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« C’est trop ! », « Un fardeau ! », « Y a des abus ! » - Québec solidaire, le droit d’asile et l’immigration

6 février 2024, par Camille Popinot — ,
Après avoir méthodiquement coupé le financement des services publics et en chute libre dans les sondages, le gouvernement Legault reprend une recette éculée de la droite la (…)

Après avoir méthodiquement coupé le financement des services publics et en chute libre dans les sondages, le gouvernement Legault reprend une recette éculée de la droite la plus réactionnaire et se lance dans une surenchère xénophobe. Les migrant.es et plus récemment des demandeurs et les demandeuses d'asile en particulier sont systématiquement associé.es à la crise du logement, au débordement des services d'urgence, aux classes d'écoles surchargées, au développement de « groupes criminalisés » etc.

Loin de dénoncer cette instrumentalisation de l'immigration et la persécution des demandeurs d'asile, Québec solidaire, sans vergogne, sans aucune donnée, sans même questionner celles du gouvernement, sans aucun égard pour les obligations internationales du Québec, reprend haut et fort cet argumentaire xénophobe.

« 500 000 travailleurs temporaires », « c'est trop… ce n'est pas raisonnable » affirme ainsi le 25 janvier, le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois . « Le Québec a fait plus que sa part en matière de demandeur d'asile » ; « y a un fardeau.. y a des abus… y a un impact… c'est mathématique…c'est clair, on va se le dire », martèle à son tour, pendant plus de cinq minutes, Guillaume Cliche-Rivard avocat et porte-parole de Québec solidaire en matière d'immigration, lors d'un entretien avec un fervent défenseur des « valeurs québécoises », Mario Dumont, qui opine du chef et boit du petit lait.

Et quelle est la solution de Québec solidaire ? « Notre position n'a pas changé : Québec solidaire réclame depuis longtemps un changement de modèle basé sur des études, et élaboré avec l'appui des expert.es et des groupes » ; tout en affirmant, qu'il ne faut pas dépasser un quota de 80 000 résidant.es permanents par an. Pourquoi ce chiffre ? On ne sait pas.

On sait en revanche que quelques jours plus tard, le 1er février, la Ministre de l'immigration, Christine Fréchette, reconnaissait sur Radio-Canada qu'elle n'avait aucune donnée permettant d'appuyer l'idée d'un quelconque lien entre les demandeurs d'asile et les classes surchargées, par exemple. Dans le même sens, le 5 février, on apprenait que le gouvernement Legault gonflait artificiellement le nombre de demandeurs et demandeuses d'asile au Québec et qu'il n'avait absolument aucune idée de si elles ou ils avaient pu bénéficier de services sociaux du Québec ou si elles ou ils avaient préféré quitter le Québec pour d'autres Provinces, peut-être plus accueillantes.

Pendant ce temps, le Conseil du patronat du Québec, chiffres et études à l'appui quant à lui, relève que « les villes du Québec ayant le plus faible taux d'inoccupation se trouvent en région, là où le pourcentage de population immigrante est le plus bas » et « rappelle que l'immigration est une solution à nos enjeux, et non un obstacle » .

Alors, quand le patronat défend une politique migratoire plus ouverte que le parti qui se prétend le plus à gauche de l'échiquier politique, il semble effectivement plus que temps d'exiger des porte-paroles de Québec solidaire qu'ils fassent des études et qu'ils se renseignent. Cela permettrait peut-être d'éviter qu'ils attribuent sans aucune preuve des responsabilités aux demandeurs et aux demandeuses d'asile et plus largement aux migrant.es dans la crise du logement, dans la surcharge des services publics de santé et d'éducation et surtout qu'ils cessent d'alimenter ce discours xénophobe nauséabond.

A minima, ils pourraient commencer par s'engager à respecter les engagements internationaux et rappeler que les États sont juridiquement tenus d'accueillir les demandeurs et demandeuses d'asile et d'examiner leurs demandes. A minima toujours, ils pourraient revendiquer la résidence permanente à des travailleurs et des travailleuses temporaires éhontément exploité.es, victimes de « discrimination systémique » selon un rapport de 2010 de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse (CDPDJ) et soumis.es à un programme qualifié en 2023, par un rapporteur des Nations Unies, comme « un terreau pour des formes d'esclavage modernes ».

Après, si un parti de gauche souhaitait développer une politique d'immigration « de gauche », on rappellera que la régularisation des personnes sans statut, la libre circulation, l'ouverture des frontières, la lutte contre la xénophobie et la solidarité internationale ont fait partie, historiquement, des critères pour se revendiquer de gauche.

Camille Popinot

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Un tournant : le Canada et le jugement de la Cour internationale de justice sur un génocide à Gaza

6 février 2024, par Derek Sayer — , ,
Le 26 janvier la Cour internationale de justice a émis un jugement intermédiaire en réponse à la poursuite de l'Afrique du sud contre Israël qui l'accuse de génocide à Gaza. Ce (…)

Le 26 janvier la Cour internationale de justice a émis un jugement intermédiaire en réponse à la poursuite de l'Afrique du sud contre Israël qui l'accuse de génocide à Gaza. Ce jugement exige qu'Israël cesse les attaques militaires contraires à la loi internationale, prenne des mesures immédiates pour que l'aide humanitaire soit distribuée aux civils.es palestiniens.nes de l'enclave.

Derek Sayer, professeur émérite de l'Université d'Alberta et Fellow de la Société royale de Canada
Canadian Dimension, 30 janvier 2024
Traduction, Alexandra Cyr

Note : Dans ce texte le # suivi d'un nombre correspond aux articles du jugement de la CIJ. L'utilisation du terme UNRWA est choisi plutôt que le nom Français de l'agence en concordance avec cette utilisation courante dans les grands médias. A.C.

En moins de 48 heures le Canada et d'autres « démocraties occidentales » ont cessé leur financement à l'UNRWA, l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés.es de Palestine dans le Proche Orient, l'organisation dont dépend Gaza pour l'aide effective dont elle a besoin.

C'est un tournant dans l'histoire moderne : ce sont bien les auteurs.es des « règles de base de l'ordre international » sorties des cendres de la deuxième guerre mondiale qui leur donnent le coup de grâce, non ses ennemis. On lance les gants et retire les masques.

Le jugement de la CIJ

Trouvant que la « situation humanitaire catastrophique dans la bande de Gaza est dans un sérieux risque de détérioration à l'avenir » (#72), la Cour impose à Israël l'application de « six mesures provisoires » afin de « préserver … les droits des Palestiniens.nes de Gaza, qui préviennent des actes de génocides à leur égard et d'autres actes interdits associés » (#59). Le jugement insiste « qu'il y a urgence, dans le sens qu'il existe un réel risque imminent que des préjudices irréparables soient infligés aux droits, que le tribunal le pense plausible avant que sa décision finale ne soit émise » (#74, italiques par l'auteur).

Certaines mesures parmi d'autres :

• « Prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir a) la mort des membres du groupe, b) de causer de sérieux effets sur la santé physique et mentale des membres du groupe, c) de délibérément infliger au groupe des conditions de vie en vue de le mener à sa destruction physique en tout ou en partie, d) d'imposer des mesures pour empêcher les naissances dans le groupe » (#79).

• « S'assurer immédiatement que les forces armées ne commettent aucun des actes ci-haut décrits ». (#79)

• « Prendre immédiatement des mesures effectives pour rendre la distribution urgente des services de base et d'assistance humanitaire pour contrer toutes les circonstances menaçant la vie des Palestiniens.nes de la bande de Gaza ». (#80. Italiques de l'auteur).

Même si la Cour n'a pas les moyens de faire appliquer ces injonctions, elle les impose à tous les pays qui ont accepté sa juridiction, dont Israël et le Canada.

La Cour internationale de justice (CIJ) a été créée en 1946. Elle est le tribunal principal des Nations Unies et la Cour du plus haut niveau au monde pour juger des disputes entre pays. Les mesures (décrites ici) ont été votées à majorité de 16 contre un ou 15 contre deux par les (19) juges de la CIJ qui ont été élus.es par l'Assemblée générale des Nations Unies et son Conseil de sécurité. Plusieurs viennent de pays dont les gouvernements ont soutenu Israël jusqu'à maintenant dans son conflit avec le Hamas dont les États-Unis, l'Allemagne, la France et l'Australie. Des ministres de haut rang du gouvernement israélien ont accusé la CIJ d'antisémitisme ; c'est proprement risible. Malgré que nous nous sommes habitués.es à ce que ceux et celles qui soutiennent Israël, qui ont fait de ce terme une arme, y masquent absolument toutes les critiques à l'État d'Israël et ses agissements à Gaza.

La réponse du Canada au jugement de la CIJ

Le jour même de la publication de ce jugement, la ministre des affaires étrangères du Canada, Mme Mélanie Joly, a répondu au nom du gouvernement par un bref communiqué : « Le Canada soutient le rôle critique de la CIJ dans le règlement pacifique des disputes et son travail pour le maintien des règles de base de l'ordre international. Notre soutien à la CIJ ne veut pas dire que nous acceptons, dans ce cas, les prémices de la cause apportées par l'Afrique du Sud … Le Canada va continuer à soutenir Israël, son droit à l'existence et de se défendre en observance de la loi internationale … le Canada demeure profondément préoccupé par la crise humanitaire à Gaza et les sérieux impacts qu'elle a sur les civils.es palestiniens.nes ».

Ce message contient bien des aspects préoccupants. Le Canada soutient la CIJ ; cela va de soi puisqu'il est sujet à sa juridiction. Il est correct de dire « notre soutien … ne veut pas dire que nous acceptons les prémices de la cause portée par l'Afrique du Sud » jusqu'au moment où la décision finale du tribunal est en faveur de l'Afrique du Sud. Le Canada est obligé de l'appliquer qu'il soit d'accord ou non. La raison pour introduire cette phrase n'est autre que de jeter un doute sur la validité des décisions intérimaires de la CIJ sans remise en cause explicite.

Le communiqué affirme « Qu'Israël a droit à l'existence et à se défendre en respectant la loi internationale » alors que rien ne dit le contraire dans le jugement. Mme Joly nous éloigne de la seule préoccupation de la Cour qui doit établir si Israël commet ou non un génocide à Gaza, et nous centre sur la façon qu'a Israël de présenter ses actions comme des actes de légitime défense. En même temps, le communiqué passe allègrement sur ce que le jugement reconnait comme « plausible » (#54,66,74), soit, que les actes d'Israël aient enfreint la loi internationale et dépassé ce qui est permis par la légitime défense.

En plus, le communiqué insiste pour statuer que « rien ne peut justifier les brutales attaques du Hamas du 7 octobre dont le nombre effarant de pertes de vies, les actes de violences haineux perpétrés sur les personnes attaquées, dont les violences sexuelles ». Il est fort probable que le Hamas ait commis des crimes de guerre haineux le 7 octobre mais, plusieurs des pires mentionnés, dont les violences sexuelles ne sont toujours pas attestées. Mais, encore une fois, ça n'a rien à voir puisque le jugement porte sur Israël et non sur le Hamas ; ce n'était pas lui qui était jugé. C'est typique des gouvernements et des médias occidentaux : ils l'ont répété depuis l'attaque du 7 octobre pour justifier ou éloigner l'attention accordée à la réponse d'Israël par ses actions à Gaza.

Plus important encore, le communiqué de Mme Joly ne fait aucune mention (italiques de l'auteur n.d.t) des mesures provisoires imposées par le tribunal, à part qu'il souligne qu'Israël et le Hamas doivent « faciliter un accès rapide et sans faille aux secours humanitaires pour les civils.es ». Au contraire, on ajoute des conditions à ce à quoi la CIJ oblige Israël, soit d'immédiatement et sans conditions, de mettre en place un « cessez-le-feu durable » durant lequel, « le Hamas doit libérer tous les otages et cesser de faire des civils.es palestiniens.nes des boucliers humains et déposer les armes ». Que la Cour exige « qu'Israël (lui) soumette, dans un mois, un rapport sur toutes les mesures prises pour respecter ces directives » souligne à quel point elle attache de l'importance à l'immédiateté de ces mesures provisoires. (#82).

Même si elle proclame que le Canada soutien le processus de la Cour, en pratique, Mme Joly fait fi de l'aspect contraignant du jugement temporaire qui résulte du processus et des informations sur lesquelles il repose.

Comment cela peut-il être en phase avec le soutien du Canada « aux règles de base sur lesquelles repose l'ordre international » ?

La catastrophe humanitaire à Gaza

Dans son sommaire, la CIJ ne laisse aucun doute sur « la situation catastrophique à Gaza » (#72).

La Cour considère que la population civile de la Bande de Gaza demeure extrêmement vulnérable. Elle rappelle que les opérations militaires qu'Israël a menées après le 7 octobre 2023 ont résulté en fait en des dizaines de milliers de morts et de blessés.es, dans la destruction d'habitations, d'écoles, de centres médicaux et autres infrastructures vitales comme au déplacement massif de personnes … En ce moment, plusieurs Palestiniens.nes de la bande de Gaza n'ont pas d'accès aux plus importants équipements de base : la nourriture, l'eau potable, l'électricité, les soins médicaux essentiels et au chauffage (#70).

Le jugement cite des données des Nations Unies qui montrent qu'entre le 7 octobre et le 26 janvier (courant) 26,083 Palestiniens.nes ont été tués.es par les attaques israéliennes à Gaza. 70% de ces personnes étaient des femmes et des enfants. Des milliers de plus manquent à l'appel et sont probablement sous les débris. Durant la même période, 64,487 personnes ont été blessées et 1 million 700 mille déplacés.es de façon permanente. Plus de 60% des habitations de Gaza ont été détruites ou endommagées de même que 378 installations éducatives, 161 mosquées et 122 ambulances. Seuls 14 des 36 hôpitaux de Gaza n'ont pas été totalement détruits et fonctionnent partiellement.

La CIJ était particulièrement préoccupée par les risques imminents de famine puisqu'Israël poursuit son blocus qui ne laisse passer que très peu d'aide :

93% de la population de Gaza fait face à un niveau critique de famine puisqu'il manque de nourriture de même qu'à un haut niveau de mal nutrition ; c'est sans précédent. Au moins un ménage sur 4 vit dans des conditions catastrophiques : avec la faim dû à un manque extrême de nourriture, a dû vendre ses biens et prendre d'autres mesures extrêmes. La famine, le dénuement et la mort sont évidents (#48).

Depuis ce moment, la situation humanitaire s'est encore aggravée. Le 29 janvier, on dénombrait au moins 26,637 personnes décédées et 65,387 blessées par les attaques Israéliennes sur Gaza depuis le 7 octobre. Des centaines sont probablement morts.es depuis le jugement de la Cour. Le carnage continue sans indications qu'Israël se soumettra aux obligations imposées par la CIJ, soit de cesser la tuerie ou que le Canada lui demandera de le faire.(Italiques de l'auteur n.d.t.)

L'attaque contre l'UNRWA

Le jour même où la CIJ émettait son jugement, le chef de l'UNRWA, M. Philippe Lazzarini, annonçait qu'en réponse aux allégations d'Israël à l'effet que certains.es de ses employés.es auraient participé à l'attaque du Hamas le 7 octobre, il avait : « en vue de protéger les capacités de l'agence à distribuer l'aide humanitaire, pris la décision d'immédiatement mettre fin aux contrats de ces employés.es et lancé une enquête afin d'établir la vérité sans délai ». Le Secrétaire des Nations Unies, M. A. Guterres, a confirmé que 12 de ces employés.es étaient accusés.es par Israël.

Le moment choisi pour cette annonce par Israël, laisse fortement penser qu'il s'agit de sa part d'une manœuvre de diversion pour éloigner les regards du jugement de la CIJ mais aussi, possiblement des conséquences d'un potentiel génocide.

Avec les États-Unis, le Royaume Uni, l'Australie, la Nouvelle Zélande, le Japon, l'Allemagne, l'Italie et quelques autres pays européens, le Canada a répondu à M. Lazzarini en annonçant la suspension immédiate de son financement à l'agence. Donnons crédit à l'Irlande, l'Écosse, l'Espagne, le Luxembourg et la Norvège pour avoir refusé ce boycott. M. Lazzarini était atterré : « Il est choquant d'apprendre ces suspensions de financement en réaction aux allégations contre un petit nombre de membres de notre personnel. Spécialement, étant donné la décision immédiate de l'UNRWA de mettre fin à leurs contrats et de demander une enquête indépendante et transparente…

L'UNRWA est la première agence humanitaire à Gaza. Elle dessert environ 2 millions de personnes qui en dépendent pour leur survie. Beaucoup ont faim alors que le signal de la famine sonne. L'agence donne des refuges à plus d'un million de personnes, de la nourriture et les soins de santé primaires même lors de la plus haute intensité des hostilités…

Il serait immensément critiquable de sanctionner l'agence et toute la communauté qu'elle dessert à cause d'allégations d'actes criminels commis par quelques individus spécialement en temps de guerre et de crises politiques dans la région ».

21 ONGs, dont Oxfam et Save the Children, on écrit pour dire qu'elles « sont profondément préoccupées et outragées (de voir) quelques-uns des plus importants donateurs s'être unis pour suspendre leur financement à l'UNTWA … (cela) va avoir un impact sur l'assistance vitale pour plus de 2 millions de civils.es, dont la moitié sont des enfants, qui comptent sur son aide à Gaza ».

Leur déclaration conjointe note en plus :

152 membres du personnel de l'UNRWA ont été tués.es. L'UNRWA a vu 145 de ses installations endommagées par les bombardements. Elle est la plus importante agence humanitaire à Gaza et son assistance humanitaire ne peut être remplacée par aucune autre agence qui s'y trouve. Si, ces suspensions ne sont pas retirées, nous feront face à un effondrement total de la réponse humanitaire déjà réduite à Gaza.

Le moment des monstres

Avec ce châtiment barbare imposé à 2,2 millions de déplacés.es Palestiniens.nes désespérés.es qui survivent sous les bombardements incessants d'Israël, à cause d'allégations de crimes commis par une douzaine des employés.es de l'UNRWA qui en comptent 13,000 à Gaza, nous sommes devant une parfaite métaphore de l'obscénité de la guerre.

Selon les données officielles d'Israël, le nombre exact de morts lors de l'attaque du Hamas le 7 octobre, était de : « 695 civils.es israéliens.nes dont 36 enfants, 373 membres des forces de sécurité et 71 étrangers.ères pour un total de 1,139 décès ». Ce nombre comprend 2 bébés. (N'en déplaise aux nombreux reportages à propos d'allégations de « 40 bébés décapités » qui n'ont pas encore été complètement démenties).

Les médias israéliens rapportent qu'un nombre inconnu mais substantiel de ces morts seraient le fait de tirs amis à cause soit des conditions chaotiques du 7 octobre ou de l'application du Protocole Hannibal qui autorise de prendre tous les moyens nécessaires, dont les tirs, pour prévenir la prise d'otages par l'ennemi. À la fois, les témoignages oculaires et les preuves visuelles (les édifices détruits, les véhicules brûlés) suggèrent que plusieurs des morts dans les Kibboutz de Be'eri et au festival de musique Nova, ont été causées par des armes aériennes ou des obus tirés par des tanks que le Hamas ne possède pas. Quelques-unes des pires images (de ce massacre), ont été utilisées par la propagande israélienne.

Nous ne connaîtrons probablement jamais toute la vérité à propos du 7 octobre. Mais la monstrueuse disproportion de la réponse israélienne n'est pas remise en doute. Pour chaque individu tué en Israël le 7 octobre, 23 Palestiniens.nes l'ont été à Gaza ; pour chaque civil.e israélien.ne tué.e le 7 octobre, 77 Palestiniens.nes l'ont été à Gaza. Mais nous vivons au temps des monstres, quand le vieux monde se meurt alors que le nouveau, peine à naître.

Je ne comprends pas quel pourrait être l'intérêt du Canada à s'associer à ce que peuvent, de façon plausible, être des actes génocidaires de la part d'Israël à Gaza. Nous avons refusé de nous associer aux États-Unis dans sa guerre au Vietnam et à la guerre en Irak en 2003. Qu'est-ce qui est si différent en ce moment ? Qu'y a-t-il de si particulier à propos d'Israël qui nous permette de défier la CIJ et d'affaiblir les règles de base de l'ordre international alors que nous devons les protéger ? Nous avons agi autrement lors de causes semblables devant la CIJ, dans les cas du Myanmar et de l'Ukraine.

Je ne prétends pas avoir les réponses (à ces questions). Mais je crains fort qu'elles reposent dans le racisme profond qui accorde implicitement moins de valeur à la vie des Palestiniens.nes, des Arabes et des Musulmans.es qu'à celle des blancs.hes. Le contraste de la réponse du gouvernement Trudeau à la guerre en Ukraine et à celle de Gaza est glaçante. Mais, comme Israël et les États-Unis, le Canada est un colonisateur qui construit sur la dépossession de ses habitants.es indigènes. Quand tombent les masques …..

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Le Parti Québécois et Québec solidaire : des frères ennemis ?

6 février 2024, par Jean-François Delisle — , ,
Dans le texte publié la semaine dernière et intitulé : "Les solidaires à la croisée des chemins", Balint Demers reprend le même vieux thème du lien entre indépendance et (…)

Dans le texte publié la semaine dernière et intitulé : "Les solidaires à la croisée des chemins", Balint Demers reprend le même vieux thème du lien entre indépendance et socialisme démocratique (ou social-démocratie).

Il propose une alliance informelle et ponctuelle, bref un rapprochement entre le Parti québécois et Québec solidaire. Selon lui, seule cette entente sur une base souverainiste et social-démocrate serait susceptible de redonner de la vigueur à Québec solidaire qui formerait une sorte de front commun avec le Parti québécois.

À première vue, cette stratégie est logique et pourrait porter ses fruits. Mais l'auteur prend pour acquis la vérité du virage "social-démocrate et écologique entamé sous Jean-François Lisée puis confirmé et clarifié sous PSPP".

Il n'entre pas dans mes intentions de commenter en détails toutes les propositions et suggestions de Balint Demers. Il me paraît avoir raison sur un certain nombre de critiques comme l'adoption par la direction du parti des thèses de la gauche libérale américaine et son opposition à la loi 21 et se tromper sur d'autres. Je vais plutôt me livrer à une remise en perspective historique de l'évolution du Parti québécois et du Québec solidaire.

Il faut d'abord corriger une erreur de sa part. Contrairement à ce qu'il affirme, le Parti québécois ne s'est pas rallié au néolibéralisme à partir de Lucien Bouchard, premier ministre de 1996 à 2001. L'adhésion du cabinet péquiste à ce courant idéologique et aux politiques sociales restrictives qui en découlent remonte au second et dernier mandat de Lévesque (1981-1985). Elle est donc ancienne. Pour résumer, René Lévesque avait donné le pouvoir aux éléments conservateurs du parti après le scrutin d'avril 1981. Son gouvernement a par conséquent coupé massivement et arbitrairement dans les dépenses publiques pour compenser la baisse des paiements de transfert fédéraux et affronter la récession de 1982-1984. Il s'est mis à tenir un discours néoconservateur pour justifier ce changement de cap dont l'ampleur et la brutalité ont surpris bien des gens. À partir de 1982, il n'a plus défendu la social-démocratie que du bout des lèvres. Il en a résulté une impopularité croissante du gouvernement péquiste. Il a rompu avec ses alliés traditionnels (les centrales syndicales et les groupes communautaires) pour tenter de se rallier le monde des affaires, un vieux rêve de Lévesque et d'une partie de sa garde rapprochée. S'il a bien réussi la première partie de l'opération, la seconde connut un échec monumental.

À la suite de ce qu'on a appelé "le rapatriement de la constitution" en 1982 par le gouvernement libéral fédéral de Pierre-Elliott Trudeau malgré l'opposition du Québec et surtout du marasme économique qui sévissait, Lévesque a du démissionner en 1985 dans le discrédit général. Il avait perdu la confiance de plusieurs de ses députés, qui sentaient leur réélection menacée. Pierre-Marc Johnson l'a remplacé au pied levé, ce qui n'épargna pas la défaite du gouvernement péquiste au scrutin tenu cette année-là. Les libéraux de Robert Bourassa le remplacèrent.

Les gouvernements du Québec qui se sont par la suite succédé ont tous plus ou moins suivi la même voie socio-économique, reprenant les thèmes néolibéraux comme l'avait déjà fait René Lévesque : austérité, équilibre à tout prix des finances publiques, survalorisation du privé dans l'économie, précarisation croissante du marché de l'emploi et j'en passe. Lucien Bouchard n'a fait que continuer dans cette veine.

C'est en réaction contre cette orientation néo-conservatrice que la gauche sociale s'est regroupée pour former d'abord l'Union des forces populaires (l'UFP) en 2002 et ensuite Option citoyenne en 2004. Les deux ont fusionné en 2006 pour donner Québec solidaire.
Ayant participé à la mise sur pied de l'UFP je me souviens que l'objectif premier du parti n'était pas l'indépendance mais une forme de socialisme démocratique. Québec solidaire une fois mis au monde a immédiatement fait sien l'objectif souverainiste. C'est en 2011 que fut intégré un projet d'assemblée constituante, ouvert à toutes les tendances (y compris fédéralistes), qui devait rédiger une constitution pour le Québec, laquelle serait soumise à la population par voie de référendum et qui servirait éventuellement de base de discussion avec Ottawa. Cette décision me semblait plus rassembleuse que l'adoption d'une orientation indépendantiste. En mai 2017, le parti a décidé de ne soumettre à la population qu'un projet indépendantiste (sous l'influence d'Option nationale dont les militants avaient "pacté" l'assemblée qui devait décider de la nature du projet à proposer aux gens).

Mais selon les sondages, une majorité de membres de QS ne sont pas souverainistes, ou du moins n'accordent pas la priorité à cet objectif, ce qui explique les contorsions de sa direction sur ce sujet.

Sur ce plan, le Parti québécois présente l'avantage de la clarté. Par contre, pour ce qui regarde son "virage social-démocrate et écologique", il faut se rappeler qu'il a l'habitude de jouer sur les mots. Il s'est toujours prétendu progressiste tout en justifiant des politiques rétrogrades par les présumés nécessaires sacrifices que travailleurs et travailleuses devaient accepter afin de sauvegarder la capacité de redistribution de l'État... Présentement, sous PSPP, le Parti québécois tente de revamper son image de parti de gauche. Mais dans quelle mesure peut-on prendre ce virage au sérieux ? Ça reste à voir.

Un examen rétrospectif s'impose à ce point de mon exposé au sujet de ce qu'on appelle "la gauche". Il faudrait plutôt parler "des gauches". On en distingue trois au Québec.

1- Une gauche nationaliste, indépendantiste mais dont tous les membres ne sont pas à gauche sur le front social ;
2- Une gauche sociale, surtout syndicale et communautaire mais dont tous ne sont pas indépendantistes ;
3- Une gauche culturelle (artistes, chansonniers, comédiens, etc)..

Fin des années 1960 et début de la décennie suivante, à la faveur de la fièvre souverainiste alors montante, l'ensemble des deux dernières gauches a rejoint le camp souverainiste, non sans esprit critique vis-à-vis de la direction péquiste, ce qui explique les tiraillements qui ont marqué l'histoire de cette formation politique. Mais elles ont fortement contribué à la doter d'un programme très social-démocrate, plus que ne l'aurait souhaité Lévesque. Si celui-ci était un grand réformateur d'État, c'était moins le cas sur le plan social. Là-dessus, il nichait plutôt au centre-droit.

Ces trois gauches ont donc toujours malaisément cohabité au sein du Parti québécois. Notoirement, durant la décennie 1970, la plupart des artistes étaient indépendantistes mais pas forcément péquistes, en dépit du charisme que dégageait René Lévesque.

Au cours de la décennie suivante, ce front souverainiste a éclaté vu le virage à droite imprévu de la direction péquiste. La quasi victoire du OUI à la souveraineté-association lors du référendum d'octobre 1995 n'a pas changé grand chose à cette perte de confiance de plusieurs alliés du Parti québécois. La désillusion de plusieurs militants communautaires et syndicaux à l'endroit du gouvernement péquiste mené par Lucien Bouchard a été le déclencheur du processus qui a mené à la fondation de Québec solidaire. Quant aux artistes, ils se sont peu à peu éloignés de l'idéal indépendantiste et du parti qui l'incarnait, d'autant plus que celui-ci a pratiquement cessé d'en parler après l'arrivée au pouvoir de Lucien Bouchard en 1996. Ancien ministre fédéral dans le cabinet conservateur de Brian Mulroney, il a beaucoup plus traité d'équilibre des finances publiques que d'émancipation nationale...

Donc, les groupes de gauche se sont éloignés du PQ pour l'évident motif d'une confiance trahie à plusieurs reprises par ce dernier. Sous le leadership de Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP), il a recouvré de la force il faut l'admettre, mais même une victoire électorale en 2026 ne constituerait pas le gage de celle du OUI à la souveraineté lors d'un hypothétique troisième référendum.

J'en arrive au coeur de ma démonstration, si je puis m'exprimer ainsi. Contrairement à l'idée courante qui prévaut dans les milieux indépendantistes, souveraineté et progrès social ne vont pas automatiquement de pair.

Tout débat majeur sur l'indépendance reléguerait au second plan celui du type de société que nous voulons. Il s'agit là de deux discussions distinctes. Si une majorité de Québécois et de Québécoises apportait son appui à la souveraineté lors d'un autre référendum, une crise majeure éclaterait nécessairement entre Québec et Ottawa. En effet, Ottawa, le Canada anglais (et indirectement Washington) ont des intérêts énormes à défendre au Québec ; la classe politique et bureaucratique fédérale (francophone comme anglophone), sauf le Bloc québécois bien sûr ne lâcherait pas le morceau facilement. S'ouvrirait alors une longue et cahoteuse période de transition marquée par des négociations corsées entre délégués québécois et fédéraux ; on remarquerait toutes sortes de pressions, de manoeuvres d'intimidation et de chantage d'Ottawa à l'égard de Québec, car l'accession du Québec à la souveraineté signifierait la reconfiguration en profondeur des arrangements constitutionnels, politiques et commerciaux qui encadrent le fonctionnement du Canada ; elle entraînerait aussi son affaiblissement marqué sur la scène internationale. Paul Saint-Pierre Plamondon et Gabriel Nadeau-Dubois (comme avant eux René Lévesque) misent beaucoup sur "l'esprit démocratique" d'Ottawa pour mener à bien, sans trop de secousses, les négociations sur le rapatriement des pouvoirs à Québec. Mais l'importance des enjeux en cause amènerait le gouvernement fédéral à mettre pas mal d'eau dans son "vin démocratique". Il n'est pas certain que ces deux leaders indépendantistes ont l'étoffe nécessaire pour gagner une lutte serrée qui s'annonce intense.

Pour préserver les équilibres budgétaires et financiers élémentaires, un gouvernement indépendantiste quel qu'il soit devrait couper dans les dépenses publiques à un degré encore inégalé. Affirmer cela n'équivaut pas à pratiquer le terrorisme psychologique, mais à regarder la réalité bien en face. Réaliser la souveraineté-association exigerait beaucoup de la part des Québécois et Québécoises.

Certes, un Québec plus ou moins indépendant émergerait de cette difficile période de transition, si la majorité de sa population tenait le coup. À court terme, il serait exsangue sur le plan financier. Les beaux projets de justice redistributive se trouveraient remis à un avenir assez lointain.

Associer étroitement indépendance, justice sociale et protection de l'environnement ne va pas de soi. Il faut cesser de rêver en couleurs.

On peut choisir de mousser l'indépendance, mais comme le disait le défunt Pierre Bourgault : "Le Parti québécois a le devoir de ne rien cacher à la population."

Il est impossible pour un parti politique qui se veut important de ne pas prendre en compte la question nationale. La position de 2011 avancée par Québec solidaire d'une assemblée constituante ouverte à toutes les tendances me semble plus porteuse que son indépendantisme ambigu et hésitant actuel.

Lorsqu'une majorité de membres ne partage pas l'orientation officielle de la direction, des louvoiements de sa part sont inévitables et nuisent à la limpidité de sa démarche. Qui en profite alors ? La Coalition avenir Québec perd beaucoup de membres par les temps qui courent, mais ils rejoignent en grande majorité le Parti québécois. Québec solidaire n'en profite guère, ce qui augure mal pour son avenir. Il devrait demeurer fidèle à sa vocation initiale : réinventer la social-démocratie, sans pour autant balancer ce qu'on nomme la question nationale. Exactement l'inverse de la démarche péquiste actuelle. Ses chances de succès augmenteraient s'il acceptait de corriger des erreurs de parcours comme celles identifiées par Balint Demers. Il serait alors en meilleure posture pour faire des alliances formelles ou informelles avec le Parti québécois. Si la réalisation de la souveraineté constitue la raison d'être du Parti québécois, celle de réinventer la social-démocratie justifie l'existence de Québec solidaire. Si ce dernier décide de s'allier au PQ, dans les conditions actuelles, il n'est pas certain qu'il aurait la force de le tasser. Il serait peut-être réduit au rôle de petit frère de l'aîné souverainiste...

Jean-François Delisle

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Les membres de la coalition Sortons le gaz réclament une approche ambitieuse pour décarboner l’ensemble des bâtiments du Québec

6 février 2024, par Association québécoise des médecins pour l'environnement, Coalition Sortons le gaz !, Greenpeace Canada, Nature Québec — , ,
Des représentant(e)s de la coalition Sortons le gaz ! seront à l'Assemblée nationale aujourd'hui à 15 h afin de présenter leur mémoire dans le cadre des consultations (…)

Des représentant(e)s de la coalition Sortons le gaz ! seront à l'Assemblée nationale aujourd'hui à 15 h afin de présenter leur mémoire dans le cadre des consultations particulières sur le projet de loi n° 41 – Loi édictant la Loi sur la performance environnementale des bâtiments et modifiant diverses dispositions en matière de transition énergétique et de réagir à la volonté du gouvernement d'encadrer le gaz dans les bâtiments. Accueillant favorablement ces propositions, les membres de la coalition ont tout de même plusieurs préoccupations quant au niveau d'ambition énoncé et s'inquiètent des impacts potentiels que pourraient avoir ces mesures sur les nombreuses municipalités engagées dans la décarbonation des bâtiments.

Alors que le gouvernement du Québec vient d'annoncer son intention d'encadrer le gaz dans les bâtiments, la coalition insiste sur l'importance d'inclure tous les bâtiments existants et futurs du parc immobilier du Québec dans sa stratégie de décarbonation, et d'exclure les fausses solutions telles que la biénergie électricité-gaz ou le gaz de source renouvelable (GSR) qui devraient être réservés à certains cas bien précis.

Les membres de la coalition sont aussi d'avis que le ministre doit permettre aux municipalités qui le souhaitent d'adopter des règlements plus ambitieux que la norme nationale qui sera établie en matière de performance environnementale.

« La volonté du gouvernement du Québec d'encadrer le gaz et l'efficacité énergétique des bâtiments est une excellente nouvelle. Toutefois, si l'ambition n'est pas au rendez-vous, si les mauvaises solutions sont retenues ou si le cadre proposé vient annuler ou restreindre les initiatives municipales de décarbonation des bâtiments, le Québec passera à côté de l'objectif », déclare Marie-Noëlle Foschini, coordonnatrice de la coalition.

« Même si le projet de loi 41 présente des avancées intéressantes en matière d'efficacité énergétique, c'est trop peu trop tard. Nous aurions applaudi ce projet de loi il y a 15 ans, alors qu'il faut aujourd'hui aller beaucoup plus loin pour réellement décarboner les bâtiments du Québec. Nous suivrons donc de près l'intention annoncée aujourd'hui par le ministre Charette d'encadrer d'ici peu l'utilisation du gaz dans le secteur des bâtiments », affirme Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec.

« En proposant des demi-mesures, le gouvernement continue de souffler sur les braises de la crise climatique et alimente les événements climatiques extrêmes comme les feux de forêts records de l'an dernier. Le gouvernement doit décarboner beaucoup plus rapidement les bâtiments et abandonner les fausses solutions comme le gaz fossile et le gaz naturel renouvelable au profit de l'efficacité énergétique et des solutions 100% électrique. Les solutions pour réduire la consommation d'énergie et sortir le gaz des bâtiments sont économiquement avantageuses et ont démontré leur efficacité » a déclaré Patrick Bonin responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada

« Décarboner est important pour la réduction des GES, qui ont des impacts sur la santé humaine, et pour la réduction des problèmes de santé relatifs à la qualité de l'air, dans les bâtiments existants et nouveaux. Car les bâtiments et les équipements fonctionnant au gaz ont des effets sur la santé de plus en plus connus et reconnus, et d'autant plus chez les plus vulnérables, comme les enfants (dont le système respiratoire est en développement) et les personnes atteintes de problèmes respiratoires chroniques ou qui peuvent le devenir », souligne Patricia Clermont, coordonnatrice de l'Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME)

Lors des consultations particulières, la coalition sera représentée par Marie-Noëlle Foschini, coordonnatrice de la coalition Sortons le gaz !, Patricia Clermont, coordonnatrice pour l'Association québécoise des médecins pour l'environnement (AQME), Alice-Anne Simard, directrice générale de Nature Québec, et Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.

Lien vers le mémoire de la coalition

Le modèle économique de la CAQ ou le refus de s’engager vers une véritable bifurcation écologique

6 février 2024, par Réseau Militant Écologiste de Québec solidaire (RMÉ-QS) — , ,
Le premier ministre François Legault se disait ému en annonçant le plus grand investissement privé dans l'histoire du Québec, celui de la compagnie suédoise Northvolt. Il faut (…)

Le premier ministre François Legault se disait ému en annonçant le plus grand investissement privé dans l'histoire du Québec, celui de la compagnie suédoise Northvolt. Il faut dire que les gouvernements fédéral et québécois lui avaient construit un pont d'or, subventionnant cette entreprise à la hauteur de 7,3 milliards de dollars. Ce n'est qu'un début, nous prévenait Pierre Fitzgibbon. D'autres milliards sont également prévus pour soutenir la filière batteries. [1] Le gouvernement fédéral et celui de l'Ontario ont d'ailleurs déjà offert une subvention de 16,3 milliards de dollars pour favoriser l'installation de la première usine nord-américaine de batteries pour véhicules électriques de Volkswagen en Ontario. [2] .

Le développement de la filière batteries et la hauteur des subventions pour en favoriser la croissance sont l'expression du développement d'un nouveau modèle économique pour le Canada et le Québec reposant sur le renforcement des liens de dépendance avec l'économie américaine. Cette politique économique ne répond en rien à l'urgence de la crise climatique et va directement à l'encontre d'une lutte conséquente contre cette dernière.

Ce modèle se donne comme objectif de satisfaire les besoins en énergie et en composantes de batteries des grandes entreprises américaines, particulièrement les entreprises de l'automobile, pour qu'elles soient en mesure d'affronter la concurrence des entreprises chinoises tant en ce qui a trait à la production de minerais stratégiques qu'à celle des batteries ou des voitures électriques. L'objectif des grands de l'auto, comme GM, Ford, Stellantis et Volkswagen, entre autres, est de convertir le parc des automobiles thermiques en voitures électriques, d'en vendre le maximum, à fort prix, y compris avec l'aide des gouvernements pour ce faire.

Davantage d'extraction minière, davantage de production d'énergie électrique éolienne ou solaire, davantage d'investissements industriels gourmands en ressources minières et énergétiques dans une filière vouée à la transformation du parc automobile, le tout sous le contrôle de multinationales étrangères. Voilà, en somme, le modèle économique que cherche à nous imposer le gouvernement Legault. Ce modèle n'a rien à voir avec les objectifs de réduction des gaz à effet de serre (GES) ni avec ceux de la réduction des dépenses en ressources et en énergie nécessaires pour faire face à la crise climatique.

A. Davantage d'extraction minière avec ses conséquences environnementales désastreuses

Le Québec dispose de minéraux stratégiques (cobalt, coltan, cuivre, graphite, lithium, zinc, nickel) et de terres rares (néodyme, europium, gadolinium, terbium, dysprosium). Depuis quelques mois, facilitée par la Loi des mines qui donne tous les droits aux minières et aux spéculateurs, on a assisté à la prolifération de demandes de claims miniers sur le territoire du Québec . On compte désormais (en 2022) plus de 20 000 titres miniers dans sept régions du sud du Québec, dont 7 674 titres miniers dans trois régions du sud-est du Québec en date de novembre 2022 : Estrie (1 739), Bas-Saint-Laurent (1 242) et Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (4 693). [3] .

Les projets d'exploitation minière grugent les terres agricoles et cela ne fait que commencer à cause de la recherche des minerais stratégiques particulièrement le graphite dans le sud du Québec. La Commission pour la protection des terres agricoles du Québec a accordé 100 % des demandes d'exploration des minières en milieu agricole, 97 % des projets d'infrastructures liés au transport et à la production d'électricité et 99 % des demandes d'implantation des parcs éoliens sur les territoires agricoles. [4]

La multiplication des claims par les minières en territoires citoyens montre que les droits des minières ont préséance sur les plans d'aménagement des territoires des villes et des Municipalités régionales de Comté (MRC). Le développement des mines et des entreprises par les multinationales risque de se faire aux dépens du contrôle citoyen sur ces territoires. Laisser libre cours aux principes dévastateurs du free mining fait aussi courir le risque immense de voir se multiplier les cas de contamination des réserves d'eau potable de ces territoires.

Cette montée d'un extractivisme sans balise vise à répondre aux besoins des entreprises multinationales que le gouvernement Legault cherche à attirer par des subventions qui se comptent maintenant en milliards de dollars.

B. L'augmentation de la production électrique pour répondre aux besoins des entreprises multinationales

Le gouvernement Legault ne vise nullement à réduire les demandes en énergie en priorisant l'efficacité et la sobriété énergétique. Dans une démarche de prophétie autoréalisatrice, il crée la perspective d'une pénurie d'énergie électrique pour répondre à des projets de croissance à tout prix à l'initiative des multinationales. Pour concrétiser cette perspective, l'énoncé de la CAQ est : « Hydro-Québec calcule qu'il faudra 150 à 200 TWh additionnels pour répondre à la demande d'électricité du Québec à l'horizon 2050 » soit deux fois plus d'électricité qu'actuellement. Pour y parvenir, la société d'État entend notamment « tripler la production éolienne » et « ajouter de la capacité de production hydroélectrique », tout en augmentant « la puissance de centrales existantes ainsi qu'en en créant de nouvelles » [5] . Cette approche de croissance à tout prix ne se préoccupe en rien de la diminution des émissions de GES et de la protection des ressources ; les associations patronales exultent.

Mentionnons ici qu'à plus long terme, cette augmentation se fera par la mise en chantier de vastes barrages hydro-électriques comme l'a annoncé à plusieurs reprises le premier ministre Legault. La renégociation avec Terre-Neuve-et-Labrador du contrat de Churchill Falls s'inscrit dans cette même logique des besoins en hydro-électricité. [6]. L'heure est donc dans ce modèle économique au renforcement des capacités de production d'électricité pour satisfaire les besoins des industries de la filière batteries, pour augmenter l'exportation directe de cette énergie pour les multinationales de l'automobile aux États-Unis et pour faire du Québec selon l'expression du premier ministre, la “batterie de l'Amérique du Nord”.

C. Fitzgibbon planifie la privatisation de la production d'énergie et la fin du monopole d'Hydro-Québec

La perspective d'une privatisation totale ou partielle d'Hydro-Québec est dans les plans du ministre de l'Économie et de l'énergie et du PDG d'Hydro-Québec. Cette privatisation ne prendra sans doute pas la forme de la vente d'une partie d'Hydro-Québec aux entreprises privées, mais le secteur privé est appelé à occuper une place de plus en plus importante dans la production de l'électricité. Déjà la production des énergies renouvelables (éoliennes et solaires) qui est appelée à se développer rapidement se fait par des entreprises privées, souvent multinationales. On pouvait lire dans le Manifeste pour un avenir énergétique juste et viable publié en novembre dernier, cet avertissement : « Nous nous opposons fermement à toute tentative de privatisation d'Hydro-Québec ou de ses actifs. Hydro-Québec est un patrimoine stratégique et doit rester sous contrôle public. Nous rejetons toute forme d'érosion de cette institution, cruciale pour le bien-être collectif, au profit du privé ».

Les syndicats d'Hydro-Québec affiliés au SCFP ont d'ailleurs lancé une campagne publique pour mettre en garde contre toute volonté de privatisation de la société d'État. Le développement de la filière-batteries, soutenu par les gouvernements fédéral et provincial exigera beaucoup d'électricité et le ministre Fitzgibbon, a ouvert la perspective d'autoproduction d'électricité par les entreprises privées dont les surplus pourraient être revendus à Hydro-Québec. La porte est grande ouverte aux projets privés de production et de transports d'électricité, comme celui de TEX, en Mauricie. [7]

Le ministre Fitzgibbon présentera d'ailleurs, dans les prochaines semaines, un projet de loi pour légaliser la vente d'électricité entre compagnies privées. Cela signifie que la production des énergies renouvelables se fera selon la logique de recherche de profits, sans plan d'ensemble. Cela affaiblit le rôle d'Hydro-Québec dans cette production tout en diminuant sa capacité à long terme à fournir des redevances qui permettent au gouvernement du Québec de soutenir ses missions sociales, entre autres, l'accès à une électricité abordable pour tous.

D. Le mépris gouvernemental de la consultation et du pouvoir citoyen

Que ce soit pour la Fonderie Horne à Rouyn-Noranda, pour l'aluminerie d'Arvida, pour le Port de Québec ou enfin pour l'usine de Northvolt, le gouvernement Legault est plus que conciliant sur les dépassements des normes environnementales par les entreprises. C'est plus de 89 entreprises très polluantes que le gouvernement autorise à déroger à la loi. [8] Il se heurte ainsi, comme l'a montré un sondage Léger d'août 2022, à la population du Québec dont le consentement est exigé à hauteur de 78 % pour toute nouvelle exploitation minière. 75% de la population voudrait interdire tout projet minier dans les zones touristiques et 89% souhaiterait interdire tout rejet des déchets miniers dans les lacs, rivières et milieux écologiques sensibles. La Coalition Pour que le Québec ait meilleure mine a demandé au gouvernement d'interdire cette pratique, mais le gouvernement est jusqu'ici resté sourd à ses demandes. Le gouvernement de la CAQ va jusqu'à autoriser des méga-projets en dépit des études du BAPE qui en identifient des lacunes. Il va même jusqu'à se passer des études du BAPE.

Le gouvernement du Québec se moque du nécessaire consentement des populations locales qui seront impactées tant par l'exploitation minière que par de grands projets industriels. Il prétend tenir compte des droits des peuples autochtones, mais ce ne sera que leur mobilisation et notre solidarité qui permettront la reconnaissance de leurs droits.

Le gouvernement de la CAQ dit bénéficier de l'oreille des pouvoirs et de la finance et avoir une vision d'hommes d'affaires. C'est pourquoi il refuse de réformer la loi sur les mines, d'écouter les doléances des Nations autochtones et des municipalités et de donner la priorité concernant l'aménagement du territoire au pouvoir citoyen. La mobilisation unitaire contre le projet de loi que doit présenter le ministre Pierre Fitzgibbon sera essentielle pour défendre la majorité populaire contre les intentions prédatrices du capital d'ici et d'ailleurs.

E. La filière batteries, un soutien au tout à l'automobile (thermique ou électrique)

Le premier ministre Legault et son ministre Fitzgibbon font fi de la nécessité de tenir compte des limites de la planète et de veiller à l'économie des ressources et de l'énergie. Ils refusent d'opérer une transformation radicale des formes que prend la mobilité. En 2021, le gouvernement Legault dépensait encore deux fois plus d'argent pour le réseau routier qu'en transport collectif. En 2022, l'argent du PQI pour le transport collectif diminuait encore : « Loin d'atteindre la moitié, les investissements en transport collectif représentent donc 30,4 % des dépenses dans les transports, contre 31 % dans le PQI 2021 et 34 % dans le PQI 2020. » [9]

C'est là la manifestation du refus du gouvernement de sortir du paradigme de l'auto solo comme principal instrument de la mobilité. Ce choix favorise l'étalement urbain et l'effritement des terres agricoles sacrifiées à la construction d'infrastructures routières et de nouveaux quartiers.

Le premier levier au Québec pour limiter la pollution et amoindrir le changement climatique est la limitation des déplacements et l'utilisation en priorité des transports en commun, du vélo et du partage des véhicules. Le passage à l'utilisation des transports en commun implique de rendre le transport public possible, efficace et gratuit. A contrario, la production d'un nouveau parc de voitures électriques par les multinationales de l'automobile vise à produire plus, pour vendre plus et empocher le maximum de profits sans modifier les habitudes de transport. On est loin de la nécessaire réduction du parc automobile comme l'a évoqué le ministre Fitzgibbon. On est en fait engoncé dans une dynamique tout à fait contraire.

F. Un modèle économique qui ne tient aucun compte de l'urgence climatique et de la démocratie citoyenne.

Refuser de remettre en question le free mining et le pillage de nos ressources ; soutenir les multinationales qui veulent faire main-basse sur la production des énergies renouvelables, mettre fin au monopole d'Hydro-Québec sur la production de l'énergie, fermer les yeux et permettre à des entreprises polluantes de ne pas tenir compte des normes environnementales, refuser de donner la priorité au développement des transports publics, refuser de s'engager dans une politique de sobriété tant en ce qui concerne nos ressources et notre énergie, balayer du revers de la main les propositions des citoyens et citoyennes des différentes régions et des institutions qui les représentent, voilà le modèle de développement que veut nous imposer le gouvernement de la CAQ.

Le modèle économique du premier ministre Legault et de son ministre Fitzgibbon ne vise pas à répondre aux besoins de la majorité populaire du Québec. Il cherche à faire du Québec une terre d'investissement profitable pour les multinationales dont la classe dominante d'ici espère recueillir certaines retombées, en reléguant au dernier de ses soucis la nécessité de répondre à la crise climatique qui ne cesse de se manifester de façon toujours plus dramatique.

Québec solidaire s'engage à réduire les émissions de GES « d'au moins 55 % par rapport au niveau de 1990 d'ici 2030, en se rapprochant le plus possible de la cible de 65 % ». Mais il lui reste à élaborer un plan global de bifurcation écologique pour parvenir à cet objectif. Il rejette l'extractivisme et veut en finir avec le « free mining » imposé par la Loi des mines. Mais il ne s'est contenté jusqu'ici à proposer un moratoire sur la ruée vers les claims miniers. Il propose la nationalisation des énergies renouvelables. Mais il serait nécessaire de mener une campagne sur la reprise en mains de nos ressources naturelles, minières et forestières. Il refuse la privatisation de la production de l'énergie. Il donne la priorité aux transports publics et à l'économie d'énergie. Il lui reste à insister sur le fait que l'autosolo même électrique n'est pas une solution à la crise climatique et à montrer l'impasse d'un modèle économique construit autour de la filière batteries. En précisant ses orientations, il sera en mesure de proposer une alternative concrète à la politique anti-écologique du gouvernement Legault.

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Les groupes demandent au gouvernement d’interrompre le projet et de refuser son financement

6 février 2024, par Gilles Provost, Ginette Charbonneau, Ralliement contre la pollution radioactive — , ,
Des groupes de citoyens de l'Ontario et du Québec soutiennent que certains déchets destinés à une gigantesque décharge de déchets radioactifs, près de la rivière des Outaouais, (…)

Des groupes de citoyens de l'Ontario et du Québec soutiennent que certains déchets destinés à une gigantesque décharge de déchets radioactifs, près de la rivière des Outaouais, devraient être enfouis en profondeur.

Ottawa, le 5 février 2024 — Des groupes de citoyens ont lancé un avertissement urgent au sujet des déchets radioactifs qui seraient enfouis dans une gigantesque décharge sur une colline, à 1 km de la rivière des Outaouais en amont d'Ottawa, Gatineau et Montréal. Ces groupes citent des experts dans le domaine du nucléaire qui affirment que certains déchets seront fortement radioactifs pendant des milliers d'années et que nous devons les enfouir en profondeur pour protéger la population.

La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a approuvé récemment cette déchargé haute comme un édifice de sept étages, connue sous le nom d'Installation de gestion des déchets près de la surface (IGDPS).

En 2017, le rapport d'un <https:/www.canada.ca/fr/services/e...>'>comité d'experts a mentionné les perceptions selon lesquelles la CCSN est en relation trop étroite avec <https:/concernedcitizens.net/2021/...>'>l'industrie nucléaire et qu'elle promeut des projets qu'elle devrait réglementer.

Si elle était construite, l'IGDPS contiendrait plus d'un million de tonnes de déchets radioactifs et d'autres déchets dangereux résultant de 80 ans d'exploitation des Laboratoires de Chalk River ; cette installation de recherche nucléaire contaminée appartient au <https:/ottawacitizen.com/news/chal...>'>gouvernement fédéral. Des déchets <https:/concernedcitizens.net/2022/...>'>radioactifs commerciaux et provenant d'autres sites du gouvernement fédéral y <https:/concernedcitizens.net/2020/...>'>seront placés.

L'IGDPS est sur le site des Laboratoires nucléaires canadiens (LNC), à 180 km au nord-ouest d'Ottawa, sur la rivière des Outaouais, juste en face de la province de Québec. Des études démontrent que cette décharge de déchets aura des <https:/concernedcitizens.net/2021/...>'>fuites radioactives pendant son exploitation et qu'elle s'effondrera après quelques <https:/concernedcitizens.net/2020/...>'>centaines d'années à cause de l'érosion. Cela contaminera la rivière des Outaouais, source d'eau potable de millions de Canadiens.

Concerned Citizens of Renfrew County and Area, l'Association des propriétaires de chalets d'Old Fort William, le Ralliement contre la pollution radioactive et le Regroupement pour la surveillance du nucléaire figurent parmi les nombreux organismes qui critiquent depuis 2016 la conception de cette décharge géante de déchets radioactifs. Selon eux, l'information est trop vague concernant les déchets destinés à l'IGDPS même si la Commission de sureté nucléaire et les Laboratoires nucléaires canadiens ont affirmé à plusieurs reprises que seulement des déchets radioactifs de faible activité y seront placés.

" Les installations de gestion des déchets près de la surface ne conviennent pas aux déchets radioactifs de moyenne activité qu'on voulait y mettre au début, "déclare Ginette Charbonneau du Ralliement contre la pollution radioactive. " À la suite des protestations du public, les promoteurs du projet disent maintenant que l'IGDPS n'acceptera que des déchets de faible activité. Malheureusement, ce n'est pas crédible. Il est très difficile de séparer des déchets de faible activité et de moyenne activité qui ont été stockés ensemble dans des colis non marqués. Il est donc inévitable qu'il y ait encore des déchets de moyenne activité dans cette décharge en surface. C'est très dangereux ".

Johanna Echlin de l'Association des propriétaires de chalets d'Old Fort William (Québec) mentionne que l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) est l'organisme responsable de la sûreté et de la sécurité nucléaires au niveau mondial. Selon l'AIEA, les <https:/concernedcitizens.net/2022/...>'>déchets hérités par les Laboratoires de Chalk River sont de "moyenne activité " et ils devraient être enfouis à des dizaines ou des centaines de mètres sous terre.

Les groupes de citoyens citent également les déclarations de James R. Walker (Ph.D), un ancien cadre supérieur responsable des déchets radioactifs hérités des Laboratoires de Chalk River. M. Walker énonce clairement dans ses commentaires à<https:/concernedcitizens.net/2019/...>'>la CCSN que certains déchets destinés à l'IGDPS sont des " déchets de moyenne activité " qui nécessitent plutôt un stockage souterrain. Il affirme que la décharge serait dangereusement radioactive pendant des milliers d'années et que les radiations provenant de l'installation dépasseraient les niveaux autorisés.

" Le Cabinet et le Parlement ont le pouvoir et le devoir de renverser cette décision le plus tôt possible ", déclare Lynn Jones de Concerned Citizens of Renfrew County and Area. " Il est clair que les actionnaires d'Atkins Realis (anciennement SNC-Lavalin), de Fluor et de Jacobs seront les seuls à bénéficier du projet d'IGDPS. Tous les autres n'en tireraient que des problèmes : pollution de la rivière des Outaouais, risques sanitaires accrus, coûts de nettoyage astronomiques et une grande tache noire sur la réputation internationale du Canada ".

Dans une lettre envoyée <https:/concernedcitizens.net/2024/...>'>le 5 février aux élus et aux responsables locaux, les groupes de citoyens demandent au gouvernement canadien de stopper ce projet et de couper son financement. Les études menées par le promoteur lui-même<https:/concernedcitizens.net/2024/...>'>démontrent clairement que les déchets destinés à l'IGDPS sont fortement contaminés par de grandes quantités de substances radioactives de très longue durée de vie provenant des réacteurs nucléaires, expliquent-ils dans leur lettre. Ces déchets pourraient provoquer des cancers, des malformations congénitales et des mutations génétiques chez les populations exposées.

Le Canada devrait s'engager à construire des installations de gestion des déchets radioactifs <https:/concernedcitizens.net/2022/...>'>de classe mondiale, afin de garantir la sécurité des Canadiens et de créer de bons emplois dans l'industrie nucléaire, tout en gérant les déchets de manière sûre pour les générations futures, disent ces groupes de citoyens.

Le coût de la dépollution du site des Laboratoires de Chalk River a été estimé à <https:/concernedcitizens.net/2020/...>'>8 milliards de dollars lorsque le site a été confié au secteur privé par le gouvernement Harper en 2015. Le consortium multinational appelé "Canadian National Energy Alliance "**, dirigé par SNC-Lavalin (aujourd'hui appelé Atkins Realis), a remporté le contrat de plusieurs milliards de dollars pour gérer et nettoyer "rapidement et à moindre coût" le site de Chalk River et d'autres sites fédéraux. Depuis que le consortium a pris le relais, les contribuables canadiens ont vu le coût d'exploitation des Laboratoires nucléaires canadiens (autrefois les Laboratoires de Chalk River) gonfler de 336 millions de dollars par an à plus de 1,5 milliard de dollars par année.

  • **Le consortium connu sous le nom de Canadian National Energy Alliance est composé d'Atkins Realis (anciennement SNC-Lavalin), qui a été radié par la <https:/www.worldbank.org/en/news/p...>'>Banque mondiale pendant 10 anset qui a fait l'objet d'accusations de fraude, de pots-de-vin <https://www.bennettjones.com/layout...>'>et de corruption au Canada. La société texane Fluor Corporation a payé 4 millions de dollars pour mettre fin à des allégations de<https:/www.justice.gov/opa/pr/texa...>'>fraude financièreliées à des travaux de nettoyage de déchets radioactifs sur un site américain ; et la société texane Jacobs Engineering, qui a récemment acquis CH2M, un membre initial du consortium, a accepté de payer 18,5 millions de dollars pour mettre fin à des<https:/www.justice.gov/opa/pr/ch2m...>'>accusations criminelles fédérales sur un site de nettoyage de déchets radioactifs aux États-Unis.

Ginette Charbonneau, physicienne et porte-parole du Ralliement contre la pollution radioactive

Gilles Provost, porte-parole du Ralliement contre la pollution radioactive

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Pour une écologie sociale du capitalisme avancé

6 février 2024, par Eric Pineault — , , ,
Éric Pineault Professeur au Département de sociologie der et membre de l'Institut des sciences de l'environnement tiré de FRACTURES, vol.2 no. 9 | Le Bulletin des membres (…)

Éric Pineault Professeur au Département de sociologie der et membre de l'Institut des sciences de l'environnement

tiré de FRACTURES, vol.2 no. 9 | Le Bulletin des membres de l'IRIS

Quatre-vingt-douze gigatonnes. C'est la quantité de matière qui a été globalement extraite sur la planète en 2o17. Environ la moitié de cette masse (44Gt) était constituée de minéraux non métalliques-sable, gravier, calcaire et autres, dont l'essentiel a été transformé en béton-, une autre partie de ces 44 Gt a servi de remblai et le reste a été dissipé sous forme d'engrais essentiels à l'agriculture industrielle ou bien façonné en pro¬duits de verre jetables (recyclables). La biomasse issue du vivant représente le quart (24 Gt sur 92 G) de l'extraction globale. En tant que flux de matière, elle circule dans les sociétés sous la forme de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux, est également brûlée comme combustible ou finalement accu¬mulée dans les bâtiments sous la forme de bois et de ses déri¬vés ligneux. Les combustibles fossiles, qu'ils alimentent des machines ou qu'ils soient transformés en plastiques à usage unique, représentent 15 Gt sur 92. L'extraction mondiale de métaux ajoute 9 Gt de matière à ce flux de masse.

Quatre-vingt-douze gigatonnes en 2o17, certainement plus aujourd'hui en 2023, tandis qu'en 1970, le flux extractif mondial s'élevait à 27 gigatonnes. La masse de matière que les sociétés et leurs économies ont arrachée à la terre et mise en mouvement a été multipliée par 3,4 en un peu moins d'un demi-siècle. Une croissance exponentielle qui est l'incarnation matérielle de l'accumulation capitaliste et de sa croissance éco¬nomique. Pour mettre ces chiffres en perspective, on estime à 118 gigatonnes la quantité de matière fixée par la photosynthèse dans les écosystèmes terrestres grâce à l'énergie du soleil etau travail biologique des plantes. Ces flux massifs rivalisent ainsi en ampleur avec ceux qui assurent l'épanouissement de tous les êtres vivants terrestres de notre planète. Leurs effets négatifs sur les écosystèmes et les grands cycles biogéochimiques de la planète sont tout aussi imposants.

Une fois extraite par les processus économiques, cette matière sera soit accumulée sous la forme de stocks biophy-siques (bâtiments, ouvrages, infrastructures, machines et cossins) ou bien elle fera l'objet d'un usage rapide plus ou moins dissipatif (pensons au sel de déglaçage, aux canettes d'aluminium et aux ustensiles en bambou). Dans tous les cas, la matière extraite se dirige inexorablement vers son point de dissipation final où elle deviendra -à des vitesses distinctes - déchets, résidus ou émissions. Car même la matière accumulée et façonnée en artefacts durables tels que les machines, bâti¬ments, barrages ou autoroutes n'est pas immuable ; elle finira, elle aussi, par se dissiper sous la forme de déchets. Par contre, pendant leur existence, ces stocks durables commandent par leur usage certains flux de matière, et cela renforce encore la dépendance à long terme du processus économique à l'égard de l'extraction et de la dissipation de masse.

Extraction et dissipation sociale sont les interfaces et fron¬tières entre l'économie saisie dans sa matérialité et l'environ-nement naturel. De pan et d'autre de la frontière extractive et dissipative, la nature est réduite à sa fonction de source de matière première ou de puits absorbant les déchets et résidus de la société. Ce sont tout le long de ces frontières qu'émergent les contradictions écologiques des économies capitalistes et de leur croissance.

C'est pour comprendre cette matérialité de l'économie capitaliste, son métabolisme social, que je me suis lancé dans la recherche qui a mené à l'écriture du livre The social ecology of capi¬tal. L'écologie sociale étudie le flux de matière que mobilisent et transforment les sociétés pour assurer leur reproduction maté¬rielle. Par le biais de l'analyse du métabolisme. des sociétés, elle s'intéresse à la composition et au volume de l'extraction de matière, aux conditions écologiques et sociales de l'extraction, aux transformations entropiques que subit cette matière dans le cadre des relations de production et de consommation, aux modalités qui régulent sa dissipation sociale sous la forme de déchets et d'émissions. Du point de vue de l'écologie sociale, l'économie capitaliste repose ainsi sur quatre relations méta-boliques fondamentales. À côté des relations de production et de consommation, qui sont les structures classiques qu'analyse l'économie politique, s'ajoutent les relations sociales d'extrac¬tion et de dissipation, relations métaboliques qui encadrent et déterminent le processus économique du capitalisme et son écologie.

Pour l'écologie sociale, la matérialité du processus économique du capitalisme repose sur quatre moments uccessifs organisés en un flux linéaire : extraction- production - consommation - dissipation.

L'écologie sociale s'intéresse également à la manière dont le capital s'accumule à chacun de ces points et à la façon dont il se fixe dans des artefacts (machines, ouvrages, infrastruc¬tures et bâtiments ayant de longs cycles d'amortissement qui engagent la société dans des flux extractifs et dissipatifs futurs. La dépendance vis-à-vis de l'extraction, de la circulation et de la dissipation de certaines matieres est ainsi capitalisée par les projets d'investissements des grandes entreprises privées. L'accumulation du capital au point d'extraction, par exemple, se traduit en résistance des entreprises d'énergies fossiles à la transition écologique. L'accumulation de capital au point de dissipation, par exemple dans un site d'enfouissement, un incinérateur ou une technologie de capture et de séquestra-tion de CO,, implique la même inertie matérielle. Pourquoi produire et consommer moins alors qu'il faut jeter plus pour rentabiliser ces sites du capital dissipatif ? Pour répondre à cette question, il faut examiner de près la logique économique des grandes entreprises multinationales qui contrôlent l'essentiel des flux biophysiques dans le capitalisme par le biais de stra¬tégies monopolistiques.

Le capitalisme avancé a été théorisé par une longue tradi¬tion d'économistes politiques radicaux. Les hétérodoxes tant marxistes que postkeynésiens le définissent comme un régime d'accumulation basé sur la surconsommation de ce que le capi¬tal surproduit. Dans cette économie, production de masse et consommation de masse sont couplées l'une à l'autre, stabili¬sant le système et soutenant la croissance économique à long terme. L'écologie sociale du capital et le tournant matérialiste écologique qu'elle propose s'appuient sur cette tradition en étudiant les moteurs métaboliques de la croissance et de l'ac¬cumulation ainsi que les conséquences et les contradictions écologiques que cette croissance implique. Elle souligne que s'il y production et consommation de masse, il y a également extraction de masse et dissipation de masse. Le livre se conclut sur la question de savoir comment sortir de l'engrenage de la croissance capitaliste dans lequel la plupart des sociétés sont prises aujourd'hui en examinant les voies alternatives que sont le socialisme et la croissance verte progressive. Il se ter¬mine par un appel à considérer sérieusement la décroissance socialiste comme la seule alternative viable à l'effondrement socioécologique.

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Le dernier conseil fédéral de la FNEEQ et notre deuxième front

6 février 2024, par Kaveh Boveiri — , ,
Si l'on entend fréquemment que le deuxième front (qui va au-delà du salaire et des conditions de travail) est ce qui caractérise la CSN, c'est a fortiori vrai de la Fédération (…)

Si l'on entend fréquemment que le deuxième front (qui va au-delà du salaire et des conditions de travail) est ce qui caractérise la CSN, c'est a fortiori vrai de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN).

Kaveh Boveiri

Étant donné que l'ensemble des membres de cette fédération est l'un des composants principaux (scientifique, social, mais aussi politique) de la société québécoise, on prévoit que les enjeux de ce deuxième front soient considérés dans toutes les réunions, assemblées et conseils de la FNEEQ.

Cette caractéristique peut être également reconnue, sans difficulté, lors du Conseil fédéral de la FNEEQ qui a eu lieu du 31 janvier au 2 février Québec. Les discussions chaleureuses contre la privatisation du système de santé et le gouvernement caquiste, la loi PL15, l'accent donné à la manifestation contre les féminicides, n'en sont que quelques exemples. Dans ce texte, en revanche, nous soulignons quelques éléments relevés de ce conseil concernant le génocide actuel à Gaza.

Tandis que le gouvernement canadien, avec sondoute connu, hésite encore à exprimer une demande de cessez-le-feu, la FNEEQ trouve un tel acte absolument nécessaire.

Le conseil décide de se joindre à plus de 1000 organismes internationaux pour soutenir la demande de l'Afrique du Sud contre les actions d'Israël en reconnaissant ces actes comme un cas du génocide. Le gouvernement canadien n'a pas encore eu le courage d'un tel appui.

Non seulement le conseil apuie-t-il la signature d'une déclaration lancée par les syndicatspalestiniens contre l'apartheid exercé contre les de la part de la FNEEQ, mais il encourage tous ses syndicats affiliés de le faire.

De plus, malgré toutes les menaces que subit le mouvement du « Boycott, Désinvestissement, Sanctions » (BDS), non seulement la FNEEQ, en tant que membre fondateur de ce mouvement, ne recule pas sur sa position, mais il la réitère et invite tous ses syndicats affiliés à le faire.

Dans tous ces cas, et en gardant son esprit militant contre l'intimidation des membres de la FNEEQ, le Conseil insiste sur la nécessité de trouver une solution pacifique à la situation actuelle en Palestine en général et à Gaza en particulier, une solution qui vise l'autodétermination du peuple palestinien.

Tout cela montre comment un ensemble progressiste de la classe ouvrière se distancie des membres indifférents de la société, des associations moins soucieuses face aux enjeux du deuxième front, mais aussi, et ceci a une importance primordiale, se distingue des politiques des gouvernements québécois et canadien.

Avec cette détermination, nous pouvons espérer témoigner par une participation plus remarquable des membres de la FNEEQ avec son drapeau lors de manifestations pour la Palestine et au-delà de cela.

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Déclaration de Bea Bruske : Les syndicats du Canada dénoncent la PM de l’Alberta qui fait de la politique sur le dos des enfants, jeunes et adultes trans et d’identités de genre diverses

6 février 2024, par Congrès du travail du Canada (CTC) — , ,
Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada, a publié la déclaration suivante : « La première ministre Smith de l'Alberta a récemment annoncé une panoplie de (…)

Bea Bruske, présidente du Congrès du travail du Canada, a publié la déclaration suivante : « La première ministre Smith de l'Alberta a récemment annoncé une panoplie de nouvelles mesures qui porteraient atteinte à l'inclusion, au bien-être et à la sécurité de la population albertaine trans et d'identités de genre diverses.

Les élus politiques sont tenus de prendre des décisions fondées sur des preuves et sur la compassion, et les mesures proposées par Smith sont exactement à l'opposé, s'appuyant plutôt sur la désinformation et mettant en danger les enfants trans et queer.

La première ministre Smith se dit « profondément préoccupée » par les enfants et les jeunes trans et d'identités de genre diverses. Mais ses propositions ne sont rien d'autre qu'une tentative cynique de violer les droits de protection de la vie privée et de la sécurité des enfants queer et trans en Alberta.

Nous assistons à une hausse de la violence transphobe légiférée, à savoir, la montée des politiques et des lois dites « droits des parents » au Canada, et nous ne pouvons le tolérer.

Les syndicats du Canada ne peuvent tolérer les tactiques de Smith qui ne règlent pas les questions réelles au détriment des jeunes 2SLGBTQI+. Nous devons donner la priorité à la santé et au bien-être des jeunes 2SLGBTQI+ en rejetant les politiques transphobes.

Cette annonce s'ajoute à une série de décisions du gouvernement Smith qui ont nui aux Albertaines et aux Albertains, et ne fait rien pour régler les véritables crises auxquelles il est confronté. Les choix du gouvernement Smith ont aggravé, par exemple, la crise de l'abordabilité et ont fait grimper l'utilisation des banques alimentaires. Au moment où Smith perd le soutien des Albertains en général et des membres du PCU en particulier, elle s'inspire d'un programme dommageable du Parti conservateur pour essayer de se faire du capital politique.

Avec l'annonce de cette semaine, Smith est maintenant le troisième premier ministre provincial conservateur à utiliser les enfants trans comme pions politiques, et nous ne pouvons le tolérer. Les syndicats du Canada ne resteront pas les bras croisés alors que la première ministre Smith et d'autres leaders conservateurs font de la politique sur le dos des communautés trans et d'identités de genre diverses. Nous continuerons d'unir les travailleuses et travailleurs partout au pays et de travailler en toute solidarité avec les défenseurs de personnes 2SLGBTQI+ pour dénoncer ces politiques discriminatoires.

Nous ne pouvons pas accepter de nos gouvernements qu'ils prennent des décisions unilatéralement afin de faire valoir leurs intérêts ou d'utiliser les enfants comme un outil politique pour détourner l'attention du fait qu'ils ne font pas face aux véritables défis auxquels sont confrontés les travailleuses et travailleurs et leurs familles – comme la crise du coût de la vie. »

Lettre ouverte | Questions tendancieuses en consultation pré-budgétaire

6 février 2024, par Audrey Gosselin Pellerin, Émilie Charbonneau — , ,
Le ministre des Finances a lancé récemment le processus annuel de consultation entourant l'élaboration du prochain budget du Québec. C'est en mars prochain que sera dévoilé le (…)

Le ministre des Finances a lancé récemment le processus annuel de consultation entourant l'élaboration du prochain budget du Québec. C'est en mars prochain que sera dévoilé le fruit du travail du ministre Eric Girard, mais nous pouvons dès maintenant soulever d'importantes inquiétudes sur le processus de consultation lui-même.

Émilie Charbonneau est deuxième vice-présidente de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) ; Audrey Gosselin Pellerin est organisatrice féministe politique du Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec. Elles cosignent 28 autres signataires membres de la Coalition Main rouge.*


Un fait saute aux yeux : le ministre sollicite les avis de ceux et celles qui ont de bonnes chances d'être d'accord avec lui. C'est ce qu'il a fait ces derniers mois en demandant les opinions, sous la forme de mémoires, d'un groupe restreint d'économistes. Parmi eux se trouvent bien entendu d'éminents chercheurs universitaires dont les travaux éclairent avec pertinence l'oeuvre de la planification budgétaire. Cependant, s'y trouvent aussi, de manière fort disproportionnée, des économistes associés à des institutions financières ou à des organismes de recherche dont les biais favorables à celles-ci sont manifestes.

Cela pourrait se comprendre et s'expliquer si, parallèlement, le ministre s'informait auprès de sources plus variées et représentatives, mais ce n'est pas le cas. Il semble se satisfaire d'un portrait partiel, fortement influencé par les intérêts des banques et du monde des affaires, et non d'un dialogue social digne de ce nom.

Par exemple, il est de plus en plus difficile de rencontrer le ministre, ou un membre de son équipe, dans le processus de consultation budgétaire. Aux demandes de rencontres provenant de groupes de la société civile, l'argument du manque de temps, forçant à restreindre la liste des organismes rencontrés pour l'élaboration du budget, arrive de plus en plus souvent, tel un jugement duquel on ne peut faire appel.

Pire, les consultations publiques sont résolument orientées, invariablement, pour confirmer les priorités gouvernementales. Ce n'est pas nouveau, les consultations accessibles sur la page Web du ministère n'ont jamais brillé par leur ouverture aux idées et aux débats. De surcroît, cette année, il n'est même plus possible de sortir du chemin tracé en utilisant, par exemple, une case « autres considérations » afin de faire entendre un son de cloche un brin discordant.

On nous demande, notamment, quelles devraient être les priorités du gouvernement lors du prochain budget. S'ensuivent sept réponses possibles, qui vont toutes dans le sens de ce que le gouvernement affirme déjà vouloir faire. On demande, par exemple, si Québec devrait réduire le fardeau fiscal des Québécois et des Québécoises. Impossible de répondre qu'au contraire, il devrait travailler à augmenter les contributions fiscales des plus riches et des entreprises. On nous offre aussi l'option d'améliorer le potentiel économique du Québec afin de relancer l'économie de manière durable, mais il est impossible de dire au ministre qu'une relance durable passe d'abord par une lutte contre les inégalités. Pourtant, plusieurs mesures fiscales progressives rapporteraient des milliards aux finances publiques…

Si le gouvernement a été élu pour gouverner, il n'a pas été élu pour faire fi des avis discordants aux siens. N'oublions pas que plus de la moitié des électeurs et des électrices n'ont pas voté pour la Coalition avenir Québec (CAQ) qui, pourtant, prétend gouverner en leur nom aujourd'hui. La moindre des choses serait de mettre en place des consultations dignes de ce nom, ne serait-ce que pour que la diversité des idées et des opinions puisse s'exprimer et être prise en compte.

Actuellement, le gouvernement ne se donne même pas la peine d'entendre tout le monde pour ensuite décider. Il écarte, dès le début, ceux et celles qui ne pensent pas comme lui.

*Ont cosigné cette lettre : Réjean Leclerc, président, FSSS-CSN ; Véronique Laflamme, porte-parole, FRAPRU ; Benoît Lacoursière, secrétaire général et trésorier, Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec – CSN ; Stéphanie Vallée, présidente, Table des regroupements provinciaux d'organismes communautaires et bénévoles ; Patricia Chartier, coordonnatrice, Coalition des Tables régionales d'organismes communautaires (CTROC) ; Patrick Bydal, vice-président à la vie politique, Fédération autonome de l'enseignement ; Christian Daigle, président général du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) ; Marie-Line Audet, directrice générale, Table nationale des corporations de développement communautaire (TNCDC) ; Vanessa Massie, présidente de L'R des centres de femmes du Québec ; Claude Vaillancourt, président, Attac-Québec ; Dominique Daigneault, présidente, Conseil central du Montréal métropolitain – CSN ; Marianita Hamel, co-coordonnatrice, Solidarité populaire Estrie ; Mariepier Dufour, directrice générale, Fédération des associations des familles monoparentales et recomposées du Québec ; Maud Provost, organisation communautaire, Réseau d'action des femmes en santé et services sociaux (RAFSSS) ; Steve Baird, organisateur communautaire, Front commun des personnes assistées sociales du Québec ; Marie-Christine Latte, coordonnatrice, Organisation populaire des droits sociaux ; Jean Trudelle, président, Debout pour l'école ; Marie-Andrée Painchaud-Mathieu, coordonnatrice, Regroupement intersectoriel des organismes communautaires de Montréal (RIOCM) ; Louis-Frédéric Verrault-Giroux, agent de mobilisation et de communication, TROVEP de Montréal ; Joanne Blais, directrice, Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM) ; Marie-Eve Surprenant, coordonnatrice, Table de concertation de Laval en condition féminine ; Élise Landriault-Dupont, co-coordonnatrice aux volets vie associative et vie d'équipe, Regroupement des groupes de femmes de la région de la Capitale-Nationale – RGF-CN ; Karine Verreault, directrice générale, ROC 03 ; Joée Deschênes, agente de concertation, Table de concertation du mouvement des femmes Centre-du-Québec (TCMFCQ) ; Gisèle Dallaire, coordonnatrice de RÉCIF 02 ; Isabelle Thibault, co-coordonnatrice générale, Réseau des femmes des Laurentides ; Joanne Blais, directrice, Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie (TCMFM) ; Martin Leclerc, représentant sociopolitique, Alliance des professeures et professeurs de Montréal (APPM).

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