Presse-toi à gauche !
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Irrationalité et paranoïa de masse envahissent nos sociétés
« Mais, pourquoi ils nous agressent ? Qu'est-ce qu'on leur a fait pour qu'ils nous haïssent et nous bombardent comme ça ? ». Ces questions surprennent et ont de quoi nous faire réfléchir car elles sont le fait des citoyens russes ordinaires de la région de Koursk, interrogés par des reporters envoyés sur place pour couvrir l'avancée des troupes ukrainiens dans ce territoire russe. Et elles surprennent d'autant plus que ces citoyens Russes n'habitent pas à Vladivostok ou en Sibérie, mais pratiquement à cheval sur la frontière russe avec l'Ukraine, à seulement quelques dizaines de kilomètres des champs de bataille de la guerre déclenchée par l'invasion de ce pays par l'armée russe le 24 février 2022…
26 août 2024 | tiré du site du CADTM | Image yk - cc
https://www.cadtm.org/Irrationalite-et-paranoia-de-masse-envahissent-nos-societes
Simple naïveté ou bourrage des crânes, conditionnement du peuple par une propagande de l'État russe, asphyxiante et omniprésente ? Oui, sans aucun doute, mais sûrement plus que ça. Ce qui rend ces interrogations des citoyens de la région de Koursk emblématiques d‘un état d'esprit plus général de notre époque, c'est qu'elles sont en même temps le fait aussi des citoyens... israéliens qui se posent systématiquement des questions du genre « qu'est ce qu'on leur a fait pour que les Palestiniens ou les Arabes nous haïssent tellement et veulent nous faire du mal ? ». Des citoyens israéliens qui sont d'ailleurs souvent des témoins oculaires, sinon des acteurs, des actes de racisme, d'oppression, des bombardements et des massacres perpétrés contre leurs voisins palestiniens par une armée israélienne composée de citoyens ordinaires, c'est-à-dire... d'eux-mêmes !
Évidemment, on ne peut pas comparer la passivité teinté de fatalisme de la majorité des citoyens russes atomisés et repliés sur eux-mêmes, à l'actuel fanatisme raciste et va-t-en guerre de l'écrasante majorité des citoyens israéliens. Cependant, au-delà de leurs différences et des raisons qui font que les sociétés russe et israélienne paraissent aujourd'hui aveuglées par le chauvinisme et soudées derrière leur gouvernants archi-autoritaires (pour le cas israélien voir notre article Essayant de comprendre la dérive génocidaire de la société israélienne !), ce qui caractérise actuellement toutes les deux est leur basculement vers l'irrationalité. Ce qui fait qu'elles soient balayées par une vague de ce qui est la définition même de la paranoïa de masse : « Psychose caractérisée par un orgueil démesuré et une tendance au délire de persécution ». En somme, la folie des grandeurs (Le Grand Israël des uns ou l'Empire Russe promis par Dieu des autres…) mêlée à la suspicion pathologique qu'ils sont entourés par des ennemis qui ne veulent que leur destruction…
À vrai dire, si la paranoïa de masse reste pour l'instant l'apanage des sociétés russe et israélienne, par contre le basculement vers l'irrationalité de masse concerne pratiquement tout le monde actuel et constitue un phénomène de nos temps ! En effet, quelle société de par le monde peut prétendre ne pas connaître et ne pas subir cette irrationalité de masse des temps modernes, qui n'est rien d'autre que ce mélange d'obscurantisme et de mysticisme, de complotisme et de conception policière de l'histoire, à la recherche permanente des boucs émissaires pour « expliquer » tout ce qui préoccupe l'humanité, comme par exemple la catastrophe climatique ou les pandémies ?
Mais alors, qui sont les responsables de cette dérive si inquiétante et si dangereuse ? La réponse saute aux yeux : ce sont les gouvernants et les élites politiques et autres de nos pays. Tous ceux qui, par leurs actes et même par leur exemple personnel, distillent méthodiquement le poison de cette méfiance pathologique envers les « autres » (qui peuvent être les migrants, les minorités ethniques, sexuelles, religieuses, etc.) mêlé à la folie des grandeurs fondée sur la croyance qu'on est le peuple élu de Dieu dont les « autres » ne peuvent qu'être jaloux…
Force est de constater que ce poison, les gouvernants et leurs acolytes l'ont distillé à leurs sujets pratiquement depuis le fond des temps, et surtout durant ce XXe siècle de toutes les barbaries. Mais, force est aussi de constater que jamais autant qu'aujourd'hui ils ne l'ont fait aussi systématiquement, méthodiquement et à l'échelle planétaire, allant même jusqu'à se coordonner entre eux ! Le résultat est que les politiques et les attitudes tendant à imposer et à généraliser cette irrationalité, qu'on considérait jadis être des exceptions à la règle, tendent aujourd'hui à devenir... la règle. Et ce n'est pas évidemment un hasard que leurs meilleurs représentants sont actuellement tous ces politiciens au pouvoir ou aux portes du pouvoir catalogués à l'extrême droite et au néofascisme : du Russe Poutine à l'Américain Trump, de l'Indien Modi au Hongrois Orban, du Brésilien Bolsonaro à l'Argentin Milei, sans oublier les centaines de leurs émules de par le monde, et évidemment l'Israélien Netanyahou et ses ministres mystiques et fascistes, ainsi que les ultra-riches, comme Elon Musk, qui ne cachent plus leur ambition de gouverner le monde cauchemardesque de leurs rêves.
Toutefois, le fait qu'ils sont unis dans leur volonté de s'entraider et de se coordonner dans un réseau international ultra-réactionnaire, anti-ouvrier, raciste, misogyne, homophobe et liberticide, ressemblant de plus en plus à une Internationale brune, ne signifie pas qu'ils sont pareils. Par exemple, Trump n'est pas Poutine, et ses comportements ubuesques, faits de délires égocentriques, de promesses messianiques, de mensonges éhontés proférés par rafales, et d'appels au meurtre, font déjà des émules dont le plus illustre est l'Argentin Milei, « le président à la tronçonneuse ». Les catastrophes sociales sans précédents causées déjà par ce clone argentin de Trump, devraient faire réfléchir tous ceux qui ont tendance à penser que, dans la nuit de leur raisonnement, tous les néolibéraux, tous les libertariens et tous les réactionnaires sont gris, donc pareils. En réalité, toute cette pègre néofasciste cultive et nourrit l'irrationalité et la paranoïa de masse dont souffre nos sociétés, pour une raison très simple : parce que cette irrationalité et cette paranoïa font partie intégrante et servent leur projet néofasciste...
Alors, c'est tout à fait « normal » que tout ce beau monde se reconnaît, se regroupe et serre les rangs derrière ceux qu'il considère, d'ailleurs à juste titre, comme ses idoles, ses chefs et ses incontestables exemples à suivre : Poutine et Netanyahou ! Pourquoi eux et pas d'autres ? Mais, parce que ces deux-la font preuve de la plus grande brutalité et barbarie et d'une absence totale de scrupules, n'hésitant pas à commettre toute la gamme des crimes punis par le droit international (crimes de guerre, crimes contre l'humanité, génocides...) afin de démontrer leur détermination d'aller jusqu'au bout de leur projet raciste, obscurantiste, antidémocratique et liberticide.
Voici donc pourquoi le sort de l'humanité est en train de se jouer dans une large mesure en Palestine et en Ukraine, partout où des hommes et des femmes se battent, souvent les armes à la main, contre Netanyahou et Poutine, ces deux têtes pensantes de cette Internationale brune en formation. Plus que jamais, leur combat est notre combat, le combat de ceux et celles qui défendent bec et ongles, le peu qui reste de nos droits et libertés démocratiques, contre les amis et clones de Poutine et de Netanyahou, dans nos propres pays. D'ailleurs, n'est-ce pas le bras droit de Poutine, son éternel ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui déclare que « Israël poursuit des objectifs similaires à ceux de la Russie », avant de préciser que... « la destruction complète du mouvement Hamas » et « l'élimination de tout extrémisme à Gaza » sont similaires à la « démilitarisation » et la « dénazification » que Moscou poursuit en Ukraine ?
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L’indépendantiste Christian Tein détenu en France
En prison depuis juin, l'indépendantiste Christian Tein devient le président du Front de libération nationale kanak et socialiste
Par Luis Reygada, L'Humanité, France, le 1er septembre 2024
Le leader indépendantiste, Christian Tein, fait partie des sept militants kanaks déportés en métropole au mois de juin. Le Front de libération nationale kanak et socialiste l'a désigné, samedi 31 août, comme son nouveau président.
Face à la stratégie de répression déployée par l'Hexagone pour sauvegarder ses intérêts en Kanaky-Nouvelle-Calédonie, le Front de libération nationale kanak et socialiste a désigné, samedi 31 août, le leader Christian Tein comme son nouveau président.
Porte-parole de la Cellule de coordination des actions de terrain ( créée en novembre 2023 pour mener la contestation suite au projet de réforme du corps électoral sur l'archipel ), il est à l'isolement à la prison de Mulhouse-Lutterbach ( Haut-Rhin ) depuis le 23 juin, à 17 000 kilomètres de chez lui, soupçonné par Paris d'avoir orchestré la révolte qui a récemment embrasé le Caillou.
Une incarcération aux relents de justice coloniale, comme au temps où la France exilait les chefs autochtones récalcitrants, et que le parti de Tein, l'Union calédonienne, qualifie de « déportation politique ».
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Haïti : le Conseil présidentiel, 100 jours après : un bilan d’échec
Alors que les habitants de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince (AMP) et du département l'Artibonite continuent de subir l'assaut de la fédération des gangs Viv Ansanm, le Conseil présidentiel (CP) et le gouvernement Conille s'enlisent dans la nonchalance. Au lieu de mettre en place un plan de sécurité efficace, axé sur les ressources locales, ils se lancent dans une campagne de propagande irresponsable depuis plusieurs mois.
Faisant fi de la réalité catastrophique de la population livrée en pâture à la violence au quotidien, ils multiplient les promesses et des mesures cosmétiques en matière de sécurité qui n'ont jusqu'à aujourd'hui aucune prise sur la réalité du terrain. Soulignons que le temps passé à faire ces promesses et à prendre ces mesures cosmétiques signifie pour plusieurs millions de résidents de l'AMP et de l'Artibonite l'ajout des centaines, voire de milliers nouvelles vies fauchées, de femmes violées, d'hommes et enfants assassinés, etc.
Au nombre de ces mesures, on peut citer, à titre d'exemple, la déclaration de l'état d'urgence touchant 14 communes alors qu'aucun plan d'intervention des forces policières et militaires pour contrer les gangs a été conçu et mis en œuvre. C'est en ce sens qu'au lieu de commencer à repousser les malfrats pendant l'état d'urgence et de reprendre sous son contrôle les régions que ces derniers occupaient, la police a concédé d'autres territoires à la fédération des gangs Viv Ansanm, comme l'illustrent récemment l'occupation et les massacres des membres de la population de Ganthier et Gressier. En clair, l'État et la force publique ne font que multiplier des communiqués dans les médias et réseaux sociaux, sans se préoccuper de la mise en place concrète d'une stratégie de lutte pour résoudre le problème du banditisme, en instituant par exemple le Conseil de Sécurité.
Par ailleurs, un autre événement marque les 100 jours du Conseil présidentiel : l'accusation de corruption à l'égard de Gerald Gilles, Emmanuel Vertilaire et Smith Augustin, trois membres du Conseil présidentiel. Une accusation, portée par le président du Conseil de l'administration de la Banque nationale de crédit (BNC) M. Raoul Pierre Louis, accusation qui n'a pas donné lieu jusqu'à maintenant à une sérieuse investigation par le gouvernement Conille, alors même que la lutte contre la corruption aurait dû constituer l'un des piliers de ce gouvernement de transition, comme le préconise l'Accord du 3 avril. De plus, ce qui est extrêmement grave, immédiatement après l'accusation, M. Pierre Louis a été démis de ses fonctions En effet, l'accusateur a été révoqué alors qu'aucune mesure n'a été prise pour mettre les présumés corrompus à la disposition de la justice. Le CP et le gouvernement refusent d'obtempérer aux revendications des organisations de la société civile demandant le remplacement des présumés corrompus. Alors que des milliers de survivant.e.s sont contraint.e.s de fuir leur milieu de vie pour se réfugier dans des camps d'infortune, les gouvernants semblent prioriser la consolidation des pratiques de spoliation des ressources de l'État.
Il faut également souligner que ce climat d'insécurité larvée a des conséquences socio-économiques graves dont une insécurité alimentaire grandissante pour une bonne partie de la population. Or, si le gouvernement ne fait qu'aborder le problème de l'insécurité à coups de communiqués et de mesures cosmétiques, rien n'est dit sur ces problèmes sociaux rampants. Au contraire, le pillage des maigres ressources de l'État continue comme cela a été le cas dans le passé.
Fort de ces constats, nous, organisations haïtiennes de la diaspora, condamnons l'attitude irresponsable du Conseil présidentiel (CP) et du gouvernement Conille dans le maintien du chaos social dans le pays. Nous exigeons la mise en place d'un plan de sécurité efficace pouvant mettre fin au climat de terreur des gangs dans les différentes communes de l'aire métropolitaine de Port-au-Prince et de l'Artibonite. En lieu et place de la propagande et des déclarations creuses, nous demandons le retrait immédiat des présumés corrompus dans le Conseil présidentiel de manière à faciliter le bon déroulement de l'enquête sur le dossier de la BNC. De plus, il est essentiel que l'Accord du 3 avril soit non seulement officialisé et publié dans le journal le Moniteur, mais également mis en application sans délai par le gouvernement de transition. Enfin, nous saluons, avec consternation, la mémoire des milliers de citoyens, de citoyennes assassiné.e.s dans l'indifférence totale du gouvernement et du Conseil présidentiel. Nous appelons les classes populaires et les paysans, les paysannes à poursuivre la mobilisation pour la restauration de la sécurité dans le pays et l'élaboration d'un État de droit. Nous exhortons les forces progressistes tant à l'intérieur du pays que dans la diaspora à soutenir les justes revendications du peuple haïtien.
Chaque jour qui passe dans ce climat délétère constitue un véritable calvaire pour la population. Dans cette situation d'urgence, chaque minute compte. Le gouvernement de transition est responsable de mettre en application le plus tôt possible l'Accord du 3 avril et de tout faire pour prendre les mesures nécessaires et adéquates pour lutter contre le banditisme.
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« Le secteur paysan en Haïti se constitue en force pour affronter le système et le gouvernement »
Juslene Tyresias vient d'Haïti et est membre du Mouvement Paysan Papaye (MPP). « Le MMP, c'est un mouvement paysan qui a accompli ses 50 ans en 2023. Nous avons à peu près 60 000 membres et nous avons trois branches : les femmes, les hommes paysans et les jeunes. L'organisation a comme axe principal d'intervention l'agroécologie, l'éducation populaire, la lutte pour la protection et la gestion de l'environnement, et la question des femmes est au cœur du MMP comme axe transversal », explique-t-elle.
4 septembre 2024 | tiré du site Entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/09/04/le-secteur-paysan-en-haiti-se-constitue-en-force-pour-affronter-le-systeme-et-le-gouvernement/#more-85126
Le MPP est actif dans 13 communes et 35 sections communales à travers le pays. Juslene explique que l'organisation travaille beaucoup pour améliorer les conditions de vie des paysannes et paysans qui, durant très longtemps, ont été réprimés par d'autres secteurs de la population. Elle dit que « Le travail sur le terrain, c'est l'éducation populaire via la méthode de Paulo Freire. Nous sensibilisons et conscientisons, les paysans, femmes hommes jeunes, pour être actrices et acteurs du changement social que nous défendons. Et la vision du MPP, c'est de défendre les intérêts et tout ce que les paysans ont comme revendications ».
Au cours de l'entretien, Juslene a évoqué la lutte paysanne en Haïti et la lutte contre l'impérialisme américain dans le contexte actuel. Cette interview a été réalisée lors du Congrès Rising Majority [La majorité qui se lève], qui s'est tenu en juin 2024 à Saint Louis, aux États-Unis, et qui a rassemblé 700 personnes issues de diverses organisations populaires, de partis, de syndicats et de mouvements de défense des droits humains dans le pays. Juslene a fait partie de la délégation d'observateurs internationaux qui a participé au congrès à l'invitation de la Grassroots Global Justice Alliance (GGJ).
Nous sommes ici aux États-Unis pour cette conférence Rising Majority (RM), et nous savons quel le rôle des EU dans la colonisation en Haïti, et tous les problèmes qu'il y a avec les entreprises transnationales. Qu'est-ce que vous pensez de l'organisation ici aux EU pour la libération d'Haïti, et quel est le rôle selon vous de la solidarité internationale avec le pays ?
Participer à Rising Majority est une contribution dans tout ce que nous avons comme revendications par rapport à l'ingérence des acteurs internationaux, surtout les EU, et dans les affaires privées et nationales d'Haïti. Et là, nous rencontrons vraiment pas mal de personnes qui luttent pour la transformation sociale au niveau mondial. Et ça, c'est notre lutte aussi. Nous sommes dans un espace où nous apprenons collectivement, où nous nous renforçons collectivement, où nous prônons le respect mutuel, la dignité humaine et le bien-vivre collectif. Pour moi, être aux EU aujourd'hui pour participer à l'Assemblée de RM, c'est un pas en plus par rapport à notre vision. Qui est une vision sur le long terme mais nous comptons quand même arriver à bout pour une transformation sociale et mondiale.
Une seule organisation, un seul pays, un seul peuple, ne peut pas lutter face à tous les obstacle du monde que nous comprenons. C'est pourquoi il faut avoir beaucoup d'organisation qui font alliances, et qui définissent et mènent une vision commune pour pouvoir affronter les forces de la mort. Auxquelles nous faisons face chaque jour dans nos actions, dans nos activités, dans notre vie, pour arriver à un monde plus juste et équitable, afin que chacun et chacune vive dignement.
L‘une des expériences que vous avez partagées lors de ces journées est l'importation de riz empoisonné des États-Unis vers Haïti, sous couvert d'aide humanitaire de la part d'entreprises. Pouvez-vous nous parler de cette affaire ?
L'importation, ou l'invasion des marchés locaux et nationaux avec des produits, est une caractéristique du système capitaliste dans lequel la majorité des pays évolue. Depuis les années 1980, Haïti, qui a été un pays souverainement autosuffisant sur le plan alimentation, fait face à une invasion massive de produits importés. Plus principalement, de riz qui vient des États-Unis et des pays asiatiques, et qui envahissent nos produits, ce qui constituent à écraser notre production locale et nationale. D'après une étude qui a été publiée en février 2024 par l'Université du Michigan, on a pu constater que ce riz importé que nous consommons beaucoup en Haïti a deux éléments cancérigènes. Le cadmium et l'arsenic.
Cela montre comment le système est en train de nous empoisonner pendant qu'ils écrasent notre production de riz. Sans parler du fait qu'il y a trois ou quatre ans, on a importé une variété de riz d‘un pays asiatique qui a attiré beaucoup de rats qui commencent à manger et à détruire les variétés de riz que nous avons, surtout dans la région de l'Artibonite. Les produits importés, non seulement ils sont nocifs, non seulement ils nous empoisonnent, mais aussi, cela contribue à la destruction de nos variétés. Nos gouvernements ne prennent pas en compte la relève, la multiplicité de nos variétés de semences en acceptant, ou du moins en répondant positivement, à tous les ordres que leur maîtres leur donne pour pouvoir détruire le peuple haïtien.
Quel est le rôle des organisations paysannes et des femmes, dans la construction et récupération de la souveraineté alimentaire du Haïti ?
Le rôle des organisations paysannes dans la récupération de la souveraineté alimentaire en Haïti est primordiale. Car c'est nous qui prônons l'agroécologie, qui diffusons les principes agroécologiques. Nous faisons le transfert des connaissances techniques et l'accompagnement des paysannes et des paysans. Nous jouons le rôle de porter nous leurs revendications auprès de l'Etat. Nous constituons une force pour pouvoir pousser l'Etat à changer ses agendas face à la population et à la paysannerie.
C'est une lutte qui est longue et nous affrontons beaucoup d'obstacles, parce que le système est en face de nous. Il passe par les médias, la religion et presque toutes les autres institutions comme l'Etat et les forces armées, pour nous contraindre à la soumission. Mais nous disons « non ». Le secteur paysan en Haïti se constitue en force pour pouvoir affronter et le système, et le gouvernement qui ne respecte pas nos lois. Et c'est pourquoi nous nous sommes engagées dans une lutte acharnée, en appliquant l'agroécologie et l'éducation populaire pour pouvoir récupérer notre souveraineté alimentaire et notre souveraineté nationale.
Haïti traverse une période de conflit et de crises difficiles qui touchent tous les secteurs de la société, mais la lutte continue. Si on pense au meilleur futur pour le peuple d'Haïti, lequel serait-il ?
Une vie meilleure pour Haïti, même si c'est dans un futur lointain, c'est pouvoir vivre en solidarité, comme cela a été. Parce que traditionnellement, le peuple haïtien est un peuple solidaire. Un peuple qui, culturellement, qui croit dans la confiance, dans la solidarité, l'entraide. Ce que nous vivons actuellement parvient de là-bas des acteurs internationaux, des acteurs politiques et, je dirais, de toute personne qui n'a pas de conscience ou de sensibilité. Quand on donne des armes aux jeunes pour pouvoir vivre dans des gangs – ce qui les détruisent humainement dans la société, parce que soit ils vont en prison, soit ils vont mourir – eh bien ça, c'est un acte barbare.
Haïti ne produit pas d'armes. Haïti ne produit pas de munitions. Et ce n'est pas la population qui fait entrer des armes en Haïti, ce sont des gens de la bourgeoisie, des gens dans la politique et même, je dirais, dans les autorités. Parce qu'à chaque fois, ils veulent acquérir le pouvoir et pour cela, ils passent par les armes, par l'argent. Eh bien, nous visons une Haïti prospère et libre. Libre de toute ingérence, libre de tout acte barbare, libre de tout obstacle qui nous empêche de vivre dans le meilleur, dans la meilleure vie possible, avec dignité. C'est ça notre vision, et nous combattons pour cela, nous nous engageons.
Entretien réalisé par Bianca Pessoa
Transcription et traduction du français par Gaëlle Scuiller
https://capiremov.org/fr/entrevue/juslene-tyresias-le-secteur-paysan-en-haiti-se-constitue-en-force-pour-affronterle-systeme-et-le-gouvernement/
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Équateur : De Rafael Correa à Guillermo Lasso en passant par Lenin Moreno
La Banque mondiale et le FMI ont 80 ans. 80 ans de néocolonialisme financier et d'imposition de politique d'austérité au nom du remboursement de la dette. 80 ans ça suffit ! Les institutions de Bretton Woods doivent être abolies et remplacées par des institutions démocratiques au service d'une bifurcation écologique, féministe et antiraciste. À l'occasion de ces 80 ans, nous republions tous les mercredis jusqu'au mois de juillet une série d'articles revenant en détail sur l'histoire et les dégâts causés par ces deux institutions.
4 septembre 2024 | tiré du site du CADTM | Photo : Guillermo Lasso
https://www.cadtm.org/Equateur-De-Rafael-Correa-a-Guillermo-Lasso-en-passant-par-Lenin-Moreno
Le 11 avril 2021, lors du deuxième tour des élections présidentielles, Guillermo Lasso (52,4 %), le candidat de la droite, a devancé Andres Arauz (47,6 %), le candidat soutenu par Rafael Correa et une partie de la gauche. Lasso a été élu grâce à la division de la gauche car une partie importante de celle-ci, qui a perdu toute confiance dans Rafael Correa, a appelé à voter nul. Les voix du camp populaire, qui était clairement majoritaire au premier tour des élections de février 2021, se sont divisées et cela a permis à un ancien banquier d'être élu président. La situation est grave car une occasion de rompre avec la politique néo libérale brutale de Lenin Moreno a été perdue. L'ex-banquier Lasso, quoique critique par pur électoralisme des positions de Lenin Moreno, va poursuivre le même type d'orientation néfaste : l'approfondissement de politiques néolibérales, la soumission aux intérêts privés du Grand capital, en particulier du puissant secteur bancaire équatorien, du secteur importateur-exportateur et la soumission à la superpuissance nord-américaine. Comment est-il possible qu'une partie importante des voix du camp populaire ne se soit pas reportée sur Andres Arauz pour éviter l'élection de Guillermo Lasso ? Cela s'explique par le rejet qu'a suscité dans une partie de la gauche, notamment dans la CONAIE, la Confédération des nations indigènes de l'Équateur, la politique de Rafael Correa en particulier à partir de 2011.
La victoire de Lasso n'était pas du tout garantie car, au premier tour des élections, les deux forces politique sorties victorieuses du scrutin étaient d'une part le mouvement politique soutenu par Rafael Correa avec 42 député·es et d'autre part Pachakutik, le bras politique de la CONAIE avec 27 élu·es, qui a obtenu le meilleur résultat parlementaire de toute l'histoire du mouvement indigène. Au niveau des élections présidentielles, le résultat du premier tour des présidentielles était clairement favorable au camp populaire car l'addition du résultat d'Andres Arauz (un peu plus de 32 %) et celui de Yaku Perez (un peu moins de 19 %) donnait une majorité à laquelle on pouvait ajouter une partie du candidat arrivé en quatrième position qui se présentait comme social-démocrate et qui avait obtenu près de 14 %. Lasso, l'ex-banquier venait certes en deuxième position avec 19 % mais avec un avantage très limité face à Yaku Perez, le candidat présenté par Pachakutik aux élections de février 2021, et 13 points de moins qu'Andres Arauz. Yaku Perez et la CONAIE ont d'abord dénoncé ce qu'ils ont appelé une fraude électorale massive. Puis Yaku Perez a passé un accord de soutien mutuel avec Guillermo Lasso quelques jours après le deuxième tour, accord qui a été rompu rapidement par Lasso. Ensuite la CONAIE a appelé avec différentes forces de gauche à voter nul au second tour en refusant de reporter leurs voix sur Andres Arauz pour battre Guillermo Lasso. Sur cette question la CONAIE et Pachakutik se sont divisés car un secteur de droite dans Pachakutik a appelé a voté en faveur de Lasso tandis que le président de la CONAIE, Jaime Vargas, avait appelé à voter pour Andres Arauz avec le soutien d'une majorité d'organisations indigènes de la partie amazonienne de l'Équateur membres de la CONAIE. Malgré les voix discordantes qui annonçaient qu'elles voteraient pour Lasso contre celles qui appelaient à voter pour Arauz, la CONAIE réaffirma ensuite l'appel à voter nul qui finalement a atteint 16,3 % le jour des élections.
L'élection de Lasso comme président ouvre une nouvelle étape dans l'application d'une politique encore plus favorable au Grand capital équatorien, aux multinationales étrangères, à une alliance entre les présidents de droite en Amérique latine et à la poursuite, voire au renforcement, de la domination des États-Unis sur le continent. Le résultat électoral du 11 avril 2021 est un jour sombre pour le camp populaire. Pour comprendre comment une partie importante du camp populaire a refusé d'appeler à voter en faveur d'Arauz pour battre Lasso, il convient d'analyser la politique suivie par Rafael Correa après avoir été réélu président en 2010.
Rappel sur la politique suivie par Correa entre 2007 et 2010
Commençons par un rappel concernant la présidence de Rafael Correa de 2007 à 2010 que j'ai analysée dans plusieurs articles antérieurs. L'Équateur a offert l'exemple d'un gouvernement qui adopte la décision souveraine d'enquêter sur le processus d'endettement afin d'identifier les dettes illégitimes pour ensuite en suspendre le remboursement. La suspension du paiement d'une grande partie de la dette commerciale, suivie de son rachat à moindre coût, montre que le gouvernement ne s'est pas cantonné aux discours de dénonciation. Il a procédé en 2009 de fait à une restructuration unilatérale d'une partie de sa dette extérieure et a remporté une victoire contre ses créanciers privés, principalement des banques et des fonds d'investissement des États-Unis. En 2007, le gouvernement de l'Équateur au début de la présidence de Rafael Correa est entré en conflit avec la Banque mondiale, le représentant permanent de la Banque mondiale a été expulsé. Entre 2007 et 2010, pendant la présidence de Rafael, il faut ajouter qu'une série de politiques positives importantes a été initiée : une nouvelle constitution a été adoptée d'une manière démocratique ce qui a annoncé d'importants changements qui par la suite n'ont pas débouché sur une authentique et profonde concrétisation ; l'Équateur a mis fin à la base militaire étasunienne de Manta sur la côte pacifique ; l'Équateur a tenté de mettre en place une banque du Sud avec l'Argentine, le Venezuela, le Brésil, la Bolivie, l'Uruguay et le Paraguay ; l'Équateur a quitté le tribunal de la Banque mondiale.
Le tournant de Rafael Correa à partir de 2011
Ensuite 2011 a marqué un tournant dans la politique du gouvernement équatorien sur plusieurs fronts, tant sur le front social qu'aux niveaux de l'écologie, du commerce et de la dette. Les conflits entre le gouvernement et une série de mouvements sociaux importants comme la CONAIE d'une part, les syndicats de l'enseignement et le mouvement étudiant, d'autre part, se sont envenimés. Rafael Correa et son gouvernement ont avancé dans des négociations commerciales avec l'UE au cours desquelles ils ont multiplié les concessions. Au niveau de la dette, à partir de 2014, l'Équateur a recommencé à augmenter progressivement le recours aux marchés financiers internationaux. Sans oublier, les dettes contractées auprès de la Chine. Sur le plan écologique, le gouvernement de Correa a abandonné en 2013 le projet de ne pas exploiter le pétrole dans une partie très sensible de l'Amazonie. Correa a pris également des positions patriarcales et réactionnaires sur la question de la dépénalisation de l'avortement et sur les LGBTQI.
L'abandon de l'Initiative Yasuní-ITT en 2013
L'Initiative Yasuní-ITT avait été présentée en juin 2007 par Rafael Correa. Elle consistait à laisser sous terre 20 % des réserves de pétrole du pays (environ 850 millions de barils de pétrole), situées dans une région de méga-biodiversité, le parc national Yasuní, au nord-est de l'Amazonie [1]. Comme l'explique Matthieu Le Quang : « Pour compenser les pertes financières de la non-exploitation, l'État équatorien demandait aux pays du Nord une contribution financière internationale équivalente à la moitié de ce qu'il aurait pu gagner avec l'exploitation (3,6 milliards de dollars calculés à partir des prix du pétrole de 2007). Cette politique était ambitieuse notamment dans ses objectifs de changer la matrice énergétique d'un pays qui, bien qu'exploitant et exportant son pétrole, n'en est pas moins un importateur de ses dérivés et en restait dépendant pour la génération d'électricité. » [2]] Matthieu Le Quang poursuit : « Une décision forte du gouvernement équatorien était d'avoir inscrit l'Initiative Yasuní-ITT dans la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques, c'est-à-dire d'avoir mis l'accent sur la non-émission de gaz à effet de serre qu'engendrerait la non-exploitation du pétrole. » En août 2013, Rafael Correa, qui avait été réélu pour la troisième fois à la présidence en février avec plus de 57 % des voix dès le premier tour, a annoncé la fin de ce projet. Il a justifié sa décision par la faiblesse bien réelle des engagements pris par différents pays pour financer la non-exploitation du pétrole de Yasuni-ITT.
Fondamentalement pendant la présidence de Rafael Correa il n'y a pas eu de début d'abandon du modèle extractiviste-exportateur. Ce modèle consiste en un ensemble de politiques qui visent à extraire du sous-sol ou de la surface du sol un maximum de biens primaires (combustibles fossiles, minerais, bois…) ou à produire un maximum de produits agricoles destinés à la consommation sur les marchés étrangers afin de les exporter vers le marché mondial (dans le cas de l'Équateur il s'agit de la banane, le sucre, la palme africaine, les fleurs, le brocoli [3]). Il faut ajouter l'exportation de crevettes d'élevage et du thon (pêché de manière industrielle). Ce modèle a des nombreux effets néfastes : destruction environnementale (mines à ciel ouvert, déforestation, contamination des cours d'eau, salinisation/appauvrissement/empoisonnement/érosion des sols, réduction de la biodiversité, émission de gaz à effet de serre…), destruction des milieux naturels de vie de populations entières (peuples originaires et autres) ; épuisement des ressources naturelles non renouvelables ; dépendance à l'égard des marchés mondiaux (bourses de matières premières ou de produits agricoles) où se déterminent les prix des produits exportés ; maintien de salaires très bas pour rester compétitif ; dépendance à l'égard des technologies détenues par les pays les plus industrialisés ; dépendance à l'égard d'intrants (pesticides, herbicides, semences transgéniques ou non, engrais chimiques…) produits par quelques grandes sociétés transnationales (la plupart provenant des pays les plus industrialisés) ; dépendance à l'égard de la conjoncture économique et financière internationale.
François Houtart (1925-2017) qui a suivi de près le processus en cours en Équateur et qui soutenait la politique de Rafael Correa n'avait pas manqué d'exprimer des critiques et les avait communiquées au gouvernement. Un peu avant son décès, il écrivait à propos de la politique agricole : « Ces politiques sont également à court terme. Elles ne tiennent pas compte des changements naturels et de leurs effets à long terme, de la souveraineté alimentaire, des droits des travailleurs, de l'origine de la pauvreté rurale. Elles accentuent un modèle d'agro-exportation présenté comme un objectif, sans en indiquer les conséquences. » Il précisait : « En tant qu'auteurs, nous nous sommes demandé dans notre rapport s'il était possible de construire le socialisme du 21e siècle avec le capitalisme du 19e siècle. (…) Une fois de plus dans l'histoire, c'est le monde rural et ses travailleurs qui paient le prix de la modernisation. Ce fut le cas du capitalisme européen au XIXe siècle, de l'Union soviétique dans les années 1920, de la Chine après la révolution communiste. [4] »
Rafael Correa et les mouvements sociaux : une relation conflictuelle
Le gouvernement de Rafael Correa a montré une grande difficulté à prendre en compte les apports d'un certain nombre d'organisations sociales de premier plan. L'orientation de Rafael Correa et de la direction d'Alianza País, son mouvement politique, a consisté à contourner le plus souvent possible la plus grande organisation indigène, la CONAIE, le plus grand syndicat enseignant (l'Union nationale des éducateurs, UNE), le syndicat de l'entreprise Petroecuador (l'entreprise pétrolière nationale) et un nombre considérable d'organisations sociales. L'ensemble de ces organisations s'est vu régulièrement attaqué par le pouvoir exécutif qui les accuse de se mobiliser sur des bases corporatistes, dans le but de défendre des privilèges. De plus, Rafael Correa n'a pas pris en compte la revendication historique, portée principalement par la CONAIE, d'intégration de la composante indigène dans le processus de prise de décision sur toutes les grandes questions touchant les orientations du gouvernement. De son côté, la CONAIE, qui lutte pour que les principes généraux de la Constitution soient retranscrits sous forme de lois [5], n'hésite pas à se confronter à Rafael Correa. À plusieurs reprises, le gouvernement a essayé de faire approuver des mesures sans organiser préalablement un dialogue avec les organisations des secteurs sociaux concernés. Cette orientation n'est pas sans rappeler la politique du gouvernement Lula au Brésil, lorsque celui-ci a entrepris une réforme du système de retraites d'orientation néolibérale en 2003 (au même moment où, en France, le gouvernement de droite conduit par Jean-Pierre Raffarin mettait en œuvre une réforme similaire). Lula a mené campagne pour sa réforme en attaquant les acquis des travailleurs de la fonction publique présentés comme des privilégiés.
Parmi les contentieux les plus graves opposant le pouvoir exécutif aux organisations sociales équatoriennes viennent en premier lieu le projet de loi sur l'eau, d'une part, et la politique d'ouverture de Rafael Correa aux investissements privés étrangers dans l'industrie minière et pétrolière, d'autre part [6]. Lors d'une assemblée extraordinaire tenue les 8 et 9 septembre 2009 à Quito, la CONAIE n'a pas épargné la politique du gouvernement Correa qu'elle a stigmatisé comme néolibérale et capitaliste [7]. La CONAIE « exige de l'État et du gouvernement qu'ils nationalisent les ressources naturelles et qu'il mettent en œuvre l'audit sur les concessions pétrolières, minières, aquifères, hydrauliques, téléphoniques, radiophoniques, télévisuelles et des services environnementaux, la dette extérieure, le prélèvement des impôts et les ressources de la sécurité sociale », ainsi que « la suspension de toutes les concessions (extractives, pétrolières, forestières, aquifères, hydroélectriques et celles liées à la biodiversité) [8] ». Après le 30 septembre 2009, la CONAIE est passée à l'action en organisant des rassemblements et des blocages de routes et de ponts contre un projet de loi sur l'eau. Des mobilisations contre le gouvernement face auxquelles le président Correa a réagi en s'opposant d'abord à toute négociation, puis en jetant la suspicion sur le mouvement indigène en affirmant que la droite, et en particulier l'ex-président Lucio Gutiérrez, s'activait en son sein. Finalement, la CONAIE a obtenu une négociation publique au plus haut niveau : ainsi, 130 délégués indigènes ont été reçus au siège du gouvernement par le président Correa et plusieurs ministres, et ont finalement obtenu que le gouvernement fasse machine arrière sur plusieurs points, notamment avec l'instauration d'un dialogue permanent entre la CONAIE et l'exécutif, et avec des amendements sur les projets de loi sur l'eau et sur les industries extractives.
Un autre conflit social a également éclaté avec la mobilisation des enseignants, sous l'égide de l'UNE, le principal syndicat de la profession (dans lequel le parti MPD [9] exerce une influence importante), contre le gouvernement. Là aussi, le conflit a finalement débouché sur un dialogue. En novembre et décembre 2009 s'est développé un troisième front social avec le mouvement de protestation dans les universités contre un projet de réforme qui visait notamment à réduire l'autonomie universitaire, qui est considérée, en Amérique latine, comme une avancée sociale irréversible et un gage d'indépendance à l'égard des pouvoirs politiques.
Globalement, le gouvernement de Rafael Correa a rapidement montré de sérieuses limites dès lors qu'il s'agissait de définir une politique en prenant en compte le point de vue des mouvements sociaux sans épreuve de force.
En 2010 et en 2014, il y a eu d'importantes mobilisations sociales contre la politique du gouvernement Correa. Les revendications mises en avant par les organisations qui, autour de la CONAIE, ont appelé à la lutte en juin 2014 en disent long sur l'orientation du gouvernement : Résistance à l'extraction minière et pétrolière, à la criminalisation de la protestation sociale, au nouveau Code du travail ; une autre politique de l'énergie et de l'eau ; droit des communautés indigènes et, en particulier, le refus de fermetures des écoles communautaires [10] ; refus de la réforme de la Constitution permettant une réélection indéfinie ; refus de la signature d'un accord de libre-échange avec l'Union européenne.
En décembre 2014, Rafael Correa a voulu faire expulser la CONAIE de ses locaux ce qui a amené le CADTM comme de nombreuses organisations équatoriennes et étrangères à exiger du gouvernement qu'il renonce à cette décision [11]. Le gouvernement a reculé. Fin 2017, le gouvernement de Rafael Correa a voulu retirer la personnalité juridique à une organisation écologiste de gauche appelée Acción Ecológica. Il a fallu là aussi une vague de protestation nationale et internationale pour que finalement les autorités renoncent à cette atteinte aux libertés [12].
Conclusion sur la présidence de Rafael Correa
Dès le début de son premier mandat Rafael Correa a composé son gouvernement en prenant soin d'y faire coexister des ministres de gauche et des ministres liés plus ou moins directement à différents secteurs de la classe capitaliste traditionnelle équatorienne, ce qui l'a amené à des arbitrages perpétuels. Au fil du temps, Correa a fait de plus en plus de concessions au grand capital qu'il soit national ou international.
Malgré une rhétorique favorable au changement du modèle productif et au socialisme du 21e siècle, Correa, en dix ans de présidence, n'a pas engagé une modification profonde de la structure de l'économie du pays, des relations de propriété et des relations entre les classes sociales. Alberto Acosta, ex-ministre de l'énergie en 2007, ex-président de l'Assemblée constituante en 2008 et opposant à Rafael Correa depuis 2010 écrit avec son collègue John Cajas Guijarro que : « l'absence de transformation structurelle fait que l'Équateur reste une économie capitaliste liée à l'exportation de matières premières et, par conséquent, liée à un comportement cyclique à long terme lié aux exigences de l'accumulation transnationale de capital. Ce comportement cyclique de longue date est dû aux contradictions inhérentes au capitalisme, mais il est également fortement influencé par la dépendance à l'égard de l'exportation massive de produits primaires presque non transformés (extractivisme). En d'autres termes, l'exploitation capitaliste - tant de la main-d'œuvre que de la nature - selon les exigences internationales, maintient l'Équateur « enchaîné » à une succession de haut et de bas qui trouvent leur origine tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. » [13]
Lenin Moreno ou le retour de la politique néolibérale et de la soumission aux intérêts de Washington
En 2017, à la fin du mandat présidentiel de Rafael Correa et au moment où lui a succédé comme président Lenin Moreno (qui était le candidat soutenu par Correa), la dette dépassait le niveau atteint 10 ans plus tôt. Rapidement Lenin Moreno a fait de nouveau appel au FMI. Cela a provoqué de très fortes protestations populaires en septembre-octobre 2019 qui ont obligé le gouvernement a capitulé face aux organisations populaires et a abandonné le décret qui avait provoqué la révolte [14].
Rappelons par ailleurs que le gouvernement de Rafael Correa avait offert l'asile à Julian Assange dans l'ambassade de l'Équateur à Londres à partir de juin 2012. Correa a résisté à la pression de la Grande Bretagne et de Washington qui exigeaient que Assange leur soit livré. Lenin Moreno qui a succédé à Rafael Correa en 2017 s'est déshonoré en livrant Assange à la justice britannique en avril 2019 et en lui retirant la nationalité équatorienne que le gouvernement de Correa lui avait octroyée en 2017.
En 2019, Lenin Moreno a reconnu Juan Guaido comme président du Venezuela alors que celui-ci appelait à une intervention armée des États-Unis pour renverser le gouvernement du président élu Nicola Maduro.
En 2020, Lenin Moreno a passé un nouvel accord humiliant pour l'Équateur avec le FMI et en 2021 il essaye de faire adopter une loi afin de rendre la Banque centrale complètement indépendante du gouvernement et donc encore plus soumise aux intérêts des banques privées.
Sa popularité s'est réduite au néant : dans les derniers sondages, Lenin Moreno obtenait à peine un taux d'approbation de 4,8 %. Le résultat des candidats soutenus par Moreno aux élections parlementaires et au premier tour des présidentielles de février 2021 n'ont pas dépassé 3 %.
Le programme de Guillermo Lasso, vainqueur de l'élection présidentielle en Équateur le 11 avril 2021 et la nouvelle étape
Si Rafael Correa est arrivé à la présidence de l'Équateur en 2007, c'est grâce aux mobilisations sociales qui ont jalonné les années 1990 jusque 2005. Sans celles-ci ses propositions n'auraient pas trouvé l'écho qu'elles ont reçu et il n'aurait pas été élu. Malheureusement, après un très bon départ, il est entré en conflit avec une partie importante des mouvements sociaux et a opté pour une modernisation du capitalisme extractiviste-exportateur. Ensuite, son successeur Lenin Moreno a rompu avec Rafael Correa et est revenu à la politique brutale du néolibéralisme. Cette politique néolibérale pure et dure va être approfondie par Guillermo Lasso. Celui-ci a annoncé clairement qu'il voulait baisser les impôts sur les entreprises, qu'il voulait attirer les investissements étrangers, qu'il voulait donner encore plus de libertés aux banquiers, qu'il voulait consolider la politique d'ouverture commerciale en intégrant l'Alliance du Pacifique. Il est probable que Guillermo Lasso va tenter d'intégrer des leaders liés à Pachakutik et à la CONAIE d'une manière ou d'une autre à son gouvernement ou à son administration. Si cela réussissait, la CONAIE et Pachakutik en sortiront encore plus divisé qu'à la veille des élections du second tour. Il est fondamental pour l'avenir du camp populaire de s'opposer radicalement et activement au gouvernement que constituera Lasso.
L'avenir pendant la présidence de Guillermo Lasso
Une fois de plus, ce seront les mobilisations sociales qui pourront venir à bout de ces politiques et remettre à l'ordre du jour les mesures de changement structurel anticapitaliste indispensables à l'émancipation. La CONAIE et toute une série d'organisations syndicales, d'associations féministes et de collectifs écologistes avaient élaboré en octobre 2019 une excellente proposition alternative aux politiques capitalistes, patriarcales et néolibérales, elle devrait constitué la base d'un vaste de programme de gouvernement [15].
La question du rejet des politiques du FMI, de la Banque mondiale et des dettes illégitimes reviendra au centre des batailles sociales et politiques [16]. Dans un document rendu public en juillet 2020 par plus de 180 organisations populaires équatorienne on trouve la revendication suivante : « -suspension du paiement de la dette extérieure et réalisation d'un audit de la dette extérieure accumulée de 2014 à ce jour, ainsi qu'un contrôle citoyen sur l'utilisation des dettes contractées. [17] »
Réflexions finales sur le vote du 11 avril 2021
Avec 98,84 % de comptabilisation des votes :
- Arauz a obtenu 47,59%, ce qui correspond à : 4.100.283 voix.
- Lasso : 52,4 % correspondant à 4.533.275 votes.
- Votes nuls : 16,33 % correspondant à 1.715.279 votes.
- Total des votants : 10 501 517 votants.
- Absentéisme : 2 193 896 personnes.
Le vote nul a atteint 9,5 % au premier tour ; le vote nul a progressé de 6,83 % entre le premier tour et le second tour ; en termes de voix cela donne :
- Vote nul février 2021 : 1 013 395 voix.
- Vote nul avril 2021 : 1 715 279 voix.
- Différence : + 701 884 voix.
De manière générale, une grande partie de cette différence dans le vote nul peut être attribuée à la campagne de Pachakutik, de la Conaie, des mouvements sociaux et des organisations de gauche qui ne soutenaient pas le candidat de Correa. Cela signifie que moins de la moitié de leurs électeurs ont opté pour le vote nul ; il faut rappeler que Yaku Pérez a obtenu 19,39% au premier tour, soit 1 798 057 voix. En supposant que la majorité de ce vote corresponde au vote des Pachakutik, cela signifierait que 39% de sa base électorale a opté pour le vote nul. Dans le cas où, comme c'est le plus probable, il y a d'autres secteurs qui ont voté nul, il ne serait pas hasardeux de dire que le vote nul qui correspond à Pachakutik devrait être d'environ 30 % de son électorat. Autrement dit, un électeur de Pachakutik sur trois a opté pour le vote nul, qui peut être considéré comme son vote dur.
Malheureusement, les 70 % restants sont allés majoritairement à Lasso, probablement en rejet du corréisme, en raison de la longue histoire d'agressions contre le mouvement populaire ; mais cela signifie tout de même qu'il s'agit d'un vote à droite, tournant le dos à ce qui s'était passé au premier tour. Cela montre également la fragilité du vote pour une nouvelle alternative qui échappe à la polarisation entre le corréisme et la droite traditionnelle.
Cela montre aussi que si la CONAIE, Pachakutik et les autres organisations de gauche qui ont appelé au vote nul avaient appelé à voter contre Lasso ou avaient appelé à voter pour Arauz, il était très possible de battre Lasso et de faire pression sur Arauz pour qu'il prenne en compte les demandes exprimées tant dans le texte de la CONAIE d'octobre 2019 que dans la proposition du parlement des peuples de juillet 2020. Des textes excellents qui se situent à gauche du contenu de la campagne électorale de Yaku Perez au premier tour, ainsi que du programme d'Andres Arauz.
Pour en savoir plus sur l'Équateur au cours des 20 dernières années voir :
- Les prêts empoisonnés de la Banque mondiale et du FMI à l'Équateur
- Équateur : Les résistances aux politiques voulues par la Banque mondiale, le FMI et les autres créanciers entre 2007 et 2011
- - Pour la défense des droits des droits des communautés indigènes et paysannes : Lettre ouverte au président de l'Équateur : https://www.cadtm.org/Pour-la-defense-des-droits-des-droits-des-communautes-indigenes-et-paysannes
- - Nous dénonçons la renégociation de la dette par le gouvernement de Lenín Moreno : https://www.cadtm.org/Nous-denoncons-la-renegociation-de-la-dette-par-le-gouvernement-de-Lenin-Moreno
- - Vidéo : Eric Toussaint : Leçons de l'assemblée constituante en Équateur en 2007-2008 : https://www.cadtm.org/Eric-Toussaint-Lecons-de-l
- - Vidéo : Équateur : Historique de l'audit de la dette réalisée en 2007-2008. Pourquoi est-ce une victoire ? (vidéo de 14 minutes) : https://www.cadtm.org/Equateur-Historique-de-l-audit-de
Notes
[1] Pour une présentation du projet en 2009, voir Alberto Acosta interviewé par Matthieu Le Quang « Le projet ITT : laisser le pétrole en terre ou le chemin vers un autre modèle de développement » publié le 18 septembre 2009, http://www.cadtm.org/spip.php?page=imprimer&id_article=4757
[2] Matthieu Le Quang interviewé par Violaine Delteil, « Entre buen vivir et néo-extractivisme : les quadratures de la politique économique équatorienne » dans Revue de la Régulation, premier semestre 2019, https://journals.openedition.org/regulation/15076 [consulté le 30 décembre 2020
[3] En ce qui concerne la production de brocoli en Équateur, François Houtart écrit : « Il convient de mentionner l'étude réalisée en 2013 sur la production de brocoli dans la région de Pujilí, dans la province de Cotopaxi. 97 % de la production de brocoli est exportée vers des pays principalement capables de produire du brocoli (États-Unis, UE, Japon), sur la base d'avantages comparatifs (bas salaires, lois environnementales moins exigeantes). L'entreprise de production monopolise l'eau, qui ne suffit plus aux communautés voisines ; elle bombarde les nuages pour empêcher les averses de tomber sur les brocolis, mais dans les environs. Des produits chimiques sont utilisés à moins de 200 mètres des habitations contrairement à la loi. L'eau polluée s'écoule dans les rivières. La santé des travailleurs est affectée (peau, poumons, cancers). Les contrats sont conclus en partie sur une base hebdomadaire, avec un contremaître qui reçoit 10 % du salaire, ce qui lui permet d'échapper à la sécurité sociale. Les heures supplémentaires ne sont souvent pas rémunérées. L'entreprise qui transforme le brocoli pour l'exportation travaille 24 heures sur 24 en trois équipes. Il n'était pas rare que les travailleurs soient obligés de travailler en deux équipes à la fois. Le syndicat est interdit. En outre, les deux sociétés, qui ont maintenant fusionné, avaient leurs capitaux, l'une au Panama et l'autre aux Antilles néerlandaises. » https://www.cadtm.org/Ecuador-Un-factor-de-control-de-la
[4] « Estas políticas son también a corto plazo. No tienen en cuenta los cambios naturales y sus efectos a largo plazo, la soberanía alimentaria, los derechos de los trabajadores, el origen de la pobreza rural. Se acentúa un modelo agro-exportador presentado como una meta, sin indicar las consecuencias. » « Como autores, nos hemos preguntado en nuestro informe, si era posible construir el socialismo del siglo XXI con el capitalismo del siglo XIX ¿ (…) Una vez más en la historia, es el campo y sus trabajadores los que pagan el precio de la modernización. Fue el caso del capitalismo europeo en el siglo XIX, de la Unión Soviética en los años 20 del siglo XX, de China, después de la Revolución comunista. » https://www.cadtm.org/Ecuador-Un-factor-de-control-de-la
[5] Voir Floresmillo Simbana “Movimiento indígena y la revolución ciudadana” : https://www.cadtm.org/Movimiento-indigena-y-la
[6] L'Équateur possède une économie basée principalement sur la rente du pétrole. Il faut bien avoir en tête que le pétrole représentait pour l'année 2008, 22,2 % du PIB, 63,1 % des exportations et 46,6 % du budget général de l'État.
[7] Asamblea Extraordinaria de la CONAIE : Resoluciones de Nacionalidades y Pueblos, « Declarar al gobierno de Rafael Correa como gobierno neoliberal y capitalista por sus acciones y actitudes », disponible sur : https://kaosenlared.net/resoluciones-de-los-pueblos-y-nacionalidades-del-ecuador/
[8] Ibid
[9] Mouvement populaire démocratique, bras électoral du Parti communiste marxiste-léniniste (maoiste) de l'Équateur
[10] A propos de la volonté du gouvernement de Correa de fermer les écoles communautaires, François Houtart a écrit en 2017 : « le plan de fermeture de 18 000 écoles communautaires (appelées « écoles de la pauvreté ») au profit des écoles du millénaire (début 2017 : 71 construites, 52 en construction et fin 2017, 200 en fonctionnement) accentue les problèmes. Ces établissements du millénaire sont sans doute bien équipés, avec des enseignants compétents, mais dans une philosophie qui rompt avec la vie traditionnelle et s'ouvre à une modernité aujourd'hui remise en cause en raison de ses conséquences sociales et environnementales. Ils ne répondent pas non plus facilement au principe constitutionnel de l'éducation bilingue. En outre, dans plusieurs cas, le système de transport n'a pas pu correspondre aux besoins et oblige les étudiants à marcher pendant des heures sur des chemins en mauvais état, ce qui entraîne également un taux d'absentéisme élevé »
https://www.cadtm.org/Ecuador-Un-factor-de-control-de-la
[11] Voir la Lettre du CADTM Ayna à Rafael Correa, Président de l'Équateur, publiée le 27 décembre 2014 https://www.cadtm.org/Lettre-du-CADTM-Ayna-a-Rafael
[12] Voir en espagnol Acción Ecológica, ¡ GRACIAS !, publié le 17 janvier 2017, https://www.cadtm.org/GRACIAS
[13] Alberto Acosta, John Cajas Guijarro, Una década desperdiciada Las sombras del correísmo, Centro Andino de Acción Popular Quito, 2018
Citation originale en esp : « la falta de una transformación estructural provoca que el Ecuador se mantenga como una economía capitalista atada a la exporta ción de materias primas y, por lo tanto, amarrada a un comportamiento cíclico de larga duración vinculado a las demandas de acumulación del ca pital transnacional. Tal comportamiento cíclico de larga historia es originado por las contradicciones propias del capitalismo pero ; a su vez, es altamente influenciado por la dependencia en la exportación masiva de productos primarios casi sin procesar (extractivismo). Es decir, la explota ción capitalista –tanto de la fuerza de trabajo como de la Naturaleza– en función de las demandas internacionales, mantiene al Ecuador “encadena do” a un vaivén de animaciones y crisis económicas que se originan tanto interna como externamente. »
[14] CADTM AYNA, « Ensemble avec le peuple équatorien », publié 15 octobre 2019, https://www.cadtm.org/Ensemble-avec-le-peuple-equatorien Voir aussi le livre collectif : Franklin Ramírez Gallegos (Ed.), Octubre y el derecho a la resistencia. Revuelta popular y neoliberalismo autoritario en Ecuador, Buenos Aires, CLACSO. Il est téléchargeable gratuitement : http://www.clacso.org.ar/libreria-latinoamericana/buscar_libro_detalle.php?campo=titulo&texto=derecho&id_libro=2056
[15] CONAIE, Entrega de propuesta alternativa al modelo económico y social, 31 octobre 2019, https://conaie.org/2019/10/31/propuesta-para-un-nuevo-modelo-economico-y-social/
[16] Déclaration collective signée par Éric Toussaint, Maria Lucia Fattorelli, Alejandro Olmos Gaona, Hugo Arias Palacios, Piedad Mancero, Ricardo Patiño, Ricardo Ulcuango « Nous dénonçons la renégociation de la dette par le gouvernement de Lenín Moreno », publiée le 1er août2020, https://www.cadtm.org/Nous-denoncons-la-renegociation-de-la-dette-par-le-gouvernement-de-Lenin-Moreno
[17] Voir PROPUESTA-PARLAMENTO-DE-LOS-PUEBLOS.pdf publié en juillet 2020 https://rebelion.org/wp-content/uploads/2020/07/PROPUESTA-PARLAMENTO-DE-LOS-PUEBLOS.pdf
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Soudan : « 500 jours de guerre »
Depuis cette semaine, la guerre, au Soudan, entre l'armée soudanaise (SAF-général Abdel Fattah al-Burhan) et les forces paramilitaires Rapid Support Forces (RSF-Mohamed Hamdan Dogolo dit Hemeti) compte quelque 500 jours. Ce pays du nord-est de l'Afrique connaît actuellement la plus grande catastrophe humanitaire et de déplacement de population au monde. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), environ 10,5 millions de personnes sont déplacés au Soudan, dont huit millions sont des déplacés internes. En raison des combats qui ne cessent de s'étendre, beaucoup ont déjà été contraints de fuir à plusieurs reprises.
Tiré de A l'Encontre
3 septembre 2024
Par Saskia Jaschek
Soudan, mai 2024 : femmes et enfants fuient le conflit. (Photo : OCHA/Liz Loh-Taylor )
Les chiffres, toujours conservateurs, de différents organismes de surveillance concernant le nombre de morts peuvent englober plusieurs dizaines de milliers. En juin 2024, le représentant états-unien au Soudan Tom Perriello [à ce poste depuis fin février 2024] parlait en revanche d'au moins 150 000 morts. A cela s'ajoutent les personnes qui meurent des suites de la guerre et dont les décès n'ont été recensés nulle part jusqu'à présent. Les personnes handicapées, les personnes souffrant de maladies préexistantes et surtout les personnes âgées meurent chez elles, ou pendant leur fuite, ainsi que dans les camps ou dans les pays d'arrivée en raison du manque de soins de santé.
Les combats n'ont pas cessé 16 mois après le début de la guerre. La catastrophe humanitaire qu'ils ont engendrée est encore aggravée par la saison des pluies actuelle. Plus de 100 000 personnes se sont retrouvées sans abri à la suite des inondations [depuis le mois d'août : depuis fin juillet-début août] . Le choléra, qui s'était déjà déclaré peu après le début de la guerre, continue de se propager à cause des inondations. Les inondations détruisent également des espaces de vie là où les combats n'ont pas encore eu lieu. C'est le cas dans l'est du Soudan. Une rupture de barrage s'y est produite le 26 août [au nord, à quelque 40 km de Port-Soudan] tuant 30 personnes, près de 200 sont encore portées disparues. En outre, l'approvisionnement en électricité et en eau a été détruit par la rupture du barrage.
Pendant ce temps, 25,6 millions de personnes luttent contre la faim au Soudan. Cela représente environ la moitié de la population soudanaise. L'Integrated Food Security Phase Classification (IPC), une institution de surveillance de l'insécurité alimentaire, a indiqué que le Soudan était confronté à la pire crise alimentaire depuis le début de ses enregistrements. Selon l'IPC, 800 000 personnes sont en situation de famine aiguë et risquent donc de mourir de faim dans un avenir proche.
Une famine fabriquée par l'homme
Cette famine est fabriquée par l'homme et fait partie de la guerre politique. La région d'Al-Jazirah [un des 18 Etats du Soudan], au centre du Soudan, en est un exemple. Al-Jazirah est le centre de l'agriculture soudanaise. Depuis décembre 2023, les FRS n'ont cessé de prendre le contrôle de cet Etat. Leurs atrocités – pillages, vols, viols et meurtres – ont également forcé les personnes travaillant dans le secteur agricole à fuir. La « Coalition des agriculteurs de Al-Jazirah et El Manaqil [ville de l'Etat d'Al-Jazirah] » estime qu'environ 70% de tous les agriculteurs et agricultrices ont été déplacés depuis le début de la guerre. La production agricole s'est donc presque totalement effondrée dans la région.
Les millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays qui restent dans les camps de réfugiés surpeuplés dans les régions périphériques du pays sont particulièrement touchées par la faim. C'est le cas des 400 000 personnes vivant dans le camp de réfugiés de Zamzam au nord du Darfour. Comme l'a noté IPC, environ 64 personnes y meurent chaque jour, dont 15 sont des enfants de moins de cinq ans.
Les conditions dans les camps de réfugié·e·s des pays voisins sont également catastrophiques. Que ce soit au Tchad, en Ethiopie ou au Soudan du Sud, les rapports dressent un tableau similaire : des camps surpeuplés où font défaut la nourriture, les médicaments et même l'eau potable.
Les Emergency Response Rooms (ERR) locales, qui fournissent une grande partie de l'aide humanitaire sur place, se plaignent du manque de ressources. Ces centres d'urgence organisés à la base sont principalement financés par la diaspora soudanaise. Mais après 500 jours de guerre, leurs ressources sont également largement épuisées. Ils ont tous une famille et des proches qui les ont soutenus financièrement pendant cette période.
L'aide humanitaire internationale n'atteint qu'une fraction de la population qui en dépend. L'accès et le financement nécessaires font défaut. Selon les données des Nations unies, les pays donateurs ont fourni moins d'un cinquième des fonds nécessaires au Programme mondial contre la faim (PAM) pour lutter contre la famine.
Alors que la crise humanitaire est largement ignorée au niveau international, les Etats-Unis ont donné un signal, du moins sur le plan politique. Mi-août, ils ont lancé de nouvelles négociations de paix entre les RSF et la SAF à Genève, en Suisse. L'objectif de ces négociations de dix jours était d'établir un plan de cessez-le-feu et d'ouvrir des corridors humanitaires. Des tentatives de médiation comme celle-ci ont échoué à plusieurs reprises par le passé. Les négociations de Genève n'ont pas non plus été couronnées de succès. Ce résultat se profilait déjà par le simple biais de qui y participait : alors qu'une délégation des RSF a pris part aux négociations, aucun représentant de la SAF n'est venu à Genève.
Le dirigeant de la SAF, le général Abdel Fattah al-Burhan, a déclaré dans une interview que les négociations étaient une opération « whitewashing » des RSF et des pays qui les soutiennent [entre autres les Emirats arabes unis]. Depuis le début de la guerre, la SAF met l'accent sur une rhétorique d'Etat-nation, dans laquelle elle se voit légitimée en tant qu'armée de l'Etat soudanais. De la même manière, elle dévalorise les RSF en les qualifiant de « rebelles » avec lesquelles il n'est pas possible de négocier. Les paramilitaires des RSF étaient issus de milices rurales, mais avaient obtenu le statut d'entité étatique sous l'ancienne dictature d'Omar el-Béchir [au pouvoir d'octobre 1993 au 11 avril 2019]. Par la suite, les conflits de pouvoir entre ces entités se sont multipliés.
L'Arabie saoudite, l'Egypte et les Emirats arabes unis se sont également présentés comme médiateurs à Genève. Cela témoigne d'une ironie particulière de la diplomatie, car les gouvernements des trois pays sont connus pour leur soutien à différents camps dans la guerre en cours au Soudan. L'année dernière déjà, des analystes politiques avaient souligné à plusieurs reprises que la guerre pourrait rapidement prendre fin si des sanctions fermes étaient prises contre la SAFFAS et les RSF. Cela ne s'applique pas seulement aux grandes entreprises que possèdent les deux belligérants, mais commence par la suppression les livraisons de biens nécessaires à la conduite de la guerre comme les armes, les techniques de surveillance ou l'essence.
Le rappeur états-unien Macklemore a récemment montré à quoi pouvait ressembler un boycott solidaire. Celui-ci a annulé en début de semaine un concert à Dubaï. Il a donné comme raison sur Instagram le soutien des Emirats arabes unis aux RSF. Tant que les Emirats financent la RSF et lui fournissent des armes, il ne peut pas s'y produire, a déclaré Macklemore [1].
Une attitude cohérente comme celle-ci ne se retrouve pas actuellement parmi les gouvernants ayant une influence géopolitique, bien que la connaissance de quels Etats soutiennent quel belligérant soit largement répandue.
Pas de cessez-le-feu en vue
A Genève, l'espoir d'un cessez-le-feu s'est déjà envolé alors que les négociations étaient encore en cours. En effet, en même temps qu'elles se tenaient, la SAF et les SRF ont bombardé des zones résidentielles et des hôpitaux. Alors que la SAF bombarde sans relâche, surtout au Darfour, les SRF attaquent régulièrement Omdurman [ville située sur le Nil en face de la capitale Khartoum], contrôlée par la SAF. On peut s'attendre à ce que les actes de guerre des deux parties s'intensifient encore après la fin de la saison des pluies.
Même si les combats entre les généraux devaient cesser, une véritable paix est encore loin. En effet, la guerre a ravivé d'anciens conflits et fragmenté la population civile. La montée en puissance des milices locales et la militarisation de la population civile ont multiplié les acteurs de la guerre et les ont portés dans presque toutes les couches de la population.
De plus, la guerre a largement détruit l'infrastructure du Soudan et donc des conditions cruciales pour garantir une certaine autosuffisance du pays. Afin d'éviter une hécatombe due à la crise alimentaire, il serait important que l'aide humanitaire ne se limite pas à la livraison de denrées alimentaires, mais qu'elle rétablisse avant tout les capacités d'auto-approvisionnement de la population, par exemple en créant les conditions permettant de cultiver des plantes utiles et de garantir la potabilisation de l'eau. Pour cela, il faut à la fois assurer des accès au niveau local et un grand déploiement de l'aide internationale. À l'heure actuelle, rien de tout cela ne semble à portée de main. (Article publié le 30 août 2024 sur le site Analyse&Kritik; traduction rédaction A l'Encontre)
Saskia Jaschek, journaliste indépendante qui prépare un doctorat à l'université de Bayreuth (Allemagne) avec une recherche sur le mouvement de résistance soudanais.
[1] Selon Africanews du 3 septembre : « Le rappeur américain Macklemore a annoncé avoir annulé un concert prévu en octobre à Dubaï en raison du rôle des Emirats arabes unis « dans le génocide et la crise humanitaire en cours » au Soudan, à travers leur soutien présumé à la force paramilitaire qui combat les troupes gouvernementales dans ce pays. » L'annonce de Macklemore a ravivé l'attention sur le rôle des Emirats arabes unis dans la guerre qui secoue la nation africaine. Alors que les Emirats arabes unis ont nié à plusieurs reprises avoir armé les Forces de soutien rapide et soutenu son chef Mohammed Hamdan Dagalo (Hemeti), des experts des Nations unies ont rapporté en janvier des preuves « crédibles » selon lesquelles les Emirats envoyaient des armes aux RSF plusieurs fois par semaine depuis le nord du Tchad. » (Réd.)
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45 milliards d’euros : “En matière de prêts à l’Afrique, la Chine reste indétrônable”
Jeudi 5 septembre, lors du sommet sino-africain qui se tient à Pékin, le président chinois, Xi Jinping, a promis de nouveaux financements à destination des pays du continent. Cette annonce d'une coopération approfondie vise à asseoir le statut de la Chine comme “partenaire privilégié du Sud global”.
Tiré de Courrier international. Photo : Des représentants Chinois et Africains lors de la neuvième édition du Forum sur la coopération sino-africaine, à Pékin, le 5 septembre 2024. Photo Li Tao/Xinhua/AFP
“Le discours du président chinois, Xi Jinping, lors de l'ouverture du Forum sur la coopération sino-africaine (Focac) jeudi 5 septembre, montre bien la volonté de Pékin de renforcer ses liens avec le continent dans un contexte de rivalité accrue avec l'Occident, et notamment les États-Unis”, annonce le journal hongkongais South China Morning Post.
Les diplomates chinois et les représentants de plus de cinquante pays africains se réunissent pendant trois jours à Pékin pour la neuvième édition du sommet dont le but est de resserrer les liens commerciaux entre le continent et l'empire du Milieu. Dans l'enceinte du Palais de l'Assemblée du peuple, Xi Jinping a annoncé 360 milliards de yuans de financement sur trois ans à destination des partenaires africains. Cette enveloppe importante, équivalente à plus de 45 milliards d'euros, doit permettre de réaliser des dizaines de projets d'infrastructures.
“Ensemble, nous avons construit des routes, des chemins de fer, des écoles, des hôpitaux, des sites industriels et des zones économiques. Ces chantiers ont changé la vie et le destin de nombreuses personnes”, a déclaré Xi, cité par l'agence de presse officielle Xinhua News Agency.
“Partenaire privilégié du Sud global”
“Cette année, avec le forum, la question était de savoir quelle tournure allaient prendre [les relations entre la Chine et l'Afrique]. En effet, Pékin, qui a longtemps été la principale puissance économique étrangère en Afrique, a réajusté ses liens économiques avec le continent, tandis que d'autres grandes puissances redoublent d'efforts pour s'implanter en Afrique”, note le site de la chaîne américaine CNN.
De fait, The Economist ne s'attendait pas à de tels montants, plutôt enclin à évoquer une conjoncture marquée par “le ralentissement de l'économie chinoise et les gouvernements africains qui se serrent la ceinture”. Néanmoins, les experts interrogés par l'hebdomadaire britannique ne s'y trompaient pas :
- “En matière de prêts à l'Afrique subsaharienne, la Chine reste indétrônable.”
La moitié de ces financements seront octroyés sous la forme de crédits, notamment par les banques publiques chinoises. Xi Jinping a par ailleurs promis la création d'au moins un million d'emplois et un approfondissement de la coopération militaire avec la formation de 6 000 soldats et 1 000 policiers.
“[Xi Jinping] veut positionner Pékin comme le partenaire privilégié du Sud global en matière de développement”, conclut le site de la chaîne qatarie Al-Jazeera.
Avec 167,8 milliards de dollars (151,2 milliards d'euros) en échanges bilatéraux au premier semestre, selon les médias officiels chinois, la Chine demeure le premier partenaire commercial du continent.
Courrier international
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Série Soudan (3/4), ce pays pris en otage par deux clans militaires
Le conflit opposant les Forces armées soudanaises, dirigées par le général Al-Burhan aux Forces d'appui rapide (FAR) du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », a éclaté à Khartoum le 15 avril 2023, aux premières heures du jour. Khartoum, la capitale du Soudan, a été le théâtre de nombreux affrontements depuis le début du conflit.
Tiré de MondAfrique.
Personne ne sait d'où est vraiment originaire le général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », qui a migré au Soudan probablement à partir du sud du Tchad. Il serait en tout cas simpliste de présenter l'embrasement actuel comme un combat fratricide entre le général Al-Burhan, le chef de l'armée et son ancien bras droit, le général Hemedti, à la tête des Special Rapid Forces, une force de mercenaires privés dont la seule raison sociale est la captation des richesses du Soudan.
Le général Mohammed Hamdan Daglo est une créature fabriquée par l'ancien dictateur soudanais, Omar El Béchir. En scindant les forces de défense et de sécurité en trois groupes avant d'être chassé du pouvoir en 2019, ce dernier a cru pouvoir s'adosser sur les Rapid Support Forces, qui ne sont ni vraiment une milice, ni tout à fait un groupe paramilitaire, mais un contrepoids à l'armée conventionnelle. Les officiers conservateurs qui la commandent sont proches du modèle égyptien d'un capitalisme d'État au service des militaires.
Dans un premier temps, Mohammed Hamdan Daglo qui porte l'uniforme régulier de son corps, ne se pose pas en dissident, loin de là. Ce général coupable des pires exactions au Darfour s'oppose, toute honte bue, à la répression par l'armée conventionnelle de la mobilisation populaire qui dure de 2019 à 2021. C'est la dégradation de la situation économique (1) qui convainc ce général félon de se concentrer à sa grande entreprise de pillage de l'ensemble de la zone en prentn les armes contre le chef de l'armée soudanaise.
2023, la guerre civile
Le 15 avril 2023, la guerre civile s'installe à Khartoum. Elle oppose les troupes de l'armée régulière du général Al-Burhan, au pouvoir depuis son coup d'État du 25 octobre 2021, et les Forces de soutien rapide (SFR) du général Mohammed Hamdan Daglo. Les troupes de ce dernier sont plus aguerries que les soldats de l'armée régulière. Hemedti a réprimé avec férocité la population du Darfour en s'appuyant sur « les Janjawid »auxquels il a agrégé des mercenaires venus du Tchad, de RCA, de Libye et du Niger. De 2017 à 2019, les miliciens d'Hemedti ont massacré les populations civiles au Yémen comme ils l'avaient fait auparavant au Darfour. Les 40000 hommes du corps expéditionnaire soudanais au Yémen, fiancés par les Émirats Arabes Unis et armés au départ par la France, sont mobilisés désormais pour conquérir le pouvoir à Khartoum.
Le patron Hemedti est riche des millions d'US $ que ses bailleurs lui donnent, de l'or qu'il exploite avec sa famille et des trafics qu'il entretient avec un de ses homologues, le maréchal Haftar. De nombreux combattants d'Haftar rejoignent d'ailleurs l'offensive actuelle des RSF dans l'Ouest du Soudan. Haftar et Hemedti sont liés par le monde des trafics, du Captagon àl'or, en passant par le bétail, les femmes, les migrants et les voitures volées. Pour Haftar, la victoire des RSF est un gage de la reconduction de l'économie criminelle dans le triangle Libye, Tchad et Soudan. L'accès à Port Soudan serait pour Haftar une alternative à la perte de la côte libyenne de mieux en en mieux surveillée par l'aviation militaire gouvernementale de Tripoli. La LNA, l'armée d'Haftar a contribué au renforcement et à la formation des RSF en vue des batailles actuelles. C'est un juste retour des choses car 1000 soldats d'Hemedti, payés par les Émirats, ont aidé Haftar dans sa piteuse tentative de prendre Tripoli. Un des fils d'Haftar, Sadiq Haftar, est le président honoraire d'une grande équipe de football du Soudan et son père a emprisonné un chef de milice soudanaise Moussa Hilal, ennemi d'Hemedti et vainqueur de Wagner dans certains affrontements en RCA. Haftar et Hemedti combinent avec habileté et duplicité les soutiens russes et émiratis et ont établi une logistique d'approvisionnement militaire et en carburants s'appuyant sur plusieurs pays et s'étirant sur des milliers de kilomètres. Il y a quelques jours à Benghazi l'équipe de football soudanaise de Sadiq Haftar venait disputer un match amical face à une équipe libyenne.
L'appui des Émiratis à Hemedti
Sur le terrain soudanais, Hemedti a bénéficié des appuis de ses voisins du Tchad et d'Éthiopie. Les Émirats Arabes Unis ont ainsi, avec les partenaire éthiopien et tchadien, libéré Hemedti de toutes entraves dans son entreprise de contrôle du Darfour et de l'Ouest du pays. Une bonne partie des forces spéciales des services de renseignements soudanais se sont ralliées aux SFR et dans l'entourage du général Hemedti, les Islamistes, proches jadis d'Omar El Béchir, font leur apparition. Le choc du 7 novembre 2023 en Israel fait paraitre en Occident bien lointain les crimes de guerre et les violations des droits de l'homme enregistrés depuis plusieurs décennies au Soudan. Comme le bourreau du Tigré, Hemedti a les mains libres pour les exactions de très grande envergure contre les populations de souche africaine du Soudan.
En faisant la jonction entre la frontière tchadienne, où Abu Dhabi a joué récemment un rôle politique et militaire déterminant, et Port Soudan, les RSF ouvriraient une route inédite à la pénétration physique du Golfe en Afrique de l'Est et scelleraient la marginalisation de l'Égypte. Hemedti est un nomade indépendant de la matrice soudanaise qui participe à l'édification d'une géopolitique inédite de l'Afrique au-dessus de l'Équateur.
C'est le dernier quart d'heure pour le régime de Khartoum. Seul l'Iran, maitre de la Mer rouge avec le levier des Houthis, pourrait sauver Burhan de la défaite totale. Le général Burhan est un assez bon stratège diplomatique à défaut d'être un tacticien militaire. Il a ainsi rétabli des relations diplomatiques avec l'Iran le jour de l'attaque du Hamas en Israël. Un acte qui ne lui vaut pas la sympathie des Etats-Unis qui le rendent responsable de la crise humanitaire soudanaise que les Nations-Unies déplorent comme d'habitude.
La communauté internationale impuissante
Mais que fait la communauté internationale face aux souffrances d'au moins la moitié des 50 millions de Soudanais ? Le conseil de sécurité n'a pas engagé de mise en garde à l'adresse d'Hemedti. Une fois de plus, le système des Nations-Unies, révèle son inefficacité à enrayer les massacres et à secourir les victimes.
Les canaux humanitaires ne sont ouverts qu'avec parcimonie et après des chantages en particulier d'Hemedti. Les forces régulières de l'armée soudanaise sont craintives devant les SFR. Seule leur aviation décolle mais pour bombarder les zones civiles. Cela ne plait pas aux Américains qui, via leurs ambassadeurs au Kenya et à Addis Abeba, le font savoir. Le seul contributeur majeur effectif qui vient à en aide aux populations pour l'instant apparait l'Arabie Saoudite, généreuse en vivre, abris, et médicaments. Mais les ONG saoudiennes n'ont que peu d'accès aux régions où les SFD dominent et elles sont nombreuses.
Riyad se positionne en apparence sur le plan humanitaire lors des discussions en cours à Genève. Pour l'instant ce sont les SFR qui sont louées comme le « good guy » de l'affaire car des vivres et des médicaments ont pu arriver au Kordofan et au Darfour. Deux régions où les SFR rencontrent de fortes résistances, non pas du fait des forces armées soudanaises, mais de milices soutenues par le Tchad d'un côté, et l'Érythrée de l'autre. Ali Burhan est mal vu par les médiateurs extérieurs car il refuse de participer à des négociations dont il sait qu'il sera le perdant. Chez les bonnes fées de la médiation, à côté de l'Arabie saoudite, on compte les Etats-Unis, la Suisse, l'Égypte, les Émirats Arabes Unis et des figurants, les Nations-Unies et l'Union africaine. L'ennemi déclaré reste la famine alors que le mal est d'abord dans une guerre qui frappe les civils essentiellement.
Le Soudan pourrait devenir, demain, un État en faillite comme la Somalie ou une nation fragmentée comme la Libye. Ou les deux à la fois !
Notes
(1) Le Soudan ne survit que grâce à des soutiens extérieurs. Les créanciers occidentaux ont annulé la dette soudanaise lors du gouvernement civil (2019-2021). Presque 50 % du blé consommé au Soudan provient de Russie.
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Jill Stein, le choix que les médias ignorent
« Le génocide est l'impératif moral de notre époque », déclare Jill Stein, candidate du Parti vert à la présidentielle, dans un épisode de The Chris Hedges Reports, alors qu'elle poursuit sa campagne pour la présidence américaine. Rejointe par son colistier, le professeur Butch Warei, les deux expliquent pourquoi ils recherchent le vote de tous les Américains privés de leurs droits, coincés dans les malheurs de luttes domestiques personnelles et des atrocités commises à l'étranger en leur nom par un empire glouton.
Par les Artistes pour la Paix
Lorsqu'elle regarde le déroulement des élections, le point de vue de Stein est limpide : « Oubliez le moindre mal, il n'y a pas de moindre mal. Vous avez deux candidats génocidaires, l'une menant actuellement le génocide et l'autre promettant de terminer le travail. »
Stein et Ware soulignent que même si le complexe militaro-industriel peut sembler un problème de politique étrangère, s'y attaquer est essentiel pour trouver des solutions nationales. Le budget gonflé de la défense, qui atteint bien davantage qu'un billion de dollars lorsque toutes les dépenses sont prises en compte, est l'un des principaux obstacles qu'elle souhaiterait éliminer. "Car cet obstacle explique pourquoi nous ne prenons pas en charge les soins de santé, le logement, l'éducation, pourquoi nous ne désendettons pas les gens, ne traitons pas l'urgence climatique, ne mettons pas fin à l'engorgement carcéral au profit d'un système de justice réparateur et pourquoi nous ne résolvons pas les problèmes de pauvreté et de désespoir, qui sont à l'origine de la criminalité », explique-t-elle.
Ware fait remarquer que la dynamique entre les Américains qui se sentent obligés de voter pour les démocrates par peur de Trump est profondément toxique, alimentée par le narcissisme des candidats. "Dès qu'ils signent sur la ligne pointillée, ils se remettent immédiatement à calculer leurs affaires, à sacrifier des gens avec l'argent des impôts qu'ils empochent, laissant leurs quartiers se dissoudre et s'effondrer", a déclaré Ware à Hedges.
Ware indique clairement qu'il y a un choix entre la résistance et la dissidence lors du scrutin de novembre : « Nous devons mettre fin à ce cycle toxique d'abus, car il pousse les gens à penser qu'il n'y a aucun moyen de résister, alors que vous avez absolument le pouvoir de résister dès maintenant en votant Vert. »
Il n'y a pas de sans-voix, il n'y a que les voix qu'on force à se taire ou qu'on préfère ne pas écouter ...
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10 000 travailleurs de l’hôtellerie font grève chez Marriott, Hyatt et Hilton pour des augmentations, des charges de travail équitables et le respect
Environ 10 000 travailleurs de l'hôtellerie du syndicat UNITE HERE se sont mis en grève à travers les États-Unis pendant le long week-end de la fête du Travail pour se battre pour des augmentations, des charges de travail équitables et le respect sur le lieu de travail. La grève de plusieurs jours affecte les hôtels Hilton, Hyatt et Marriott de plusieurs grandes villes, dont Boston, San Francisco et Seattle.
3 septembre 2024 |tiré du site de Democracy now !
3 septembre 2024 | tiré du site de democracynow.org
https://www.democracynow.org/2024/9/3/us_strike
AMY GOODMAN : Les travailleurs syndiqués de l'hôtellerie se battent pour des augmentations de salaire, de meilleurs niveaux de personnel, des charges de travail équitables et le respect. Aujourd'hui, le troisième jour de la grève se déroule dans 25 hôtels, faisant partie des chaînes Hilton, Hyatt, Marriott, Westin et DoubleTree dans neuf villes : Baltimore, Boston, San Diego, San Francisco, San Jose, Seattle, Honolulu, Kauai, à Hawaï, et Greenwich, dans le Connecticut et plus encore.
Pour en savoir plus, nous sommes rejoints par deux invités. Lizzy Tapia est la présidente de la section locale 2 de UNITE HERE à San Francisco. Et Rebeca Laroque, gréviste et préposée aux chambres au Hyatt Regency de Greenwich, dans le Connecticut, est préposée aux chambres depuis plus de 12 ans. Lizzy Tapia, commençons par vous. Expliquez-nous la stratégie, les villes que vous avez choisies, les chaînes hôtelières avec lesquelles vous négociez et ce que vous exigez.
LIZZY TAPIA : Nous sommes donc en négociation depuis des mois maintenant, et nous n'avons pas vu le genre de propositions que nos membres attendent — vous savez, qui répondront à leurs besoins. Donc, nous nous sommes mis en grève. Aujourd'hui, c'est le troisième jour. Il y a sept villes qui sont sorties aujourd'hui, et c'est environ 9 500 travailleurs et travailleuses qui en sont à leur troisième jour de grève.
Et, vous savez, nous sommes à la recherche d'un contrat qui répond à ce dont nous avons besoin pour pouvoir survivre, surtout ici dans la région de la baie de San Francisco. Le coût de la vie est si élevé. Et nous avons besoin de bonnes augmentations de salaire et de soins de santé, d'un plan de retraite. Et c'est aussi un combat qui est vraiment une question de respect. Et donc, nous espérons que ces entreprises – Hilton, Marriott et Hyatt – comprendront le message.
JUAN GONZÁLEZ : Et, Lizzy Tapia, est-ce que ce sont les seuls hôtels avec lesquels UNITE HERE a actuellement des contrats qui ont expiré, ou y a-t-il un un plus grand nombre d'hôtels que vous avez décidés de ne pas frapper à ce stade ?
LIZZY TAPIA : Oui, il y a certainement un plus grand nombre d'hôtels, mais nous négocions avec ces entreprises spécifiquement depuis quelques mois. Et c'est donc là où nous en sommes aujourd'hui.
JUAN GONZÁLEZ : Et en ce qui concerne les différences d'échelles salariales entre certaines de ces villes – par exemple, les femmes de ménage à Boston reçoivent 28 $ de l'heure, alors qu'à Baltimore, elles ne reçoivent que 16,20 $ – essayez-vous de créer une sorte de système plus rationnel à l'échelle nationale ?
LIZZY TAPIA : Non, je dirais que ce qui est considéré dans tous les domaines, c'est la nécessité d'augmentations salariales très importantes. Tout le monde a du mal, surtout en sortant de la pandémie, à joindre les deux bouts. Et cela peut signifier différentes choses dans différentes villes, mais ce que cela signifie dans l'ensemble, c'est que nous avons besoin de fortes augmentations de salaire, d'augmentations de salaire significatives, qui nous permettent réellement de survivre.
AMY GOODMAN : Je veux faire participer Rebeca Laroque à la conversation. Pouvez-vous nous parler de ce que vous faites au Hyatt Regency à Greenwich, dans le Connecticut ?
REBECA LAROQUE : Oui. Je fais préposé aux chambres.
AMY GOODMAN : Et cela signifie ? Expliquez le travail que vous faites. Et que voulez-vous voir se passer ? Et comment pensez-vous que l'hôtel réagit ?
REBECA LAROQUE : OK, comme un préposé aux chambres, nous nettoyons la chambre tous les jours. C'est mon travail. Et vous avez dit ce que j'attendais, l'hôtel va être...
AMY GOODMAN : Comment va la chaîne hôtelière – comment le Hyatt réagit-il à la grève à l'extérieur dont vous faites partie ?
REBECA LAROQUE : D'accord. Ils ne disent rien pour l'instant, mais j'espère — j'espère et nous attendons une réponse. Mais je ne vois rien pour l'instant.
JUAN GONZÁLEZ : Et aussi, pourriez-vous parler - beaucoup d'hôtels permettent maintenant aux clients de choisir de ne pas nettoyer les chambres. Comment cela a-t-il affecté la charge de travail et les conditions des femmes de ménage ?
REBECA LAROQUE : OK, pour toutes ces femmes de ménage, nous travaillons dur. Ils vous donnent beaucoup de chambres tous les jours. Nous travaillons dur. Et c'est pourquoi nous nous en sommes plaints. Non seulement nous avons beaucoup d'espace et nous avons beaucoup de travail à faire, mais nous ne sommes pas bien payée-s. C'est pourquoi aujourd'hui nous sommes en grève.
JUAN GONZÁLEZ : Et, Lizzy Tapia, pourriez-vous nous parler de cette question des clients qui ont le droit de refuser le nettoyage des chambres et de ce que cela fait aux travailleurs et travailleuses syndiqués ?
LIZZY TAPIA : Oui, Rebeca a tout à fait raison. Lorsque les hôtels n'offrent plus de nettoyage quotidien automatique des chambres, cela crée un problème de charge de travail pour les préposé-e-s aux chambres qui nettoient ces chambres. Lorsqu'une pièce n'est pas nettoyée pendant trois jours ou cinq jours à la fois, elle est collante. C'est poussiéreux. Le nettoyage nécessite deux fois plus de travail. Et les entreprises hôtelières n'ajustent pas alors votre charge de travail, n'est-ce pas ? Cela signifie simplement que les préposé-e-s aux chambres, comme Rebeca l'a dit, rentrent chez eux, et ils sont fatigués, et leur corps leur fait mal. Et c'est totalement inacceptable. Et aussi, vous savez, je pense qu'il s'agit en quelque sorte de créer un nouveau modèle pour que les clients ne s'attendent tout simplement pas à ce que leur chambre soit nettoyée, donc, vous savez - oui, ou ne pas l'obtenir dans le cadre de ce qu'ils paient pour leur chambre. Et donc, cela enlève aux clent-e-s et aux travailleuses, qui beaucoup – vous savez, celles qui travaillent travaillent deux fois plus dur, et celles qui ne travaillent pas parce qu'on ne leur attribue pas de chambres sont à la maison et essaient de joindre les deux bouts, et d'obtenir un chèque de paie avec lequel elles peuvent survivre.
AMY GOODMAN : Et, Rebeca Laroque, pouvez-vous nous parler de la main-d'œuvre ? Est-il composé en grande partie de femmes et d'immigrant-e-s ? Et si vous pouviez parler de l'instabilité financière que vous avez vécue et que vos collègues ont vécue en travaillant dans un hôtel aussi prestigieux, le Hyatt Regency ? Les gens associent cela, bien sûr, à la richesse, mais cette richesse ce sont pour les client-e-s.
REBECA LAROQUE : D'accord. Tous mes collègues se plaignent toujours, tous les jours, non seulement parce que le travail est difficile, mais nous ne pouvons pas survivre avec l'argent qu'ils nous paient. Et quand nous avons fini de travailler, quand nous rentrons chez nous, nous ne pouvons rien faire, parce que – chacun de mes collègues a une histoire, parce que nous travaillons dur, et puis l'argent qu'ils paient, vous ne pouvez rien vous permettre avec ça, parce que tout augmente. C'est pourquoi nous demandons un meilleur salaire, une meilleure assurance maladie et une meilleure retraite, parce que nous ne nous pouvons rien permettre rien. Dans le Connecticut, tout est très cher.. Après la pandémie, tout augmente.
JUAN GONZÁLEZ : Oui, et j'aimerais demander à Lizzy Tapia. Vous avez déclaré une grève de trois jours. Pourquoi trois jours ? Et y a-t-il des possibilités de prolonger la grève ?
LIZZY TAPIA : Oui, il n'y a pas de plans pour le moment, mais de futures grèves sont possibles. Nos membres s'engagent à faire ce qu'il faut pour remporter le contrat ici. Et comme Rebeca l'a souligné, vous savez, les travailleuses sont fatiguées. Elles souffrent. Elles ont du mal. Et donc, vous savez, nous avons atteint ce point non pas parce que nous voulons vraiment être dans cette position, mais nous sommes vraiment déterminés à remporter un contrat qui est équitable. Et une partie de cette action consistait vraiment à sortir le jour de la fête du Travail et à être ensemble le jour de la fête du Travail dans tant de villes, tous ensemble. Mais il n'y a pas de plans pour le moment. Il y a des actions possibles à l'avenir.
AMY GOODMAN : Le temps, Lizzy, les exigences concernant les salaires, les niveaux des effecetifs, les charges de travail équitables, quels sont les points de friction dans ces négociations contractuelles ?
LIZZY TAPIA : Ouais, je veux dire, vous les avez rappelés, Amy. Je pense que ce que nos membres vivent est vraiment une question de manque de respect et du fait que ces entreprises hôtelières réduisent les commodités et les services. Cela signifie qu'en l'absence de nettoyage quotidien automatique des chambres, de fermeture du bar et du restaurant, d'heures limitées pour les repas en chambre ou d'absence de repas dans la chambre, d'heures limitées pour les piscines ou de fermeture des centres de conditionnement physique, toutes ces sortes de choses se traduisent par l'incapacité de nos membres à travailler. Vous savez, les membres qui nettoyaient le hall d'entrée la nuit ne seront pas là. Les membres qui — vous savez, les barmans, les serveurs, les travailleurs et les travailleuses des cuisine et des bars ne sont pas là. C'est, vous savez, ils et elles sont à la maison. Et puis, pour ceux et celles qui essaient de compenser le manque de personnel, leur charge de travail est vraiment difficile. C'est beaucoup plus difficile. C'est deux ou trois fois plus difficile qu'avant.
Et donc, je pense que beaucoup de nos problèmes sont vraiment liés au respect de notre travail, et c'est en partie pourquoi nous avons ce message, et aussi le respect de nos client-e-s. Ces choses sont vraiment liées. Et donc, cela pourrait se résumer à de l'argent pour les patrons. Et comme Rebeca l'a dit, il y a aussi beaucoup de problèmes économiques pour nous. Mais je pense que, en grande partie, vous savez, ce qu'il faut pour résoudre ce problème, c'est vraiment respecter notre travail et respecter ce que nous faisons et ramener l'hospitalité dans ces hôtels. Toutes ces choses sont en quelque sorte liées.
AMY GOODMAN : Eh bien, nous tenons à vous remercier tous les deux d'être avec nous, Lizzy Tapia, présidente de la section locale 2 de UNITE HERE à San Francisco, et Rebeca Laroque, gréviste et préposée aux chambres d'hôtel au Hyatt Regency à Greenwich, dans le Connecticut, préposée aux chambres depuis plus de 12 ans. Encore une fois, cettegrève contre Hyatt, Hilton et Marriott. Marriott possède Westin et Hilton possède DoubleTree.
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