne plus financer l'UNRWA imposant ainsi un châtiment collectif à des millions de Palestiniens.nes au pire moment. Agissant ainsi, ils violent probablement leurs propres obligations envers la Convention contre le génocide ».

Pendant ce temps, le chef de l'Office, M. Philippe Lazzarini, condamne le gel des fonds à un moment où la famine menace à Gaza. Il a déclaré : « La population palestinienne de Gaza ne mérite pas un châtiment collectif en plus. Cela nous entache tous et toutes ». Et le Secrétaire général des Nations Unies, M. António Guterres a exhorté les pays donateurs à continuer de financer l'UNRWA.

Pour creuser cet enjeu, nous rejoignons à Oslo en Norvège, Jan Egeland. Il est le secrétaire général du Conseil norvégien pour les réfugiés.es. La Norvège participe toujours au financement de l'UNRWA.

Merci beaucoup Yan d'être avec nous. Pour commencer, pouvez-vous réagir à cette coupure de financement alors qu'entre autre, Gaza est sous les bombardements et au bord de la famine ?

Jan Egeland : Oui. C'est la pire réaction à ces allégations voulant qu'une douzaine d'employés.es sur les 13,000 de l'UNRWA aient trahi nos principes humanitaires de neutralité, d'indépendance et aient participé à l'horrible attaque contre Israël. L'UNRWA a immédiatement répondu en remerciant ces personnes comme vous l'avez dit et demande maintenant une enquête indépendante. Ce que ces donateurs ont fait, les États-Unis, le Royaume uni, l'Allemagne, l'Italie, la Finlande, Les Pays Bas, l'Australie et quelques autres, c'est de retirer l'aide aux enfants de Gaza, au femmes de Gaza, à ceux et celles qui sont totalement innocents.es là-bas. C'est la pire décision possible au moment où la population est coincée sous les bombardements. Ne punissons pas tant d'innocents.es pour la conduite de quelques uns.es qui ont mal agit semble-t-il.

A.G. : Il va devenir intéressant de voir si Israël va divulguer des preuves pour que les Nations Unies puissent enquêter sur cette affaire. Car beaucoup de ces pays ont immédiatement suspendu leur fourniture d'armes. Je veux vous lire un clip d'un ancien haut fonctionnaire israélien, Noga Arbell. Il écrit : « Nous ne pourrons pas gagner cette guerre sans détruire l'Unrwa et cette destruction doit commencer immédiatement ». Le Premier ministre Netanyahu a déclaré que l'UNRWA ne sera plus à Gaza après la guerre. Qu'en dites-vous Jan Egeland ? Et parlez-nous, puisque vous êtes à la tête d'un grand groupe humanitaire, de l'importance de l'UNRWA parmi tous les autres groupes et sans parler des gens sur le terrain.

J.E. : L'UNWRA est absolument essentiel. En effet je dirige le Conseil norvégien pour les réfugiés.es, nous sommes une grand groupe humanitaire (et nous agissons) partout dans le monde. Nous sommes présents partout où il y a des conflits pour aider les déplacés.es et les réfugiés.es. Nous avons été à Gaza au cours des deux dernières décennies. Nous avons été financés par les États-Unis, 40 autres pays donateurs et des agences internationales partout dans le monde.

À Gaza, il faut reconnaitre qu'avec tous les autres groupes nous n'approchons même pas ce que l'UNRWA représente pour la population. L'organisation a été la réponse à la création d'Israël et la guerre de 1948 qui a déplacé une grande partie de la population originelle de la Palestine vers Gaza, la Cisjordanie et dans d'autres endroits. Depuis lors, il n'y a pas eu de traité politique de paix. Et c'est parce que la communauté internationale n'a pas réussi à forcer les deux parties, les Israéliens et les Palestiniens, à résoudre le conflit. Cela aboutit à ce que des groupes humanitaires, d'abord et avant tout, l'UNRWA prennent cette population en charge.

Donc, affaiblir et amoindrir l'UNRWA sous prétexte qu'il serait un groupe extrémiste comme le gouvernement israélien le dit, revient à dire : « Nous allons punir les femmes et les enfants, les innocents.es pour ce que des extrémistes ont fait alors que sévit la pire agitation et un conflit sans fin, que nous ne voulons pas en ce moment tenter d'avoir des discussions pour parler de notre avenir ». C'est condamnable.

Et les donateurs internationaux doivent maintenir leurs liens avec les organisations humanitaires comme la Norvège le fait. La Norvège est un donateur important, il donne plus per capita aux Palestiniens.nes que n'importe quel autre donateur. Nous continuons à financer l'UNRWA et nous lui disons : « C'est bien que vous ayez remercié (ces personnes), mis fin à leurs contrats et c'est bien aussi d'initier une enquête. (Avec ses conclusions) nous aviserons sur ce que nous devrons faire à l'avenir ».

A.G. : Avez-vous des preuves de ce qu'avance Israël ? Est-ce qu'il en a présenté ?

J.E. : Pour ce que j'en sais, ni l'UNRWA ni l'ONU et ses enquêteurs n'ont rien reçu. J'espère qu'ils en recevront pour qu'ils puissent faire une investigation en profondeur ; ce sont de sérieuses accusations. J'ai lu quelque chose à leur sujet dans le New York Times. Si c'est vrai, ils ont trahi tous nos principes de neutralité, d'impartialité et autre. C'est très important pour nous ; nous sommes des humanitaires désarmés.es là où le feu fait rage partout dans le monde.

Mais, il est clair que qui que ce soit qui travaille au Proche Orient ne peut garantir qu'il n'y aura pas quelqu'un.e dans ses rangs à avoir des engagements secrets. Les Palestiniens.nes ne peuvent faire cela ? Les Israéliens.nes ne peuvent faire cela ? Pourtant nous connaissons plusieurs Israéliens.nes qui ont fait de très mauvaises choses à Gaza même tirer sur des gens portant le drapeau blanc. Ils ont même tiré sur leurs propres compatriotes portant ce drapeau blanc. Leurs colons sont organisés, des organisations de type mafieuses qui déplacent femmes et enfants en Cisjordanie. Plusieurs d'entre eux sont recrutés par les Forces armées. Ils devraient être en prison mais sont dans les Forces armées. Personne ne peut garantir qu'il n'y y aura pas de problèmes. Donc il faut une enquête et que des réponses soient en place chaque fois que cela arrive. Mais ne coupez pas l'aide aux gens qui sont en grand besoin. C'est la pire réponse.

A.G. : Jan Egeland, merci d'avoir été avec nous. (…)

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Pourquoi de nombreux Noirs se détournent de Biden à propos de la Palestine

6 février 2024, par Malik Miah — , ,
25 janvier 2024 | tiré d'Inprecor.org https://inprecor.fr/node/3798 Le président Joe Biden est en difficulté auprès des jeunes électeurs afro-américains. Son soutien (…)

25 janvier 2024 | tiré d'Inprecor.org
https://inprecor.fr/node/3798

Le président Joe Biden est en difficulté auprès des jeunes électeurs afro-américains. Son soutien inconditionnel au sionisme et le soutien militaire américain à la guerre horrible menée par l'État israélien contre le peuple palestinien à Gaza et en Cisjordanie occupée sont à l'origine d'une opposition croissante.

Biden refuse de dire à l'État d'Israël de mettre fin à sa guerre génocidaire à Gaza. Il répète tous les mensonges du régime israélien.

Pour de nombreux jeunes Noirs qui pensent que le Parti démocrate tient leur soutien pour acquis, sa politique étrangère de guerre et d'édification d'un empire est le signe que l'on ne peut pas non plus compter sur Biden pour lutter contre le racisme dans son pays. Certains resteront chez eux ou voteront pour des candidats indépendants - ou même pour Trump comme un moindre mal lors de l'élection présidentielle de 2024.

Pendant ce temps, les démocrates conservateurs se sont associés au lobby pro-israélien pour cibler les élus de leur propre parti qui appellent à un cessez-le-feu permanent et à une aide humanitaire. La cible numéro un est la députée de Détroit, Rashida Tlaib, la seule Américaine d'origine palestinienne jamais élue au Congrès.

Des voix s'expriment sur la lutte commune

De nombreux organes d'information grand public rendent compte de cette évolution des points de vue. Un article de l'Associated Press du 17 décembre en est un exemple :

« Cydney Wallace, une militante de la communauté juive noire, ne s'est jamais sentie obligée de se rendre en Israël, bien que “l'année prochaine à Jérusalem” soit un refrain constant dans sa synagogue de Chicago.

« Cette femme de 39 ans a déclaré qu'elle avait beaucoup à faire chez elle, où elle donne fréquemment des conférences sur la lutte contre le sentiment antinoir dans la communauté juive américaine et sur le démantèlement de la suprématie de la race blanche aux États-Unis.

« Je sais pour quoi je me bats », a-t-elle déclaré.

« Tout a changé lorsqu'elle s'est rendue en Israël et en Cisjordanie à l'invitation d'un organisateur communautaire palestinien américain du quartier sud de Chicago, en compagnie de deux douzaines d'autres Noirs américains et de dirigeants religieux musulmans, juifs et chrétiens. »

Le voyage s'est brusquement terminé en raison de l'attaque du Hamas à l'intérieur d'Israël le 7 octobre.

Mais le voyage a eu un impact important sur les opinions de Wallace. Pour elle, et pour un nombre croissant de Noirs américains, la lutte des Palestiniens est le reflet de leur propre combat pour l'égalité raciale et les droits civiques. L'essor récent des mouvements de protestation contre les brutalités policières et la structure de la suprématie blanche et du racisme institutionnel qui sévit dans presque tous les domaines de la vie a rapproché les militants noirs et palestiniens autour d'une cause commune.

Une défiance croissante

Demetrius Briscoe avait voté pour Joe Biden en 2020, mais le senior de Bowie State University, une université historiquement noire du Maryland, hésite à soutenir le président l'année prochaine.

Demetrius Briscoe a déclaré à USA Today qu'il « ne pense pas que beaucoup de ses pairs voteront pour Joe Biden parce qu'il n'a pas exigé de cessez-le-feu ».

« Il est en train d'entacher sa présidence d'une tache qui, à mon avis, ne sera pas facile à effacer, a déclaré M. Briscoe, ajoutant que si les démocrates appellent à un cessez-le-feu, cela pourrait sauver le parti démocrate d'une vague de jeunes qui ne voteraient pas pour eux ».

Lors d'un rassemblement pour le cessez-le-feu en octobre à l'université Howard, Delaney Leonard, une étudiante de 19 ans qui a participé à l'organisation du rassemblement, a fait remarquer qu'elle n'avait pas l'intention de voter pour Biden. Elle ne pense pas être la seule.

« Cela va certainement jouer un rôle dans la décision de vote des gens », a déclaré Mme Leonard.

Keesha Middlemass, professeur agrégé de sciences politiques à l'université Howard, note que "les jeunes voient enfin l'impact de la machine de guerre américaine". Ils sont profondément préoccupés par la loyauté aveugle de Joe Biden à l'égard d'Israël, sans aucune considération pour le droit à l'existence des Palestiniens.

Solidarité et soutien mutuel

Khadirah Muhammad, senior en dernière année à l'université d'État de Géorgie, se souvient d'avoir vu sur les médias sociaux les peintures murales de Black Lives Matter à Gaza et d'avoir regardé les Palestiniens manifester lors des manifestations de George Floyd en 2020. Pour elle, il s'agit de symboles de solidarité.

« Je pense qu'il est nécessaire de s'exprimer lorsque les choses ne vont pas », a déclaré Muhammad, âgée de 22 ans, qui a participé à un rassemblement propalestinien sur le campus en octobre. « C'est vraiment déchirant. »

Selon Michael R. Fischbach, professeur d'histoire au Randolph-Macon College et auteur de Black Power and Palestine Transnational Countries of Color, si de nombreux chefs religieux, étudiants et militants juifs ont soutenu Martin Luther King Jr et le mouvement des droits civiques, le soutien à Israël s'est transformé dans les années 1960 avec l'aile Black Power de la lutte pour la liberté des Noirs.

Identification et action

Fischbach ne s'étonne pas que les jeunes Afro-Américains éprouvent de l'empathie pour les Palestiniens. Plusieurs facteurs les rapprochent, notamment un sentiment de parenté au sein de cette « communauté mondiale fermée », une opposition à ce qu'ils considèrent comme un colonialisme de peuplement et des expériences communes de vie dans des communautés ségréguées.

Il a souligné que « beaucoup de jeunes, notamment de couleur dans ce pays, peuvent instinctivement s'identifier aux Palestiniens parce que cela ressemble, encore une fois, à l'expérience qu'ils vivent chez eux ».

Depuis des décennies, des segments de la communauté afro-américaine ont exprimé leur soutien à la Palestine. Ce soutien s'accroît aujourd'hui, en particulier chez les jeunes Afro-Américains. Les sondages révèlent aujourd'hui que les Noirs sont plus critiques à l'égard de la politique américaine au Moyen-Orient.

Selon le Crowds Counting Consortium, une initiative du Nonviolent Action Lab de l'université de Harvard, 2 357 manifestations, rassemblements, veillées et autres actions propalestiniennes ont eu lieu aux États-Unis entre le 7 octobre et le 10 décembre.

Les sondages reflètent les sentiments

Parmi celles-ci, 652, soit près de 28 %, se sont déroulées sur des campus universitaires. (Le consortium a recensé 450 actions pro-israéliennes au cours de la même période).

Un sondage réalisé en novembre par GenForward, géré par l'université de Chicago, a révélé que 63 % des électeurs noirs prévoyaient de voter pour Biden en 2024, contre 17 % qui ont déclaré qu'ils voteraient pour Trump s'il était désigné. En 2020, M. Biden a remporté 92 % des suffrages des électeurs noirs contre 8 % pour Trump. Malgré le fort soutien dont bénéficie M. Biden, cette désaffection croissante menace sa réélection.

Dans le même sondage, 16 % des électeurs noirs ont déclaré être plus favorables aux Palestiniens qu'aux Israéliens dans le conflit, contre 13 % des électeurs noirs qui ont déclaré être plus favorables aux Israéliens. Trente-neuf pour cent des électeurs noirs ont déclaré avoir de la sympathie pour les deux groupes ; 32 % ont dit ne pas savoir.

Muhammad, qui a déjà voté pour des démocrates dans le passé, a déclaré qu'elle ne se sentait pas obligée de soutenir les démocrates, qu'elle a qualifiés de « faibles ».

« Non pas que je veuille revoir une présidence de Donald Trump », a-t-elle déclaré. « Mais honnêtement, une présidence de Joe Biden, je ne me vois pas voter pour ».

Muhammad a déclaré qu'elle envisageait d'autres solutions. "J'aime voter avec intégrité", a-t-elle déclaré.

Malcolm X à Gaza

Son inquiétude rappelle les propos tenus par Malcolm X en 1964, après la création de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP). (L'OLP était une réponse au déplacement et à la dépossession des Palestiniens à la suite de la création d'Israël en 1948. L'OLP avait pour but de représenter le peuple palestinien dans son désir d'autodétermination et de rechercher l'unité arabe. Elle recherchait également l'unité arabe).

Malcolm X s'est rendu à Gaza en 1964, alors qu'il s'agissait encore d'un territoire égyptien (dont Israël s'est emparé après la guerre des six jours de 1967). Il a écrit et publié dans la Gazette égyptienne l'essai décisif « Zionist Logic » (la logique sioniste).

Fervent opposant au colonialisme et à l'exploitation sous ses diverses formes, Malcolm X a critiqué la manière dont le judaïsme, le sionisme et le colonialisme se mêlaient pour perpétuer un dangereux précédent, en expliquant :

« Si la revendication “religieuse” de l'État d'Israël n'a pas été respectée, elle a été rejetée : Si la revendication "religieuse" des sionistes est vraie, à savoir qu'ils devaient être conduits vers la terre promise par leur messie, et que l'occupation actuelle de la Palestine arabe par Israël est l'accomplissement de cette prophétie, où est leur messie dont les prophètes ont dit qu'il aurait le mérite de les y conduire ? C'est Ralph Bunche [médiateur des Nations unies] qui a “négocié” la prise de possession de la Palestine occupée par les sionistes ! Ralph Bunche est-il le messie du sionisme ? Si Ralph Bunche n'est pas leur messie, et que leur messie n'est pas encore venu, alors que font-ils en Palestine avant leur messie ?

« Les sionistes avaient-ils le droit légal ou moral d'envahir la Palestine arabe, de déraciner les citoyens arabes de leurs maisons et de s'emparer de tous les biens arabes sur la seule base de l'affirmation “religieuse” que leurs ancêtres vivaient là il y a des milliers d'années ? Il y a seulement mille ans, les Maures vivaient en Espagne. Cela donnerait-il aux Maures d'aujourd'hui le droit légal et moral d'envahir la péninsule ibérique, de chasser les citoyens espagnols et de fonder une nouvelle nation marocaine... là où se trouvait l'Espagne, comme les sionistes européens l'ont fait pour nos frères et sœurs arabes en Palestine ?

« En bref, l'argument des sionistes pour justifier l'occupation actuelle de la Palestine arabe par Israël n'a aucune base intelligente ou légale dans l'histoire... pas même dans leur propre religion. Où est leur Messie ? »

L'exigence de Mandela

Trois décennies plus tard, Nelson Mandela, leader révolutionnaire sud-africain et premier président d'une Afrique du Sud libre, a déclaré dans un discours prononcé en 1997 à l'occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien ce qui résonne encore aujourd'hui chez une grande majorité de personnes du Sud :

« Nous savons trop bien que notre liberté [en tant que Sud-Africains] est incomplète sans la liberté des Palestiniens ».

L'intensité du soutien à la Palestine ne fait que se renforcer parmi les jeunes Afro-Américains.

Publié dans Against the Current en décembre 2023.

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Quelles hypocrisie, immoralité et même sadisme !

Dès qu'Israël allègue que douze membres de l'UNRWA auraient participé dans l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre, Washington suspend immédiatement son financement de cette (…)

Dès qu'Israël allègue que douze membres de l'UNRWA auraient participé dans l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre, Washington suspend immédiatement son financement de cette organisation humanitaire de l'ONU. Et le Canada, ainsi que plusieurs autres pays, emboitent le pas.

Ovide Bastien, auteur de Chili : le coup divin, Éditions du Jour, 1974

Cette allégation apparait le 26 janvier. Le jour même, assez étrangement, où la Cour internationale de justice rend public son jugement, on ne peut plus dévastateur, pour Israël.
L'accusation de génocide que l'Afrique du Sud porte contre Israël est recevable, affirme la Cour. La preuve présentée démontre clairement que c'est possible qu'Israël soit en train de commettre un génocide.

• La Cour énumère en détail les nombreuses déclarations où de leaders israéliens incitent au génocide.
• Elle montre comment le grand nombre de morts et de blessés à Gaza ainsi que la destruction massive d'infrastructure reflètent ces déclarations.
• Elle annonce qu'elle déclenche une enquête et somme Israël de s'abstenir de détruire toute preuve pouvant servir à celle-ci.
• Elle demande à Israël de punir tout leader tenant de futurs propos génocidaires et de s'abstenir de toute action future ayant un caractère génocidaire.
• Elle demande à Israël de mettre immédiatement fin à son blocage de l'aide humanitaire à Gaza.
• Elle somme Israël de faire rapport à la Cour d'ici un mois au sujet du respect de ces mesures.

En apprenant que Washington, mon pays le Canada, ainsi que plusieurs autres pays suspendent leur financement de l'UNRWA, je suis estomaqué.

Comment se fait-il qu'Israël sorte soudainement de son chapeau, en ce moment précis, cette petite bombe médiatique ?

Et pourquoi cet empressement de suspendre le financement de la seule organisation ayant une capacité réelle de venir en aide à une population plongée dans une catastrophe humanitaire incommensurable ?

Remonte en moi, comme un volcan en éruption, une grande émotion de colère et de révolte...

La même que je ressentais au Chili en septembre 1973 lorsqu'Augusto Pinochet renversait le gouvernement de Salvador Allende et écrasait dans le sang, la torture, et les camps de concentration de milliers d'adeptes de l'Unité populaire.

Pinochet décrivait sa prise de pouvoir brutale comme une œuvre sacrée, une intervention divine. Comme Israël aujourd'hui, il cherchait à contrôler le récit, surtout dans les médias. L'exécution sommaire de personnes résistant à son putsch était présentée dans les médias comme l'action de militaires se défendant contre de simples délinquants et terroristes.
La douleur de millions de Chiliens et Chiliennes était énorme. Le coup d'État produisait 3 000 morts... Au moins 40 000 personnes furent soumises à la torture. Entendre, au jour le jour, la description des méthodes de torture utilisées m'était insupportable...

Profondément ému et bouleversé, je tentais de faire entrer dans diverses ambassades des personnes cherchant désespérément à échapper à la terreur. Et je collaborais avec de nombreux journalistes, qui arrivaient à Santiago, afin que le monde sache ce qui se passait au Chili.

Je n'oublierai jamais la fois que l'ambassadeur canadien à Santiago, Andrew Ross, refusait de nous ouvrir la porte.

J'étais avec un médecin chilien, qui occupait un haut poste dans le gouvernement de Salvador Allende, sa femme, et leur nouveau-né de six mois. Nous avions beau expliquer à M. Ross que ce médecin risquait emprisonnement, torture, et même exécution, et le supplier de faire preuve d'un peu d'humanité, il n'y avait rien à faire.

« Les gens ne s'énervent pour rien. Le gouvernement ne fait que sévir contre les malfaiteurs », insistait-il, en refusant de donner refuge à cette famille.

Cette froideur et hypocrisie devant autant de souffrance humaine me scandalisaient et me révoltaient.

Notre ambassadeur canadien, je le savais, appuyait le coup d'État et s'en réjouissait. Comme d'ailleurs Washington qui avait tout fait, financièrement et diplomatiquement, et ce, depuis longtemps, pour assurer son succès. La CIA offrait même aux militaires chiliens des instructions au sujet des méthodes de torture les plus efficaces.

Lorsque nous écoutions la radio internationale de Washington, Voice of America, ce poste ne faisait que répéter comme un perroquet la version que diffusait quotidiennement les militaires chiliens. Une version incroyablement falsifiée des faits.

Mes amis étatsuniens me racontaient que lorsque certains d'entre eux se présentaient à l'ambassade des États-Unis à Santiago, on leur disait, pour calmer leur désarroi et peur, « Take a bufferin ! »

Lorsque l'Afrique du Sud, décembre dernier, accusait Israël de génocide et demandait à la Cour internationale de justice d'adopter des mesures provisoires, le président Joe Biden et son secrétaire d'État Antony Blinken firent immédiatement une déclaration en conférence de presse. Cette accusation « ne repose sur aucune base factuelle », ont-ils affirmé.
Et le président israélien Benjamin Nétanyahou a fait de même.

« Nous vivons dans un monde à l'envers », affirma-t-il. « C'est le Hamas terroriste qui commet un génocide contre le peuple juif ».

Le jour même où la Cour internationale de justice rend son jugement discréditant complètement, et Washington et Israël, apparaît soudainement, comme par magie, cette allégation au sujet de douze employés de l'UNRWA. Washington suspend immédiatement son financement à cette organisation, et, dans l'espace de quelques minutes, ce qui fait la une dans les journaux des principales puissances occidentales, ce n'est plus l'arrêt de la Cour internationale de justice, mais l'affaire UNRWA et la suspension immédiate du financement de cette organisation, d'abord par les États-Unis et bientôt par toute une série de pays, dont le Canada !

La très réputé BBC, par exemple, consacre huit minutes à présenter les allégations non prouvées d'Israël au sujet de douze employés de l'UNRWA et beaucoup moins de minutes à présenter l'arrêt tout à fait historique de la Cour internationale de justice. La chaîne de télévision CNN, rapporte le Guardian du 5 février, est confrontée à une levée de boucliers de la part de son propre personnel en raison de politiques éditoriales qui ont conduit à une régurgitation de la propagande israélienne et à la censure des points de vue palestiniens dans la couverture de la guerre à Gaza.

Pourquoi le Canada refuse-t-il d'appuyer, comme l'ont fait plusieurs autres pays, l'arrêt de la Cour internationale de justice ? Pourquoi accorde-t-il spontanément crédibilité, par ailleurs, aux allégations non-prouvées d'Israël ? Des allégations possiblement fondées sur des confessions obtenues de prisonniers palestiniens soumis à la torture, ou sur des textos et courriels inventés de toute pièce ? Des allégations, en plus, faites par un pays fort connu pour sa maltraitance des prisonniers palestiniens, incluant la torture, et pour sa production d'affirmations fausses, surtout en temps de guerre, qui s'effondrent par la suite ?

Quelles hypocrisie, immoralité, et même sadisme que de couper les vivres à l'UNRWA ! La principale agence onusienne fournissant de l'aide humanitaire à 6 millions de Palestiniens et qui a 13 000 employés à Gaza, cette bande pas plus grande que la moitié de la ville de New York, et qui se trouve en plein milieu d'une catastrophe humanitaire qui arrache le cœur ?
On peut difficilement se réjouir du fait que le Canada, après avoir suspendu son financement de l'UNRWA, décide d'accorder $40 millions à d'autres organisations qui viennent en aide aux Gazaouis.

« Il est inacceptable de suspendre le financement humanitaire en pleine crise de la seule organisation capable de fournir un soutien humanitaire efficace à ceux qui en ont besoin, » affirme la députée libérale à la Chambre des communes Salma Zahid. « Ternir l'ensemble de l'UNRWA à cause d'allégations concernant quelques employés équivaut à une punition collective des Palestiniens. »

Aussi encourageant que cela puisse paraître, on peut difficilement se réjouir non plus du fait que Joe Biden décide, le 1 février, d'imposer des sanctions aux colons israéliens accusés d'actes violents en Cisjordanie et que le Canada songe à imiter ce geste.

On doit se rappeler que Washington n'a jamais remis en question la légalité des colonies juives dans les territoires occupés. Ni le système d'apartheid imposé depuis fort longtemps à de millions de Palestiniens dans ces territoires. Depuis 1973, Washington offre à Israël un soutien sans équivoque, utilisant au moins 53 fois son droit de véto à l'ONU pour rejeter des résolutions – pourtant toujours acceptées par une écrasante majorité de pays - condamnant la violence contre les manifestants palestiniens et les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie occupée. Sous le gouvernement d'extrême droite de Nétanyahou, et surtout depuis les attaques du Hamas du 7 octobre, cette violence en Cisjordanie n'a fait qu'augmenter. Le bureau humanitaire de l'ONU recensait 494 attaques jusqu'au 31 janvier, attaques souvent faites avec la complicité grossière des militaires israéliens, lors desquels 1 000 Palestiniens furent expulsés de leurs maisons et leur terre.

À cause des nombreuses colonies illégales, les terres palestiniennes de Cisjordanie se trouvent présentement découpées en 165 enclaves distinctes.

Comment, dans un tel contexte, penser à la création d'un État palestinien viable et d'un seul tenant ?

Joe Biden impose des sanctions à certains colons israéliens, mais pas aux principaux auteurs intellectuels de leur violence, les ministres israéliens Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich. Il n'impose pas de sanctions à Benjamin Nétanyahou. Ni aux généraux qui larguent des bombes de 2 000 lb, gracieuseté de Washington, à Gaza. Il ne s'engage pas à ne point utiliser son veto à une possible résolution du Conseil de sécurité pressant Israël de se conformer aux mesures provisoires de la Cour internationale de justice afin d'éviter de contribuer à un génocide plausible.

Lorsque je vois Joe Biden demander au Congrès d'approuver une aide de $17 milliards pour Israël, sans exiger que cette aide soit conditionnelle au respect des droits fondamentaux du peuple palestinien... Lorsque je l'entends, dans une conférence de presse où il apparaît envahi d'émotion, s'apitoyer sur le sort des 130 otages toujours détenus par le Hamas à Gaza, en omettant d'exprimer si ce n'est qu'un iota de compassion au sujet des 27 000 Gazaouis tués - la plupart enfants et femmes, des 66 000 blessés, des 25 000 enfants devenus orphelins et des centaines de milliers traumatisés à vie, des dix enfants par jour qui se font amputer un membre sans être anesthésiés, de la démolition par bombe de 70% de l'infrastructure à Gaza, du déplacement forcé de 85% de la population, d'une catastrophe humanitaire d'épidémie et de famine...

Lorsque je vois tout cela, c'est comme si je me retrouvais encore une fois devant Andrew Ross en septembre 1973 au Chili, avec le médecin chilien, Roberto Bellemare et sa famille. J'entends notre ambassadeur dire à Roberto :

« Ta peur d'être détenu, torturé, et peut-être exécuté n'a aucune base factuelle. It is meritless ! »

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Des cohabitations contre la pénurie de logement pour ne pas compter que sur de la construction

30 janvier 2024, par Jean Pellerin — , ,
– Jean Pellerin - Montréal Le gouvernement veut-il générer 72 000 cohabitations contre la pénurie ? 1. Il faut demander aux politiciens de faire faire des publicités (…)

Jean Pellerin - Montréal

Le gouvernement veut-il générer 72 000 cohabitations contre la pénurie ?

1. Il faut demander aux politiciens de faire faire des publicités sociétales pour inciter (incitation gentille non contraignante) des citoyens à cohabiter plutôt qu'à habiter en mode solo un logement (logement entier, étage ou chambre).

2. Le gouvernement pourrait aussi se servir d'Hydro-Québec pour donner un rabais de tarif aux personnes passant d'une occupation solo vers une cohabitation d'au moins 2 adultes, avec ou sans enfant. Une personne locataire en solo "splitterait" sa facture en 2 si elle prenait un.e coloc, et EN PLUS, Hydro-Québec diminuerait d'au moins 50% la facture à partager pour le logement.

3. Le gouvernement pourrait subventionner un organisme communautaire oeuvrant à "matcher" des gens en solo qui voudraient habiter en cohabitation, soit pour le logement au complet ou soit pour une chambre.

4. L'Assemblée Nationale du Québec pourrait voter une modification au Code Civil, donnant un nouveau droit au locataire qui passe d'une occupation solo à une occupation avec au moins un autre adulte. La cession de bail ?

5. Le gouvernement pourrait taxer un proprio qui a un local vacant mais occupable comme logement, ou qui a un logement occupé partiellement ou en permanence en AirBnb ou même qui est occupé par une personne adulte sans enfant en mode de vie en solo.

6. Les gouvernements des 2 paliers pourraient transformer le crédit d'impôt existant pour personne seule, en le remplaçant par un crédit du type : Crédit d'impôt pour personne seule dans un logement occupé en COHABITATION comprenant plus d'un adulte.

7. Le gouvernement pourrait payer une partie des frais de déménagement pour la personne qui accepte de passer d'une occupation en mode solo vers une cohabitation d'au moins 2 adultes, avec ou sans enfant.

8. Le gouvernement pourrait, pendant un temps X, payer des mensualités de loyer à des colocs, dont au moins un était auparavant dans un mode de vie en solo en logement.

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Assange et la mauvaise conscience des médias


30 janvier 2024, par Edition Agone — ,
Entre autres étonnements qui doivent saisir toute personne normalement constituée quand elle découvre la situation où se trouve le fondateur de WikiLeaks : une fois digéré le (…)

Entre autres étonnements qui doivent saisir toute personne normalement constituée quand elle découvre la situation où se trouve le fondateur de WikiLeaks : une fois digéré le paradoxe d'un journaliste emprisonné pour avoir rendu public des crimes dont les responsables sont, eux, toujours en liberté, ne nous reste plus qu'à constater l'indignité des médias dominants, notamment français.

29 janvier 2024 | Agone.org - [LettrInfo 24-IV]

Sans remonter aux trois années de rappel quotidien, par les journaux télévisés, au milieu de la décennie 1980, que les journalistes Jean-Paul Kauffmann et Michel Seurat étaient retenus en otage au Liban. On se souvient, vingt ans plus tard, des gigantesques affiches pour la libération de la journaliste Florence Aubenas enlevée à Bagdad. Ou encore des messages diffusés quotidiennement sur France Inter pour la libération des journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot, enlevés en Irak un an plus tôt. Et en 2023, l'État français a bien sûr “appris avec un immense soulagement” le retour d'Olivier Dubois, journaliste retenu en otage au Mali depuis 2021. Le corporatisme journalistique est-il lui aussi soumis chez nous à la préférence nationale ?

Pas seulement. Parce que le traitement venimeux d'un journaliste qui n'est “pas des nôtres” est tout aussi répandu dans les autres médias occidentaux. Variation sur le thème “Deux poids, deux mesures”. Qu'il suffit d'illustrer en comparant les statuts de Julian Assange et d'Alexeï Navalny. Certains lanceurs d'alerte méritent plus que d'autres l'attention bienveillante de nos médias : selon que vous serez du côté des puissants ou contre eux, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Mercredi dernier à la Bourse du travail de Paris, aux abords de la place de la République, avait lieu un débat autour du livre de la journaliste italienne Stefania Maurizi : synthèse de sa collaboration avec WikiLeaks et de quinze ans d'enquête sur les médias indépendants, la censure et les crimes d'État. Organisée par le Comité de soutien Assange, cette rencontre rassemblait les plus actifs de cette cause, soit Acrimed, Le Monde diplomatique, Anticor, Blast, la Ligue des droits de l'homme, Les Mutins, Le Mouvement de la paix et Le Vent se lève. Une liste de l'ensemble des soutiens de WikiLeaks réunit royalement une cinquantaine de structures, listées dans l'“Appel de Paris [sic] pour Julian Assange”, où les médias sont pour le moins minoritaires — même avec L'Humanité, AuPoste, la Fédération internationale des journalistes, Là-bas si j'y suis, Siné Mensuel et le Syndicat national des journalistes, la corporation ne pèse pas bien lourd. Et en ajoutant quelques figures politiques (dont le mathématicien et ancien élu LREM Cédric Villani et Arnaud Le Gall au nom de LFI) plus quelques notables intellectuels ou artistes ayant demandé que la France accorde à Assange l'asile politique (dont Jacques Audiard, Éric Cantona, Costa-Gavras, Mathieu Kassovitz, Edgar Morin, Thomas Piketty et Ludivine Sagnier), on a convoqué le ban et l'arrière-ban des soutiens d'Assange.

Mais le plus remarquable reste l'absence éclatante des médias dominants. En cherchant bien, on trouve évidemment dans leurs colonnes et programmes quelques articles ou émissions, sinon des brèves, ici et là, consacrées aux mésaventures d'Assange – dont un projet d'enlèvement et d'assassinat par la CIA. Mais sans insister, comme en passant. Sinon en étant plus ou moins malveillants, avec des papiers truffés d'erreurs (comme dans L'Obs) ou ambigus — comme Pierre Haski sur France Inter, Edwy Plenel dans Mediapart, les éditoriaux du Monde, etc.

Il semble en outre que, plus on monte en classe et en importance sociales, plus on est informé, plus on s'aligne sur la propagande officielle, aussi grossière soit-elle. Intervenant mercredi dernier aux côtés de Stefania Maurizi, la journaliste au Monde diplomatique Anne-Cécile Robert racontait qu'invitée en 2022 avec François Hollande à l'université d'été de l'École du Centre-Ouest des avocats, elle avait demandé à l'ancien président les raisons pour lesquelles la France n'avait pas, à l'instar d'autres pays — dont la Bolivie, le Honduras, Cuba, l'Argentine, le Brésil, le Mexique, le Venezuela, le Nicaragua et la Colombie —, soutenu la libération d'Assange en lui offrant asile. Tressautant, l'ex-président invoqua un “vol de documents”… Cette défausse dérisoire ne vaut pas celle de Gérald Darmanin face aux “coups de sang légitimes de ceux qui souffrent et qui gagnent pas beaucoup d'argent” — élévation du culot politique au meilleur de l'art dramatique. Mais elle thahit l'habitude du mensonge et l'impunité des vilaines petites lâchetés.

Pour autant, la meilleure information ne manque pas sur L'Affaire WikiLeaks : en plus d'un autre livre important, L'Affaire Assange. Histoire d'une persécution politique, par Nils Melzer, ancien rapporteur sur la torture de la Commission des droits de l'homme des Nations unies (du même auteur, lire aussi “Cajoler Pinochet, briser Assange”), signalons deux documentaires : Hacking Justice et Ithaka.

Mais, on l'a compris, on ne peut pas compter sur grand-monde pour leur diffusion — qu'il s'agisse de médias, d'édition, de librairie ou de cinéma… Pourtant, cette affaire ne se réduit pas à ce que vit un individu, aussi remarquable soit-il, juste sa cause et injuste le traitement qu'il subit. Le message adressé par les maîtres du monde au travers de l'“affaire WikiLeaks” concerne toute personne soucieuse de sa liberté d'expression : voilà ce qui vous attend si vous bravez l'ordre dominant.

Hacking Justice
Ithaka
L'affaire Assange
L'affaire Wikileaks

Sur L'Affaire WikiLeaks, en attendant deux interviews de Stefania Maurizi (dans Blast et Elucid), lire en ligne :


— “Un jeu inégal. Préface à L'Affaire WikiLeaks”, Serge Halimi (Au jour le jour, janvier 2024)


— “‘À l'heure où j'écris ces lignes…' Avant-propos à L'Affaire WikiLeaks”, Ken Loach (Au jour le jour, janvier 2024)

Également :

— “‘Stefania Maurizi : ‘Si Julian Assange est extradé, ce sera sa mort morale et la mort éthique du journalisme'”, propos recueillis par Meriem Laribi, Marianne, 24 janvier 2024

— “L'Affaire Wikileaks, de Stefania Maurizi, leçons d'investigation”, France Culture, 20 janvier 2024


— “Là où Julian Assange a des amis”, Meriem Laribi (Le Monde diplomatique, février 2023)

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Le Canada face à Gaza et aux demandeurs d’asile palestiniens : deux poids, deux mesures

30 janvier 2024, par Ken Theobald — , ,
Confronté à la crise en Ukraine, le gouvernement Trudeau a agi de manière rapide et ouverte, mais son traitement du cas de Gaza a été marqué par le retenue et le manque de (…)

Confronté à la crise en Ukraine, le gouvernement Trudeau a agi de manière rapide et ouverte, mais son traitement du cas de Gaza a été marqué par le retenue et le manque de conviction.

24 janvier 2024 / KEN THEOBALD/traduction Johan Wallegren

Près de 50 000 Palestiniens vivent au Canada. La plupart d'entre eux sont arrivés ici en tant que réfugiés. Cette communauté ne représente qu'une petite partie de la diaspora palestinienne mondiale, qui se chiffre à 7 millions de personnes. Assister de loin à la guerre est source d'impuissance et d'angoisse pour ceux qui font partie de cette diaspora.
Les Palestiniens sont un peuple apatride : 80 % d'entre eux ont été déplacés et 50 % vivent en dehors des frontières de leur patrie historique. Le droit au retour leur semble de plus en plus hors de portée. De nombreuses personnes faisant partie de la diaspora ont des membres de leur famille élargie ou des amis actuellement piégés à Gaza.

Lima Al-Azzeh, une jeune Palestinienne vivant à Vancouver, a récemment rédigé une chronique pour l'émission First Person de la CBC. Elle y parle de son sentiment d'impuissance et de la souffrance qu'elle éprouve en silence alors qu'elle attend des nouvelles des membres de sa famille à Gaza :

Et puis il y a les autres silences à affronter. Ceux que l'on sent comme étant plus personnels. On voit qui a protesté et qui ne l'a pas fait. On voit qui s'est manifesté avec un mot de soutien ou de réconfort et qui ne l'a pas fait. On voit qui, au fil des ans, s'est soucié de nous poser des questions sincères sur ce que cela signifie que d'être Palestinien. Il y a ce qu'on ressent quand on a le mal du pays et qu'on est confronté jour après jour à l'impossibilité d'y retourner.

Il s'agit du sixième conflit sur la période des quinze dernières années où les Palestiniens de Gaza ont été victimes de massacres perpétrés par l'armée israélienne. La guerre actuelle est certainement la plus dévastatrice, les Israéliens ayant exprimé leur intention d'éradiquer la vie palestinienne. Les dirigeants israéliens d'extrême droite qualifient d'« animaux humains » les Palestiniens qui ne font qu'essayer de survivre face aux déplacements massifs, aux bombardements incessants, au nettoyage ethnique, à la destruction de leurs maisons, au manque de soins médicaux, à la quasi-inexistence d'installations sanitaires et à la faim.
Il est difficile de ne pas croire que ce dont le monde est témoin à Gaza constitue la définition même du génocide – une tentative délibérée de « détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux » en « infligeant délibérément au groupe des conditions d'existence calculées pour entraîner sa destruction physique totale ou partielle ».

Les Palestiniens peuvent trouver un certain réconfort dans le mouvement mondial de solidarité qui a émergé, y compris l'extraordinaire solidarité manifestée par l'Afrique du Sud. La diaspora palestinienne joue un rôle important en contribuant à la mobilisation, à la prise de parole et à l'appel à un cessez-le-feu permanent et en aidant des membres de familles élargies et d'autres palestiniens à demander l'asile.

En 2019, Jihan Qunoo, qui œuvrait alors comme travailleuse humanitaire à Gaza, a été la cible de menaces de la part des autorités locales. Elle s'est enfuie au Canada où elle a été accueillie comme réfugiée, contrainte de prendre la déchirante décision de laisser derrière elle son mari et ses trois filles en bas âge. Il lui a fallu deux ans et une campagne publique très médiatisée pendant la pandémie pour réussir à réunir sa famille autour d'elle. Madame Qunoo a bénéficié du soutien de Jenny Kwan, députée néo-démocrate de Vancouver-Est, et du Rural Refugee Rights Network (réseau rural pour les droits des demandeurs d'asile) de la région d'Ottawa, une organisation qui a aidé 14 autres familles palestiniennes.

En octobre 2023, Mme Qunoo a repris son rôle de militante et d'organisatrice, cette fois au nom des frères et des sœurs restés au pays, en vue de leur donner une chance d'échapper aux horreurs de la guerre à Gaza. Il y a aussi des gens comme Osama Ebid, qui est arrivé au Canada en 1994 et dont tous les frères et sœurs sont restés à Gaza. Il est aujourd'hui l'organisateur d'un groupe de mille Canadiens d'origine palestinienne qui cherchent à sauver des membres de leur famille élargie.

Au Canada, les gens comme Jihan et Osama se comptent par centaines et reçoivent le soutien de groupes ad hoc d'avocats, de travailleurs juridiques, de défenseurs des demandeurs d'asile et de responsables communautaires. Ces personnes plaident pour le regroupement familial et parallèlement, elles lancent des appels au cessez-le-feu et réclament plus d'aide humanitaire.

Les Canadiens d'origine palestinienne ont initialement été portés par l'espoir engendré par le soutien que le gouvernement Trudeau a offert aux Ukrainiens en 2022. Moins d'un mois après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, M. Trudeau avait annoncé toute une série de programmes destinés à aider les Ukrainiens déplacés et leurs familles. Ceux-ci se sont vu offrir un statut temporaire prolongé au Canada assorti du droit de travailler, d'étudier et de rester jusqu'à ce qu'ils puissent rentrer chez eux en toute sécurité, cela sans contingentement. Finalement, plus d'un million d'Ukrainiens se sont vu offrir des visas, sans qu'aucun lien familial avec le Canada ne soit exigé.

En décembre, le Gaza Family Reunification Project (projet de réunification familiale pour Gaza, un collectif ad hoc d'avocats spécialisés dans l'immigration et les demandes d'asile), la Canadian Association of Refugee Lawyers (association canadienne des avocats spécialisés dans les questions d'asile), le Conseil canadien pour les réfugiés et plus de 550 familles canado-palestiniennes ont demandé au gouvernement fédéral d'adopter un plan d'immigration similaire en réponse à la situation urgente à Gaza.

Le 21 décembre, après des mois de plaidoirie de la part de Canadiens d'origine palestinienne et de défenseurs des droits de l'homme, le ministre de l'immigration Marc Miller a finalement annoncé un dispositif d'immigration spécial pour les habitants de la bande de Gaza demandeurs d'asile. Ceux-ci se verront offrir des visas temporaires de trois ans s'ils remplissent certaines conditions d'admissibilité et de sécurité. Avoir des membres de sa famille au Canada est une condition sine qua non.

Une nouvelle choquante a suivi une semaine plus tard, le 28 décembre : Monsieur Miller a annoncé que les mesures spéciales d'immigration pour les Palestiniens ne pourraient s'appliquer qu'à un total de mille personnes. Les familles et les organisateurs avaient alors déjà bien plus que ce nombre de noms à soumettre. Cette décision a été rapidement dénoncée par les défenseurs des droits de l'homme et décriée comme étant raciste et relevant d'une politique de deux poids, deux mesures.

Ce plafond signifie que les candidats seront en concurrence les uns avec les autres, ce que la députée Kwan a comparé à des « Hunger Games » pour demandeurs d'asile.
La différence de traitement entre les demandeurs d'asile ukrainiens et palestiniens est une injustice flagrante. La réaction du gouvernement Trudeau à la situation en Ukraine a été rapide et ouverte. Aucun plafond n'a été fixé pour le nombre de demandes et les candidats n'étaient pas tenus d'avoir des proches au Canada. Ottawa a finalement reçu 1 189 320 demandes de la part d'Ukrainiens et en a approuvé 936 293, avec des arrivées au Canada se chiffrant à 210 178.

En octobre, la ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, a décrit Gaza comme étant « l'un des pires endroits au monde où se trouver en ce moment ». M. Miller a qualifié l'état de la situation sur place d'« invivable ». Bien que le gouvernement Trudeau reconnaisse qu'il n'y a pas de lieu sûr à Gaza, il a réagi avec retenue et manque de conviction tant à l'appel au cessez-le-feu qu'à la crise des réfugiés, faisant primer les préoccupations de sécurité.
Lors d'une entrevue accordée à l'émission du matin de la CBC, Ottawa Morning, le 11 janvier, M. Miller a parlé du programme spécial en déclarant : « nous avons des préoccupations extrêmes en matière de sécurité », répétant les mots « sécurité » et « terrorisme » à plusieurs reprises.

La procédure de demande d'asile pour les ressortissants de Gaza exige de fournir des renseignements personnels d'un niveau de détail sans précédent. On demande aux candidats de dévoiler leurs comptes de médias sociaux, tous leurs anciens numéros de téléphone et adresses électroniques, de présenter tous les passeports qu'ils ont eus et de détailler « toutes blessures ayant nécessité des points de suture ou une attention médicale ».

Le formulaire de candidature doit être rempli avec « un historique complet et détaillé des emplois occupés depuis l'âge de 16 ans, y compris les dates exactes, une description détaillée des rôles et responsabilités, le(s) nom(s) des superviseur(s), la raison du départ et tout problème disciplinaire ».

Le Canada réserve un traitement similaire à tous les demandeurs d'asile du Moyen-Orient – y compris ceux de Syrie, d'Afghanistan, d'Irak et maintenant de Gaza – qui sont souvent considérés comme des menaces potentielles et un risque de sécurité.

Dans une récente tribune publiée dans le journal étudiant The Tribune de l'université McGill, Dima Kiwan a écrit : « La politique inéquitable du Canada à l'égard des demandeurs d'asile ne reflète pas seulement la paresse du gouvernement, mais aussi le poids d'une rhétorique raciste, malheureusement courante, qui circule dans les médias grand public, selon laquelle les réfugiés ukrainiens, dont la majorité sont des Européens blancs et chrétiens, s'intégreront mieux à la société canadienne ».

Pour ne pas risquer de penser qu'il s'agit d'une aberration, il faut savoir que le Canada n'a jamais adopté de mesures spéciales en matière d'immigration à l'égard d'un peuple ou d'un pays d'Afrique.

Ce type de traitement différentiel et ce genre de manifestations de racisme peu subtiles remontent loin dans le temps au Canada, où l'immigration et la politique étrangère ont souvent été alignées sur les intérêts des grandes entreprises et des États-Unis.

Le Conseil national des musulmans canadiens, ainsi que de nombreuses autres organisations, demandent au gouvernement fédéral de supprimer le plafond de mille personnes fixé pour le nombre de Palestiniens pouvant demander l'asile au Canada.
Il est impératif de soutenir ces appels à la levée du plafond et à l'élargissement des critères d'admissibilité pour les Palestiniens. On demande aussi au gouvernement de renoncer à tous frais de demande et de faciliter l'évacuation des demandeurs d'asile de Gaza. Par-dessus tout, les gens de conscience doivent continuer de réclamer un cessez-le-feu permanent, la fin de cette guerre génocidaire et un recentrage sur l'aide humanitaire pour Gaza.

Ken Theobald est un travailleur communautaire et un militant anti-pauvreté basé dans la banlieue nord-ouest de Toronto.

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Northvolt sans BAPE, c’est NON : Mobilisation marche funèbre

30 janvier 2024, par Comité Action Citoyenne-Projet Northvolt —
Évènement de Comité Action Citoyenne-Projet Northvolt Gare de McMasterville, rue du Purvis-Club, McMasterville À tous les citoyens de la Vallée du Richelieu et de de (…)

Évènement de Comité Action Citoyenne-Projet Northvolt

Gare de McMasterville, rue du Purvis-Club, McMasterville

À tous les citoyens de la Vallée du Richelieu et de de partout ailleurs, groupes environnementaux, communautaires et syndicaux !

Venez participer à ce GRAND RASSEMBLEMENT FAMILIAL ET PACIFIQUE afin d'exiger la tenue d'un BAPE au sujet de Northvolt.

Dimanche le 4 février 2024, de 13 h à 15 h30

Départ : Stationnement de la gare de McMasterville, 399 rue du Purvis Club, McMasterville.

Arrivée : 255 Boul. Constable, (les personnes à mobilité réduite pourront s'y stationner)
Arrivée prévue 13 h 45..

Pour cette marche funèbre, nous réclamons la tenue d'une enquête du BAPE (Bureau d'audiences publiques en environnement) AVANT la construction de l'usine de Northvolt. Les normes sociales, environnementales et économiques ainsi que les lois doivent être respectées, pas enterrées vivantes !

Les gouvernements fédéral et provincial autorisent Northvolt à construire une giga-usine de batterie en Montérégie et leur octroient 7,3 milliards $ de nos impôts, SANS
AUCUNE ÉTUDE ENVIRONNEMENTALE OU SOCIALE.

Northvolt sans BAPE, c'est non !

Événement Facebook

Privatisation de la vente d’électricité : une opération à haut risque pour les ménages québécois

30 janvier 2024, par Collectif — ,
Nous, associations de défense des droits des consommateurs présentes à travers le Québec, exprimons notre profonde préoccupation face au projet de privatisation et de fin du (…)

Nous, associations de défense des droits des consommateurs présentes à travers le Québec, exprimons notre profonde préoccupation face au projet de privatisation et de fin du monopole d'Hydro-Québec sur la vente d'électricité.

Joanie Ouellette, analyste des enjeux économiques et énergétiques, Union des consommateurs
Émilie Laurin-Dansereau, Conseillère budgétaire, ACEF du Nord de Montréal

Alors que de nombreux ménages luttent déjà pour payer leur facture d'électricité, cette privatisation risque de se traduire par une hausse des tarifs pour les consommateurs, et ainsi, d'exacerber la crise actuelle de hausse du coût de la vie.

Impact sur les consommateurs résidentiels

La libéralisation du marché de l'électricité, loin d'être une solution anodine, présente des risques significatifs. Nous pouvons déjà prévoir que la compétition pour les ressources entre Hydro-Québec et les entreprises privées augmentera les coûts de production. En effet, les gisements disponibles pour l'éolien et les cours d'eau pouvant générer de l'hydroélectricité sont limités. Selon son Plan d'action 2035, Hydro-Québec a besoin de 8 000 à 9 000 MW supplémentaires. Si les entreprises privées s'accaparent les meilleurs gisements, Hydro-Québec devra développer cette nouvelle capacité sur des sites moins rentables, ce qui augmentera considérablement les tarifs.

Plusieurs pays ont déjà mis en place un processus de libéralisation de leur secteur de l'électricité. Bien que chaque modèle de marché d'électricité privé soit différent, une tendance ressort : la libéralisation mène à une augmentation drastique des tarifs, en plus de nécessiter des interventions étatiques coûteuses.

En Californie, la libéralisation du secteur de l'électricité a mené à une crise énergétique majeure, marquée par une hausse fulgurante des prix et de longues pénuries. En France, les tarifs d'électricité ont augmenté de 60 %, alors que l'inflation n'était que de 15 %. En Ontario, l'ouverture au privé du marché de l'électricité, dans les années 2000, a, là aussi, conduit à une hausse significative et rapide des prix. Le gouvernement de l'Ontario a été forcé de réagir en réintégrant progressivement des mesures de réglementation et de contrôle des prix de l'électricité.

La hausse des tarifs, un vrai problème

Certains défendent l'idée que les tarifs sont trop bas au Québec. Selon cette logique, il ne serait donc pas grave – voire souhaitable – que les tarifs augmentent afin d'envoyer des signaux-prix incitant les Québécois à réduire leur consommation d'énergie.
Or, cet argument néglige un aspect crucial : l'électricité est un bien à faible élasticité de la demande. En effet, les variations de prix entraînent peu de changements dans la consommation en raison de la dépendance des consommateurs à ce service essentiel. L'électricité répond à des besoins fondamentaux comme le chauffage, l'eau chaude, la cuisson et la conservation des aliments, l'éclairage, etc., limitant ainsi la capacité des individus à ajuster leur consommation. De plus, cette consommation dépend largement de facteurs indépendants de la volonté individuelle, comme les conditions météorologiques ou la performance énergétique des bâtiments et des appareils électroménagers, affectant particulièrement les ménages à faible revenu.

Un ménage sur sept éprouve déjà de la difficulté à payer sa facture d'électricité ou doit effectuer des sacrifices pour y parvenir. En 2023, environ 178 000 ménages ont dû conclure une entente de paiement avec Hydro-Québec pour éviter un débranchement.

Il est donc peu probable que la seule augmentation des tarifs puisse permettre de réduire la consommation d'électricité des Québécois. La conséquence la plus immédiate d'une hausse des tarifs sera d'alourdir une fois de plus le fardeau économique des ménages à faible revenu.

Le gouvernement devrait plutôt envisager l'octroi d'aides pour améliorer la performance énergétique des bâtiments, en ciblant d'abord les logements locatifs. Cette option gagnant-gagnant permettrait de réduire la pression exercée sur Hydro-Québec pour développer sa capacité électrique tout en améliorant la situation des ménages, notamment les plus défavorisés.

De quoi avons-nous réellement besoin ?

Bien qu'une privatisation directe d'Hydro-Québec, par la vente de ses actifs à des acteurs privés, semble peu probable, il y a toutefois un réel risque de libéralisation du secteur de l'électricité, transformant un service public essentiel en une industrie soumise aux fluctuations du marché. Cela met en péril la mission fondamentale d'Hydro-Québec, qui est de fournir aux Québécois l'accès à de l'électricité abordable.

Entreprendre une privatisation sans l'analyse approfondie des conséquences pour les ménages québécois est imprudent. Les associations de défense des droits des consommateurs du Québec se désolent de l'approche actuelle, caractérisée par un manque de transparence et par l'absence de planification intégrée. Nous appelons le gouvernement à ouvrir le dialogue afin de s'assurer de prendre la pleine mesure des risques encourus pour les ménages québécois et de planifier le développement énergétique du Québec avec la communauté civile, non pas pour les industries, mais bien en fonction de l'intérêt des Québécois avant toute autre considération.

Signataires :
ACEF des Bois-Francs
ACEF de l'Est de Montréal
ACEF Estrie
ACEF de Lanaudière
ACEF de Laval
ACEF de la Péninsule
ACEF de Québec
Centre de recherche et d'information en consommation
Coalition des associations de consommateurs
Service d'aide au consommateur de la Mauricie
Service budgétaire Lac-Saint-Jean-Est
Service budgétaire de St-Félicien
Solutions Budget Plus, Sherbrooke
Union des consommateurs

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Un œil critique sur le « documentaire » de Poilievre sur le logement

30 janvier 2024, par Alex Grant — ,
Le chef conservateur propose des mesures qui enrichiront encore davantage les promoteurs et les investisseurs qui ont déjà une mainmise sur l'immobilier au pays. « L'enfer du (…)

Le chef conservateur propose des mesures qui enrichiront encore davantage les promoteurs et les investisseurs qui ont déjà une mainmise sur l'immobilier au pays. « L'enfer du logement », le mini-documentaire de Pierre Poilievre sur la crise du logement, a été visionné des millions de fois sur X (anciennement Twitter) et YouTube.

Tiré de Canadian Dimension

28 décembre 2023 / DE : Alex Grant / Traduction Johan Wallengren

S'étalant sur une quinzaine de minutes, cette vidéo léchée énonce un certain nombre de données statistiques non sans intérêt. La vision de la crise sous un angle capitaliste, libertaire et axé sur l'économie de marché pourrait avoir un attrait pour les segments de la classe ouvrière qui cherchent à comprendre « comment nous en sommes arrivés là et ce que nous pouvons faire pour nous en sortir », selon la formule de Poilievre.

Cependant, même si la vidéo fait le constat du problème, la seule solution proposée est de donner plus de pouvoir aux sociétés du secteur privé et aux promoteurs qui ont profité de la crise du logement (c'est-à-dire du manque de logements) au Canada. Elle s'en prend aussi aux municipalités qui envisagent des solutions de rechange, comme le développement du logement social en particulier. Il importe de battre en brèche les mythes qui émaillent la narration de Poilievre afin de créer un élan en faveur de mécanismes qui peuvent réellement résoudre la crise du logement tout en venant en aide aux travailleurs canadiens ordinaires et aux communautés marginalisées.

Après tout, la question du logement vient seulement d'émerger sur la scène politique canadienne comme un dossier d'importance vitale. Selon un sondage réalisé par Nanos Research, 14 % des Canadiens mettent le logement en tête de leurs préoccupations (seule l'inflation va chercher plus, avec 18 %). En tant que parti au pouvoir aux prises avec cette crise, les libéraux de Trudeau n'ont la confiance que de 16 % des Canadiens qui les voient comme les mieux outillés pour trouver des solutions. Les conservateurs n'ont pas tardé à se saisir de ce dossier en prévision des prochaines élections, qui pourraient se tenir dès l'an prochain.

La thèse de Poilievre

Poilievre, qui est le narrateur de la vidéo « L'enfer du logement », commence par lancer un appel aux jeunes qui font mine d'avoir abandonné l'idée d'être propriétaires d'une maison. Cette rhétorique s'est avérée efficace pour le leader conservateur, qui a fait souffler un « vent de jeunesse » dans les rangs de ses sympathisants, grâce aux gains réalisés parmi les milléniaux et les Canadiens plus jeunes. Par exemple, aux élections de 2015, 45 % des personnes âgées de 18 à 25 ans ont voté pour les libéraux et seulement 20 % pour les conservateurs. Les proportions se sont depuis inversées, puisqu'un sondage réalisé auprès des moins de 30 ans crédite Poilievre de 39 % des intentions de vote, contre 16 % pour Trudeau.

Une donnée statistique s'affiche au début de la vidéo : « 66 % DU REVENU MENSUEL MOYEN POUR LES PAIEMENTS D'UN LOGEMENT MOYEN ». Elle est suivie de commentaires de Poilievre selon lesquels il faut environ 25 ans pour économiser la mise de fonds nécessaire pour l'achat d'une maison à Toronto, la plus grande ville du Canada, alors que le loyer moyen à l'échelle du pays a doublé depuis 2015.

Le fait que Poilievre prenne 2015 comme année de référence n'a rien d'anodin, puisque cette année marque le début du règne de Justin Trudeau en tant que premier ministre.
Il y a huit ans, le loyer moyen d'un appartement à une chambre à coucher était de 973 $, contre 1 871 $ en 2023. Durant la même période, les paiements hypothécaires moyens sont passés de 1 418 $ à 3 562 $ et les mises de fonds minimales, de 22 635 $ à 51 060 $.
Poilievre enfonce le clou avec ces statistiques choquantes, qu'il met en contraste avec les coûts du logement de 2015, qui ne représentaient que 40 % du revenu médian [rappelons cependant que cette proportion de 40 % est nettement supérieure aux 30 % recommandés par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL)].

Déficits, planche à billets et inflation

Après avoir rapidement exposé les faits saillants concernant la crise de l'accessibilité aux logements (et le manque de disponibilité de ceux-ci) au Canada, la vidéo avance une explication quant à la façon dont nous en sommes arrivés là. Or, c'est là que le bât blesse. La première cible de Poilievre est la tendance du gouvernement Trudeau à creuser le déficit public et sa propension à recourir à l'« assouplissement quantitatif », un moyen de créer de la monnaie. Selon les conservateurs, ces techniques ont permis une augmentation de la masse monétaire huit fois plus rapide que la croissance du PIB au cours des trois dernières années, alimentant ainsi l'inflation. Poilievre affiche ensuite ses couleurs de populiste en montrant comment les rachats d'obligations aux fins d'assouplissement quantitatif par la Banque du Canada garantissent de gros bénéfices aux « riches investisseurs dont les relations bancaires leur permettent d'être les premiers servis ».

Le chef conservateur n'a pas tort sur le fond. La croissance de la masse monétaire sans augmentation des biens et services dans l'économie dilue la valeur de la monnaie, ce qui est générateur d'inflation. Mais il se garde bien d'évoquer les autres ressorts de l'inflation, comme le gonflement artificiel des prix. Selon une étude, les bénéfices des sociétés, exprimés en pourcentage du PIB, ont augmenté de 25 % en 2022 par rapport aux sommets atteints avant la pandémie. En termes monétaires, lit-on dans une analyse publiée par Canadiens pour une fiscalité équitable, les bénéfices de 2022 étaient supérieurs de 275 milliards de dollars à ceux de 2019.

D'autres études ont montré que la financiarisation (le processus par lequel les élites économiques acquièrent un plus grand contrôle sur la politique économique) est un moteur particulièrement important de l'augmentation des prix de l'immobilier. En 2020, en Ontario et en Colombie-Britannique, près de 40 % du parc immobilier était détenu par des sociétés ou des investisseurs et spéculateurs possédant plusieurs logements. Poilievre cite des données de la Banque du Canada montrant que les achats de logements par des investisseurs ont doublé en 2021. Toutefois, bien qu'il souligne le rôle des investisseurs dans l'augmentation artificielle du coût du logement, « L'enfer du logement » finit par proposer des mesures qui enrichiront davantage les promoteurs immobiliers et les investisseurs qui possèdent déjà une grande partie du parc immobilier au Canada. Nous y reviendrons.

Ensuite, Poilievre fustige la décision de la Banque du Canada d'augmenter les taux d'intérêt pour brider l'inflation, affirmant que cela ne serait pas nécessaire s'il n'y avait pas de « déficits inflationnistes ». Ce faisant, il simplifie les choses à l'extrême en prétendant que l'équilibre budgétaire ferait baisser l'inflation, ce qui, par ricochet, tempérerait les taux d'intérêt élevés qui font grimper les paiements hypothécaires. Or, un programme d'austérité qui passe par l'atteinte de l'équilibre budgétaire ne permettra en rien de lutter contre l'inflation induite par l'appât du gain. Ajoutons qu'il faudrait attendre longtemps pour voir des effets perceptibles d'une telle manœuvre et que cela reviendrait à ignorer la raison première des déficits.

L'explosion de la dette fédérale du Canada a en grande partie été générée par les programmes d'aide publique de la période de la pandémie, qui ont été largement soutenus par les conservateurs. Les conservateurs ont même réclamé des aides au paiement des loyers et des prêts aux entreprises plus généreux. L'Institut Fraser, avec ses idées très à droite, chiffre le coût des programmes COVID du Canada à 359,7 milliards de dollars. De ce montant, environ 110 milliards de dollars sont allés aux travailleurs au titre de la prestation canadienne d'intervention d'urgence (CERB) et de programmes connexes. Le reste, qui représente l'écrasante majorité de la dette dont Poilievre se plaint, a été distribué sous forme de subventions salariales, de prêts préférentiels et d'autres formes d'aide sociale aux entreprises pour lesquels les conservateurs ont également voté. Si Poilievre voulait être cohérent, il exigerait que les entreprises, en particulier celles qui étaient rentables et qui n'avaient pas besoin d'aide, remboursent les largesses du gouvernement dont elles ont bénéficié pendant la pandémie.

Distorsion des données sur le logement

Poilievre se met ensuite à scruter le retard pris par le Canada en matière de construction de logements. On voit qu'en 1972, alors que le Canada comptait 22 millions d'habitants, 230 000 logements étaient construits chaque année. En 2022, avec une population proche d'atteindre 40 millions d'habitants, nous n'avons construit que 220 000 logements.
La SCHL estime qu'à ce rythme, il manquera 3,5 millions de logements au Canada d'ici 2030. « L'enfer du logement » blâme les taux d'intérêt élevés et la « paperasserie », ces deux facteurs étant amalgamés sous la désignation de « gouvernement ».

Poilievre poursuit en citant une étude de l'Institut C.D. Howe selon laquelle, pour une maison moyenne de Vancouver, il faut ajouter 1,3 million de dollars de dépenses aux coûts de construction. Selon ses termes, ces surcoûts viennent des « barrières administratives », sous-entendu la paperasserie et la bureaucratie gouvernementale.

Or, à la lecture de cette étude, on se rend compte que Poilievre déforme les faits. Selon l'Institut C.D. Howe, « ce qui est mesuré, c'est intrinsèquement l'écart entre les coûts de construction des logements et le coût final pour les acheteurs. On mesure certes un écart, mais on n'analyse pas les dynamiques en jeu. La différence pourrait tout aussi bien s'expliquer par les profits amassés par les entreprises de construction ou les spéculateurs fonciers. Il ressort même de cette étude que certains droits municipaux prélevés pour la construction d'infrastructures locales peuvent en fait redonner de la valeur aux propriétés.

Accusations voilées et attaques contre les municipalités

Les médias de l'extrême droite se plaignent du fait que Poilievre n'a pas adopté l'argumentaire ouvertement raciste consistant à imputer la crise du logement aux immigrés et au « programme d'ouverture des frontières et d'immigration de masse de Trudeau ». Les stratèges conservateurs font sciemment l'impasse sur cette question, car ils se voient gagner du terrain auprès des communautés d'immigrés qui votaient auparavant pour les libéraux. Dans les passages de la vidéo où l'on s'en prend à la bureaucratie et aux barrières administratives, on voit apparaître à deux reprises la mairesse sino-canadienne de Toronto, Olivia Chow. Il est injuste, et pas rien qu'un peu, de s'en prendre à Madame Chow dans un contexte où l'on dénonce la crise du logement, sachant que celle-ci n'est en poste que depuis à peine six mois. On peut raisonnablement supposer qu'elle est ciblée à cause de ses origines ethniques et son appartenance au NPD, qui sont des caractéristiques susceptibles de réveiller l'hostilité de la droite. Si l'on voulait mettre un visage sur l'échec de la construction de logements abordables en Ontario, c'est plutôt Doug Ford qu'il faudrait mettre en exergue.

L'argumentaire de base des conservateurs est que la crise du logement peut être résolue en supprimant les subventions accordées aux « administrations municipales qui bloquent la construction de logements » - subventions qui va selon eux créer une nouvelle couche de bureaucratie.

Des réglementations municipales restrictives en matière de zonage ont certes joué un rôle dans le ralentissement du développement de projets immobiliers, mais les propositions de Poilievre aboutiraient à la suppression d'un grand nombre de programmes mis en place pour rénover et construire des logements sociaux.

Poilievre prévoit prendre en otage 4,5 milliards de dollars de subventions fédérales destinées aux municipalités et ne débloquer les fonds qu'à partir du moment où celles-ci construisent 15 % de logements de plus que l'année précédente. La question de savoir comment les villes et les régions sont censées atteindre cet objectif, alors même qu'elles sont privées des fonds censés les aider à construire des logements et des infrastructures connexes, n'est jamais abordée. Pour ne rien arranger, l'aide fédérale serait suspendue jusqu'à ce que les logements soient prêts à livrer, privant ainsi les municipalités de fonds essentiels pendant des années.
Or, à notre époque, les sociétés immobilières privées au Canada se portent mieux que jamais. Le secteur de la construction résidentielle au pays a en 2021 accru sa rentabilité, qui a progressé de 13,2 % sur l'année, comparativement à 12,5 % en 2020. Le volume du marché de l'immobilier résidentiel a augmenté d'environ 29 % au cours des cinq dernières années, pour atteindre 5,93 billions de dollars américains en 2023, et devrait selon les projections croître à un taux annuel supérieur à 4 % au cours des cinq prochaines années.

Les FPI, ou fiducies de placement immobilier, sont un autre ressort de la crise du logement qui n'est jamais mentionné par Poilievre. Ces fonds privés bénéficient d'un statut fiscal préférentiel et ont généré un rendement moyen de 9,7 % depuis qu'ils sont entrés à la Bourse de Toronto en 1997. Plus de 340 000 logements, soit entre 20 et 30 % de ceux construits spécifiquement aux fins de location, sont détenus par des FPI. L'univers des FPI comprend des logements dont les locataires à faibles revenus ont été évincés pour en reconstruire de nouveaux (« démoviction ») et on y dénote une tendance générale à pousser les loyers à la hausse pour maximiser les bénéfices des investisseurs. Aux côtés des grands fonds de pension et des sociétés de capital-investissement, les FPI se sont emparés de l'immobilier canadien à un rythme alarmant.

Le secteur du logement au Canada est largement dominé par des intérêts privés, ce dont on peut faire le constat sans passer pour un radical. Nonobstant la rhétorique de Poilievre, il importe de comprendre que la crise actuelle est un échec du capitalisme non réglementé. Il est démontrable que la recherche du profit ne s'accommode pas avec le besoin humain fondamental de se loger.

Public ou privé

Le programme des conservateurs en matière de logement, tel qu'il est présenté dans le documentaire vidéo de Poilievre, se concentre principalement sur la maximisation des profits des promoteurs, ignore la domination rampante des conglomérats immobiliers et néglige le besoin urgent d'ajouter davantage d'options abordables ou publiques à l'éventail de logements offerts. Il suffit de regarder ce que voulait faire le gouvernement Ford en Ontario. Celui-ci était prêt à céder une partie des terres protégées autour de Toronto à ses amis promoteurs. Une immense vague de mécontentement dans l'opinion publique a forcé l'abandon de ces plans, mais cela donne une idée de ce qui peut se passer lorsque les garde-corps sont abaissés et que les promoteurs sont autorisés à « construire, construire, construire ».

Une autre proposition de « l'enfer du logement » est la privatisation de 15 % des bâtiments du gouvernement fédéral et de milliers d'hectares de terres fédérales. Le passé nous enseigne que le fait de multiplier les possibilités de profit sans poser de conditions n'entraîne pas la construction de logements bon marché ni de qualité. Au lieu de cela, les spéculateurs vont soit construire des logements de luxe qui rapportent plus, soit garder des terrains en réserve dans l'attente d'un meilleur rendement.

La seule façon dont le régime d'austérité de Poilievre, qui prévoit un budget obligatoirement équilibré, pourrait faire baisser l'inflation et les taux d'intérêt serait un scénario où les réductions de services (qui s'accompagneraient de licenciements) déclencheraient une récession, comme cela s'est produit dans d'autres pays. Le remède serait alors sans nul doute pire que le mal et produirait une hausse du chômage et une baisse des recettes publiques qui feraient augmenter le ratio dette/PIB. Le fait de priver les villes d'un soutien financier essentiel, en particulier à un moment où l'immigration atteint des sommets, ne ferait qu'aggraver les choses.

Doper le capitalisme et les profits des entreprises qui ont présidé à la présente crise n'est pas la solution ; l'histoire nous montre par contre que l'intervention directe de l'État peut être porteuse de solutions clés. Avant les coupes opérées par les libéraux de Chrétien et Martin dans les années 1990, le Canada construisait chaque année environ 16 000 logements sans but lucratif ou coopératives d'habitation. En 1970, plus de 40 000 logements ont été construits par le gouvernement fédéral.

Le logement public et social constitue également un levier permettant d'exercer une pression à la baisse sur les prix du marché privé en agissant comme un concurrent qui tire les prix des logements vers le bas et réduit la pression sur la demande en incitant les gens à se tourner vers le secteur non lucratif. En s'attaquant à de tels programmes, les conservateurs montrent leur propension à permettre aux promoteurs privés d'augmenter les coûts des logements sans craindre une quelconque concurrence publique.

Lors des élections de 2004, Jack Layton, alors chef du NPD, s'est illustré en accusant Paul Martin d'être responsable de la mort de sans-abri à la suite des coupes dans les logements sociaux qu'il a supervisées dans les années 1990 (il a même écrit un livre à ce sujet). Au moment de cette sortie publique, Jack Layton a subi un retour de bâton médiatique, mais l'histoire lui a donné raison. Trente années de déréglementation de l'utilisation des sols, d'accès sans restriction et de subventions aux promoteurs et de marginalisation du secteur public nous ont conduits à la situation critique que nous connaissons aujourd'hui.

Toronto espère construire 65 000 logements à loyer contrôlé d'ici 2030 et la déclaration économique d'automne du gouvernement fédéral prévoit mettre de côté 1 milliard de dollars pour construire 7 000 nouveaux logements abordables. Or, c'est l'équivalent d'une goutte d'eau dans l'océan par rapport aux 3,5 millions de logements que la SCHL estime nécessaire de construire. Et sous un gouvernement Poilievre, même ces modestes mesures pourraient être déclarées « bureaucratiques » et être abolies sans crier gare.

Les conservateurs ont de bonnes chances de remporter les prochaines élections fédérales et à moins d'un revirement, ils pourront alors mettre en pratique leur politique du logement fondée sur le libre marché et le capitalisme libertaire. Mais les cadeaux et incitatifs offerts aux promoteurs privés, quelle que soit leur ampleur, ne sauraient les inciter à construire des logements de qualité décente et à bas prix dont le besoin est si criant. Si les sociétés immobilières peuvent gagner plus d'argent en spéculant, en reportant l'offre et en construisant des logements de luxe, c'est ce qu'elles vont faire. En l'état des choses actuel, on dénombre déjà au Canada 1,3 million de logements vacants utilisés comme des instruments d'investissement spéculatif plutôt que de servir à répondre aux besoins en matière de logement.

Nous ne pouvons pas permettre à Pierre Poilievre de s'approprier la question du logement. Il est essentiel d'accumuler des appuis en faveur de solutions réelles, loin des dogmes du libre marché, pour venir à bout de la crise. C'est la seule façon de mettre fin à l'enfer du logement qui afflige les familles canadiennes.

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“Punition collective” : la suspension des aides à l’UNRWA menace les Gazaouis de “famine”

30 janvier 2024, par Courrier international — , , ,
L'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) est dans la tourmente. Neuf pays ont annoncé suspendre leurs aides à l'agence dont le rôle social et humanitaire est (…)

L'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) est dans la tourmente. Neuf pays ont annoncé suspendre leurs aides à l'agence dont le rôle social et humanitaire est central dans la bande de Gaza. Au cœur de la polémique : des accusations concernant douze employés, soupçonnés d'avoir pris part aux attaques du Hamas le 7 octobre. Si certains journaux soutiennent la décision de suspension des ressources financières, d'autres, notamment dans la presse palestinienne, se montrent très critiques.

Tiré de Courrier international.

Le Japon a emboîté le pas à huit autres pays, dont les États-Unis et la France, en suspendant lui aussi son aide à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), pilier de l'aide humanitaire à Gaza, prise dans la tourmente d'une polémique sur le possible rôle de certains de ses employés dans l'attaque du Hamas, le 7 octobre dernier, en Israël.

Vendredi 26 janvier, l'agence onusienne a déclaré, par la voix de son commissaire général, Philippe Lazzarini, avoir reçu des informations de l'État hébreu sur l'implication supposée de plusieurs de ses employés – douze, selon la presse – dans les attaques du groupe islamiste qui ont fait plus de 1 100 morts israéliens il y a près de quatre mois.

Dans la foulée, plusieurs pays ont annoncé la suspension de toute aide additionnelle à l'UNRWA. Les premiers à prendre cette décision ont été les États-Unis. Puis le Canada, l'Australie et l'Italie ont suivi, et, enfin, le Royaume-Uni, la Finlande, l'Allemagne, la France et le Japon.

“L'UNRWA est aux prises avec le Hamas”

Longtemps dans le viseur d'Israël, l'UNRWA – fondée en 1949 et au service aujourd'hui de 5,9 millions de personnes au Proche-Orient (Liban, Jordanie, Syrie…) – emploie 13 000 personnes à Gaza et constitue l'un des principaux acteurs sociaux et employeurs de l'enclave palestinienne (écoles, structures médicales, ramassage d'ordures, etc.), dont deux tiers des habitants sont des réfugiés.

Dans l'espoir de désamorcer la bombe, Philippe Lazzarini a affirmé le jour même avoir pris la décision “de mettre fin immédiatement aux contrats de ces membres du personnel et de lancer une enquête afin d'établir la vérité sans délai”.

Mais cela n'a pas empêché les suspensions des aides et, dans la presse israélienne et occidentale, même centriste, les soupçons de proximité avec le Hamas et les critiques à l'égard de l'agence se multiplient depuis.

“Le Hamas est le plus grand mouvement politico-socio-religieux et domine tous les aspects de la vie dans l'enclave côtière depuis près de dix-sept ans. L'UNRWA est aux prises avec le Hamas ; il ne pouvait en être autrement”, écrit ainsi Anshel Pleffer dans le quotidien israélien de centre gauche Ha'Aretz.

“Cette agence est la seule qui ne s'occupe que d'un peuple, et dans la bande de Gaza, elle n'a que très peu de personnel international […] Et l'on a souvent raconté que des enfants étaient éduqués à devenir des martyrs”, abonde de son côté le quotidien italien Corriere della Sera.

Selon des fuites des renseignements israéliens, relayées par The Financial Times, l'un des douze employés suspects aurait “kidnappé une femme, un autre saisi le corps d'un soldat tué, tandis qu'un troisième aurait participé aux combats près du kibboutz de Be'eri” entre le Hamas et les Israéliens.

“Neuf d'entre eux travaillaient comme enseignants dans des écoles gérées par l'UNRWA, selon une source proche des renseignements israéliens” citée par le quotidien britannique.

“La famine est désormais inévitable”

Mais au sein de l'ONU, parmi les pays arabes et dans la presse palestinienne, la décision de suspendre le financement est violemment critiquée. Certains médias y voient un complot israélo-américain pour démanteler une agence qui assure, selon eux, non seulement un rôle humanitaire capital mais préserve, de par son existence même, le droit rejeté par Israël au retour des réfugiés Palestiniens.

Il est “extrêmement irresponsable de sanctionner une agence et une communauté entière qu'elle sert en raison d'allégations d'actes criminels contre certains individus”, a réagi le directeur de l'UNRWA qui s'est dit choqué par la suspension des aides des neuf pays. “La plus haute autorité d'enquête du système des Nations unies a déjà été saisie de cette affaire très grave”, a assuré Philippe Lazzarini.

“​​La vie des habitants de Gaza dépend de ce soutien, tout comme la stabilité régionale”, a-t-il souligné, rapporte le site propalestinien situé aux États-Unis Electronic Intifada.

De son côté, Michael Fakhri, rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation, a fustigé la décision, affirmant que “la famine était déjà imminente” à Gaza. Mais avec cette “punition collective” infligée aux Gazaouis pour “les actions présumées d'un petit nombre d'employés”, a-t-il ajouté, “la famine est désormais inévitable”.

Parmi les pays arabes, l'Arabie saoudite, poids lourd régional, a de son côté exhorté “tous les donateurs de l'UNRWA à assumer leurs responsabilités […] humanitaires envers les réfugiés palestiniens à l'intérieur de la bande de Gaza assiégée”, rapporte le journal Asharq Al-Awsat.

“Armes de guerre”

Pour le site Electronic Intifada, il ne fait aucun doute : “Israël utilise plus que jamais la nourriture et d'autres produits de première nécessité comme armes de guerre.”

Même son de cloche du côté du journal palestinien Al-Quds, qui déplore, lui, une stratégie israélienne visant à démanteler l'UNRWA pour des raisons surtout politiques et à visée stratégique. “Il est impossible de séparer la décision rendue [le 26 janvier] par la Cour internationale de justice [qui n'a pas réclamé à Israël l'arrêt immédiat de l'opération militaire à Gaza] et l'offensive orchestrée par Israël et les États-Unis contre l'UNRWA, dont le but est de tenter de […] liquider l'agence onusienne et avec elle la question des réfugiés” palestiniens et de leur droit au retour, écrit le quotidien.

En effet, pour les Palestiniens, l'existence même de l'UNRWA atteste officiellement que leur déplacement reste une question en attente d'être résolue. De son côté, Israël estime qu'autoriser les réfugiés à entrer sur son territoire reviendrait à détruire l'État hébreu et accuse l'UNRWA de laisser croire aux Palestiniens qu'il s'agit d'une possibilité.

En juin dernier devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l'ambassadeur d'Israël auprès de l'ONU, Guilad Erdan, a qualifié l'UNRWA d'“agence destructrice”. Et avait martelé : “L'UNRWA entretient chez les Palestiniens le mensonge selon lequel le monde soutient leur droit au retour. Que ce soit clair, il n'y a pas de droit au retour.”

Courrier international

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