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Le Québec, société distincte des aîné.e.s édenté.e.s
Je suis un septuagénaire à faible revenu. Le 29 février dernier, j'ai reçu une lettre du gouvernement fédéral via laquelle j'ai pu m'inscrire au nouveau programme de soins dentaires mis en place par le gouvernement fédéral.
par Michel Verdon, citoyen
Émilie Laurin-Dansereau, conseillère budgétaire à l'ACEF du Nord de Montréal
J'étais ravi, car j'attends depuis longtemps de voir un dentiste. Étant à faible revenu, je n'ai pas les moyens de recevoir les soins dont j'ai besoin. Or, il y a un hic. Au Québec, ça risque d'être terriblement compliqué, voire impossible d'obtenir lesdits soins promis.
Pourquoi les Québécois.e.s pourraient ne pas avoir accès au programme de soins dentaires gratuits ?
Parce que le gouvernement Legault refuse catégoriquement de travailler conjointement avec Ottawa, prétextant que ce domaine est uniquement de « compétences provinciales ». D'où son exigence démesurée d'obtenir une compensation financière d'égale valeur, laquelle, plus souvent qu'autrement, sera utilisée pour autres choses, sinon disparaîtra du radar comme par magie. Et pendant que j'y suis, me vient à l'esprit les 940 millions $ octroyés au gouvernement Legault par Ottawal'an dernier, une somme faramineuse destinée à venir en aide aux étudiants ayant des prêts à rembourser, mais qui s'est envolée quelque part. Où exactement ? Qui sait ? C'est encore plus désolant quand on sait que plusieurs provinces canadiennes offrent des programmes de soins dentaires non seulement aux prestataires de l'aide sociale, mais aussi à des gens à faible revenu, et plus particulièrement aux aîné.e.s qui sont prestataires du Supplément de revenu garanti, et cela depuis belle lurette ! C'est le cas par exemple del'Ontario, de l'Alberta,
de la Colombie-Britannique et de l'Île-du-Prince-Édouard. Pourquoi ne pourrions-nous pas avoir la même chose au Québec ? Ne sommes-nous pas nous aussi des Canadiennes et Canadiens à part entière ?
Alors, vous savez, quand Messieurs Legault, Dubé, Girard & compagnie nous racontent qu'il existe au Québec un excellent programme de soins dentaires, c'est faux ! À l'exception des bénéficiaires de l'aide sociale et des enfants de 9 ans et moins, je le répète, il n'existe aucun programme de soins dentaires au Québec. Ce sont des mensonges, voire de la désinformation ! Bref, la CAQ n'en a rien à cirer d'un programme de soins dentaires pour les gens dans le besoin. Comme nous le faisait remarquer Réjean Parent : « C'est un gouvernement de gens d'affaires qui travaille pour les gens d'affaires sans trop se soucier des citoyens mal pris. »
Tout ça pour dire, finalement, que dans La Belle Province où les gens avec un revenu net de 20 000 ou 30 000 $ par année n'ont absolument aucune couverture dentaire, ce programme serait plus que bienvenu ! Du moins, en attendant un vrai programme de gratuité des soins dentaires pour tous et toutes. Les liens entre la santé buccodentaire et la santé en général sont démontrés depuis longtemps. Il est temps que les soins dentaires soient inclus dans le programme d'assurance maladie.
En bout de ligne, verrons-nous un jour, au Québec, la lumière au bout du tunnel avec ce merveilleux programme de soins dentaires du gouvernement fédéral ou est-ce le train du gouvernement de François Legault que nous apercevons au loin et qui fonce sur nous à toute vitesse, le train d'un Troisième Lien imaginaire électrifié par de belles batteries Northvolt .
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« Mutinerie. Comment notre monde bascule »
Pendant quatre mois, Peter Mertens, secrétaire général du PTB, s'est immergé dans ce monde qui vacille et y a analysé tout ce qui gronde, gémit et s'ébranle. Le résultat est « Mutinerie ».
17 novembre 2023 | tiré du site du Parti du travail de Belgique
Le monde est comme une mer houleuse. Les bruyantes vagues peuvent être annonciatrices de grands bouleversements. Pendant quatre mois, Peter Mertens, secrétaire général du PTB, s'est immergé dans ce monde qui vacille et y a analysé tout ce qui gronde, gémit et s'ébranle. Le résultat est « Mutinerie », un livre disponible en librairie à la fin de l'année.
Nous rencontrons Peter Mertens le lendemain du jour de la remise de Mutinerie à l'éditeur EPO qui se charge de la version originale en néerlandais. Avant sa sortie, l'auteur nous en donne un avant-goût. Le secrétaire général du PTB croit en la force de la littérature et a hâte d'en parler avec les gens.
Y a-t-il un moment précis où vous vous êtes dit : « Maintenant, je m'installe à mon bureau et j'écris ‘ Mutinerie' » ?
Peter Mertens. Un moment important a certainement été l'annonce, en mai de cette année, du fait que les économies émergentes – les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) – ont dépassé les pays riches du G7 en termes de poids économique. Nos médias n'en n'ont presque pas parlé. On se concentre toujours sur la situation économique des pays du Nord. Et soudain, cette annonce. J'ai voulu explorer les relations entre tout cela. Rapidement, l'idée d'écrire un nouveau livre s'est imposée.
Un livre qui se concentre sur le monde dans son ensemble…
Peter Mertens. Je pense qu'il est important de relier les résistances du Nord et du Sud. C'est facile pour nous de nous concentrer sur ce qui se passe dans le Nord, mais tout est lié avec le Sud. Ça a toujours été le cas, tout au long de l'histoire.
Je crois fermement que les gens veulent savoir comment le monde fonctionne. Il est important de connaître le fil rouge de l'histoire, de comprendre que notre monde avance comme un tout, et ce, depuis bien longtemps. Le commerce, les mers, les ports, tout cela nous relie. Ce qui se passe en Indonésie ou en Bolivie est important pour nous, et ce qui se passe en Belgique est important pour le Brésil.
« Mutinerie » sonne comme une fabuleuse aventure en mer. Pourquoi ce titre ?
Peter Mertens. Lorsque Poutine a envahi l'Ukraine, cette agression a été condamnée à juste titre, y compris par les pays du Sud. Ceux-ci ne connaissent que trop bien l'importance de la souveraineté. Mais ils n'ont pas souhaité soutenir les sanctions annoncées par Washington contre la Russie. Après tout, nombre d'entre eux sont eux-mêmes soumis à de telles sanctions.
Fiona Hill, ancienne membre du Conseil de sécurité des États-Unis, avait fustigé cette attitude en la qualifiant de « mutinerie ». Si le choix de ne pas suivre la voie des États-Unis est considéré comme une mutinerie, alors je pense qu'il s'agit d'une « bonne » mutinerie. Elle annonce la fin d'un monde unipolaire, avec les États-Unis comme leader incontestable.
Au début du livre, vous vous rendez au Royaume-Uni. Pourquoi ?
Peter Mertens. J'ai appris qu'une action sociale était en cours au Royaume-Uni depuis près d'un an. Nos médias n'en ont pas parlé non plus. Il y a plus d'actions sociales au Royaume-Uni aujourd'hui que dans les années 1970. La crise frappe très durement, là-bas. Dans le livre, je donne la parole à une infirmière du nom de Kath dans le livre. Elle travaille dans un hôpital à Londres et s'est mise en grève pour la première fois de sa vie. Cela fait déjà vingt mois d'affilée que les Britanniques voient leurs salaires réels baisser. Les gens qui ont été applaudis pendant la pandémie de coronavirus ne peuvent plus se rendre au travail la dernière semaine du mois, parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer l'essence de leur voiture ou le ticket de bus. Les chauffeurs de bus de Londres se sont également mis en grève parce leurs salaires sont beaucoup trop bas et leurs horaires impossibles. Un conducteur sur sept a recours à une banque alimentaire.
Il y a beaucoup de résistance. Une toute nouvelle et jeune génération rejoint les syndicats. C'est également le cas en Allemagne et aux États-Unis.
Heureusement, car au Royaume-Uni, le droit de grève est violemment attaqué…
Peter Mertens. C'était déjà le cas à l'époque de Margaret Thatcher, Première ministre conservatrice arrivée au pouvoir en 1979. Avec le président des États-Unis de l'époque, Ronald Reagan, ils ont forcé l'avènement de l'ère néolibérale, avec le démantèlement de la protection sociale et du droit du travail, et en donnant la priorité au monde de la finance…
Thatcher a d'ailleurs fait preuve d'une remarquable honnêteté en déclarant : « Je veux briser le cœur et l'âme de la nation. » Le sentiment collectif en Grande-Bretagne la dérangeait. La working class (classe travailleuse) a toujours été très forte et très unie. C'est ce que Thatcher voulait briser. Et elle l'a fait en réprimant notamment la grève historique des mineurs et en introduisant des lois antisyndicales très sévères. Aujourd'hui, en réponse au Summer of Discontent (l'été du mécontentement), nom donné à l'actuelle vague de résistance, le gouvernement britannique adopte à nouveau des lois répressives contre les grèves. Le fait d'être en possession d'une pancarte que vous voulez accrocher à une clôture quelque part peut déjà vous coûter une interdiction de manifester.
Cela nous rappelle quelque chose…
Peter Mertens. Oui, en Belgique, le ministre Van Quickenborne (Open Vld) a déposé une proposition de loi visant à limiter le droit de manifester. On observe la même chose en Égypte et au Canada, entre autres. En outre, les syndicalistes ne sont pas les seuls à être visés par ces lois ; les militants pour le climat le sont également. Cela montre la peur que génère la conscience naissante et croissante d'une nouvelle génération de syndicalistes et de jeunes.
Vous écrivez : « La classe travailleuse est de retour. »
Peter Mertens. Les contradictions socio-économiques de notre société font que tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. C'est un fait. En Angleterre, il faut attendre plus longtemps pour se faire opérer si l'on est issu de la classe travailleuse que si l'on réside dans le cœur financier de Londres. C'est pareil avec la justice. Il suffit, chez nous, de regarder l'affaire Sanda Dia (jeune étudiant de l'université de Louvain, décédé lors de son baptême en 2018 au sein du cercle élitiste Reuzegom, NDLR) et son traitement par rapport à celui des riches étudiants du cercle. La classe joue un rôle important. Pour la première fois, de nombreuses personnes en sont à nouveau conscientes. Mick Lynch, syndicaliste britannique, a déclaré à ce sujet : « La classe travailleuse est de retour et nous refusons de rester pauvres plus longtemps. »
Les contradictions sont vraiment dramatiques. Kath, l'infirmière, m'a raconté qu'elle ne faisait plus de thé que le matin. Le soir, elle n'allume plus sa bouilloire, parce que cela coûte trop cher. Au même moment, elle voit la BP (British Petroleum) encaisser des surprofits faramineux et le Premier ministre britannique s'offrir une grande piscine chauffée dans sa maison de campagne, qui consomme tellement d'énergie que le réseau électrique local ne suffit pas.
Chez nous, Christian Leysen (Open Vld) est entré à la Chambre vêtu d'une épaisse écharpe de laine. Il a voulu montrer aux gens ce qu'il fallait faire pour économiser de l'énergie, alors que les ménages font déjà d'énormes sacrifices pour joindre les deux bouts. Ils n'ont pas eu besoin d'un entrepreneur de l'Open Vld pour s'y mettre. La classe sociale joue donc un rôle important et la conscience de classe augmente. C'est une bonne chose.
La classe travailleuse ressent chaque jour à quel point le coût de la vie augmente. Quelles sont les principales causes de la hausse des prix ?
Peter Mertens. Après la pandémie de coronavirus, nous avons vu les prix augmenter une première fois. Il fallait remettre la machine économique en marche. Mais c'est parti dans tous les sens. Les voies de transport internationales étaient toutes embouteillées. C'est également à cette époque que le porte-conteneur Ever Given a bloqué le canal de Suez, ce qui a entraîné la mise à l'arrêt de nombreuses chaînes de production dans le monde. Cela montre très clairement à quel point le commerce mondial est intimement lié aux chaînes de production. Les importantes pénuries et les problèmes d'approvisionnement engendrés ont entraîné des hausses de prix.
Ensuite, ce sont les prix de l'énergie et des denrées alimentaires qui ont augmenté. On a rapidement remis la faute sur la guerre en Ukraine. Cette guerre joue certainement un rôle, mais elle n'en est pas la cause. Le marché du pétrole est dominé par cinq entreprises : ExxonMobil, TotalEnergies, Shell, BP et Chevron. En 2022, ces entreprises combinées ont réalisé 200 milliards de dollars de profits. Les marchés des céréales, eux, sont contrôlés par quatre géants : ADM, Bunge, Cargill et Louis Dreyfus. Ces monopoles imposent des prix de monopole. C'est comme ça qu'ils réalisent leurs surprofits gigantesques.
Beaucoup de spéculateurs sont également actifs dans les bourses des céréales.
Peter Mertens. C'est exact. À la bourse des céréales, vous pouvez spéculer sur d'éventuelles pénuries de céréales sans être vous-même négociant en céréales. Le fonds de pension japonais est l'un des principaux spéculateurs sur ce marché boursier. C'est de la folie. L'argent de nos pensions est privatisé et utilisé pour spéculer sur les céréales, ce qui, au final, nous fait payer plus cher le prix du pain, du riz ou du maïs.
Les fortes hausses de prix sont dues à des prix de monopole d'une part, et à la spéculation d'autre part. C'est ce qu'ont confirmé, entre autres, les Nations unies, Oxfam et l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Les conséquences sont dramatiques. En Allemagne, l'une des économies les plus riches d'Europe, un ménage sur dix n'a pas les moyens de se payer un repas sain tous les jours.
Que répondez-vous aux économistes qui affirment pourtant que ce sont les salaires qui font augmenter les prix ?
Peter Mertens. C'est une étrange déclaration. Les salaires réels sont en baisse depuis 20 ans, y compris chez nous. La loi sur les salaires a diminué les salaires réels de 2 %. Comment pourraient-ils faire augmenter les prix ? L'économiste Isabel Weber a comparé la période qui a suivi les deux guerres mondiales à celle qui a suivi la pandémie de coronavirus, quand l'économie avait besoin d'être relancée. Elle a constaté que les grandes entreprises ont augmenté leurs marges bénéficiaires au cours des deux périodes. Les gens ne se rendent pas compte que le chaos n'est pas fini. C'est pareil aujourd'hui. C'est pourquoi nous plaidons au Parlement pour une réglementation des prix.
Lorsque Weber a sorti ses conclusions, elle a été attaquée par la sacro-sainte économie dominante. Mais plusieurs instituts de recherche ont constaté qu'en 2022, deux tiers des augmentations de prix étaient dues à l'accroissement des marges bénéficiaires. Le FMI (Fonds monétaire international) l'a également confirmé.
Vous vous attaquez aux multinationales et aux spéculateurs. Les détracteurs diront : « Le PTB accuse toujours les multinationales et les riches. »
Peter Mertens. Le pouvoir des grandes entreprises transnationales sur nos vies ne peut être sous-estimé. Dans le livre, je vais à la rencontre d'un nutritionniste de la BBC, qui dit que non seulement toute la biodiversité, mais aussi la diversité alimentaire sont en train de disparaître. Nous disposions autrefois de quelque 500 000 sortes de graines différentes, ce qui nous a permis de développer un régime alimentaire très diversifié. Ce nombre a été considérablement réduit. Il ne reste qu'une seule sorte de soja, une seule sorte de riz...
Nous avons l'illusion d'avoir une grande diversité, mais il s'agit d'une diversité industrielle. C'est problématique, non seulement pour notre alimentation, mais aussi pour l'avenir. Parce qu'une grande partie de cette production alimentaire industrielle est beaucoup moins résistante au changement climatique. L'impact des quatre géants de l'alimentation sur le contenu de nos frigos est énorme. C'est néfaste pour le climat, pour la biodiversité, pour notre alimentation et pour nos portefeuilles.
Idem pour les compagnies pétrolières ?
Peter Mertens. Les profits réalisés par les géants du pétrole en 2022 sont sans précédent. Cela a poussé les assemblées d'actionnaires du début de l'année à jeter par dessus-bord les plans pour sauver le climat. Ils avaient pourtant promis de passer à une production sans énergie fossile. Ils avaient promis de ne plus forer pour trouver de nouvelles sources d'énergie fossile. Mais depuis que les actionnaires ont vu leurs dividendes exploser, ils ont retourné leur veste. Ils réinvestissent dans les combustibles fossiles et prévoient de dépenser 140 milliards dans l'extraction du pétrole. António Guterres, secrétaire général des Nations unies, a qualifié cette décision de « folie totale ».
Qu'il s'agisse d'alimentation ou de pétrole, il est urgent de discuter de la manière dont nous pouvons démocratiser ces secteurs et les remettre entre les mains de la société.
Nous voyons les inégalités s'aggraver dans le monde entier. Pourtant, des personnalités comme le philosophe belge Maarten Boudry affirment que le problème ne vient pas des super-riches. L'inégalité ne poserait pas problème.
Peter Mertens. Comme les grands actionnaires exigent que les dividendes continuent de couler à flots, on perd des sommes invraisemblables, qui ne sont pas investies, par exemple, dans les hôpitaux, l'enseignement ou le climat. Les banques perçoivent un intérêt de 3,25 % sur l'argent qu'elles déposent auprès de la Banque centrale européenne. Une fois de plus, elles réalisent des milliards de profits, alors qu'en parallèle, les travailleurs en perçoivent environ 1 % et voient par ailleurs leur argent s'évaporer. Les privilégiés, sous couvert de leurs diplômes universitaires, viennent dire qu'on ne devrait pas s'en prendre à l'accumulation de la richesse. Je ne vois pas pourquoi.
L'Union européenne estime que 45 milliards d'économies sont nécessaires en Europe. C'est insensé. Les syndicats prévoient déjà des actions, et ils ont bien raison. Parce que ce sont les familles qui vont souffrir de ces plans d'austérité, les services vont craquer. Déjà aujourd'hui, les crèches et les transports publics sont mal en point, sous prétexte de faire des économies. Et nous devrions à nouveau prendre sur nous car il ne faut pas accuser les riches ? Pourquoi devrions-nous nous conformer à cette idée ?
“De bollebozen met hun universitaire diploma's zeggen dat we niet mogen kijken naar de opgestapelde rijkdom. Ik zou niet weten waarom niet.” (Foto Solidair, Dieter Boone)
Revenons aux pays du Sud. Comment voyez-vous les mouvements qui ont lieu là-bas ?
Peter Mertens. Ce que nous observons aujourd'hui, c'est le renouveau du désir de véritable souveraineté. Lorsque les pays du Sud ont accédé à l'indépendance dans les années 1950-1960, ils n'étaient souverains que de nom. Sur le plan économique, ils sont restés liés et dépendants du Nord et de ses institutions financières. Cette nouvelle quête de souveraineté est plus forte en Amérique latine. Plusieurs pays, plus ou moins progressistes, se demandent pourquoi ils ne peuvent pas utiliser leurs ressources pour leur propre développement. Et je pense que c'est justifié.
Bien sûr, de nombreux pays du Sud ont des régimes que nous ne soutenons pas. En Inde, par exemple, le gouvernement autocratique de droite qui est au pouvoir est contre les droits des femmes, pour la privatisation du secteur agricole, qui est raciste... 250 millions de paysans et de travailleurs sont descendus dans la rue pour lutter pour le progrès social. Il s'agit probablement de la plus grande grève de l'histoire. Il y a donc aussi des mutineries internes dans ces pays : les paysans sans terre au Brésil, les métallurgistes en Afrique du Sud, le mouvement paysan et le mouvement des femmes en Inde... Nous soutenons pleinement ce pouvoir venu d'en bas et les mouvements populaires qui tentent d'imposer un programme progressiste.
Mais le Sud est également en ébullition au niveau des États, à la recherche d'une nouvelle forme de non-alignement, loin du monde unipolaire sous le joug de Washington, du FMI et de la Banque mondiale. Les pays des BRICS ont créé leur propre banque d'investissement. Désormais, les pays peuvent, lorsqu'ils souhaitent faire un nouvel emprunt, choisir de s'adresser non pas au FMI, mais à la banque des BRICS. Cela rend Washington très nerveux.
L'hégémonie américaine est-elle en train de se terminer ?
Peter Mertens. Nous en voyons les prémices, je pense. En juillet, l'Union européenne a organisé un sommet avec les pays d'Amérique latine et des Caraïbes. Un fonctionnaire de la Commission européenne y a déclaré : « Il semble que les pays d'Amérique latine et des Caraïbes veuillent être traités sur un pied d'égalité. » Curieuse déclaration. Bien sûr qu'ils le veulent. Nous devons évoluer vers un système économique où ces pays sont effectivement égaux et peuvent disposer de leurs ressources en toute souveraineté, sans ingérence de la part des institutions internationales.
Mais les États-Unis et l'Union européenne ne semblent pas encore l'avoir compris.
Peter Mertens. Ils ont manifestement manqué des points de basculement importants. Le premier a été la guerre en Irak en 2003. Une guerre illégale basée sur des mensonges. L'Irak était accusée de produire des armes de destruction massive, mais elles n'ont jamais été trouvées. Toutes les infrastructures ont été détruites et cela a déclenché une vague de violence fondamentaliste. Cela a eu un impact majeur dans le Sud. Ils ont appris que le droit international ne s'applique apparemment pas aux États-Unis.
Un deuxième moment clé a été la crise financière de 2008. Wall Street n'était pas seulement la banque des États-Unis, mais celle du monde entier. Et en un instant, tout le système financier s'est effondré. Partout dans le Sud, les gens ont compris que le dollar comme monnaie dominante n'était peut-être pas la solution la plus sûre. Les BRICS sont nés en réponse à cette crise.
En 2009, le sommet de Copenhague sur le climat a échoué. On avait promis 100 milliards de dollars aux pays du Sud pour leur donner la possibilité de se développer, mais rien n'a été fait.
Et puis il y a eu la pandémie de coronavirus, où nous avons vu que les vaccins n'ont pas été partagés. Tous ces points de basculement ont conduit les pays du Sud à chercher, depuis maintenant 20 ans, une alternative à Washington. L'hégémonie des États-Unis a à présent un rival. Le match bat son plein.
« Mutinerie » aborde de nombreux thèmes. Il y en a tellement qu'un lecteur voulant agir pourrait se demander par où commencer. Que faire ?
Peter Mertens. Je pense que les gens rechercheront toujours les choses simples. La plupart des gens veulent pouvoir nourrir sainement leurs enfants, payer leurs factures d'énergie, envoyer leurs enfants à l'école, avoir accès aux soins de santé, avoir un emploi décent, avoir un toit au-dessus de leur tête... Presque tous les mouvements, au Nord comme au Sud, tournent autour de ces questions. Le plus important est de soutenir ces mouvements, et d'être solidaires. Cela nous rendra plus forts. Si les jeunes, les militants pour le climat, le mouvement des femmes... si tous continuent à défendre leurs droits tout en se montrant solidaires avec les mouvements du Nord et du Sud, nous serons plus forts.
(Cet article a été publié dans le numéro d'automne du magazine Solidaire)
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Le Canada expulse le plus grand nombre d’immigrés depuis dix ans, malgré la promesse de laisser davantage de personnes rester au pays
Bien qu'il ait promis une voie d'accès au statut pour un plus grand nombre de migrants, le Canada a dépensé plus de 100 millions de dollars pour les expulser au cours des deux dernières années
27 mars 2024, Breach Media
Le gouvernement libéral expulse les migrants à un rythme sans précédent par rapport à la dernière décennie, bien qu'il se soit engagé à permettre à davantage de sans-papiers de rester au pays, selon les chiffres obtenus par The Breach.
Rien qu'en 2022 et 2023, le Canada a expulsé plus de 23 000 migrants sans papiers, pour un coût de plus de 111 millions de dollars. Il s'agit du plus haut niveau d'expulsions depuis 2012, lorsque le gouvernement conservateur de Stephen Harper avait expulsé près de 19 000 personnes en une seule année.
Cela va à l'encontre de l'engagement du gouvernement libéral pris en décembre 2021 de mettre en place un programme de régularisation qui permettrait à un plus grand nombre de sans-papiers de rester au pays.
Dans une lettre de mandat, le premier ministre Justin Trudeau a demandé au ministre fédéral de l'Immigration de s'appuyer sur les programmes existants, comme le programme Guardian Angels qui a offert aux demandeurs d'asile travaillant dans le secteur de la santé pendant la pandémie une voie d'accès à la résidence permanente, pour « explorer davantage les moyens de régulariser le statut des travailleurs sans papiers qui contribuent aux communautés canadiennes ».
L'ancien et l'actuel ministre de l'Immigration ont tous deux déclaré qu'ils avaient l'intention de respecter cet engagement. En décembre dernier, le ministre de l'Immigration, Marc Miller, a déclaré qu'il travaillait sur une proposition de programme de régularisation qu'il espérait présenter au Cabinet ce printemps.
« La promesse est maintenue », a-t-il déclaré à l'époque.
Les défenseurs des travailleurs migrants affirment que les politiques du gouvernement sont contradictoires. Ils exhortent Ottawa à mettre en pause les expulsions pendant qu'il élabore son programme de régularisation.
Le programme, disent-ils, devrait être à la fois vaste et complet, ce qui permettrait à des milliers de Canadiens qui vivent et travaillent ici de rester.
Des millions de dollars « gaspillés »
Parmi ceux qui doivent être expulsés figure Tarun Godara. Crédit : Tarun Godara
Godara est arrivé au Canada en tant qu'étudiant étranger en provenance de l'Inde. Après avoir terminé un programme menant à l'obtention d'un diplôme au Cambrian College de Sudbury, en Ontario, il a choisi de s'enraciner.
Il a occupé plusieurs emplois, payé des impôts, s'est fait beaucoup d'amis, a eu un chien et a appris à embrasser sa sexualité en tant qu'homme gay.
L'appel de Tarun Godara pour rester au Canada a été rejeté par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Et le mois dernier, on lui a dit qu'il serait expulsé du Canada après l'échec de ses tentatives de renouvellement de son permis de travail postdoctoral. L'IRCC avait rejeté sa demande, qui détaillait le danger et la persécution auxquels il serait soumis en Inde en tant qu'homme gai. De retour chez lui, a-t-il dit, il a été victime de chantage de la part d'une ancienne partenaire et violé, ce qui a eu des effets dévastateurs sur sa santé mentale.
Malgré cela, M. Godara a déclaré qu'IRCC avait déterminé qu'il ne risquait pas « d'être persécuté, torturé, de mettre sa vie en danger ou de subir des peines ou traitements cruels ou inhabituels s'il était renvoyé en Inde ».
« Je ne me suis jamais senti aussi déshumanisé », a-t-il déclaré. « Je ne suis littéralement qu'un numéro de demande. »
Syed Hussan, directeur général de l'Alliance des travailleurs migrants pour le changement, a déclaré qu'il n'était « pas logique » que le gouvernement Trudeau ait dépensé autant d'argent pour expulser des milliers de personnes alors qu'il travaillait sur un programme de régularisation.
Il a dit que c'est de l'argent gaspillé pour « séparer les gens de leurs familles, pour arracher les gens à leurs communautés et pour retirer les travailleurs du pays ».
Gauri Sreenivasan, codirectrice générale du Conseil canadien pour les réfugiés, a qualifié d'« incohérente » la position du gouvernement sur les expulsions.
D'une part, ils « cherchent à tenir leur engagement de régulariser le statut de centaines de milliers de personnes qui attendent depuis des années un statut permanent », a-t-elle déclaré. Mais d'un autre côté, « ils ne font rien pour s'attaquer à l'expulsion de ces mêmes personnes ».
Sreenivasan a également souligné que le système d'immigration canadien « crée des vulnérabilités » pour que les gens perdent leur statut d'immigration légal. Cela comprend les étudiants étrangers dont le visa d'étudiant a expiré, les travailleurs étrangers temporaires qui ont fui un employeur abusif ou abusif lié à un permis de travail fermé, et les victimes de la traite de personnes qui sont admissibles à un permis de séjour temporaire.
Le Canada a dépensé plus de 111 millions de dollars pour expulser des personnes au cours des deux dernières années seulement.
Les expulsions en chiffres
Les chiffres fédéraux montrent que l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a expulsé environ 7 500 personnes en 2021, pour un coût de plus de 43 millions de dollars.
Dans les années qui ont suivi, ce nombre n'a cessé d'augmenter. Près de 8 300 personnes ont été expulsées en 2022 et environ 15 000 en 2023, pour un coût de 53 millions de dollars et de 58 millions de dollars par an, respectivement.
La principale raison invoquée pour justifier les expulsions était la non-conformité, un terme utilisé pour décrire les personnes vivant au Canada sans statut ou étudiant sans autorisation. Cela comprend les personnes qui ont dépassé la durée de leur séjour au Canada, ainsi que les demandeurs d'asile.
La criminalité, qui ne représentait que cinq pour cent de tous les cas, était la deuxième raison principale.
L'ASFC a indiqué que le coût moyen d'un « renvoi sans escorte » est d'environ 3 800 $ et qu'un « renvoi avec escorte » coûte, en moyenne, 12 500 $.
Les renvois avec escorte sont des expulsions dans le cadre desquelles des personnes sont escortées par des agents de l'ASFC pour des raisons médicales ou pour « réduire au minimum les risques pour la sécurité de la personne renvoyée, du public voyageur et du personnel de la compagnie de transport ».
L'ASFC a refusé une demande d'entrevue. Dans une déclaration écrite à The Breach, l'agence a déclaré que la décision de renvoyer quelqu'un du Canada « n'est pas prise à la légère »
.
« Le processus de renvoi joue un rôle essentiel dans le soutien du système d'immigration et de détermination du statut de réfugié du Canada et contribue aux priorités du gouvernement du Canada en matière de sécurité publique », peut-on lire dans le communiqué.
Interrogée sur l'augmentation des expulsions, l'ASFC a déclaré que le principal moteur de l'augmentation des expulsions en 2023 était le protocole additionnel à l'Entente sur les tiers pays sûrs, qui est entré en vigueur en mars dernier.
Ce protocole limite davantage la capacité des demandeurs d'asile d'obtenir le statut de réfugié au Canada.
Il stipule que si une personne n'a pas de membre de sa famille au Canada, n'est pas un mineur non accompagné ou n'est pas passible de la peine de mort dans son pays d'origine, le Canada peut l'expulser vers les États-Unis.
Le Canada expulse plus de migrants qu'il ne l'a fait depuis plus d'une décennie.
« Le temps presse »
On estime qu'un demi-million de sans-papiers vivent au Canada, mais le gouvernement n'est pas en mesure de déterminer le nombre exact parce que certaines de ces personnes peuvent craindre de se manifester, ce qui rend plus difficile leur suivi.
Dans une déclaration écrite à The Breach, l'IRCC a déclaré qu'il explorait des options pour régulariser le statut des travailleurs sans papiers.
« IRCC s'est engagé auprès d'experts universitaires et d'intervenants pour appuyer ce travail », peut-on lire dans le communiqué. « Au fur et à mesure que nous avançons dans notre travail, nous continuerons d'écouter les experts ainsi que les migrants sans papiers eux-mêmes. »
Le ministère de l'Immigration a déclaré qu'il tiendrait compte des leçons qu'il a tirées des récentes initiatives de régularisation, y compris son programme pilote de 2019 qui a permis à 500 travailleurs de la construction sans statut dans la région du Grand Toronto (RGT) d'obtenir la résidence permanente. Ce programme a été élargi en janvier 2023 pour doubler sa portée à 1 000 travailleurs de la construction dans la région du Grand Toronto.
Mais le temps presse, ont souligné Hussan et Sreenivasan.
Leurs organisations – l'Alliance des travailleurs migrants pour le changement et le Conseil canadien pour les réfugiés – demandent une pause immédiate dans les expulsions au Canada pendant qu'un programme de régularisation est en cours d'élaboration.
« Ils ont juste besoin de mettre fin aux expulsions et de mettre en œuvre un programme complet et inclusif », a déclaré Hussan.
Sreenivasan était d'accord. Elle a déclaré que ce programme devrait offrir des voies d'accès à la résidence permanente avec des critères simples, larges et clairs pour exclure le moins de personnes possible, permettre aux gens de comprendre facilement s'ils sont admissibles et réduire les délais de traitement des demandes.
De plus, elle a déclaré que le programme devrait être offert de façon continue plutôt que sur une base ponctuelle, réduire au minimum les exigences en matière de documents, assurer la coopération de l'ASFC pour s'assurer que les personnes qui demandent une régularisation ne seront pas visées par des procédures de renvoi et permettre à des groupes tiers d'aider les gens dans le processus de demande.
« Il y a eu des expériences réussies de régularisation en Europe. C'est parce que les formulaires et le processus étaient très simples », a déclaré Sreenivasan. « Il faut reconnaître que les personnes dont le statut est précaire font face à des obstacles lorsqu'il s'agit de remplir ces documents. »
David Moffette, professeur de criminologie à l'Université d'Ottawa dont les recherches portent sur l'intersection entre le droit criminel et le droit de l'immigration, a déclaré que la stratégie de régularisation du Canada devrait être large et ne pas s'appliquer uniquement à des industries spécifiques telles que la construction et les soins de santé, qui ne concernent qu'un petit segment de la population sans papiers du Canada.
Il soutient que la régularisation du statut des sans-papiers qui vivent et travaillent déjà au Canada leur permettrait de s'enraciner plus profondément ici et de continuer à contribuer à l'assiette fiscale, à l'économie et à la société du Canada.
« Vous avez deux solutions : vous dépensez beaucoup d'argent pour les expulser, ou vous dépensez moins d'argent pour leur permettre de continuer à faire les grandes choses qu'ils font de toute façon sans les permis », a-t-il déclaré.
L'attente de l'expulsion comme une « bombe à retardement »
Pour l'instant, l'avenir de personnes comme Godara est en jeu. Il rejette la décision d'IRCC selon laquelle il ne risque pas d'être en danger ou persécuté chez lui, en Inde. Bien que la Cour suprême de l'Inde ait dépénalisé les relations homosexuelles en 2018, Godara affirme que la société indienne est encore loin d'accepter l'homosexualité.
Dans une décision rendue l'année dernière, la Cour suprême n'a pas légalisé les mariages entre personnes de même sexe. Le gouvernement d'extrême droite de Narendra Modi, quant à lui, a déclaré que les mariages homosexuels n'étaient pas« comparables au concept d'unité familiale indienne d'un mari, d'une femme et d'enfants », stigmatisant davantage la communauté queer.
Godara a retenu les services d'un avocat et a demandé que son cas soit examiné par les tribunaux de la Cour fédérale. Ses amis et sa communauté ont mis en place une campagne GoFundMe pour collecter des fonds pour la coûteuse bataille juridique et ses dépenses en attendant que le processus se déroule.
Il dit qu'il est reconnaissant pour le soutien qu'il a reçu, mais son anxiété grandit de jour en jour.
« Chaque jour est comme une bombe à retardement », a-t-il déclaré.
Il espère que le gouvernement canadien reconnaîtra les contributions des sans-papiers et leur permettra de rester dans ce pays qu'ils ont appris à appeler leur chez-soi.
« Nous avons payé des milliers de dollars. Pourquoi nous avez-vous laissé venir ici pour nous jeter dehors comme si nous n'étions littéralement rien ?
Noushin Ziafati est une journaliste primée qui a couvert des sujets sur l'immigration, la santé, la discrimination et l'environnement. Elle a notamment été rédactrice et productrice numérique à CTV News et journaliste à La Presse canadienne en Ontario, au Chronicle Herald en Nouvelle-Écosse et au Telegraph-Journal au Nouveau-Brunswick.
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Au Canada, le gouvernement sous la menace d’un “mouvement national contre la taxe carbone”
Au Canada, la pression monte pour réclamer que le gouvernement de Justin Trudeau supprime la taxe carbone utilisée pour lutter contre les effets du changement climatique. Augmenté de 15 dollars par an depuis le 1er avril, ce prélèvement a fait monter les prix à la pompe, à la grande colère des consommateurs.
03 avril 2024 / tiré du site du Courrier interntional | Photo : .Une station-service à Edmonton, dans l'État canadien de l'Alberta, le 29 mars 2024. PHOTO ARTUR WIDAK/NURPHOTO/AFP
https://www.courrierinternational.com/article/economie-au-canada-le-gouvernement-sous-la-menace-d-un-mouvement-national-contre-la-taxe-carbone
À dix-huit mois des élections fédérales canadiennes, le Premier ministre conservateur de l'État de l'Ontario, Doug Ford, a sonné la charge mardi 2 avril, rapporte CBC News : “Cette taxe sur le carbone doit disparaître ou, dans un an et demi, le Premier ministre [Justin Trudeau] partira, […] je vous le garantis.”
Le même jour, dans l'ouest du pays, des opposants à cette taxe environnementale ont manifesté aux abords de l'autoroute transnationale pour une seconde journée consécutive en Saskatchewan, signale Radio-Canada. La radio publique canadienne précise que “ces manifestants font partie d'un mouvement national contre la taxe carbone” qui a débuté la veille.
Un sondage national rendu public le 25 mars illustre l'ampleur du phénomène : 40 % des Canadiens demandent l'abolition de la taxe, et 11 % veulent voir son montant baisser. Le Devoir rappelle que sept des dix Premiers ministres provinciaux “avaient demandé à M. Trudeau de renoncer à l'augmentation annuelle de 15 dollars la tonne du taux de la tarification du carbone”. Majoration entrée en vigueur le 1er avril.
Double impôt
Pas suffisant pour faire reculer le Premier ministre libéral,observe encore Radio-Canada dans un autre article. Ce dernier invite ses opposants à présenter une solution de substitution “viable” afin de réduire les émissions polluantes canadiennes.
Instaurée par Ottawa en 2018, la taxe sur le carbone est de facto un impôt sur la pollution, explique La Presse :
“Elle fait partie des politiques mises en place [par le Canada] pour atteindre sa cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) en vertu de l'accord de Paris sur le climat [en 2015]. […] Elle augmentera de 15 dollars par année pour atteindre 170 dollars la tonne en 2030.”
Le Canada, poursuit le quotidien dans un autre article, possède deux programmes de tarification du carbone : un pour les entreprises, qui paient une taxe sur une part de leurs émissions réelles ; l'autre étant une taxe à la consommation appliquée aux achats de combustibles fossiles. Les particuliers qui paient cette taxe fédérale dans les huit provinces et les deux territoires où elle est appliquée reçoivent une remise, quatre fois par an, en compensation.
Cette politique tarifaire a fait légèrement augmenter les prix des aliments ou des vêtements, mais a entraîné une hausse des coûts plus importante dans d'autres secteurs, “puisque les entreprises qui doivent la payer augmentent le coût de leurs biens et services pour compenser”.
Une taxe condamnée ?
Le président de la Fédération ontarienne de l'agriculture, Drew Spoelstra, affirme à CBC News que la taxe empêche ses membres d'investir dans des technologies propres : “Nous devons utiliser du carburant et de l'énergie pour produire les aliments que nous consommons tous.”
Car le Parti conservateur, qui caracole en tête dans les sondages, milite pour abolir cette taxe, etle Globe and Mail estime que sa survie est menacée. Face à la fronde actuelle, le quotidien Le Soleil est plus lapidaire :
“La question n'est plus de savoir si cette taxe va pouvoir survivre aux attaques incessantes qu'elle subit, mais bien quand elle sera abolie.”
Martin Gauthier
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Canada. Réfugiés syriens et ukrainiens, un accueil à deux vitesses
L'activisme du gouvernement Trudeau pour proposer aux réfugiés ukrainiens le meilleur accueil possible depuis deux ans réveille de douloureux souvenirs migratoires chez la diaspora syrienne réfugiée au Canada. Des politiques d'immigration aux défis d'intégration, en passant par les perceptions sociales locales, l'arrivée des Syriens fuyant le régime de Bachar Al-Assad a été parsemée d'obstacles à surmonter.
3 avril 2024 | tiré d'Orient XXI | Photo : Montréal, 12 déembre 2015. Le personne de la Croix-Rouge canadienne accueillant des réfugiés syriens dans leur pays d'installation. Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada.
https://orientxxi.info/magazine/canada-refugies-syriens-et-ukrainiens-un-accueil-a-deux-vitesses,7174
Le Canada, terre d'asile inconditionnelle ? Le 31 mars 2024, le programme de visas d'urgence mis en place dans le cadre de l'Autorisation de voyage d'urgence Canada-Ukraine (AVUCU) est arrivé à expiration. Déjà prolongé d'un an, ce programme permet aux réfugiés ukrainiens d'obtenir la résidence temporaire au Canada par l'accès à un permis de travail ouvert. Suite à l'annonce de ce « moyen spécial », le ministère de l'immigration a approuvé 960 091 demandes de visa, et 248 726 civils ukrainiens sont arrivés sur le territoire. D'après le bureau gouvernemental Immigration, réfugiés et citoyenneté Canada (IRCC), ils pourraient être près de 90 000 de plus à affluer sur le territoire.
Une semaine après l'invasion russe de l'Ukraine, le premier ministre Justin Trudeau annonçait l'abandon de contraintes administratives pour les Ukrainiens souhaitant fuir leur pays, telle que la réduction du délai d'obtention de visa, la dispense de frais pour certains types de titres de voyage d'urgence, etc. Les formalités administratives canadiennes se voient ainsi largement assouplies dans l'objectif de faciliter le processus d'immigration des réfugiés ukrainiens.
DES CONTRAINTES ADMINISTRATIVES ET POLITIQUES
La mise en place de mesures d'urgence dans un contexte de crise des réfugiés n'est pas rare dans l'histoire migratoire canadienne. La dernière vague importante de réfugiés accueillis sur le sol canadien remonte à 2015. Cette année-là, plus de 4 millions de Syriens quittent leur pays en conséquence de la guerre civile provoquée par Bachar Al-Assad, qui a fait 507 000 morts. La guerre éclate en 2011, mais il faut attendre septembre 2015 pour que l'ancien gouvernement fédéral, mené par le conservateur Stephen Harper, dévoile un plan d'accueil et de sélection des réfugiés syriens. Pressé par l'opinion publique et l'opposition, Ottawa s'engage à accueillir 20 000 Syriens sur le territoire en quatre ans, sous certaines conditions administratives, politiques et idéologiques.
Sous le feu des critiques, le gouvernement Harper collabore avec l'Agence des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR), afin d'accueillir ce quota promis de Syriens alors réfugiés en Turquie, en Jordanie et au Liban. Toutefois, les délais de traitement et de prise en charge sont conséquents. Pour se voir délivrer un visa, les Syriens déplacés en Turquie doivent attendre en moyenne six mois. Ceux en Jordanie patientent deux ans et demi, et pour les civils réfugiés au Liban, les délais atteignent jusqu'à trois ans et demi. Au final, ils seront 39 636 à arriver au Canada entre novembre 2015 et décembre 2016, dont 35 % parrainés par le secteur privé et 55 % pris en charge par le gouvernement, d'après l'IRCC.
« EST-CE QUE LE SYSTÈME EST TOUT SIMPLEMENT RACISTE ? »
« Tous les jours, j'assiste à l'arrivée de nouveaux réfugiés ukrainiens, et tous les jours, je suis de nouveau confrontée aux injustices et au mépris auxquels ma famille et moi avons fait face pour arriver jusqu'ici », raconte tristement Haya Bitar, 23 ans. Originaires d'une famille athée de Damas, Haya, ses parents et sa sœur habitent à Abou Dhabi, aux Émirats arabes unis, lorsque la guerre civile éclate en Syrie. Les relations politiques se tendent entre les Émirats et la Syrie, et les Bitar assistent à l'expulsion de nombreuses familles syriennes de cet État fédéral du Golfe. Craignant d'être renvoyés à leur tour à Damas, ils cherchent à rejoindre les États-Unis où habite une partie de leurs proches. Sans succès. En 2016, l'ancien président américain Donald Trump signe le Muslim Ban, une série de décrets exécutifs visant à interdire l'entrée aux États-Unis aux ressortissants de certains pays à majorité musulmane, dont la Syrie. « Trump interdisait littéralement à ma famille d'entrer sur le territoire à cause de leur passeport syrien, et les frontières européennes étaient fermées. Il ne nous restait plus qu'une seule option : le Canada », poursuit Haya Bitar.
La famille s'engage alors dans un périple administratif qui ne prend fin qu'en 2019, lorsqu'un agent de l'immigration canadienne leur annonce qu'ils sont autorisés à entrer sur le territoire. « Ils avaient perdu notre dossier. Pour les agents de l'immigration, nous ne sommes que des piles de papiers administratifs qu'on laisse trainer sur un bureau, dénonce la jeune femme. Pourtant, il s'agit de nos vies, nous sommes des êtres humains. » Lorsque la famille syrienne arrive à Montréal, au Québec, elle est confrontée à la précarité. Les diplômes syriens des parents d'Haya n'ont pas de valeur au Québec, et leur statut de réfugiés les freine lourdement dans leur recherche d'emploi :
Nous étions en sécurité, mais le stress de ne pas trouver d'emploi rongeait mes parents de l'intérieur. Finalement, en quoi la vie de réfugiés au Québec était-elle si différente de celle que nous avions à Abou Dhabi ?
Les parents d'Haya jonglent entre différents jobs alimentaires et les cours de français, 35 heures par semaine nécessaires à leur adaptation et à la recherche d'emploi. L'étudiante de 23 ans suit également un programme de langue depuis son arrivée au Québec. C'est dans ce contexte qu'elle rencontre plusieurs réfugiés ukrainiens. « J'ai ressenti tellement de colère contre l'immigration canadienne lorsque j'ai appris que le processus d'immigration avait été facilité pour les Ukrainiens », révèle la jeune femme, avant de fustiger le « deux poids, deux mesures des politiques migratoires ».
Certains d'entre eux reçoivent un visa de tourisme en deux semaines, alors que ma famille a mis trois ans pour obtenir le simple statut de réfugié. Est-ce parce que nous, Syriens, sommes perçus comme un danger ? Est-ce que le système est tout simplement raciste ?
LAÏCITÉ ET NATIONALISME
Lorsque la famille Bitar procède à sa demande d'asile auprès de l'immigration canadienne, la crise migratoire syrienne se trouve au cœur des débats dans le pays. Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, des courants d'opinion hostiles à l'accueil des Syriens sur le territoire canadien font leur apparition. Des liens entre l'islam, le terrorisme et l'accueil des Syriens sont établis par les conservateurs et les médias, et l'argument sécuritaire est généralement mis en avant dans les discours concernant l'accueil des réfugiés syriens. Pour Leila Benhadjoudja, spécialiste de la laïcité et chercheuse à l'Institut d'études féministes et de genre à l'université d'Ottawa,
les politiques d'immigration et d'accueil des personnes réfugiées sont structurées par des logiques raciales, mise à l'œuvre notamment dans des discours sécuritaires. Lorsqu'il s'agit de réfugiés racialisés, les affects de peur et de soupçon sont mobilisés et alimentent alors les logiques sécuritaires dans l'intérêt de « protéger » la nation.
Une « panique morale » affecte tout le pays et n'épargne pas le Québec, où les débats houleux sur la laïcité et le port du hijab sont relancés avec l'arrivée des Syriens, poursuit Leila Benhadjouda.
Le discours nationaliste sur la laïcité au Québec s'articule de manière à présenter la nation comme féministe, ayant aboli le patriarcat, l'homophobie et les violences sur les minorités genrées. On y oppose alors les personnes réfugiées et musulmanes qui viendraient saboter ce projet d'une nation moderne, progressiste et démocratique.
Ce type d'argument chauvin deviendrait ainsi un outil identitaire à visée politique, servant un « discours sécuritaire qui légitimerait le contrôle accru des frontières ». Pour la chercheuse,
les politiques d'immigration au Canada étaient ouvertement racistes, maintenant elles sont devenues néo-racistes. On ne parle plus de race, mais de culture, d'adaptation et d'intégration.
Si le Canada se conforme à une tradition multiculturelle, le modèle québécois adopte une approche davantage républicaine, dite « à la française ». Un mimétisme politique qui amène le premier ministre québécois François Legault à adopter en juin 2019 un projet de loi sur la laïcité de l'État, également connue sous le nom de loi 21. Validé par la Cour d'appel du Québec le 29 février 2024, ce texte controversé interdit le port de signes religieux aux employés de l'État provincial qui occupent des postes d'autorité coercitive, comme les policiers ou les juges, ainsi qu'aux enseignants du primaire et du secondaire dans le secteur public.
UNE ENTRAIDE COMMUNAUTAIRE
Solidarité. C'est le mot d'ordre de la mission que se sont donnée Adelle Tarzibachi et Josette Gauthier, co-fondatrices des Filles Fattoush. Cette entreprise de restauration créée en 2017 emploie uniquement des femmes réfugiées syriennes. « Lorsque le gouvernement a annoncé l'accueil de 25 000 réfugiés, nous nous sommes immédiatement demandé comment aider les femmes syriennes à s'intégrer et à trouver un emploi dès leur arrivée », relate Adelle Tarzibachi. Jusque-là bénévole auprès d'églises impliquées dans l'aide administrative et le parrainage privé des réfugiés syriens, la cheffe d'entreprise originaire d'Alep qui se sentait « impuissante face à la guerre » a trouvé avec cette initiative un moyen d'aider à sa façon. C'est d'ailleurs à l'église qu'elle rencontre Maria, sa cheffe cuisinière, arrivée sur le territoire canadien avec ses deux enfants de 7 et 9 ans, début 2017. « Nous avons vécu 6 ans sous les bombardements à Damas », raconte-t-elle. « Il fallait fuir pour que mes enfants soient en sécurité. Cependant, je n'ai pas pu immigrer plus tôt à cause des délais de traitement de notre dossier par l'immigration canadienne. » Dans sa fuite, Maria laisse son mari derrière elle.
Il ne voulait pas quitter ses parents, mais il compte nous rejoindre. Nous sommes en attente de procédures, depuis un an. On ne sait pas combien de temps cela peut prendre, j'espère qu'il finira par venir.
Même si la Syrienne décrit des difficultés d'adaptation lors de son arrivée sur le territoire canadien, elle se félicite d'avoir trouvé un équilibre, notamment du fait de son activité professionnelle. « C'est mon premier emploi et j'ai l'impression de travailler avec ma famille. Malgré les problèmes du quotidien, je trouve beaucoup de bonheur dans mon milieu de travail », poursuit-elle. Plus qu'un tremplin pour ces femmes réfugiées, le lancement de Filles Fattoush est un moyen pour Adelle Tarzibachi de « créer un pont » entre la Syrie et le Québec. « À l'époque, les médias véhiculaient une image négative de mon pays, ils ne parlaient que de guerre et de réfugiés », se souvient-elle. « Ce projet était une goutte de positivité dans un bassin de négativité. » Avant de conclure : « Il est important de montrer que ces réfugiés décrits comme un danger sont arrivés avec un riche bagage culturel à faire découvrir au Québec. »
FARAH MEKKI
Journaliste.
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La résolution du NPD sur la Palestine est un pas en avant mais elle ne suffit pas
Cette résolution peut permettre de changer le statut quo concernant Israël mais on s'en souviendra aussi comme d'une occasion manquée
Owen Schalk, Canadian Dimenson, 22 mars 2024
Traduction, Alexandra Cyr
Lundi le 18 mars 2024, Mme Heather McPherson, députée NPD et critique en matière d'affaires étrangères, a présenté à la Chambre des Communes, cette résolution sur la situation au Proche Orient. Elle était endossée par le chef du Parti, M. Jagmeet Singh. La proposition a été adoptée. Elle était non contraignante et appelait à ce que la politique canadienne envers la sécurisation de la paix au Proche Orient soit reconsidérée à la lumière des attaques israéliennes contre la Bande de Gaza.
La première version de cette résolution était beaucoup plus étoffée que celle mise aux voix. Mais quand même pas au niveau adéquat. Dans cette première version, on demandait à ce que le Canada se joigne aux 139 autres nations qui ont reconnu, sans équivoque, l'État de Palestine. Cela représente 72% des membres des Nations Unies. Elle demandait aussi que toutes les transactions de matériel militaire soient suspendues et que des sanctions soient prises contre les élus.es israélien.nes qui incitent au génocide.
Comme le souligne Yves Engler, le NPD aurait pu et dû inclure l'annulation du Traité de libre-échange entre les deux pays qui est en place depuis 1997 ou tout au moins restreindre les importations des produits issus de la Cisjordanie, de déclarer qu'il y aurait des enquêtes sur les Canadiens.nes qui se battent à Gaza pour savoir s'ils et elles ont commis de potentiels crimes de guerre, que les efforts de l'armée israélienne pour recruter des combattants.es au Canada sont illégaux selon la loi sur les engagements à l'étranger et réviser la définition d'antisémitisme donnée par l'Alliance pour la mémoire de l'holocauste qui est libellée pour minimiser toutes les critiques sérieuses contre Israël.
Mais, même ces additions n'auraient pas suffi à mettre fin à la participation complice du Canada à la violence israélienne contre les Palestiniens.nes.
Le retrait des articles de principes du texte d'origine a été décidé entre le NPD et les Libéraux après des discussions en aparté. Les parties se sont entendues pour que la critique du Hamas soit plus étoffée, de remplacer la référence à la reconnaissance de l'État palestinien à l'ONU par « la négociation d'une solution à deux États pour les Israéliens.nes et les Palestiniens.nes » et de remplacer également la suspension du commerce de matériel militaire entre les deux pays par la promesse de : « cesser les futures autorisations de transfert d'armes vers Israël ».
Fondamentalement, les Libéraux n'ont consenti à voter en faveur de la résolution qu'après qu'elle ait été épurée de ses articles les plus solides. La résolution a été adoptée par 204 voix pour et 117 contre.
Après avoir salué la version finale de la résolution comme « un petit pas vers la fin de la complicité du Canada dans la guerre génocidaire d'Israël à Gaza », Canandians for Justice and Peace in the Middle East, (CJPME) a exprimé sa déception que : « la majorité des termes de la résolution aient été dilués ou modifiés de telle manière que les fausses présentations israéliennes soient promues et que l'adhésion à l'horrible statut quo se maintienne ».
Loin de suspendre les exportations d'armes vers Israël, l'article tel qu'amandé, permet au Canada de continue à armer les forces de défense israéliennes (IDF en Anglais). Comme le rapporte The Maple, Ottawa, « ne retirera pas les permis existants d'exportation de matériel militaire vers Israël ». C'est un geste significatif considérant que selon le Ministère des affaires mondiales, il y a 315 de ces permis valides.
D'avoir retiré les permis existants de la résolution signifie que les composantes de munitions, les équipements et d'autres technologies dont les détecteurs vont encore être expédiés alors que la Cour internationale de justice a trouvé qu'il était plausible de penser qu'Israël commettait un génocide à Gaza. Le Canada lui-même doit se présenter devant ce tribunal pour complicité dans ce génocide.
Après le 7 octobre, le gouvernement Trudeau a autorisé de nouvelles exportations de matériel militaire vers Israël à hauteur de 30 millions de dollars. Comme le souligne le vice-président de CJPME, Michael Bueckert : « c'est tout comme si le Canada avait accru ses exportations d'armes au beau milieu d'une entreprise génocidaire ».
Affaires mondiales Canada assure que les équipements militaires envoyés à Israël sont non létaux. Il semble que le gouvernement fédéral fasse une distinction entre les « armes proprement dites » avec les pièces détachées qui tombent arbitrairement dans la catégorie « non létale » même si elles peuvent servir dans toute une série d'armements et de véhicules dont des avions militaires.
On a accusé les Libéraux de délibérément créer une confusion à propos de la nature des exportations d'armes vers Israël. Ils peuvent ainsi repousser les critiques faites à leur programme. La distinction entre « armes proprement dites » et armes « non létales » pour les pièces détachées en serait un exemple. La ministre des affaires étrangères, Mélanie Joly soutient aussi qu'il n'y a plus de transferts d'armes vers Israël malgré que le gouvernement honore encore les 315 permis actifs.
Est-ce qu'Ottawa va continuer à autoriser des exportations d'armes vers Israël pendant qu'on nous assure qu'il n'approuve que les pièces non létales ? Est-ce que des armes canadiennes aboutissent en Israël via des pays tiers ? L'assouplissement des termes de la résolution permet de penser que c'est possible.
Malgré son ton peu offensif, les politiciens.nes qui soutiennent Israël l'ont critiquée comme certaines aitres organisations. Dans leurs grands titres, les médias ont réagi avec enthousiasme disant que le Canada cessait de livrer des armes à Israël. Même l'élue démocrate à la Chambre des représentants des États-Unis, Mme Ilhan Omar, a salué l'adoption de cette résolution. Elle ne semble pas avoir été au courant que cela n'empêche pas d'honorer les contrats existants et que le transfert de technologie militaire « non létales » va se poursuivre.
Certains.es voient la résolution comme un petit pas important qui permettrait de modifier le statut quo envers Israël. Y. Engler note que contrairement à la position absolument favorable à Israël de l'ancien leader du NPD, Thomas Mulcair, celle de « Jagmeet Sing se montrant plus sévère envers Israël sur les réseaux sociaux, est un progrès ».
On a aussi vu la résolution comme une démonstration que les protestations publiques peuvent faire bouger les aiguilles sur d'autres politiques questionnables. Selon Y. Engler, « ce pas en avant c'est produit parce que des centaines de milliers de personnes ont envahi les rues, interpelé les politiciens.nes, écrit aux élus.es, occupé des bureaux, etc. ces derniers mois. Quelle leçon en tirer ? Que nous devons accroitre la pression contre l'establishment canadien qui donne à Israël les moyens d'opérer sa tuerie de masse à Gaza et d'y installer la famine ».
Les marchandages autour de la résolution dans les coulisses, nous indiquent que les exigences du public sont toujours à la merci de dangers de récupération ou de manipulation. CJPME note que : « des dizaines et des centaines de Canadiens.nes ont envoyé des requêtes de soutient à une certaine résolution à leurs députés.es, et voilà qu'elle n'existe plus. L'assouplissement des termes de cette résolution du NPD affaiblit la portée du vote des parlementaires. Il s'agissait d'une concession importante aux Libéraux pour permettre son adoption ».
Ce sont les événements à venir qui seront le véritable test de ce qu'elle peut signifier. Si le gouvernement adopte un embargo sur le soutient militaire à Israël, la résolution aura été un succès. Si au contraire, rien ne change, elle sera vue comme une occasion manquée de plus.
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Justin Trudeau en mode prébudgétaire… et préélectoral
Le premier ministre Justin Trudeau souhaitait obtenir l'adhésion de la population en faisant une série d'annonces prébudgétaires susceptibles d'améliorer la qualité de vie des ménages canadiens ; il a surtout récolté des reproches face à ces multiples ingérences dans des compétences provinciales. C'est sans compter le nombre de gens qui, face à de telles dépenses, s'insurgent de l'ampleur du déficit à venir.
5 avril 2024 | tiré de la lettre de l'IRIS
Il ne manque pas de domaines où Ottawa pourrait intervenir dans l'intérêt des Canadiennes et des Canadiens sans pour autant se mettre à dos les provinces – qui ont ceci dit effectivement négligé depuis trop longtemps leur filet social. Par exemple, le gouvernement fédéral pourrait redoubler d'efforts afin de s'assurer que toutes les communautés autochtones du pays aient enfin accès à de l'eau potable.
Il pourrait aussi investir dans une transition réellement juste et coordonner une sortie des hydrocarbures pour éviter que les catastrophes naturelles ne s'intensifient en raison des changements climatiques et ne nuisent davantage à l'économie. À cet égard, il pourrait également aider les municipalités à développer davantage leur réseau de transport en commun afin de donner aux citoyen·ne·s l'option de se déplacer autrement qu'en voiture.
Et dans un tout autre ordre d'idées, pourquoi ne pas soutenir davantage Postes Canada afin de s'assurer qu'un service postal de qualité et à bas prix demeure accessible dans toutes les communautés plutôt que de laisser cette entreprise publique être affaiblie par des compétiteurs privés aux pratiques douteuses.
Contrairement à la campagne de peur qui a commencé au sujet du déficit de l'administration fédérale, la situation financière du gouvernement canadien demeure enviable comparativement à la moyenne des pays du G7 et son service de la dette se trouve à un niveau historiquement faible, lorsque comparé à ses revenus. Bref, Ottawa a les moyens de faire mieux tout en respectant les prérogatives des provinces.
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Aujourd’hui marque six mois de génocide – Voix juives indépendantes
Pendant six mois, le monde a observé les Palestiniens assassinés, blessés et déplacés en masse par l'occupation israélienne. Le Canada a aidé et encouragé cette atrocité. Les contrats d'armement entre le Canada et Israël ont circulé librement dans les deux sens : exportation de puissance militaire vers Israël, importation d'armes israéliennes « testées au combat » sur des enfants palestiniens.
Depuis le 7 avril 2024, le Canada a mis en place un gel des nouveaux permis d'armement, mais depuis le 7 octobre, « la valeur totale des nouveaux permis autorisés en deux mois a dépassé le record annuel sur 30 ans de 26 millions de dollars d'exportations militaires canadiennes vers Israël en 2021« .
C'est la complicité sous sa forme la plus vile.
Trois mois après le début de ce génocide, une fillette de six ans est morte coincée dans l'épave de la voiture familiale alors que les chars israéliens se rapprochaient d'elle.
Quatre mois après le début de ce génocide, les habitants de Gaza en étaient réduits à « manger de l'herbe et à boire de l'eau polluée », alors que des milliers et des milliers d'enfants se trouvaient à des stades dangereux de famine.
Cinq mois après le début de ce génocide, les corps des Palestiniens déplacés ont été brutalement écrasés par les chars israéliens. Les patients des hôpitaux ont été sommairement exécutés. Des parents ont perdu leurs enfants. Des enfants ont perdu leurs parents.
Et pourtant, le Canada continue de commercer dans le sang avec l'État israélien.
Nous ne pouvons pas permettre que cela continue. En plus de reconnaître ce génocide et de s'efforcer d'y mettre fin, le Canada doit immédiatement s'assurer qu'il n'est plus responsable d'aucune partie de ce génocide.
Cela ne veut pas dire que nous devons revenir au monde tel qu'il était auparavant. La Palestine-Israël d'avant octobre 2023 était déjà profondément injuste.
Nous devons aller plus loin : nous devons mettre fin à l'apartheid israélien.
Il doit y avoir un nouveau statu quo, dans lequel le peuple juif et notre foi ne sont pas rendus complices du meurtre et de la torture de dizaines de milliers de personnes.
Pessah approche, et avec lui le rappel de nos souffrances passées. En tant que Juifs, nous avons le devoir d'empêcher les autres de souffrir comme nous avons souffert, sous des régimes écrasants de destruction et de mort.
En vertu de ce devoir, nous demandons au Premier ministre Justin Trudeau, à la ministre des Affaires étrangères Mélanie Joly et au gouvernement canadien d'appliquer les mesures provisoires définies par la Cour internationale de justice (CIJ), notamment en veillant à ce que l'armée israélienne ne viole pas les droits des Palestiniens en vertu de la convention sur le génocide. Nous demandons au gouvernement canadien d'imposer un embargo total sur les armes à destination d'Israël.
Si l'on ne met pas fin au commerce des armes avec Israël, il est indéniable que la majorité des habitants de Gaza risquent de mourir dans d'atroces souffrances.
Il est de la responsabilité de tous, y compris des Canadiens, d'empêcher que d'autres habitants de Gaza ne meurent. En tant que Juifs, nous avons crié « n'oubliez jamais ». C'est pourquoi, liés par notre devoir envers nos ancêtres et nos familles, nous devons mettre en œuvre la logique morale du « plus jamais ça ».
Le 7 avril 2024
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De conjoint.e.s de fait avec enfant au régime d’union parentale
Une réforme du droit de la famille était attendue depuis des décennies, la dernière réforme ayant eu lieu en 1980, notamment concernant les conjoints et conjointes de fait. Le gouvernement caquiste a déposé un projet de loi le 27 mars dernier, le Projet de loi n° 56, loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le régime d'union parentale.
Tiré de : Infolettre FFQ 4 avril 2024
Ce projet de loi est le troisième volet de la réforme globale en droit de la famille, suivant le Projet de loi 2 en matière de filiation, de droit des personnes et d'état civil (sanctionné en juin 2022 mais dont la mise en vigueur est prévue en juin 2024) ainsi que le Projet de loi 12 en matière de filiation, des enfants nés suite à une agression sexuelle et de gestation pour autrui (sanctionné en juin 2023).
Voici un bref aperçu de ce troisième volet de réforme :
– Création de la notion et du régime d'union parentale pour les conjoint.e.s de fait ayant des enfants ;
– Mise en place d'un patrimoine d'union parentale (résidence principale, meubles, voitures) dès la naissance ou l'adoption d'un enfant et règles prévoyant leur répartition à la séparation ;
REER, fonds de pension, résidences secondaires (incluant les meubles) et pension alimentaire pour ex-conjoint ou ex-conjointe exclu.e.s de ce régime ;
– Mise en place d'une prestation compensatoire pour un conjoint ou une conjointe s'étant appauvri.e après avoir contribué à l'enrichissement du patrimoine de l'autre conjoint ou conjointe ;
– Possibilité de faire fixer la pension alimentaire pour enfant sans l'intervention du tribunal à l'aide du service de calcul offert par le Service administratif de rajustement des pensions alimentaires pour enfants ;
– Pour l'héritage, les conjoints et conjointes peuvent hériter de l'autre conjointE décédée s'iels vivaient ensemble depuis plus d'un an au moment du décès ;
– Obligation pour le tribunal d'accorder des dommages-intérêts en situation de violence judiciaire ;
– Assouplissement des règles de procédure afin qu'une entente entre conjoints et conjointes sur les conséquences de leur séparation ait force de jugement ;
– Favoriser la prise en charge des dossiers par un.e seul.e et même juge ;
– Possibilité pour les conjoints et conjointes actuel.le.s ayant des enfants de se retirer par acte notarié de l'application de ce régime, partiellement ou totalement ;
– Application de la loi aux parents dont les enfants sont né.e.s ou adopté.e.s après le 29 juin 2025, à moins que ces derniers et dernières se marient, s'unissent civilement ou signent un contrat notarié pour que le régime de l'union parentale ne s'applique pas dans leur cas.
– Pour lire le Projet de loi n° 56, Loi portant sur la réforme du droit de la famille et instituant le régime d'union parentale intégralement, c'est parici !
Vous avez envie d'en apprendre davantage ? Vous avez envie de faire entendre votre point de vue et participer aux débats et actions à venir ?
Nous vous invitons à la Rencontre d'appropriation et d'action collective sur le PL56 organisé par le Groupe des treizes le 5 avril prochain de 13h à 14h30 viaTeams. Seront des nôtres :Hélène Belleau, Carmen Lavallée et Audrey Bernard.
Si vous ne pouvez pas être des nôtres, écrivez à representations@ffq.qc.ca pour obtenir l'enregistrement. Également, nous vous invitons à nous faire parvenir par courriel vos expériences, vos opinions et expertises concernant ce dossier afin que nous puissions les collectiviser et approfondir nos commentaires concernant ce projet de loi !
Vous avez envie de savoir ce que la FFQ a adopté comme positions dans le passé à ce sujet ? C'est par ici ! Nous avions d'ailleurs, en 2016, fait un appel pour un débat public sur la réforme du droit familial. La FFQ avait d'ailleurs déposé un mémoire dans le cadre des consultations publiques sur la réforme du droit de la famille en 2019 !
Vous avez envie de savoir ce qui se dit et s'écrit au sujet du PL56 ? Voici quelques ressources pour aiguiller vos réflexions :
– Une « union parentale » désavantageuse pour les femmes, déplorent des organismes, 2 avril 2024, Le Devoir
– 24.60 : Réforme pour mieux protéger les enfants en cas de séparation, 27 mars, entrevue à Radio-Canada
– Québec veut créer l'union parentale pour les conjoints de fait avec enfants, 27 mars, La Presse
– Solidarité et égalité au cœur du droit de la famille, juin 2019, Mémoire du CIAFT et Réseau des tables régionales des groupes de femmes du Québec
– Nouveau régime d'union parentale : le volet de la réforme tant attendu !, 27 mars 2024, Communiqué de presse du FAFMRQ
– Réflexions sur la réforme du droit de la famille, 18 août 2023, Barreau du Québec
– Réflexions sur la réforme du droit de la famille, juin 2019, Chambre des notaires du Québec
– Le droit familial : un enjeu d'égalité !, mai 2018, FAFMRQ
Au plaisir de s'approprier cette réforme, ensemble !
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Nouveau régime d’union parentale : le volet de la réforme tant attendu !
Montréal, le 27 mars 2024 – La Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) accueille avec enthousiasme le dépôt du projet de loi 56 du ministre de la Justice, Simon Jolin-Barette, concernant le volet parentalité et conjugalité de la réforme du droit de la famille.
Celui-ci s'étant particulièrement fait attendre, déjà en 2013, dans le cadre de la cause Lola C. Éric, la Cour suprême du Canada avait invité le législateur québécois à corriger la situation, jugeant son régime discriminatoire notamment en n'accordant pas de droit alimentaire aux conjoints de fait. Le code civil ne prévoit aucun droit, ni aucune obligation pour ces conjoints. Ainsi, « le dépôt de ce nouveau projet de loi nous apparaît aujourd'hui comme une bonne nouvelle pour l'encadrement juridique des conjoints de fait avec enfant et nous espérons que cette réforme viendra finalement annuler les effets discriminatoires sur les enfants nés hors mariage » souligne Mariepier Dufour, directrice générale de la FAFMRQ.
La Fédération salue la proposition du présent gouvernement d'étendre les règles de protection et d'attribution de la résidence familiale prévues pour les conjoints mariés ou unis civilement applicables aux conjoints qui sont en union parentale.
Rappelons qu'actuellement plus de 60% des enfants de la province naissent de parents non-mariés. Après plus de dix ans de débat et de questionnements sur la question, il était grand temps d'agir pour l'encadrement juridique des conjoints de fait. C'est pourquoi l'annonce d'un nouveau régime d'union parentale présente des avancées notables pour le droit familial québécois, qui sur cette question n'a pas été modernisé depuis 1980. La FAFMRQ enjoint sa voix à celle du ministre Jolin-Barette soutenant que cette protection pour les enfants nés hors mariage, visant à leur offrir un filet de sécurité, fait consensus socialement.
La position défendue par la FAFMRQ est celle d'étendre les protections actuelles du mariage, incluant le partage du patrimoine, la protection de la résidence familiale et la pension alimentaire pour ex-conjoint, aux conjoints de fait avec enfants. Bien que l'annonce d'un régime d'union parentale soit réjouissante, la Fédération prendra le temps d'analyser et de questionner les différences entre ces deux régimes, notamment en ce qui a trait à ce qui est inclus dans le patrimoine d'union parental, et les trous qui pourraient potentiellement être créés dans le filet de sécurité offert aux enfants. De plus, une question demeure quant aux familles recomposées sachant que nombre de divorces tardent à être officialisés.
Qu'arrivera-t-il alors aux enfants qui naissent dans une union dans laquelle l'un des parents est encore marié ?
La FAFMRQ est emballée de prendre connaissance de ce nouveau projet de loi et est déterminée à collaborer avec le ministre et la commission des institutions afin qu'un encadrement juridique des conjoints de fait avec enfant offre une plus grande protection et équité en cas de séparation. La réforme du droit de la famille se doit d'assurer tant la protection des membres les plus vulnérables de la famille que de s'assurer que le droit familial mette fin aux inégalités entre les femmes et les hommes au lieu de contribuer à les maintenir ou même à les augmenter.
Pour la FAFMRQ, étant impliquée et militant depuis plus d'une décennie pour de meilleures protections juridiques, nous accueillons ce projet de loi comme une victoire. Le projet de loi 56 ouvre la voie pour un droit plus juste et équitable pour tous les enfants. Il importe que des valeurs de solidarité et de soutien mutuel guide ce travail de réforme !
La Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec existe depuis 1974. Sa mission est de défendre les droits et les intérêts des familles monoparentales et recomposées du Québec et de fournir un soutien à ses associations membres par des services de formation et d'information. La FAFMRQ regroupe une quarantaine d'associations membres à travers le Québec.
Source : La Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec
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