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L’opinion publique israélienne a adopté la « doctrine Smotrich »

13 février 2024, par Orly Noy — , ,
L'acceptation du plan final élaboré par le ministre israélien d'extrême droite est attestée par le soutien populaire au nouvel ultimatum pour Gaza : l'émigration ou (…)

L'acceptation du plan final élaboré par le ministre israélien d'extrême droite est attestée par le soutien populaire au nouvel ultimatum pour Gaza : l'émigration ou l'anéantissement.

3 février 2024 | tiré de Viento sur
https://vientosur.info/israel-palestina-la-opinion-publica-israeli-ha-adoptado-la-doctrina-smotrich/

Il y a six ans, Bezalel Smotrich, alors jeune parlementaire à la Knesset lors de son premier mandat, a publié un Plan final, une sorte de solution au conflit israélo-palestinien. Selon le député d'extrême droite – actuellement ministre des Finances d'Israël et plus haute autorité en Cisjordanie – la contradiction inhérente entre les aspirations nationales juives et palestiniennes ne permet aucune forme de compromis, de réconciliation ou de partition. Au lieu de maintenir la fiction qu'un règlement politique est possible, a-t-il dit, la question devrait être résolue unilatéralement une fois pour toutes.

Le plan ne fait référence à Gaza qu'en passant : Smotrich suppose que le confinement israélien de l'enclave est la solution idéale à ce qu'il appelle le « défi démographique » posé par l'existence même des Palestiniens. Pour la Cisjordanie, en revanche, il s'agit d'une annexion totale.

Dans ce dernier territoire, les préoccupations démographiques seront atténuées en donnant aux 3 millions d'habitants palestiniens le choix : soit renoncer à leurs aspirations nationales et continuer à vivre dans leur pays avec un statut inférieur, soit émigrer à l'étranger. Si, d'un autre côté, ils choisissent de résister à Israël, ils seront identifiés comme des terroristes et l'armée israélienne « tuera ceux qu'elle doit tuer ». Lorsqu'il a présenté son plan à des personnalités sionistes religieuses et qu'on lui a demandé s'il voulait aussi tuer des familles, des femmes et des enfants, Smotrich a répondu : « À la guerre comme à la guerre. »

Le plan final a reçu peu d'attention de la part du public ; Même les commentateurs politiques israéliens les plus éminents l'ont perçu comme délirante et dangereuse depuis sa publication. Mais une analyse actualisée des médias et du discours politique israéliens montre que lorsqu'il s'agit de l'attaque actuelle de l'armée contre Gaza, l'opinion publique dominante a pleinement intériorisé la logique du plan de Smotrich.

En fait, le sentiment de l'opinion publique israélienne à l'égard de Gaza – où le plan de Smotrich est mis en œuvre avec une cruauté qui n'était même pas prévue – est maintenant encore plus extrême que le texte du plan lui-même. Et il en est ainsi parce qu'en pratique, Israël a éliminé de l'ordre du jour la première option proposée – celle d'une existence inférieure, dé-palestinienne – qui, jusqu'au 7 octobre, était préférée par la majorité des Israéliens.

L'émigration ou l'anéantissement

Le choc total de l'attaque brutale du Hamas et le refus de la contextualiser par des décennies d'oppression reflètent une position israélienne qui s'étonne sincèrement que les Palestiniens n'aient pas accepté leur statut de prisonniers à Gaza, qu'ils n'aient pas été reconnaissants de la générosité d'Israël qui a permis à quelques milliers de Palestiniens de travailler pour un salaire dérisoire sur la terre des Gazaouis. que leurs familles ont été expulsées et qu'ils n'ont pas rendu hommage à leurs occupants.

Car combien d'Israéliens se soucient de la situation à Gaza tant que les Palestiniens ne lancent pas de roquettes ou ne franchissent pas les barbelés pour entrer dans leurs communautés ? Qui s'est jamais donné la peine de se demander ce que cela signifie pour l'enclave assiégée d'être calme ? Pour la plupart des Juifs israéliens, les plus de 2 millions de Palestiniens de Gaza auraient dû se taire et accepter leur famine. Mais aujourd'hui, les Israéliens ne se satisfont plus de ce choix et se sont donc unis sous le couvert d'un nouvel ultimatum pour Gaza : l'émigration ou l'anéantissement.

Dans le discours actuel, l'émigration est présentée comme une déférence humanitaire en permettant à la population civile palestinienne de quitter la zone d'hostilités. La réalité est que, depuis le 7 octobre, l'armée israélienne a déplacé de force les trois quarts de la population de Gaza, principalement du nord, et continue de bombarder cette population dans toutes les parties de la bande de Gaza.

Comme alternative, l'émigration est proposée sous la forme de plans de réinstallation généralisée des Palestiniens hors de la bande de Gaza, plans qui sont sérieusement envisagés par les hauts responsables et les décideurs politiques israéliens. Pour une partie très importante de la population israélienne, les Palestiniens sont plus faciles à déplacer que les meubles de salon.

Puisqu'il est tout à fait logique pour la plupart des Israéliens d'expulser la population de Gaza, ils perçoivent le refus palestinien de se soumettre à la puissance du régime israélien comme une menace existentielle et une raison suffisante pour son anéantissement. S'il est vrai que les horribles massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre dans des communautés civiles ont violé ce qui devrait être le domaine de la résistance légitime à l'oppression, la grande majorité de la population israélienne était très heureuse que des tireurs d'élite israéliens aient tué et mutilé des Palestiniens qui manifestaient en masse devant la clôture de barbelés entourant Gaza pendant la Grande Marche du Retour. Pour la grande majorité des Israéliens, aucune forme de protestation contre l'occupation n'est légitime.

Ce n'est pas seulement la logique de Smotrich qui s'est enracinée dans le cœur de l'opinion publique israélienne depuis le 7 octobre, mais aussi sa rhétorique. Dans l'introduction du Plan ultime, Smotrich écrit : « L'affirmation selon laquelle le terrorisme découle du désespoir est un mensonge. Le terrorisme naît de l'espoir : l'espoir de nous affaiblir. De même, l'opinion publique israélienne a accepté la rupture du lien entre le terrorisme, d'une part, et le désespoir et les conflits, d'autre part ; dans le climat actuel, toute tentative de ne serait-ce que mentionner ce lien est immédiatement dénoncée comme une justification des crimes du Hamas.

La smotrichisation alarmante de l'opinion publique israélienne s'incarne dans sa volonté totale de sacrifier chaque vie du dernier Palestinien de Gaza pour la victoire finale que le ministre d'extrême droite a promise dans son plan. Elle s'exprime dans son indifférence obscène face au nombre astronomique de morts parmi les enfants palestiniens et dans son acceptation absolue que toute notion de lutte et de liberté doit être éteinte de l'autre côté des barbelés, quel qu'en soit le coût humain.

Ce processus ne s'arrêtera pas ou ne s'arrêtera pas à la clôture de barbelés à Gaza. La logique de Smotrich est déjà ancrée dans le traitement réservé par l'État à ses propres citoyens palestiniens, qui font face à un degré de persécution et de répression qui rappelle le régime militaire israélien de 1949-1966. Ce n'est pas une coïncidence si, de nos jours, les voix de cette communauté sont presque complètement absentes de la sphère publique ; Ils sont arrêtés et inculpés simplement pour avoir affirmé leur identité nationale.

Dans un pays où poster une vidéo de shakshuka (plat du moyen-orient) à côté d'un drapeau palestinien vous conduit en prison, le processus de smotrichisation et d'intériorisation de sa logique ultime est déjà achevé. Il est difficile d'imaginer les implications pour permettre à la société israélienne malade de se réhabiliter après la guerre et de rétablir les bases de la lutte pour une société partagée.

Orly Noy, une Israélienne d'origine iranienne, est rédactrice en chef de Local Call, activiste et traductrice de poésie et de prose en farsi. Elle est présidente du conseil exécutif de l'organisation israélienne de défense des droits de l'homme B'Tselem et membre du parti politique arabo-israélien Balad (Assemblée nationale démocratique).

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L’armée d’occupation israélienne cible depuis hier la ville de Rafah : 1,3 million de Ghazaouis en danger de mort

Ces nouvelles attaques ne font que confirmer l'intention des autorités d'occupation israéliennes de vider cette partie du territoire palestinien de ses occupants. Et par la (…)

Ces nouvelles attaques ne font que confirmer l'intention des autorités d'occupation israéliennes de vider cette partie du territoire palestinien de ses occupants. Et par la violence.

Tiré d'Algeria Watch. Article publié à l'origine dans El Watan.

Il n'y a plus d'endroit sûr pour la population palestinienne de Ghaza. Ayant fui les bombardements aveugles et criminels de l'armée de l'occupation israélienne, 1,3 million de Ghazaouis, réfugiés dans la ville de Rafah, au sud de la Bande encerclée, sont désormais directement ciblés.

Une centaine d'entre eux, particulièrement des enfants et des femmes, ont été tués, dans la nuit de vendredi à hier, par l'occupant qui étend ainsi sa guerre abjecte à la partie sud de la Bande de Ghaza. Selon plusieurs agences de presse et des médias, l'Etat hébreu, défiant la Cour internationale de justice (CIJ) et le droit international, a pilonné des maisons à Rafah faisant au moins 100 morts parmi les civils.

De nouvelles victimes qui alourdissent encore le bilan du génocide israélien qui s'élève, selon le ministère palestinien de la Santé à 27 238 personnes tuées, en majorité des femmes, enfants et adolescents, et 66 452 blessés depuis le début de cette nouvelle agression israélienne.
Ces nouvelles attaques ne font, en fait, que confirmer l'intention des autorités de l'occupation de vider cette partie du territoire palestinien de ses occupants.

Et par la violence. En effet, après avoir concentré ses assauts sur la ville de Khan Younès durant les dernières semaines, l'armée de l'occupation israélienne sème désormais la mort y compris à Rafah, où s'entassent les civils chassés de leurs maisons au nord de Ghaza. Selon l'AFP qui cite des témoins, 12 personnes ont été tuées lors d'une frappe aérienne sur une maison appartenant à la famille Hijazi.

« Ils ont bombardé sans aucun avertissement », témoigne Bilal Jad, 45 ans, un voisin dont la maison a été endommagée lors de l'attaque. « Il n'y a aucun endroit sûr. Les frappes aériennes ont lieu partout », précise-t-il. Abdoulkarim Misbah résume le calvaire des civils palestiniens pourchassés par le danger.

Installé dans un centre après avoir fui le camp de réfugiés de Jabaliya dans le Nord, l'homme s'est installé à Khan Younès. Mais il a été à nouveau contraint de quitter les lieux. « Nous avons échappé la semaine dernière à la mort à Khan Younès. Nous sommes partis sans rien emporter avec nous », raconte-t-il.

Antonio Guterres préoccupé

Cette situation fait réagir le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, qui a exprimé vendredi sa « profonde » préoccupation quant à une éventuelle expansion de l'agression israélienne contre la ville de Rafah, dans le sud de la Bande de Ghaza. S'exprimant lors d'une conférence de presse, le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, affirme : « Nous avons déjà vu l'impact des actions à Khan Younès sur les civils, mais aussi l'impact sur nos propres installations lorsque notre complexe a été touché. »

Pour rappel, le 24 janvier, le bombardement par l'armée d'occupation d'un centre de formation de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (Unrwa) dans la ville de Khan Younès a fait 13 martyrs et des dizaines de blessés.

En plus de l'accueil des réfugiés, cette ville constitue également la principale voie d'acheminement des aides humanitaires à environ 2,3 millions de personnes, qui vivent dans des conditions extrêmement précaires avec des besoins des plus urgents. Cette extension de la guerre par l'occupation intervient au moment où des diplomates s'activent pour parvenir à une seconde trêve, plus longue que celle d'une semaine qui avait permis en novembre la libération de prisonniers.

Une seconde trêve

En vue de mettre en place cette seconde trêve, le leader du Hamas, Ismaïl Haniyeh, était attendu hier en Egypte pour discuter d'une proposition élaborée lors d'une réunion, fin janvier à Paris, entre le chef de la CIA, William Burns, et des responsables égyptiens, israéliens et qataris.

Selon une source du Hamas, citée par des agences de presse, la proposition porte sur trois phases, dont la première prévoit une trêve de six semaines. Durant celle-ci, Israël devra libérer 200 à 300 prisonniers palestiniens en échange de 35 à 40 otages détenus à Ghaza, et 200 à 300 camions d'aide humanitaire pourront entrer chaque jour dans le territoire.

Ces derniers jours, le Qatar a fait état de « premiers signes » d'appui à la trêve de la part du Hamas. Pour sa part, la partie israélienne, assure aussi Doha, « approuve la proposition ».

L'affirmation est contradictoire avec les déclarations des responsables de l'Etat hébreu, qui soutiennent « qu'ils ne mettront pas fin définitivement à l'offensive à Ghaza qu'une fois le mouvement islamiste éliminé, les otages libérés et après avoir reçu des garanties sur la sécurité future du territoire ».

Ce projet de trêve doit d'ailleurs être au cœur d'une nouvelle tournée au Proche-Orient du secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, à partir d'aujourd'hui, qui le conduira au Qatar, en Egypte, en Israël, en Cisjordanie occupée et en Arabie Saoudite.

17 000 enfants sans accompagnement

En attendant cette trêve, le cauchemar continue pour les enfants palestiniens. Selon un communiqué de l'Unicef, publié vendredi dernier, au moins 17 000 enfants de la Bande de Ghaza sont non accompagnés ou séparés. « Chacun d'entre eux a une histoire déchirante marquée par le deuil et le désespoir.

Ce chiffre correspond à 1% de l'ensemble de la population déplacée, soit 1,7 million de personnes. Il s'agit bien évidemment d'une estimation, car il est pratiquement impossible de recueillir et de vérifier les informations dans le contexte sécuritaire et humanitaire actuel », relève l'organisation onusienne.

Selon la même source, la santé mentale des enfants est gravement affectée. « Ils présentent des symptômes tels que des niveaux extrêmement élevés d'anxiété persistante, une perte d'appétit, ils ne peuvent pas dormir, ils ont des crises émotionnelles ou de panique à chaque fois qu'ils entendent les bombardements », déplore la même source.

L'Unicef affirme que tous les enfants de Ghaza ont besoin d'une telle aide, soit plus d'un million. « Depuis le début du conflit, l'Unicef et ses partenaires ont apporté un soutien psychosocial et de santé mentale à plus de 40 000 enfants et 10 000 personnes s'occupant d'eux (…). Seul un cessez-le-feu permettra d'apporter ce soutien psychosocial et de santé mentale à grande échelle », indique le même document.

Contre le « diviser pour régner » fascisto-salvino-meloniste ; unifier les luttes des classes laborieuses !

12 février 2024, par Franco Turigliatto — , ,
Sur toutes les questions sociales et politiques, ce gouvernement réactionnaire avance comme un rouleau compresseur contre les conditions de vie et les droits des classes (…)

Sur toutes les questions sociales et politiques, ce gouvernement réactionnaire avance comme un rouleau compresseur contre les conditions de vie et les droits des classes populaires pour les fragmenter et les diviser, assurant ainsi l'exploitation capitaliste et renforçant son pouvoir politique au service de la classe dominante. Nous sommes face au pire ennemi de la classe ouvrière, comme l'ont toujours été les fascistes et l'extrême droite dans les différentes configurations où ils se sont manifestés.

29 janvier 202 | tiré du site europe solidaires sans frontières
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article69711

C'est encore dans ce sens que vont les dernières mesures du gouvernement en faveur des entrepreneurs, petits et grands, et les déclarations de Meloni, qui a réaffirmé sa « conception du monde » par une phrase lapidaire : « Si vous ne voulez pas travailler, vous ne pouvez pas espérer être entretenus avec l'argent de ceux qui travaillent tous les jours ». Dans notre pays, il y a 5 à 6 millions de pauvres.

En d'autres termes, « si vous êtes pauvre, c'est de votre faute ». Il se trouve que c'est ainsi que les patrons ont présenté la pauvreté, produite par leur système économique, depuis la naissance du capitalisme jusqu'à aujourd'hui, afin de se décharger de toute responsabilité et de blâmer ceux qui se trouvent exploités et opprimés en marge de la société et de mettre en opposition ceux qui n'ont pas de travail et ceux qui en ont un, mais avec des salaires de misère.

Ne plus perdre de temps
Contre ce gouvernement, contre les forces politiques fascisantes qui le composent, le seul antidote pour le contrer efficacement est de mettre en œuvre une mobilisation sociale de masse pour défendre les salaires, les pensions, les emplois et tous les droits sociaux et politiques, pour unir cette classe sociale que les capitalistes et les gouvernants veulent diviser et fragmenter.

C'est une tâche qui incombe à toutes les forces politiques et sociales de gauche, mais pour des raisons évidentes de force organisationnelle et de représentation des travailleurs, elle concerne, en premier lieu, les grandes organisations syndicales. Soyons clairs : les syndicats de base font, avec leurs initiatives, un travail important, même s'ils sont parfois affaiblis par leurs divisions, et en organisant des militants combatifs et de classe, mais leur taille ne leur permet pas de peser suffisamment sur l'évolution des rapports de force globaux.

C'est pourquoi un accent particulier doit être mis sur la responsabilité de la CGIL, parce qu'elle est la principale organisation de masse du pays et parce qu'elle se prétend encore un syndicat de classe, capable de porter l'ensemble des revendications de toutes les catégories de travailleurs.

Seulement, ce n'est pas ainsi que les choses se sont passées l'année dernière ; pendant des mois, les directions des grandes organisations ont adopté une attitude attentiste, d'« observation » de la politique du gouvernement, alors que son caractère anti-ouvrier était parfaitement clair ; ce n'est qu'à la fin de l'automne que la CGIL et l'UIL ont appelé à une mobilisation hésitante et à une grève, qui à ce moment-là n'était pas facile à mettre en œuvre. En fait, il s'agit d'un immobilisme coupable, masqué par des dénonciations propagandistes, dans le but d'arriver à une table de négociation que le gouvernement n'hésite pas à dédaigner.

Et il continue dans la même voie. Encore ces derniers jours, les « cris » contre la loi sur l'autonomie différenciée ont été forts, Landini en tête : « Plus de disparités et d'inégalités, moins de droits pour les travailleurs et les retraités.... nous nous y opposerons avec tous les instruments que la démocratie met à notre disposition, pour empêcher le gouvernement de diviser le pays et d'en compromettre l'avenir ». Le secrétaire de la CGIL, dans une interview à La Repubblica, énumère très précisément tous les méfaits du gouvernement, sur le « salaire équitable » et les cages salariales, sur les contrats, l'inflation, l'emploi et la pauvreté, les politiques industrielles et les privatisations, en invitant péremptoirement le gouvernement à « s'arrêter » (......)

Il est bon de rappeler le vieil adage : « Ils m'en ont beaucoup donné, mais je leur en ai dit tellement ».

Malheureusement, cette situation de dénonciation des politiques gouvernementales sans avoir la force matérielle de construire une résistance efficace affecte l'ensemble des forces politiques et sociales de la gauche et la classe ouvrière dans son ensemble. Mais une responsabilité particulière incombe à la CGIL qui assure encore la représentation et l'organisation de millions de travailleurs.

Le débat à l'Assemblée de la CGIL
La récente Assemblée générale de la CGIL a connu une discussion difficile avec le report de décisions tant politiques que pratiques. D'une certaine manière, elle a dû reconnaître que les mobilisations et les grèves de novembre n'ont pas été d'une grande utilité, notamment parce qu'elles ont été lancées tardivement, mal préparées et dans une perspective politique qui visait davantage la simple démonstration de l'existence du syndicat et de ses structures qu'une véritable continuité dans la lutte. De plus, même ces jours-ci, ce qui ressort le plus est la demande rebattue adressée au gouvernement de répondre aux revendications des syndicats et non une voie cohérente de reconstruction de la force du mouvement de masse.

Lors de l'assemblée, on a surtout discuté de tous les choix de référendum envisageables pour l'abrogation d'une série de lois antisociales et libérales, notamment celles sur le travail précaire. Les thèmes et les formulations proposés étaient nombreux, bien trop nombreux, pour pouvoir concentrer la bataille sur des objectifs qui pourraient être compris à un niveau de masse et donc maîtrisés de manière efficace. De plus, les référendums qui ne sont pas liés à une plate-forme de revendications et de luttes plus immédiates risquent d'avoir lieu en l'absence d'un contexte social stimulant. C'est pourquoi il est nécessaire de définir immédiatement le contenu de la bataille pour les salaires et l'emploi.

Le petit cadeau ponctuel accordé par le gouvernement à la fin de l'année avec le projet de loi de finances n'a certainement pas résolu les problèmes de millions de travailleurs aux prises avec une inflation qui, au cours des deux dernières années, a frôlé les 20 %.

Dans le même temps, les problèmes d'emploi causés par les restructurations et les délocalisations d'entreprises sont bien présents, et le gouvernement « souverainiste », tout autant que ses prédécesseurs, refuse d'utiliser les instruments de l'intervention publique pour les résoudre, préférant à chaque fois se contenter d'attendre qu'une nouvelle entité privée se mette en place. En revanche, il relance le bradage des actifs publics, à commencer par la poste, pour faire rentrer de l'argent. Dans les caisses.

Les grandes crises industrielles. Emploi et salaires
Les grandes crises industrielles ont atteignent leur paroxysme dans le secteur sidérurgique et dans celui de l'automobile, plus précisément chez Stellantis et dans les grandes entreprises qui lui sont liées, mais elles touchent également des centaines d'autres usines. Quelque 300 000 travailleurs et 300 000 familles sont concernés.

La mobilisation combative, militante et engagée de CKN contre les délocalisations et pour l'ouverture d'une nouvelle forme d'intervention publique par la planification de la réorientation de la production vers la transition écologique, aurait pu être l'occasion pour les directions syndicales de mettre en relation toutes les entreprises impliquées dans les restructurations, en dépassant la gestion perdante de la crise au cas par cas, avec l'objectif explicite de relancer l'action publique en lien avec la participation et le contrôle des travailleurs.

Il est clair pour tout le monde que les directions syndicales n'ont pas voulu s'engager dans cette voie. Ce n'est pas leur horizon.

Il n'en reste pas moins que si l'on veut sortir du bourbier dans lequel le mouvement syndical et la classe ouvrière se sont fourvoyés, il faut organiser une bataille sur le renouvellement des contrats de travail arrivés à échéance coordonnée avec la défense de l'emploi, ce qui ne peut que remettre sur la table la question des nationalisations, et même celle de l'échelle mobile des salaires. Personne ne pense que ce sera facile : il faut des discussions importantes dans les assemblées, mais il faut aussi que soit perçue la volonté des directions syndicales, et en particulier de la CGIL, de prendre les choses au sérieux et d'en finir avec la soumission.

Contre toutes les formes d'autonomie différenciée
Telle est la seule voie qui puisse nous conduire, avec une force et une crédibilité suffisantes dans l'opinion publique, à la bataille essentielle, celle contre la loi sur l'autonomie différenciée, une loi qui vise à diviser sous toutes ses formes les classes laborieuses, sur les salaires, sur l'emploi, sur l'accès à l'aide sociale, sur les droits. A ce stade, il semble incontournable de devoir passer par un référendum révocatoire pour l'arrêter et éviter le désastre. Mais pour réussir à gagner, ce qui est absolument nécessaire, il faut dès maintenant une formidable mobilisation sociale sur des questions bien définies.

Meloni et consorts ne le disent pas ouvertement, mais ils savent que la classe ouvrière est leur seul véritable ennemi, le spectre qu'ils craignent, la force qui peut briser leur trajectoire. Travaillons à la relance de la lutte de masse de la classe ouvrière pour chasser ce gouvernement fascisto-salvino-meloniste.

Franco Turigliatto, Sinistra anticapitalista

P.-S.
• Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l'aide de DeepLpro.

Source Sinistra anticapitalista 2024/01/29 :
https://anticapitalista.org/2024/01/29/contro-il-dividi-ed-impera-fascio-leghista-riunire-le-lotte-delle-classi-lavoratrici/

Lettre aux ministres Legault et Fitzgibbon

12 février 2024, par Martin Bouchard — , ,
Bonjour à vous, Messieurs les Ministres. La présente vise à vous faire part de mon vif désaccord avec votre décision de court-circuiter le BAPE au sujet du projet Northvolt. (…)

Bonjour à vous, Messieurs les Ministres. La présente vise à vous faire part de mon vif désaccord avec votre décision de court-circuiter le BAPE au sujet du projet Northvolt. Cette multinationale a beau se prétendre exemplaire du point de vue écologique, il est absolument impossible qu'un mégaprojet de cette envergure soit sans conséquences négatives pour l'environnement, de surcroît sur le long terme, et dans un milieu humide. C'est pourquoi il serait assurément irresponsable que vous laissiez carte blanche ou que vous fassiez des compromis en matière de précaution dès le départ. L'ensemble de ce projet doit être analysé par des sources indépendantes du promoteur afin d'identifier rigoureusement et objectivement les risques encourus et leurs conséquences éventuelles.

Par ailleurs, autre élément de première importance , qu'en est-il du principe d'acceptabilité sociale, cher aux réelles démocraties, qui semble complètement évacué par votre gouvernement ? Voilà une autre manière infaillible de nourrir le sentiment de trahison que ressent la population à l'égard de la CAQ, et qui s'exprime dans les sondages.

Tout comme une majorité de nos concitoyens, je dis oui à une économie florissante, mais pas au point de reléguer la protection environnementale au second plan. L'ampleur sans précédent de la crise climatique actuelle commande impérativement de faire passer cette nécessité en tête de liste des priorités. Votre gouvernement en aura-t-il le courage ? Vos électeurs souhaitent ardemment que votre parti passe de la parole aux actes, en alignant ses politiques sur les recommandations de la communauté scientifique, auxquelles souscrit le secrétaire général de l'ONU lorsqu'il parle d'effondrement imminent. Et, puisque les médias nous en font la preuve tous les jours, que ce soit à l'écran ou par écrit, quelle évidence faudra-t-il de plus pour « adapter » vos décisions à la situation ? Qu'on se le répète, dégrader davantage l'environnement revient à tirer le tapis sous les pieds de l'économie.

Conséquemment, puisque notre sort collectif repose entre vos mains, ce qui inclut celui des jeunes générations, je vous demande avec insistance de revenir sur votre décision. Messieurs, je vous présente mes salutations avec l'espoir d'avoir été entendu. Pourrons-nous vous faire confiance ?

Martin Bouchard
Un des membres fondateurs du nouveau collectif des « Aîné.e.s dans l'action climat » (ADAC)
St-Anaclet-de-Lessard

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Sur la somme requise pour se constituer un fonds de défense professionnel1

7 février 2024, par Yvan Perrier — , ,
Durant la présente ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic j'ai entendu à deux reprises des syndicalistes mentionner qu'un fonds de grève pour soutenir des (…)

Durant la présente ronde de négociation dans les secteurs public et parapublic j'ai entendu à deux reprises des syndicalistes mentionner qu'un fonds de grève pour soutenir des dizaines ou une centaine de milliers de membres exigeait des « sommes astronomiques ». À première vue, cette assertion a toutes les apparences d'être vraie. Mais dans les faits, c'est plutôt le contraire qui est véridique. Voyons voir ce qu'il est possible d'accumuler avec une toute petite cotisation équivalente à 1.00$ par jour de travail, soit 10,00$ par membre, par paye bihebdomadaire, durant 5 ans.

Avec 10,00$ par paye versée toutes les deux semaines, dans une année, le montant accumulé pour un seul membre s'élève à 260,00$. Sur la durée d'une convention collective de 5 ans, la somme totale atteint maintenant 1 300$. Avec un tel montant de 1 300$, il est possible de verser une prestation de grève de 50,00$ par jour durant 26 jours d'arrêt de travail. Convenons que 1,00$ par jour de travail, soit 10,00$ par membre par paye bihebdomadaire durant 5 ans, représente un montant très raisonnable et parfaitement supportable pour une ou un salarié.e syndiqué.e.

Bien sûr, avoir à verser 50,00$ par jour à 100 000 membres durant 20 jours donne au total la coquette somme de 100 millions de dollars. Un montant qui semble hors de portée pour des salarié.e.s syndiqué.e.s. Mais, en regroupant les cotisations des membres dans une démarche qui s'échelonne sur toute la durée d'une convention collective de 5 ans, il est possible pour une organisation syndicale de se doter d'un fonds de grève, digne de ce nom, qui va permettre, par la suite, à la ou au gréviste de préserver sa dignité de personne en période de grève ou d'arrêt de travail et ce pour aussi peu que 1,00$ par membre par jour de travail.

La constitution d'un fonds de grève n'a rien d'extraordinaire, il suffit d'abord de vouloir en constituer un et ensuite de le faire adopter par les membres.

Yvan Perrier
7 février 2024
9h30 AM
yvan_perrier@hotmail.com

Note
1.Ce texte s'inspire d'un raisonnement préalablement formulé par Flora Tristan dans Union ouvrière. https://www.pressegauche.org/Flora-Tristan-1803-1844. Consulté le 7 février 2024.
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Ukraine : le travail et la guerre

7 février 2024, par Laurent Vogel — , ,
Un article publié par le magazine de l'Institut syndical européen Hesamag est un magazine de l'Institut syndical européen qui couvre les conditions de travail, la santé et la (…)

Un article publié par le magazine de l'Institut syndical européen
Hesamag est un magazine de l'Institut syndical européen qui couvre les conditions de travail, la santé et la sécurité. Son dernier numéro contient un dossier thématique sur les travailleurs face au changement climatique. Dans sa rubrique consacrée au mouvement syndical, il publie un article sur le travail et la guerre en Ukraine.
L'Institut syndical européen est un institut de recherche et de formation lié à la Confédération Européenne des Syndicats (CES).

Tiré de Entre les lignes et les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/02/06/ukraine-le-travail-et-la-guerre/

L'auteur, Laurent Vogel, est chercheur associé de l'ETUI dans le domaine de la santé au travail. Il fait également partie du Réseau Européen de Solidarité avec l'Ukraine. Nous reproduisons le texte de cet article.

Depuis le début de l'invasion massive par l'armée russe, les conditions de travail en Ukraine ont été transformées profondément. Aucune guerre ne peut être gagnée simplement sur les champs de bataille. C'est la mobilisation de la société ukrainienne, et particulièrement des travailleuses, qui explique l'échec de la guerre-éclair russe. Le mouvement ouvrier ukrainien n'entend pas se limiter àrepousser l'invasion. Il veut garantir l'avenir d'une société plus égalitaire, plus sociale, plus démocratique [1].

Le 24 février 2022, l'Ukraine se réveille à l'heure d'une guerre totale. Pour beaucoup, c'est une surprise. Des colonnes de blindés russes se dirigent vers Kiev. Des troupes aéroportées attaquent à proximité de la capitale. L'armée russe attaque sur une ligne de front de plus de 1 000 kilomètres. De la frontière biélorusse à proximité de Chernobyl jusqu'à la mer Noire. Partout dans le monde, partisans et adversaires de Poutine pensent que la disproportion des forces militaires est telle que la guerre sera gagnée par la Russie.

Ce matin-là, chacun en Ukraine a dû se situer face à cette guerre. Les clivages anciens qui traversaient la société ont été remodelés. Le premier grand échec de l'offensive russe a été le refus massif de collaborer avec l'envahisseur qui a déclenché, en représailles, une énorme violence contre la population civile dès que l'échec de la guerre-éclair est devenu patent. Nulle part, les occupants n'ont été accueillis en libérateurs. Parmi les élites, les candidats à la collaboration n'ont guère été nombreux.

Tandis que des dizaines de milliers de volontaires se précipitaient vers les bureaux de recrutement militaire, d'autres se lançaient avec une créativité énorme dans les formes de résistance qui étaient à leur portée. À Kiev, des milliers de jeunes ont transformé des drones de loisir en armes de combat très simples qui ont contribué à bloquer l'avance des blindés.

Les travailleurs ont joué un rôle essentiel dans la résistance, particulièrement dans les secteurs où les syndicats étaient présents. C'est Yelena Sabirova, avec ses 19 ans de métier, qui décide de continuer à conduire le tram à Kiev après que la ville a été à moitié désertée, ce sont les mineurs aux alentours de Kryvyi Rih au sud du pays qui se répartissent les tâches : les uns vont vers le front, les autres assurent la continuité de l'extraction du minerai de fer. Le lien constant entre la mine et le front est maintenu par des convois quotidiens qui apportent aux combattants de la nourriture, des équipements.

La guerre transforme complètement le travail du personnel des chemins de fer. En quelques semaines, il faut assurer le déplacement de presque un tiers de la population : 8 millions de réfugiés à l'étranger, 5 millions de personnes déplacées à l'intérieur de l'Ukraine. Il faut aussi assurer le transport des volontaires et des conscrits vers le front, assurer l'approvisionnement alimentaire et la circulation d'autres biens essentiels. Les principales gares doivent être aménagées pour héberger et nourrir la masse des réfugiés. Les syndicats soutiennent une campagne d'information menée par des associations féministes sur la présence d'organisations criminelles qui se livrent à la traite des femmes, profitant du désespoir de réfugiées. Ce travail se fait parfois sous les bombes. À Kramatorsk, le 8 avril 2022, deux missiles russes frappent la gare qui hébergeait plus de 1 000 réfugiés en attente d'évacuation. Il y aura 57 morts, dont 5 enfants.

Le slogan populaire « Gloire à l'Ukraine, gloire aux héros » paraît en décalage avec la situation réelle d'une guerre où l'héroïsme est avant tout collectif et quotidien, indépendamment de la forme que prend l'engagement de chaque personne. La plus grande victoire remportée par cette résistance populaire multiple – qui, à l'arrière, est massivement féminine – a été l'échec de la campagne de bombardements russes de l'hiver 2022-2023. En détruisant systématiquement les infrastructures indispensables à la production d'électricité, d'eau potable et au chauffage, l'armée russe remettait en cause la survie de la population. Elle pensait ainsi acculer le pays à une capitulation et menaçait les autres pays d'Europe d'un afflux massif de réfugiés.

La bataille de l'hiver a été gagnée grâce à un réseau dense de collectifs de solidarité où les femmes des milieux populaires ont souvent tenu un rôle dirigeant. C'est ce qu'a pu observer Daria Saburova, une chercheuse travaillant pour le Réseau européen de solidarité avec l'Ukraine, à Kryvyi Rih où elle a séjourné entre janvier et avril 2023. Contrairement aux grandes ONG dirigées par les classes moyennes, généralement liées aux Églises ou aux partis parlementaires libéraux ou nationalistes, et qui agissent souvent sans établir de contacts directs avec la population, les petites organisations locales de solidarité mènent un double travail. À l'arrière, elles viennent en aide aux réfugiés ainsi qu'aux habitants des zones récemment libérées. Sur le front, elles maintiennent un contact permanent avec les soldats. Dans un premier temps, ce contact était indispensable en raison des insuffisances de la logistique. Aujourd'hui, c'est surtout le maintien d'un lien fort entre l'armée et le peuple qui motive les bénévoles. Beaucoup de femmes apportent de la nourriture au front en disant : l'aide que j'y apporte à des soldats que je ne connais pas sera apportée à mes fils ou à mon mari dans d'autres régions par d'autres femmes. La guerre devient une expérience collective qui renforce l'autonomie des couches populaires.

Le dépassement de certains clivages

L'armée russe a attaqué des régions d'Ukraine où une partie importante de la population est classifiée comme « russophone ». La réalité est plus complexe [2]. La caractéristique principale de ces régions d'Ukraine est ce que les linguistes appellent une diglossie. Les personnes passent du russe à l'ukrainien avec aisance, en fonction des interlocuteurs, du type de conversation. Il est fréquent qu'une discussion se déroule en plusieurs langues. Une partie des milieux populaires parle des surzhyks. Il s'agit d'un ensemble linguistique qui intègre à la fois du russe et de l'ukrainien et qui est considéré comme « impur » par les nationalistes des deux pays.

Pour les nationalistes russes, ces populations étaient supposées adhérer au « monde russe » et accueillir l'invasion comme une libération. Il s'agissait souvent de régions où la population ouvrière avait été majoritairement anti-Maïdan, notamment parce qu'elle estimait qu'une intégration dans l'Union européenne aurait des conséquences lourdes en termes d'emploi.

L'invasion du 24 février a complètement changé la donne. L'extrême brutalité de l'invasion a été rapidement connue grâce aux contacts individuels, d'amis ou de membres de la famille dans les territoires occupés. Ces interactions personnelles étaient considérées comme plus fiables que les informations officielles qu'elles soient russes ou ukrainiennes. La population a pris conscience que l'armée russe s'en prenait prioritairement aux populations civiles, qu'elle interdisait les syndicats dans toutes les villes occupées, qu'elle mettait en place des « centres de filtration » où les personnes étaient souvent torturées et parfois exécutées. Dans certains cas, un simple tatouage évoquant de possibles allégeances nationalistes ou politiques pouvait représenter un risque. À cela s'ajoutait le pillage lié à l'incapacité de la logistique russe à nourrir sa propre armée.

L'expérience de huit ans d'occupation du Donbass a contribué à ce changement de perspective. En 2014, une partie de la population urbaine a soutenu les séparatistes qui promettaient un processus sans grande effusion de sang et une amélioration rapide des conditions de vie. Contrairement à ce qui s'était passé en Crimée, la sécession du Donbass a été très sanglante et a abouti à la prise du pouvoir par des clans mafieux. Les industries appartenant à des oligarques ukrainiens ont été confisquées puis redistribuées entre ces clans avant d'être nationalisées et démantelées. La majorité des usines ont cessé de fonctionner et les équipements de valeur ont été transférés en Russie. Pour les hommes en âge de travailler, l'employeur principal est devenu le réseau de milices qui administre la région. Cela a provoqué un exode de la population ouvrière tant vers l'Ukraine que vers la Russie ou d'autres parties du monde. Seuls les retraités pouvaient trouver leur compte dans la mesure où ils continuaient à toucher leur pension ukrainienne et ils pouvaient toucher une pension russe à condition d'accepter un passeport russe. En 2022, même les secteurs populaires qui avaient été les plus anti-Maïdan rejetaient la perspective de suivre l'exemple du Donbass. Dans les territoires occupés, les administrations mises en place par les Russes ont dû être formées majoritairement de personnes extérieures, originaires de Russie ou appartenant aux milices séparatistes.

Des femmes unies pour soutenir le secteur de la santé

Le secteur de la santé est vital en temps de guerre comme en temps de paix. Avec une immense majorité de femmes qui y travaillent, c'est un secteur mal payé, affaibli par les politiques de privatisation. Il n'a jamais été considéré comme prioritaire par les différents gouvernements qui se sont succédé depuis l'indépendance en 1991. Entre 1991 et 2017, le nombre d'infirmières est passé de 670 000 à 360 000 d'après Nina Kozlovska, fondatrice du mouvement syndical des infirmières, « Sois comme Nina » [3]. L'ensemble du personnel de soin a continué à diminuer de près de 140 000 personnes entre 2017 et 2022. Le ministère de la Santé est un organisme bureaucratique, lent à s'adapter à un changement brutal de la situation et des besoins. Sa propre inefficacité lui permet de justifier le recours croissant au secteur privé.

Dès le début de l'invasion massive, les infirmières n'attendent pas de recevoir des consignes de leur direction. Elles se répartissent les tâches entre celles qui restent dans les hôpitaux et centres de santé et celles qui vont renforcer les services de première ligne sur le front. Leurs hôpitaux sont la cible des bombardements russes. Après 15 mois de guerre, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a enregistré 1 004 attaques russes contre des établissements de santé. Le docteur Jarno Habicht, représentant de l'OMS en Ukraine, ne cache pas son admiration : « Le fait que le système de santé ukrainien continue de fonctionner dans de telles circonstances témoigne du dévouement héroïque des personnels de santé. Malgré les défis posés d'abord par la pandémie de Covid-19 et maintenant par plus d'un an de guerre, les personnels de santé ukrainiens restent étonnamment forts, courageux et patients, jour après jour, sauvant des vies et dispensant des soins à ceux qui en ont besoin » [4].

Ce courage et ce dévouement ne peuvent être séparés d'une prise de conscience d'intérêts collectifs en tant que travailleuses. C'est ce qui explique que différents hôpitaux du pays, des collectifs syndicaux se sont unifiés sous l'appellation « Sois comme Nina » à la fois pour rendre possible un travail de qualité et pour améliorer les conditions de travail du personnel. Les infirmières qui en font partie dénoncent le fait qu'en dépit d'une croissance spectaculaire des besoins de soins de santé liée à la guerre, certains hôpitaux profitent de la loi martiale pour licencier du personnel, réduire les salaires et pour imposer un volume important d'heures supplémentaires non rétribuées. Ils imposent parfois un passage du temps plein au temps partiel alors même que les heures supplémentaires se multiplient.

Autant les travailleuses ukrainiennes se sont engagées massivement dans des activités bénévoles qu'elles organisent de manière autonome, autant elles refusent que leur travail salarié soit dévalorisé. Elles dénoncent les réductions de salaire alors que certains hôpitaux continuent à faire du profit. Actuellement, le salaire mensuel minimum des infirmières est d'environ 320 euros. Dans de nombreux hôpitaux, il a été réduit ou est payé avec d'importants retards. Cette situation est rendue possible par une résolution de 2023 du gouvernement ukrainien [5] qui l'autorise pour les employeurs d'institutions de santé où les dépenses salariales (charges sociales comprises) dépassent 85% des fonds reçus comme subsides. Autrement dit, les employeurs peuvent décider unilatéralement de réduire les salaires en fonction des aléas liés à leur propre gestion.

Ce combat permet de prendre ses distances d'une vision d'une société rendue unanime par les conditions de la guerre. S'il y a un large consensus autour de la nécessité de repousser l'invasion, l'affrontement est vif autour des projets de société qui s'affrontent de manière très concrète dans la vie quotidienne, au travail et hors du travail. Une loi de 2022 punissant les collaborateurs a été élaborée sous l'influence des forces nationalistes. Elle tend à étendre la notion de collaboration au-delà des activités menées au service de la machine administrative et répressive de l'occupant. Cela représente une menace pour les milieux populaires ne disposant pas d'épargne et contraints de continuer à travailler en dépit de l'occupation. Une des victoires obtenues par la pression des travailleuses est que l'État a renoncé à poursuivre pénalement le personnel des soins qui a continué à travailler dans les territoires occupés qui ont été libérés ultérieurement.

Une lutte sur deux fronts

Depuis le début de la guerre à grande échelle, le mouvement syndical ukrainien se bat sur deux fronts. Il participe massivement à la lutte pour chasser les occupants russes. De nombreux syndicalistes combattent dans les rangs de l'armée et de la défense territoriale. Leur collectif de travail reste en contact quotidien avec eux et leur assure un appui matériel et psychologique constant. D'autre part, dans les entreprises, il y a une lutte quotidienne pour défendre les droits sociaux et syndicaux contre les mesures gouvernementales qui utilisent la loi martiale pour remettre en cause les conventions collectives, faciliter les licenciements et réduire les droits syndicaux [6]. Sous la loi martiale, la grève et les manifestations sont interdites. Cela n'empêche pas les syndicats de lutter et, dans certains cas, de passer à la grève.

On y trouve des exemples dans de nombreux secteurs comme ces mineurs de Novovolynsk (Ukraine occidentale) partis en grève en septembre 2022 contre la nomination d'un nouveau directeur corrompu et autoritaire ou ces jeunes livreurs de l'entreprise Bolt Food à Dnipro et à Kiev qui se mobilisent en octobre 2023 contre une détérioration de leurs conditions de travail.

L'ensemble de ces mouvements montre à quel point la résistance est globale : sur le front contre l'occupant, à l'arrière pour une société plus égale et démocratique. Dans un certain nombre de petites entreprises, des formes d'autogestion sont apparues [7]. Pour toutes les activités essentielles comme la santé, l'éducation, les transports, la créativité des collectifs de travail a dû improviser des solutions d'urgence qui ont démontré une plus grande efficacité que ce qui était proposé par le management.

De ce point de vue, l'Ukraine nous est très proche. Ce n'est pas sa situation géographique qui l'explique mais le fait que la résistance populaire en Ukraine partage les mêmes objectifs que les forces progressistes en Europe. Loin de se réduire à une action caritative, la solidarité permet de créer une solidarité réciproque entre les syndicats d'Ukraine et les syndicats en Europe et dans le monde. Que ce soit sous la forme de convois syndicaux, par l'invitation de syndicalistes d'Ukraine à faire des tournées à l'étranger ou par la publication d'informations et d'analyses émanant des syndicats et des autres forces progressistes de la société ukrainienne, la mise en œuvre de cette solidarité est d'autant plus importante que le conflit se prolonge.

Londres-sur-Dniepr

Une scène inhabituelle s'est produite à Londres le vendredi 29 septembre 2023. Devant le siège de Veolia, le parlementaire travailliste John Mc Donnell a pris la parole avec Yulia Yurchenko, une militante de l'organisation de gauche ukrainienne Sotsyalnyi Rukh sous les drapeaux du General and Municipal Boilermakers Union (GMB). Le GMB est un des principaux syndicats britanniques avec plus de 560 000 membres, principalement dans des secteurs industriels.

Le GMB avait décidé d'organiser une semaine de grève dans les usines de recyclage des déchets du Nottinghamshire à partir du lundi 25 septembre, pour revendiquer une augmentation de salaire. Ces usines traitent les déchets collectés auprès de plus de 250 000 foyers dans le cadre du contrat de Veolia avec le conseil du comté du Nottinghamshire. Selon Mick Coppin, organisateur du GMB, « Veolia Nottinghamshire engrange d'énormes sommes d'argent sur le dos des contribuables locaux. En retour, elle demande aux travailleurs locaux d'effectuer des tâches dangereuses, difficiles et malodorantes pour le salaire minimum. Nos membres n'ont plus les moyens de chauffer leur maison et de payer leurs factures. Ils sont réduits à la misère par une entreprise multimillionnaire ».

L'Ukraine Solidarity Campaign, qui compte sur une base syndicale importante, a mis en avant que Veolia, qui refuse de négocier avec le GMB, continue à négocier des opérations commerciales avec le régime russe.

Depuis l'invasion massive, l'Ukraine appelle les entreprises qui continuent à faire des affaires en Russie à prendre des mesures immédiates pour couper les liens et se retirer de manière responsable. Veolia a refusé cet acte de solidarité. Le groupe fait partie des 23 multinationales françaises qui n'ont rien modifié à leur activité en Russie depuis février 2022. C'est ce qu'indique notammentla base de données sur les entreprises multinationales en Russie qui a été établie par l'Université de Yale aux États-Unis.

Le GMB a fourni de l'aide humanitaire et de l'assistance aux membres de syndicats ukrainiens qui combattent sur le front. Les membres du GMB travaillant pour Veolia à Londres ont déjà organisé des manifestations de soutien à l'Ukraine. Sur leurs piquets de grève, ils ont déployé des drapeaux ukrainiens en signe de solidarité avec le peuple ukrainien. Le GMB a été à l'initiative d'une résolution du dernier congrès du TUC, la confédération des syndicats britanniques.Cette résolution du 12 septembre 2023 témoigne d'un engagement ferme des syndicats britanniques dans des activités multiples de solidarité « du bas vers le bas » qui créent des liens directs entre syndicalistes des deux pays.

Notes
[1] Cet article doit beaucoup à Artem Tidva, Daria Saburova et Denys Gorbach. Artem est un des organisateurs du syndicat ukrainien des services publics, affilié à la Fédération des syndicats ukrainiens (FPU) ainsi qu'à la Fédération syndicale européenne des services publics. Daria et Denys sont des chercheurs ukrainiens vivant en France qui participent aux activités du Réseau européen de solidarité avec l'Ukraine.
[2] Voir la vidéo de l'exposé de Daria Saburova sur la question linguistique :
https://solidarity-ukraine- belgium.com/daria- saburova-sur-la-question- linguistique-en-ukraine/
[3] Un rapport du syndicat « Sois comme Nina », La douleur des infirmières ukrainiennes en temps de guerre,
Soutien à l'Ukraine Résistante,n° 20, juin 2023.
[4] Communiqué de pressede l'OMS, 30 mai 2023.
[5] Résolution n°28 du conseil des ministres du 13 janvier 2023.
[6] Voir l'excellent article d'Alexandre Kitral,
Ukraine : résistances sociales au travail.
[7] Patrick Le Tréhondat,
Ukraine : “La pratique de l'autogestion est généralisée”, Europe Solidaire.

Toutes les illustrations sont de Katya Gritseva.

Laurent Vogel
publié en français et en anglais par le magazine syndical européen
Hesamag n°28, (2e semestre 2023)

https://solidarity-ukraine-belgium.com/ukraine-le-travail-et-la-guerre/

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La gestion de l’immigration au Canada et au Québec est un vrai bordel

6 février 2024, par Jonathan Durand Folco — , ,
Après avoir ignoré la crise du logement pendant des années, en épargnant les acteurs responsables de la crise, on attribue ensuite cette même crise aux immigrants qui seraient (…)

Après avoir ignoré la crise du logement pendant des années, en épargnant les acteurs responsables de la crise, on attribue ensuite cette même crise aux immigrants qui seraient la principale cause de la pénurie de logements. Après l'argument sordide "ils nous volent nos jobs", nous sommes aujourd'hui arrivés au discours "ils nous volent nos logements".

Jonathan Durand Folco | Page Facebook | 22 janvier 2024

On laisse ici de côté le rôle des spéculateurs immobiliers, des plateformes numériques comme Airbnb, de la Banque centrale du Canada qui a fait grimper les taux d'intérêts, du sous-financement du logement social depuis des décennies, du désinvestissement des différents paliers de gouvernements qui continuent de se renvoyer la balle sans jamais prendre de leadership sur la question. On ne nomme jamais l'éléphant dans la pièce, c'est-à-dire le capitalisme néolibéral financiarisé, qui privilégie la construction de condos de luxe et d'appartements pour célibataires ou couples sans enfants, au lieu de satisfaire les besoins sociaux urgents en matière de logement.

Au lieu de réguler le marché privé et spéculatif du logement, ou de construire massivement des unités d'habitation par la puissance publique, on joue à l'autruche pendant des années, puis on pointe du doigt les immigrants une fois que la situation est devenue catastrophique et invivable pour la classe moyenne. Certes, l'arrivée d'un nombre important d'immigrants exerce une pression sur le marché de l'habitation, mais la pénurie de logements et l'envolée des prix de l'immobilier ne découlent pas d'abord de leur présence.

Pendant ce temps, le gouvernement Trudeau augmente les cibles d'immigration à 500 000 nouveaux arrivants pour se donner une belle image vertueuse, tout en multipliant le recours aux travailleurs étrangers temporaires, dont certains se retrouvent dans une situation de quasi-esclavage (selon un expert de l'ONU). Rappelons qu'il y avait plus de 2,2 millions de résidents non-permanents au Canada en juillet 2023, et leur nombre ne fait qu'augmenter année après année.

Selon la journaliste Sarah Champagne dans un article du Devoir du 27 septembre 2023 : "Les détenteurs d'un permis de travail seulement constituent près de la moitié de tous les non-permanents, soit 1 million de personnes. Cette proportion était un peu plus basse au Québec, soit de 43 %. Les autres catégories d'immigrants temporaires comprennent les étudiants étrangers, au nombre de 856 051, qui ont un permis de travail en plus ou non. Restent les 84 191 membres de la famille qui accompagnent ces immigrants, mais qui n'ont pas eux-mêmes un permis."

Aujourd'hui, on apprend que le gouvernement Trudeau "va plafonner pendant deux ans le nombre d'étudiants étrangers" comme réponse à la crise du logement. Selon le ministre fédéral de l'Immigration Marc Miller, "en 2024, 364 000 permis d'étude seront accordés, une baisse de 35 % par rapport à 2023". Alors que les universités sont sous-financées et utilisent la stratégie de recrutement d'étudiants internationaux pour garder la tête hors de l'eau, on vient de leur couper l'herbe sous le pied. Cela aura un impact direct sur le secteur universitaire, une petite université comme la mienne ayant entre 30 et 40% d'étudiants internationaux depuis quelques années. L'impact sur le nombre de logements disponibles, par contre, sera aussi minime qu'un coup d'épée dans l'eau.

Au Québec, le gouvernement Legault cherche à se donner l'image du bon père de famille et du nationaliste protecteur en gardant un seuil d'immigration plutôt bas, tout en ayant recours massivement à la main d'œuvre précaire et bon marché des travailleurs temporaires et sans statut pour continuer de faire rouler l'économie.

Alors qu'il limitait le nombre d'immigrants réguliers à 50 000 en 2023, le Québec recevait 58 000 travailleurs temporaires étrangers la même année. Le slogan de Legault en 2018 était "en prendre moins, mais en prendre soin"...On voit aujourd'hui qu'il "prend soin" d'une minorité de personnes qui arrivent ici, tout en laissant dans la précarité un grand nombre de gens qui n'ont pas la citoyenneté et ont peu de chances de l'obtenir en raison des obstacles administratifs qui s'ajoutent année après année.

Cette ségrégation entre deux catégories de travailleurs, la première étant celle du "travail libre" des citoyens nationaux, et la seconde celle du "travail non-libre" des résidents temporaires, avec un statut précaire ou irrégulier, prend son origine dans la dynamique du "capitalisme racial", lequel fonctionne comme un système d'exploitation à deux vitesses.

Ce capitalisme racial sous-tend à la fois la politique des libéraux multiculturalistes et des nationalistes conservateurs, car au-delà des discours idéologiques sur l'immigration, notre système économique a besoin de leur présence pour assurer l'accumulation des profits et la reproduction du statu quo. Selon la logique libérale, les immigrants sont qualifiés de "bons pour l'économie et pour la diversité", tandis que selon la logique du populisme conservateur, ils représentent une "menace pour l'identité nationale ou la protection de la langue", les adeptes de l'extrême droite allant jusqu'à parler de "noyade démographique" pour décrire la situation actuelle.

Le problème en réalité, c'est le capitalisme qui contribue à la crise des services publics, à la pénurie de logements, à l'exploitation des travailleurs d'ici et la surexploitation des travailleurs migrants précaires, à la destruction de l'environnement, à l'explosion du coût de la vie, tout cela générant un sentiment d'insécurité généralisée, que ce soit au niveau identitaire ou sur le plan économique.

À mon avis, la principale différence entre la gauche et la droite dans ce débat réside dans l'attribution des principales crises de notre époque. Pour la droite, ce sont les wokes et les immigrants qui sont la principale cause des problèmes actuels, alors que pour la gauche, c'est notre système inégalitaire désuet qui amplifie les inégalités, détruit le commun et effrite la cohésion sociale, en opposant les gens d'ici à ceux d'ailleurs.

Je ne dis pas ici qu'on ne peut pas débattre des seuils d'immigration, ou que toutes les personnes qui posent des questions en ce sens sont forcément racistes. Je ne crois pas non plus que les gens qui croient qu'il faut éviter de mettre tous nos problèmes sur le dos des immigrants seraient des "wokes totalitaires", comme le suggèrent certains. Ces débats sont souvent émotifs et polarisants, et je crois que l'enjeu migratoire ne représente que la pointe de l'iceberg de la crise de notre "modèle de société". On peut parler de monter ou de baisser les "seuils d'immigration" comme on veut, mais tant qu'on ne s'attaquera pas aux problèmes sociaux sous-jacents, qui affectent la qualité de vie des gens d'ici comme des nouveaux arrivants, on s'enfermera dans des débats de chiffres stériles.

Le "modèle québécois" est brisé, tout comme le "modèle canadien". Nous traversons une période de turbulences où le durcissement des frontières s'accompagnera de l'intensification des systèmes de contrôle et de surveillance, de l'incarcération massive de personnes sans statut dans des camps de détention aux conditions souvent inhumaines, de l'exploitation sans vergogne de travailleurs étrangers dans le secteur agricole, le monde industriel, la logistique et le travail de soins, dévalorisant ainsi symboliquement ceux et celles qu'on appelait il n'y a pas très longtemps nos "travailleurs essentiels" ou nos "anges gardiens". On préfère considérer ces gens comme des ressources non régularisées, au lieu de les accueillir en leur garantissant leurs droits et leur dignité.

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Le scénario proposé par le texte Solidaires à la croisée des chemins mènerait QS à l’impasse !

6 février 2024, par André Frappier — , ,
Le texte de Bálint Demers pose la question de la stratégie de la lutte sociale pour la gauche au Québec. Dans cette mesure, il permet d'ouvrir la discussion sur cette question (…)

Le texte de Bálint Demers pose la question de la stratégie de la lutte sociale pour la gauche au Québec. Dans cette mesure, il permet d'ouvrir la discussion sur cette question fondamentale. Mais les fondements politiques qui soutiennent son texte ne s'inscrivent pas dans une perspective d'alliance des forces sociales en lutte mais plutôt dans une perspective d'alliance des partis politiques, en l'occurrence le PQ et QS, dans un échange de procédés vers la souveraineté. Un scénario que nous avons déjà visité. Nous saisissons l'occasion pour analyser les failles dans la stratégie actuelle de QS mais également dans le scénario que l'auteur nous propose afin de dresser les perspectives qui, à notre avis, peuvent nous amener à un rassemblement des forces sociales pour leur émancipation.

L'Indépendance

PSPP parle d'indépendance, mais a-t-il rejeté le confédérationniste (soit la souveraineté-association) ? Il parle de monnaie canadienne – mais il souligne également que ce n'est qu'une hypothèse… L'indépendance n'est pas fondamentale pour le PQ qui a tenu ses deux référendums sur une nouvelle alliance (référendum de 1980) ou sur un nouveau partenariat (référendum de 1995). S'il revient à ses fondamentaux, c'est à ces derniers qu'il reviendra. Parmi d'autres fondamentaux, auxquels le PQ reste fidèle, il y a le libre-échange, assurance de la domination des multinationales sur l'économique du Québec.

Sur la démondialisation, il a repris les thèses sur la croissance nationale, sans remettre en question les tenants et aboutissants de la mondialisation – soit le libre-échange. Sur l'immigration, il a fait des personnes migrantes les causes des maux de la société québécoise en matière de logement, de difficultés des services publics ou d'itinérance. Il a proposé des quotas pour limiter à 35 000 personnes l'immigration permanente. Il a fait campagne contre le niveau des demandes des réfugié-e-s. Il a refusé d'admettre l'existence du racisme systémique malgré les dénonciations des peuples autochtones et des communautés ethnoculturelles. Il s'est rangé ainsi dans le camp du nationalisme conservateur, allant jusqu'à faire pression sur la CAQ pour son soi-disant laxisme en matière d'immigration.

Il réduit la question nationale aux francophones de souche, ne tenant aucunement compte des populations racisées ni des motifs qui conduisent les populations du sud global à émigrer au nord.

La stratégie d'indépendance du Québec ne peut, à plus forte raison dans la situation politique et économique actuelle, se situer autrement que dans une stratégie d'alliances avec les forces sociales du reste du Canada et avec les populations autochtones. Dans ce sens, la dynamique sociale au Québec qui a pour origine l'oppression nationale a permis des luttes sociales de grande ampleur qui n'ont pas d'équivalent dans le reste du Canada. Les luttes syndicales du secteur public ou les luttes étudiantes comme celle de 2012 en sont des exemples.

Le sort réservé à la Grèce en 2005 qui a subi le blocus financier de la Troïka, soit la Banque centrale européenne (BCE), le Fond monétaire international (FMI) et l'Union européenne (UE), démontre qu'un projet de changement social ne peut se faire sans une stratégie de soutien international. C'est également le cas du Québec. Naomi Klein avait développé une analyse percutante sur cette question dans La stratégie du choc.

L'auteur mentionne que QS semblait pouvoir jouer le rôle d'alternative suite à son succès électoral de 2018. Mais que depuis l'élection de 2022 il s'est fait damer le pion par le PQ.

Le succès de 2018 est le résultat du débat initié par le CCN concernant l'opposition à l'alliance électorale avec le PQ. Un débat public et dans les instances de QS qui a duré pratiquement une année. Ce débat a servi à politiser les membres concernant notre projet souverainiste et nous a permis de vivre un exercice de démocratie large. Il a permis également de déjouer les pièges mesquins tendus par Jean-François Lisée qui visaient à neutraliser QS pour emporter la mise et le pouvoir, son objectif n'ayant rien à voir avec la souveraineté.

L'élection des 10 députéEs était le résultat d'une campagne imaginative et qui savait illustrer les principaux enjeux de société tels les soins de santé, les soins dentaires, l'éducation, l'inclusion et le projet d'indépendance. Résultat qui aurait été impossible si QS était tombé dans le piège du PQ et de Lisée. Nous aurions politiquement été associés aux politiques du PQ et nous aurions sombré avec lui. Nous n'aurions jamais fait élire 10 personnes et nous ne serions certainement pas rendus là où nous sommes aujourd'hui. Cette conclusion pourtant évidente est passée pratiquement sous silence, même à l'intérieur des rangs de QS.

L'élection de 2022 et après

Cette campagne a démontré les limites d'une campagne se voulant porteuse de changement social avec par exemple son plan de transport écologique, mais sans plan global de changement de société. QS a omis d'indiquer qu'il mettrait les multinationales à profit afin de financer ses projets. La population laborieuse plus aisée, celle qui a un emploi stable et un fonds de retraite, a eu la nette impression qu'elle était la cible et qu'elle serait la seule à contribuer.

L'indépendance est également disparue de cette campagne. Ce changement de société, socialement et économiquement égalitaire, féministe et inclusif nécessite un combat des idées mais aussi un combat dans la rue, contre les dominants, les corporations et les multinationales. L'indépendance ne peut prendre un sens que si elle se conjugue dans un combat inclusif de toute la population laborieuse du Québec dans cet espoir de justice. On ne peut mener une campagne électorale sans mener ces combats, sinon nous serons pris au piège, celui du pouvoir pour le pouvoir.

L'auteur Bálint Demers apporte une réflexion et des critiques sur cette période concernant entre autres la timidité du caucus solidaire au sujet de l'abolition du serment à la monarchie britannique. Son plan stratégique passe par contre à côté des éléments essentiels à la construction d'un rapport de force et du rassemblement des forces sociales. Sa stratégie se concentre d'abord et presqu'uniquement sur la question de l'unité des partis souverainistes QS et PQ, dans une perspective politique qui fait abstraction des luttes de classe dans le reste du Canada, de l'importance des revendications territoriales et des luttes des populations autochtones et de la réalité des populations racisées et issues de l'immigration.

Il nie l'existence du nationalisme identitaire et va même jusqu'à en changer le nom pour « enjeux symboliques-institutionnels » et associe les positions inclusives de QS concernant la laïcité à un nouveau concept qu'il appelle « la gauche libérale américaine ». Il crée ainsi un effet de brouillard qui vient neutraliser le poids de ce nationalisme. Il prend ainsi à partie les populations racisées en les considérant comme adversaires déjà gagnés au fédéralisme et aux politiques libérales.

Il affirme ainsi que cette politique de QS l'a éloigné du sens commun de la majorité des Québécois et Québécoises sur les enjeux symboliques-institutionnels (laïcité) et conclut que le seul bassin politique pour QS est celui du PQ. Il met de côté toutes les personnes qui rejettent le nationalisme identitaire, ce nationalisme qui est vu et senti comme raciste et repoussant, qui conduit toutes ces populations, racisées ou non, à rejeter le nationalisme et par voie de conséquence l'indépendance.

Le refus de reconnaître la réalité du racisme systémique, contre les personnes noir-e-s, les peuples autochtones, et l'islamophobie, en solidarité avec le positionnement de la CAQ, démontre que le PQ refuse de comprendre les voies de la construction du Québec comme société plurinationale et pluriculturelle.
Sa perspective ne peut donc concevoir cette question politique que de façon binaire. Il classe ainsi ceux et celles qui considèrent la problématique de façon inclusive et égalitaire avec les populations racisées dans le camp du Parti Libéral. Un raccourci mensonger qui rejette l'idée d'une culture politique universalisante. Comme l'a écrit Silvia Federici, « les communs doivent être envisagés comme les résultants d'une diversité d'histoires d'oppression et de luttes dont les différences ne produisent pas de divisions politiques. Les communs sont le produit de la lutte ». [1]

Cela l'entraine également à ignorer le rôle qu'ont joué des personnages comme Jean-François Lisée ou Gilles Duceppe dans la stigmatisation des personnes racisées avec une vision du Québec où la définition est l'intégration aux « valeurs québécoises » comme cela a été le cas avec le débat concernant le port du voile. Comment oublier la campagne à la direction du PQ où Lisée avait affirmé qu'Adil Charkaoui appuyait son principal adversaire dans la course à la chefferie du Parti québécois ? Il avait également fait allusion au fait qu'en Afrique, les AK47 sous les burqas étaient une réalité.
Gilles Duceppe, dirigeant du Bloc québécois, avait utilisé les mêmes préjugés et fait campagne pour que le serment d'allégeance à la reine soit fait à visage découvert. Dans un message publicitaire contre le NPD de Mulcair, le Bloc avait même produit une vidéo dans laquelle une coulée de pétrole se transformait en niqab. [2] Le député Louis Plamondon avait publié une publicité qui portait uniquement sur le port du niqab et dans laquelle il démontrait que le Bloc était le seul parti à être contre.

La Ligue des droits et libertés soulignait dans son Portrait de l'extrême droite au Québec publié en 2019 [3], que le projet de la Charte des valeurs québécoises semblait avoir donné une légitimité politique aux discours identitaires. C'est en effet à partir de 2015 que naissait à travers la province une nouvelle panoplie de groupes nationalistes identitaires, xénophobes et anti-immigration.

L'espace politique de QS

Balint Demers affirme que faire le choix du souverainisme de gauche implique qu'il faille pour QS développer un espace politique commun avec le PQ,. Rien n'est plus faux.

QS traverse cependant une période problématique en termes d'orientation politique et de processus démocratique. Le livre de Catherine Dorion a souligné quelques éléments qui ont permis de lever le voile sur ce processus. L'absence de référence à l'indépendance lors de la campagne électorale de 2022 n'est pas le fruit du hasard. Le processus d'indépendance implique une prise en main de notre économie et de nos ressources. Par exemple, le programme prévoit que « …Québec solidaire préconise de placer l'industrie minière sous contrôle public (participation majoritaire de l'État), incluant au besoin la nationalisation complète. De plus, afin de réaffirmer la souveraineté de l'État et de la collectivité sur le territoire québécois, un gouvernement solidaire élaborera une nouvelle loi sur les mines à la suite d'une consultation populaire. »

La direction de QS n'a pas souligné la nécessité de mettre à contribution les multinationales dans le plan de financement du plan de transport, qui était un élément phare de notre campagne de 2022. Cela a eu pour effet que les mauvaises cibles, la population qui a un fonds de pension et ou une maison, ont senti que c'est uniquement elles qui devraient contribuer à financer nos projets étatiques. Cette mesure a été caractérisée par le terme taxe orange.

S'en prendre aux multinationales représentait probablement un écueil d'un point de vue communicationnel, parce qu'il fallait indiquer comment on les forcerait à se conformer à nos réglementations. Mais notre objectif, s'il n'est qu'électoral, conduira à une adaptation à ce qui est politiquement acceptable. Cette attitude a pour effet également de négliger la construction d'une mobilisation sociale, essentielle au changement de société que nous préconisons.

On voit également un manque important sur la question de l'immigration. Bien que la direction de QS ait proposé le seuil d'immigration le plus élevé et n'adhère pas au discours identitaire, elle reste dans le discours d'adaptation à l'immigration selon nos besoins, particulièrement en main d'œuvre. Cette position évacue la problématique des changements climatiques causés par l'industrialisation et la déforestation, dont les populations du sud global subissent plus fortement les conséquences, ainsi que l'exploitation économique intense par les compagnies multinationales. Au final les populations du sud global ont de moins en moins d'autre choix que celui d'émigrer vers le nord.

Cette question nous interpelle en tant que parti de gauche. Nous ne pouvons trouver de solution dans un cadre uniquement national, qui revient à calculer le taux d'immigration qui nous convient. Il est essentiel de voir cette problématique de façon mondiale et d'en faire une analyse anticapitaliste.

Vers un républicanisme radical

Les membres de Québec solidaire ont opté pour une perspective inclusive et altermondialiste comme en fait foi le programme et les différentes décisions prises en instances nationales.

Affirmer que Québec solidaire et le clivage ouverture/fermeture alimentent le nationalisme conservateur est un déni de la réalité. Les partis qui nourrissent et ont fait du nationalisme leur fonds de commerce, ce sont la Coalition Avenir Québec et le Parti québécois. Affirmer que les raisonnements de PSPP relèveraient non du nationalisme conservateur, mais du républicanisme, à partir de sa critique du multiculturalisme qui empêcherait « la constitution d'une communauté politique de citoyennes et de citoyennes repose sur un nationalisme étroit, qui nie le caractère pluriculturel et plurinational de la société québécoise. » Ce n'est pas un républicanisme radical, c'est un républicanisme d'exclusion.

Le républicanisme que doit développer Québec solidaire est celui d'une république sociale qui remet en question au-delà de la monarchie canadienne, le pouvoir économique des grandes entreprises au nom d'une souveraineté populaire véritable.

Le républicanisme du PQ a toujours été sous-développé. Le PQ, dans son histoire, n'a jamais radicalement remis en question le régime parlementaire d'origine britannique. Il n'a jamais remis en question la réalité du pouvoir politique basée sur la domination d'une minorité possédante. Son radicalisme n'est pas radical et il ne s'inscrit nullement dans une logique de mise en place d'une véritable république sociale.

Si Bálint Demers demande à Québec solidaire d'abandonner des pans entiers de son programme, il ne demande rien au PQ. Il ne demande pas l'abandon de son ralliement au nationalisme conservateur, il ne demande pas de rompre avec sa démagogie anti-immigrant, il ne demande pas d'envisager une démarche de souveraineté populaire.

Le texte de Bálint Demers est une initiative qui permet un débat. Mais son analyse propose en fait une alliance avec un parti qui n'a jamais rompu avec le néolibéralisme et qui est basé sur une conception nationaliste identitaire. L'avenir de la société québécoise est au contraire lié à une perspective inclusive, socialiste et internationaliste. Québec solidaire est le seul parti qui peut mener cette lutte.

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De justesse et d’une grande tristesse…

6 février 2024, par Yvan Perrier — ,
5 syndicats pour, 4 syndicats contre le contenu de l'entente de principe conclue en décembre dernier entre le Conseil du trésor et la FAE. Le tout s'accompagne, dans au moins (…)

5 syndicats pour, 4 syndicats contre le contenu de l'entente de principe conclue en décembre dernier entre le Conseil du trésor et la FAE. Le tout s'accompagne, dans au moins un syndicat, d'une très faible majorité (50,58% en faveur).

Personne ne peut se satisfaire d'un tel résultat obtenu de justesse. Au mieux, nous pouvons rêver à de nouveaux pourparlers à venir entre le ministère de l'Éducation et la FAE en vue de trouver des solutions adéquates aux problèmes les plus criants qui étaient au cœur de la présente négociation. Au pire, les enseignant.e.s de la FAE et les élèves auront à vivre, d'ici au moins le 31 mars 2028, avec les solutions, dans une certaine mesure, bancales négociées entre les deux parties et ne l'oublions pas solutions quand même recommandées aux enseignant.e.s pour adoption par l'instance fédérative de négociation de la FAE.

L'étape de la rédaction du « clause à clause »

La double condition (unités et mandats) étant maintenant satisfaite, la prochaine étape entre les parties négociantes consistera à consigner par écrit dans la convention collective les modifications à y introduire dans ce qu'il est convenu d'appeler, dans le jargon des relations de travail, « la rédaction du clause à clause ». Un exercice parfois long, pénible et laborieux. Là où il n'y aura aucune ambiguïté, réside en ceci : le contenu de l'entente prévoit, pour certains enseignant.e.s des gains salariaux importants et pour d'autres ce sera le moule uniformisateur du 17,4% (sur cinq ans) plus un potentiel d'ajustement, pour toutes et tous, de 3% face à l'inflation[1] (pour les trois dernières années en raison d'un maximum de 1% par année). Sur cet aspect de la réalité, pour les gestionnaires du monde scolaire, les choses seront faciles à mettre en application. Pour le reste, certaines « solutions » (sic) imaginées durant la négociation n'iront pas de soi.

Le défi de garder et d'attirer le personnel enseignant demeure entier

Avec un tel résultat mitigé en faveur de l'entente de principe force est de constater qu'un des enjeux principaux de la présente ronde de négociation – la composition de la classe – ne semble pas avoir été bien compris par le gouvernement. La solution de l'État patron (une prime là où il n'y aura aucune ressource professionnelle digne de ce nom) apparaît à sa face même comme une mesure inappropriée. Donner plus de fric, jusqu'à 8000$ par année, cela permettra-t-il réellement de répondre adéquatement aux besoins des élèves ? Cela permettra-t-il de retenir le personnel expérimenté ou d'attirer de nouvelles et de nouveaux enseignant.e.s ? C'est ce que nous serons en mesure de vérifier au cours de prochains mois et des prochaines années. En ce sens, le défi de garder et d'attirer le personnel enseignant, dans le réseau d'enseignement public de certains centres de services scolaires du Québec, demeure entier. Par conséquent, le défi d'offrir un enseignement élémentaire et secondaire de qualité à toutes et à tous, dans certaines écoles, reste également entier.

Une leçon possible à retenir de la présente négociation

Nous avons pu entendre au cours des dernières semaines certaines et certains ex-leaders syndicaux nous dire qu'une négociation ne permettait pas de régler la totalité des problèmes. C'est vrai. Mais diantre, à quoi peut bien servir une négociation quand celle-ci a pour effet de s'ajouter à d'autres rondes précédentes qui ont contribué à pelleter par en avant des problèmes ? Qui a la responsabilité de la gestion de la chose commune et de l'intérêt général dans notre société ? Qui doit trouver les conseillères et les conseillers capables de dégager des orientations susceptibles de résoudre nos problèmes sociaux et éducatifs ? Le gouvernement et ses différents ministères ou les syndicats ? Un gouvernement qui refuse d'écouter et de négocier sur la base des revendications des personnes à qui il confie la responsabilité de dispenser sur une base quotidienne des services jugés essentiels dans notre société est un gouvernement qui regarde ses salarié.e.s de haut. La présente ronde de négociation a été profitable, dans une certaine mesure pour les enseignant.e.s qui font, dans certains cas, des gains salariaux importants, mais elle a aussi permis au gouvernement d'imposer, dans un cadre négocié, sa solution, partiellement modifiée du côté de la FAE, à l'aide à la classe. Il n'est pas certain, selon nous, que toutes les écoles élémentaires et secondaires du Québec sortent gagnantes de la présente ronde de négociation.

La vision du gouvernement Legault

Pour le moment il est permis de dire que la vision de l'éducation élémentaire et secondaire et les pseudoréponses apportées aux problèmes qui la confrontent qui vont primer dans certaines régions au Québec (Montréal, Québec, Laval, Laurentides, Outaouais et Estrie) semblent découler de la vision et des intérêts du gouvernement. Le problème avec le gouvernement Legault est le suivant : il ne parvient pas à saisir ce à quoi correspond l'intérêt général de la population et il est incapable d'accepter de mettre en place des mesures ou des correctifs qui s'attaquent à la complexité de certains problèmes. De plus, il fait la sourde oreille à plusieurs solutions qui viennent de la base. Résultat : avec son approche qui réside dans plus d'argent à distribuer auprès de certain.e.s salarié.e.s, il laisse les services publics se dégrader et il s'imagine qu'avec ses primes il va attirer des personnes au travail sans leur offrir des conditions de travail digne de ce nom.


Pour conclure

Il n'est pas exagéré de dire que la situation dans certaines écoles publiques est catastrophique et le manque de ressources professionnelles compétentes est criant. La présente négociation était une occasion de s'attaquer à ces fameux problèmes de la charge de travail, d'attraction et de rétention des enseignant.e.s et également d'innover en ouvrant des postes à des ressources professionnelles d'accompagnement qualifiées. Nous verrons dans le temps ce que donnera l'aide à la classe, l'amélioration de l'échelle salariale pour les enseignant.e.s en début de carrière et les primes. À première vue, à la lumière des résultats obtenus chez les membres de la FAE, ce qui a été négocié ne semble pas suffisant pour relancer dans la voie de la réussite des élèves de certaines écoles publiques. C'est donc de justesse et avec une grande tristesse que semble se conclure, du côté de la FAE, la ronde de négociation 2023 avec le gouvernement Legault.

Après la signature de la nouvelle convention collective viendra l'heure du bilan de la négociation et qui sait l'heure des décisions à prendre en lien avec l'avenir professionnel de certaines personnes actives dans les structures syndicales et dans leur profession. Resteront-elles ou resteront-ils en place ou iront-elles et iront-ils ailleurs ? La décision leur appartient. À l'issue du processus qui s'est échelonné sur un peu plus de quatorze mois et d'un affrontement ouvert qui a duré 22 jours, il n'y a pas lieu de conclure ici à une grande victoire syndicale. C'est d'une tristesse à la fois pour certain.e.s enseignant.e.s de l'école publique et également pour leur organisation syndicale.

Yvan Perrier

4 février 2024

11h10

yvan_perrier@hotmail.com

1. La nouvelle convention collective des enseignant.e.s prévoit une bonification moyenne de 4% de leur échelon salarial.

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Les TJC lancent la campagne « Sortons le gaz de nos lieux de travail »

6 février 2024, par Marc Bonhomme — , ,
La CAQ a bloqué à double tour l'inclusion de toute clause environnementale dans la convention collective du secteur public malgré l'appui explicite de syndicats de professeurs (…)

La CAQ a bloqué à double tour l'inclusion de toute clause environnementale dans la convention collective du secteur public malgré l'appui explicite de syndicats de professeurs de cégep. Les Travailleuses et travailleurs pour la justice climatique (TJC), qui en avaient fait la proposition, loin de jeter la serviette rapplique en lançant la campagne « Sortons le gaz de nos lieux de travail ». Comme le dit d'entrée de jeu cette campagne :

Le gaz naturel dans les institutions publiques, c'est l'équivalent carbone de plus de 250 000 voitures. TJC vous propose de vous mobiliser pour sortir le gaz fossile - dit “gaz naturel” - de votre milieu de travail. Contactez votre syndicat, téléchargez la trousse de mobilisation, et écrivez-nous pour nous faire part de vos progrès !
Au Québec, les émissions de gaz à effet de serre (GES) des bâtiments représentent 7,1 mégatonnes (Mt) d'équivalents CO2 (en 2020). Le gaz « naturel », mieux appelé gaz fossile, est responsable de 63 % de ces émissions. Dans le milieu industriel, commercial et institutionnel, les émissions de GES liées au chauffage sont évaluées à 4,1 Mt d'équivalents CO2, soit 5,5 % des émissions de GES de la province. Ces émissions sont équivalentes aux émissions annuelles de 1,26 millions de voitures. Au moins 46 000 bâtiments commerciaux et institutionnels doivent encore être décarbonés au Québec alors que le chauffage des bâtiments est reconnu pour être un des secteurs les plus faciles à décarboner.

Un factuel argumentaire percutant et une concrète trousse de mobilisation en 7 étapes

Notons l'argumentaire percutant de la campagne qui dénonce ce gaz naturel composé à « 95 % de méthane […] dont le pouvoir de réchauffement est 81,2 fois plus élevé que celui du CO2 (sur 20 ans) » et qui « provient principalement de terres autochtones non cédées de l'Alberta et de la Colombie-Britannique ». La soi-disant solution biénergie proposée par le duo Hydro-Québec et Énergir génère deux fois plus de gaz à effet de serre (GES) que celle tout électricité mais coûte moins chère à cause de la structure tarifaire actuelle d'Hydro-Québec. « Avec une meilleure isolation des bâtiments, un chauffage électrique fonctionnant avec des thermopompes (3 à 5 fois plus efficaces que les plinthes) et des accumulateurs thermiques, les coûts d'exploitation seraient inférieurs à ceux de la biénergie […] Il existe plusieurs solutions pour [résoudre le problème de l'heure de pointe] notamment l'amélioration de l'efficacité énergétique, le recours aux thermopompes, aux accumulateurs thermiques, à la domotique et à la géothermie. »

« Il est également possible de récupérer les rejets thermiques des industries ou des centres de données […] Pour les nouveaux bâtiments, il faut mettre en place des normes de construction tendant vers des bâtiments à consommation énergétique nette zéro. La Bibliothèque de Varennes, la Maison du développement durable et le Mountain Equipment Coop de Longueil en fournissent de bons exemples. » Quant « gaz naturel renouvelable » (GNR), non seulement est-il pour l'instant « imaginaire », car « le gaz distribué par Énergir est composé à environ 99 % de gaz fossile », mais aussi « [l]a production à grande échelle de GNR peut poser d'autres problèmes écologiques : menaces pour les forêts et leur biodiversité, maintien des élevages industriels, perpétuation du gaspillage alimentaire. Elle pourrait aussi faire concurrence au compostage. »

Pour soutenir l'organisation de la campagne sur les lieux de travail, TJC suggère un mode d'emploi appelé « trousse de mobilisation » contenant un processus de « 7 étapes simples » dans lesquelles s'imbriquent une « proposition de résolution syndicale » et un « exemple de pétition ». On y suggère entre autres d'« entre[r] en contact avec l'association étudiante pour tenter d'obtenir son appui… », l'organisation de kiosques et « une tournée des bureaux, départements et espaces de travail ». On y conseille de monter un dossier concret sur la transformation de la climatisation avec argumentaire à l'appui propagé par le kiosque et le recours aux réseaux sociaux. « Si la position de votre CA semble intenable, envisagez de contacter les médias locaux. » On remarque que le mode d'emploi s'adresse particulièrement aux syndicats de l'enseignement ce qui reflète la composition réellement existante des TJC au stade actuel de son développement.

Un manifeste donnant l'esprit éco syndicaliste et démocratique de cette campagne pragmatique

En complément à la démarche pragmatique et concrète « Sortons le gaz de nos lieux de travail », les TJC se sont dotés d'un manifeste qui, si l'on peut dire, en donne l'esprit :

Nous produisons du jetable. Nous sacrifions des lacs et des forêts. Nous soignons avec des horaires qui nous rendent malades. Nous éduquons une jeunesse que l'on prive d'avenir. Cette contradiction nous brûle. Nous réclamons le droit de « gagner notre vie » sans contribuer à l'effondrement du vivant. On oppose souvent les emplois et l'écologie. Mais ce n'est pas le travail qui s'oppose à ce qui rend la vie humaine possible, ce sont les exigences toujours croissantes de productivité et de profit. […] Ceux qui accumulent le plus ne créent aucune richesse : ils la prennent sans honte en semant la désolation derrière eux. Les peuples autochtones et les personnes les plus précaires, surtout au Sud, sont les premier-ères à en payer le prix. […] Nous revendiquons une organisation du travail qui redonne au vivant autant qu'elle lui prend. Le syndicalisme doit devenir un écosyndicalisme : il doit défendre, bien plus que des salaires et des congés, des conditions de travail qui enrichissent et régénèrent notre milieu de vie. C'est en nous appuyant sur nos syndicats que nous pourrons contrer le ravage. […] Nous avons le pouvoir de sonner l'alarme et de forcer l'arrêt de la machine. […] Les carburants fossiles sont aujourd'hui la principale menace à la préservation de l'humanité, mais aussi de l'ensemble du vivant. Il faut s'en libérer. La crise écologique ne se résoudra pas en achetant une voiture électrique. Ce sont les transports publics qu'il faut déployer partout, c'est le chauffage au gaz qu'il faut détrôner, ce sont nos manières d'habiter, de produire et de manger qu'il faut révolutionner. […] Pour faire face aux catastrophes d'aujourd'hui et de demain, nous avons besoin de services publics forts et de programmes d'aide accessibles. Nous revendiquons une taxation massive de la richesse pour assurer des conditions de vie décentes à tous et toutes. […] Nous en avons soupé des consultations qui supposent notre « acceptabilité sociale ». Nous revendiquons une véritable démocratie politique et économique qui ne s'arrête pas aux portes du parlement et du patronat. […]
Nous sommes les travailleuses et travailleurs pour la justice climatique. Joignez-vous à nous.

Reste la tâche ardue mais emballante d'enraciner cette campagne dans les lieux de travail.

Marc Bonhomme, 3 février 2024
www.marcbonhomme.com ; bonmarc@videotron.c

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