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Soudan, une histoire chaotique (1/4)

27 août 2024, par Olivier Vallée — , ,
Entre les massacres des populations de Gaza et la guerre fratricide de l'Ukraine et de la Russie, les populations du Soudan sont chassées, pillées et affamées sans que la (…)

Entre les massacres des populations de Gaza et la guerre fratricide de l'Ukraine et de la Russie, les populations du Soudan sont chassées, pillées et affamées sans que la communauté internationale ne s'en alarme outre mesure. Cette tragédie oubliée frappe pourtant une immense contrée au cœur de l'Afrique, dessinée par l'empire ottoman dès 1821 et devenue la caricature de la colonisation britannique après 1898, dont le sort est décisif pour les nouveaux équilibres régionaux.

Tiré de MondAfrique.

Dans ce premier papier d'une série consacrée au Soudan, Mondafrique revient sur l'histoire mouvementée et sur l'importance géopolitique de ce grand pays hélas livré à une guerre civile sans précédent entre deux clans militaires.

Paris enviait à Londres ce morceau d'Afrique irrigué par le Nil et prolongement de l'Égypte, qui fut longtemps un fleuron de « la sublime Porte ». Le Mali n'avait-il pas été baptisé « le Soudan français » par la France coloniale ? La fascination pour cette immense tranche du cake africain découpé à la conférence de Berlin en 1885 et livré à l'Angleterre était totale.

Les maitres nouveaux étrangers du Soudan ont vite fait d'abandonner le Sud, peuplé de Noirs, aux razzias d'esclavagistes venus de la mer rouge et de l'océan indien. Le nord du Soudan où se trouve la capitale Khartoum est considéré par les colonisateurs comme une zone dotée de quelques rudiments de service public et d'infrastructures qui permettent d'exploiter le potentiel agricole considérable de terres fertiles.

Quand le Soudan devient une nation indépendante, l'élite éduquée du Nord s'installe au pouvoir. La division du pays se renforce : un centre arabe qui génère un système d'exploitation ; dans les régions périphériques, le Darfour et le Sud du pays à la frontière de l'Érythrée notamment, des groupes nomades et des sédentaires négro-africains.

Des guerres civiles à répétition

Les premières élites intellectuelles et/ou économiques sont historiquement liées aux grands partis politiques soudanais que sont le Democratic Unionist Party (DUP) mené par la famille Mirghani et adossé à la confrérie de la Khatmyya et le National Umma Party (NUP) dirigé par la famille Al Mahdi qui s'adosse aux Ansar (les Ansar sont les « compagnons » de la famille Al Mahdi descendante de Mohamed Ahmed Ibn Abdallah qui se proclame Mahdi à la fin du XIXe siècle et établit, après avoir chassé Turcs et Britanniques, un régime théocratique au Soudan).

Les divisions religieuses et raciales, les inégalités économiques et l'exclusion des partis politiques de la vie institutionnelle vont susciter des guerres civiles à répétition.

La sécession du Sud

Le Sud finira par faire sécession et possède à présent sa capitale et son gouvernement à Juba. Au Nord, la vie politique est marquée par l'alternance et parfois la conjugaison d'une forme démocratie parlementaire et de régime militaire. Il en ressort la formation d'un État prédateur et autoritaire que ses dirigeants, civils ou en uniforme, reproduisent dans le temps. Dans ce contexte, la guerre devient un mode d'expression politique d'autant plus que le pays est marqué par la grande révolte du Mahdi qui va défaire l'empire britannique en la personne de Gordon Pacha.

Après l'accession à la souveraineté nationale, la révolution apparait au Soudan comme une voie de libération incarnée par un puissant parti communiste. Les Américains y mettront bon ordre en favorisant la réaction et les militaires. Un jeu dangereux qui aboutit en 1989 à l'accession au pouvoir du National Islamic Front (NIF)qui deviendra le National Congress Party (NCP), dont le programme est inspiré par la Malaisie : une administration autoritaire, un Islam militant et la suprématie raciale arabe.

La parenthèse démocratique

Dix ans après, en 1999, ce cocktail explosif de pouvoir sans partage est servi par l'extraction abondante de pétrole. L'élite de la capitale s'enrichit un peu plus et la périphérie s'appauvrit davantage. L'industrie pétrolière est accaparée par le haut commandement militaire, les grands commerçants et les castes de l'administration. Conforté par de puissants alliés internationaux et soucieux de préserver l'identité arabo-musulmane, le régime signe avec la rébellion du Soudan du Sud, le SPLM, des accords de paix en 2005. Ces accords de paix prévoient l'organisation d'un référendum d'autodétermination du Soudan du Sud en 2011 et la tenue d'élections nationales « libres » en 2010.

Durant cette période (début des années 2000 à 2010), et malgré le conflit meurtrier du Darfour, le Soudan connaît une période de (très) relative libéralisation politique. Les partis politiques sortent de la clandestinité et commencent à reprendre des activités, de multiples associations et syndicats étudiants se créent ou se mobilisent pour contester la domination des groupes islamistes liés au pouvoir sur les campus.

De nombreuses associations et ONG voient le jour dans le sillage du regain d'activité des partis politiques, du conflit au Darfour et de l'apport financier des ONG internationales.

Omar El Bechir, l'homme clé

Il ne faut certes pas surévaluer cette libéralisation politique : les partis politiques sont toujours sévèrement contrôlés, la presse subit la censure et la violence de la National Intelligence Security Service (services secrets). On verra ce@e mouvance civile tenter de revenir au premier plan avec l'évic2on d'Omar el Béchir.

Celui-ci a d'ailleurs bati son pouvoir les services extérieurs et intérieurs de sécurité soudanais. Lesquels onten charge de contrôler la presse et les opposants et commande un certain nombre d'unités paramilitaires -comme les Rapid Support Forces- jusqu'en 2018. C'est l'année du réaménagement du système soudanais de défense et de sécurité.

Cette fin de rêgene d'Omar el Béchir coincide, hélas, avec début de la terrible guerre qui oppose les Sudan Armed Forces (SAF) du chef des armées et les Rapid Support Forces (RSF) des militaires dissidents.

« J’ai fini par donner ma fille sinon ils l’auraient prise de force »

27 août 2024, par Mehdi Labzaé — , ,
Durant dix-huit mois, le chercheur Mehdi Labzaé a parcouru les camps de déplacés du Tigray de l'Ouest, dans le nord de l'Éthiopie. Il a recueilli des centaines de témoignages (…)

Durant dix-huit mois, le chercheur Mehdi Labzaé a parcouru les camps de déplacés du Tigray de l'Ouest, dans le nord de l'Éthiopie. Il a recueilli des centaines de témoignages de survivants de la guerre que se livrent les nationalistes amharas et les Forces de défense du Tigray. Ce deuxième volet dévoile notamment la notion de « pureté » ethnique utilisée pour trier les populations et la mise en esclavage d'une partie d'entre elles.

Tiré d'Afrique XXI.

Les propos de survivants originaires de Delesa Qoqah confirment le caractère planifié et organisé des massacres, des arrestations et des expulsions. Ils affirment avoir demandé au nouvel administrateur de leur donner des cartes d'identité afin qu'ils puissent se maintenir légalement sur zone : « On a demandé à Gétenet Alemu, l'un des administrateurs, et il a dit : “C'est au-dessus de mes responsabilités, je n'ai pas eu d'ordre clair”, puis quand il est revenu d'une réunion à Addi Remets, il a dit : “Moi, je ne vous sauverai pas.” » La hiérarchie administrative donnait des ordres, et les massacres n'ont pas été commis dans un contexte d'effondrement des chaînes hiérarchiques. Ils sont le résultat d'un emballement de la politique de nettoyage ethnique entamée dès les premières semaines de la guerre.

Les habitant·es qui mentionnent Gétenet Alemu le connaissaient depuis des décennies. C'est là toute la complexité et la tragédie de la situation : à Wolqayt, avant la guerre, se trouvaient des locuteurs du tigrigna originaires d'autres zones du Tigray, dont certains avaient été installés là, surtout dans les basses terres, par le régime du Front de libération du peuple du Tigray (TPLF), qui avait administré la zone jusqu'en novembre 2020. À l'arrivée des nationalistes amharas, ces gens ont fui en masse. Mais, dans les hautes terres et plus près du Tekezé, d'autres locuteurs du tigrigna sont restés et ont rejoint les nouveaux maîtres et leur revendication d'un « Wolqayt amhara ». Nombreux étaient les habitants de Wolqayt à avoir des raisons d'en vouloir au TPLF, notamment quant aux enjeux fonciers, et certains ont donc accueilli favorablement les miliciens, en se déclarant alors « Amharas ».

Les miliciens qui sont arrivés de la région Amhara ont dû cohabiter avec ces Wolqaytés qu'ils disaient « libérer » du joug tigréen. Souvent, les nouvelles administrations locales ont été peuplées à la fois d'anciens habitants et de nouveaux, armés. Des familles ont été divisées. À May Gaba, un fils a rejoint les TDF après avoir vu les exactions commises par son père, membre de la nouvelle équipe de l'administration. Abrha (1), le survivant du massacre de May Gaba cité dans la première partie de ce récit, se souvient des Wolqaytés de la nouvelle administration qui identifiaient les Tigréens pendant la rafle : « Ces gars-là, on les a vus grandir », se lamente-t-il. Parmi les membres de la nouvelle administration qui ont donné l'ordre de tuer se trouvait même le parrain d'un de ses enfants. Un autre témoin, qui a perdu des membres de sa famille dans le massacre de Qorarit, raconte comment un ami d'enfance et petit frère d'un des administrateurs locaux a fui vers le Tigray au début de la guerre. Il ne s'en est pas sorti.

« Nous, on est de vrais Amharas »

À Delesa Qoqah, ce sont deux anciens instituteurs qui ont pris les rênes de l'administration locale, nommé le « qebelé », et supervisé les massacres. Armés, ils ont aussi aidé des Fanno (le nom donné aux miliciens nationalistes amharas) arrivés de la région Amhara à identifier les « Tigréens », c'est-à-dire ceux qui ne pouvaient pas prouver la naissance d'un de leurs parents dans la région. L'administrateur principal du qebelé pendant les dix années précédant la guerre n'en revient pas : « On les croyait des nôtres et ce sont eux qui nous ont tués. »

Dans certains villages, des seuils de « pureté » ont été établis. Ne pouvaient rester que les gens capables d'établir qu'un seul de leurs grands-parents n'était pas amhara ou wolqayté. Un homme, né à Humera et qui aurait sur cette base pu se dire wolqayté, raconte : « Quand ils nous arrêtaient, ils avaient des critères, ils disaient “pur Tigréen”, “pur Amhara”, et ensuite ils avaient des niveaux : 50/50, 75/25, etc. Ils disaient aussi “premier junta” [surnom péjoratif faisant référence au TPLF, NDLR], “deuxième junta”, “troisième junta”… Les premiers étaient ceux qui étaient 100 % tigréens, les deuxièmes ceux qui avaient un parent tigréen, et les troisièmes ceux qui avaient un grand-parent tigréen. »

Des gens qui n'avaient jusqu'alors jamais affiché de différences avec leurs voisins, tous parlant tigrigna au quotidien, se revendiquaient soudain Amhara. Interrogée à la mi-mars 2024, le lendemain de sa traversée du Tekezé, Rigat raconte comment sa voisine l'a dénoncée aux miliciens. « Elle a dit : “Nous, on est de vrais Amharas”, car elle est amhara par sa mère. Elle se pavanait : “Moi je suis 50-50, toi t'es une Tigréenne d'Adwa ! » Cette ville est connue pour avoir vu naître plusieurs membres fondateurs ou importants du TPLF. La femme raconte comment des différends personnels avec sa voisine ont abouti à des oppositions politiques : « Je l'ai vue grandir, on était voisines ! Elle aussi est tigréenne. D'ailleurs, son père est ici, il a [fui et] traversé [la rivière Tekezé] dès le début ! »

« Les Tsellim Bét, c'est fait pour être vendus »

La souplesse des définitions des groupes ethniques joue dans la perpétuation de la violence. Des personnes qui parviennent à se présenter comme « wolqaytés » pendant des mois peuvent soudainement être dénoncées comme « tigréennes ». C'est ce qui est arrivé à plusieurs administrateurs locaux des premières heures de l'occupation. En prison, Elias a vu défiler des administrateurs Fanno qui avaient perdu la confiance de leurs camarades. Dans la vallée du Tekezé, côté Wolqayt, vivent des populations noires qui parlent tigrigna et sont considérées comme tigréennes, mais leur apparence physique plus foncée leur vaut le nom de « Tsellim Bét » (« foyer des Noirs », en tigrigna). Historiquement, de nombreux Tsellim Bét ont été réduits en esclavage. Les plus âgés d'entre eux se rappellent de kidnappings et de réductions en esclavage dans les années 1970, lors de la précédente guerre civile (2). À l'arrivée des Fanno, en novembre 2020, les Tsellim Bét n'ont pas été forcément perçus comme Tigréen·nes, et beaucoup sont resté·es sur place.

Ar'aya, présent lors du massacre de Delesa Qoqah (3), raconte : « Ils nous ont tous emmenés en réunion, ils nous ont fait lever la main en disant : “Les junta, levez la main.” On a levé la main, puis ils nous ont dit de la baisser. » Dans l'esprit de nationalistes amharas habités par des conceptions racistes, il est impensable que des descendant·es d'esclaves, perçu·es comme Noir·es, se vivent comme des Tigréen·nes, perçu·es eux comme rouges, ou « habesha » (4).

Mais petit à petit, la vie des Tsellim Bét sous l'occupation s'est largement complexifiée. Certain·es rapportent les menaces de Fanno : « Les Tigréens, on va les tuer ; les Tsellim Bét, c'est fait pour être achetés et vendus. » « On est là pour vous vendre et vous acheter comme avant ! » Les meurtres de Tsellim Bét accusé·es d'être des espion·nes du TPLF se sont alors multipliés. Ar'aya précise : « Ils ont commencé à dire que les Tsellim Bét étaient des “junta” quand ils n'ont plus eu de Tigréens [qui ont tous fini par fuir, NDLR] ». Les nationalistes amharas ont arrêté des Tsellim Bét et les ont accusés de passer des appels téléphoniques aux TDF pour leur donner des informations.

Pour les Tséllim Bét et les Tigréen·nes, le travail forcé est difficilement évitable. Les nouveaux propriétaires fonciers, souvent des Fanno ou d'anciens voisins wolqaytés, ne paient pas les salaires pour les activités agricoles. Yordi, une jeune femme Tsellim Bét mariée à un Tigréen, raconte qu'elle et son mari s'étaient déplacés dans une localité reculée après l'assassinat de son beau-père. Loin de leurs terres habituelles, elle confie : « On labourait un peu d'autres terres, mais les Wolqaytés venaient et prenaient tout. Ils disaient : “Tu es Tigréen.” Quand tu travailles, ils disent qu'ils vont te payer mais ils ne le font pas. Moi-même, j'ai travaillé deux jours. Quand j'ai demandé l'argent, ils m'ont dit : “Il n'y a pas d'argent, de quel argent tu parles ?” » La personne qui avait assuré son recrutement était l'administrateur principal de son qebelé.

« Il n'a rien fait alors qu'il a eu un enfant avec ma fille »

Là où les accords de métayage dans l'essentiel des sociétés éthiopiennes est d'au minimum la moitié de la production (ekul) pour le métayer, voire les deux tiers (siso), à Wolqayt, les trois quarts de la production sont maintenant réservés au « propriétaire » des terres. Mais tous ne respectent pas le partage négocié en début de saison. Un jeune homme qui pensait travailler pour un tiers de la récolte de champs appartenant à un Fanno local témoigne : « Au final, il ne m'a donné qu'1 quintal alors que j'en avais récolté 63 ! Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça, que ce n'était pas le contrat, et il m'a dit : “Eh, mais t'es Tigréen ! Tu as oublié Addi Remets ? Tu veux y retourner ? Les Tigréens, ça ne demande pas leur dû !” » Le Fanno en question avait recruté ce jeune à sa sortie de la prison d'Addi Remets, lui ayant au préalable fait payer une caution.

Listant les contraintes pesant sur les gens restés sur place ainsi que les crimes commis, Ar'aya fait une allusion aux violences sexuelles de manière un peu moins furtive que l'essentiel des déplacé·es, qui évoquent rarement cet aspect pourtant central dans la brutalité quotidienne : « Les femmes, c'est de force ou en les kidnappant. » Pendant la guerre au Tigray, plus de 120 000 femmes ont été victimes de viols, généralement en réunion.

Parmi les déplacés du Tigray de l'Ouest, de rares hommes racontent comment ils ont dû laisser derrière eux une épouse ou une fille. « Moi-même, j'ai fini par donner ma fille à un gars originaire [de la région Amhara]. C'était une bonne élève, elle était jeune. J'ai fini par céder car je savais que sinon [lui et ses amis miliciens] allaient la prendre. » L'abandon forcé d'une enfant ne protège pas les parents tigréens : « Ensuite, quand, avec mon autre fille, nous avons été enfermés, il n'a rien fait. Je l'ai appelé pour qu'il nous aide et il n'a même pas daigné répondre au téléphone. Il n'a rien fait alors qu'il a eu un enfant avec ma fille… »

Lorsqu'ils ont conquis la zone, en novembre 2020, certains miliciens se sont vantés de vouloir « rectifier la lignée » en violant les femmes tigréennes ou en leur infligeant des mutilations afin de les empêcher de donner naissance à des Tigréen·nes : les femmes tigréennes, mariées de force à des hommes en armes amharas, ont ainsi été placées dans une situation d'esclavage sexuel.

(À suivre)

Notes

1- Tous les prénoms ont été changés.

2- Entre 1974 et 1991, l'Éthiopie a été plongée dans une guerre civile opposant notamment le régime militaire du Derg au TPLF. Pendant cette période, Wolqayt n'était pas administré par l'État central. Des groupes armés et surtout des bandits y opéraient, dont certains ont commis des kidnappings et des razzias et relancé le commerce d'esclaves.

3- Les 29 et 30 octobre 2021, au moins 100 personnes ont été tuées.

4- Un colorisme marqué imprègne le sens commun dans l'essentiel des sociétés éthiopiennes. Dans les sociétés amharas et du Tigray, beaucoup de personnes ne se perçoivent pas comme Noires, mais comme Habeshas (qui a donné naissance à « Abyssin »), terme faisant référence aux locuteurs des langues sémitiques du nord de l'Éthiopie. « Noir » fait références aux populations du Sud et des marges de l'Empire, marquées par le stigmate de la traite.

Des délégué-e-s non engagé-e-s protestent contre le silence imposé aux voix palestiniennes au congrès du Parti démocrate

27 août 2024, par Democracy now ! — , ,
Alors que les délégué-es « non engagés » [1] continuent leur sit-in juste à l'extérieur de la Convention nationale démocrate pour protester contre le refus du parti de répondre (…)

Alors que les délégué-es « non engagés » [1] continuent leur sit-in juste à l'extérieur de la Convention nationale démocrate pour protester contre le refus du parti de répondre aux demandes de présenter un orateur palestinien américain sur la scène principale, nous entendons deux délégué-e-s non engagés qui ont fait un effort concerté pour mettre la guerre d'Israël contre Gaza au premier plan et pour faire avancer la campagne de Harris sur sa politique au Moyen-Orient. Asma Mohammed, directrice de campagne pour Vote Uncommitted Minnesota et déléguée du Minnesota, dit qu'il y a une déception et une trahison généralisées parmi les délégué-e-s qui ont le sentiment que leurs voix en faveur des droits des Palestiniens sont ignorées. « Ce niveau de silence, ce niveau d'exclusion n'a pas sa place dans notre Parti démocrate », ajoute Abbas Alawieh, cofondateur du Mouvement national non engagé et délégué non engagé du Michigan.

22 août 2024 | tiré du site de Democracy now !

AMY GOODMAN : Juste à l'extérieur du United Center, le centre de congrès, nous sommes rejoints par Asma Mohammed, directrice de campagne pour Vote Uncommitted Minnesota et co-présidente de la délégation non engagée du Minnesota, l'une des 11 délégué-e-s non engagées du Minnesota au DNC. Elle a passé toute la nuit au sit-in, bien qu'elle n'ait pas prévu de le faire, et nous l'avons invitée à parler du gouverneur Walz. Elle est originaire de Minneapolis.

Mais à l'heure actuelle, dans ce sit-in – qui a semblé vous surprendre tous hier soir lorsque vous avez appris que votre demande d'un orateur américano-palestinien avait été refusée – pouvez-vous décrire ce que vous comprenez qu'il se passe ? Je crois comprendre que Roger Lau, le directeur exécutif du Comité national démocrate, est resté avec vous toute la nuit, préoccupé par le fait qu'il voulait s'assurer que vous ne soyez pas arrêté. Mais vos exigences n'ont pas été satisfaites. Explique-moi pourquoi tu es assise là, Asma. Je sais que la vidéo peut être un peu louche ici, mais nous avons pensé qu'il était vraiment important d'entendre votre voix depuis le site du sit-in.

ASMA MOHAMMED : Oui, et je vais demander à Abbas de partager dans un instant aussi. Mais il était important de s'asseoir ici, car la demande n'a pas été satisfaite. Nous plaçons la barre la plus basse pour notre parti. Et nous avons reçu des questions comme : « Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi est-ce le moment ? Parce que c'est notre parti. J'ai passé plus d'une décennie de ma vie à m'organiser pour les démocrates de haut en bas du scrutin, professionnellement. En tant que démocrate, j'ai le droit de demander un Palestinien. Je ne suis pas Palestinien moi-même, mais je plaide pour qu'un Palestinien, comme Ruwa Romman, comme Abdelnasser Rashid, comme les brillants dirigeants élus et représentants palestiniens que nous avons, puisse avoir la chance de parler de ce qui s'est passé à Gaza au cours des 10 derniers mois, de pouvoir parler de ce qu'ils ressentent en ce moment en tant qu'Américains d'origine palestinienne.

Et le fait que cela ait été refusé m'a rappelé – cela m'a fait sentir que cette rencontre, cette fête, n'est pas assez grande. Et je pense que pour ceux qui nous regardent, les messages que je reçois des gens de ma communauté sont les suivants : avons-nous notre place dans ce parti en ce moment ? Et en tant que démocrate, je ne veux jamais envoyer ce message à mon peuple. Je ne veux jamais que mes gens aient l'impression qu'ils n'ont pas leur place dans ce parti. Je vais donner la parole à Abbas.

NERMEEN SHAIKH : Eh bien, assis à côté de vous, Asma, nous voyons Abbas Alawieh, qui a également passé la nuit. Abbas, pourriez-vous nous parler de la façon dont cette nuit s'est déroulée et du type de réponse que vous attendez maintenant de la part du DNC ?

ABBAS ALAWIEH : Merci beaucoup. C'est un plaisir d'être avec vous.

En tant que délégués non engagés, Asma et moi sommes 30 délégués non engagés qui sont venus à la convention en faveur d'un cessez-le-feu qui arrête les bombes et qui réunit tous les captifs, tous les captifs israéliens et palestiniens, avec leurs familles. Nous sommes venus ici en tant que 30 délégués non engagés. Nous nous sommes organisés pendant que nous sommes ici. Tout un tas de délégués de Harris se sont joints à nous. Nous sommes près de 300, ce que nous appelons, des délégués du cessez-le-feu. La position que nous représentons est très populaire parmi les démocrates. Nous devons cesser d'envoyer des armes qui tuent des civils. C'est ainsi que nous obtiendrons un cessez-le-feu. Telles sont les revendications de notre mouvement.

Alors que nous continuons à faire valoir ces demandes, nous avons eu une demande secondaire, que nous avons pensé — nous pensons que nos demandes sont très raisonnables. Arrêtez de tuer les gens que nous aimons. Mais nous avons eu une demande secondaire que nous pensions être un slam dunk dans le parti de la représentation, dans le parti où tout le monde a au moins le droit d'être entendu. Nous avons pensé que dans le parti qui permettrait à un dirigeant d'Uber de s'exprimer depuis la scène principale – Uber, une entreprise qui traite terriblement ses travailleurs, je pourrais ajouter – dans ce parti, au moins ils permettraient à un Américain d'origine palestinienne de parler depuis la scène en ce moment où notre propre gouvernement a si profondément contribué. malheureusement, horriblement, à la douleur que ressentent les Palestiniens et les Américains d'origine palestinienne.

Et donc, du jour au lendemain, nous avons réfléchi à notre demande centrale. Nous avons besoin que notre gouvernement cesse d'envoyer des armes. Nous sommes aussi, honnêtement, dans un état de choc. Ce niveau de silence, ce niveau d'exclusion, cela n'a pas sa place dans notre Parti démocrate. Et nous savons que la majorité des électeurs démocrates à travers le pays sont d'accord avec nous. Nous sommes consternés que la direction du Parti démocrate nous ait donné une réponse négative. Nous espérons que ce ne sera pas leur réponse finale. Nous sommes toujours assis ici, juste en face du United Center. J'ai mon téléphone. J'attends que le Parti démocrate rappelle et nous dise, espérons-le, que ce n'est pas un parti qui réduit au silence les Palestiniens et ceux qui défendent les droits de l'homme des Palestiniens.

AMY GOODMAN : Quand nous avons appris que vous aviez le sit-in et que nous nous sommes précipités vers le United Center, vous avez tous semblé aussi surpris que n'importe qui d'avoir cela, car vous avez obtenu ce que vous pensiez à l'époque être le non final, bien que rien ne soit définitif. Mais vous avez le directeur exécutif du DNC juste là, du Comité national démocrate. Asma Mohammed, c'est vrai ? Roger Lau. Et pouvez-vous lui poser ces questions ? Je veux dire, il est resté avec toi toute la nuit.

ABBAS ALAWIEH : oui. Nous avons donc été en contact avec tout un tas de personnes, à la fois au DNC et dans l'équipe de la vice-présidente Harris. Il ne s'agit donc pas d'un seul individu. Nous savons que tout le monde dans la direction démocrate a été au courant de cette demande. Donc, le problème n'est pas avec un seul individu.

Le problème est, malheureusement, un problème systémique dans notre parti, un problème systématique dans notre pays, où il y a des forces pro-guerre. Il y a des forces pro-guerre dans notre pays. Ils ne sont pas la majorité. Nous sommes la majorité, et nous allons gagner. Nous mettrons fin à la guerre. C'est ce que veut le peuple américain. Mais il y a des forces pro-guerre qui gagnent de l'argent avec chaque bombe supplémentaire qui lâche et tue des bébés. C'est la chose difficile dans laquelle nous sommes assis.

Et pour une raison quelconque, après un très long va-et-vient avec le DNC, où ils – où nous leur donnions des noms, et nous avions des membres du Congrès qui contactaient également l'équipe du vice-président, et des gens qui poussaient de l'intérieur – après tout cela, et après que nous nous sentions très proches, Sorti de nulle part – sorti de nulle part, la réponse est non. Quelqu'un y a opposé son veto. Je ne sais pas qui ils sont. Ils s'opposent probablement aux droits de l'homme des Palestiniens. Mais nous sommes des gens qui soutiennent tous les droits de l'homme. Nous soutenons les droits de l'homme pour tous, y compris les Palestiniens. Et nous sommes la majorité dans ce pays.

ASMA MOHAMMED : Quatre-vingt-six pour cent des démocrates soutiennent un cessez-le-feu. Je sais que les gens qui sont à cette convention veulent entendre un Palestinien. Ils ont besoin d'entendre un Palestinien. En tant que personne qui n'est pas palestinienne, je veux entendre un Palestinien sur cette scène principale. Ils méritent cette étape. Ils ont besoin de cette étape. Ne pensez-vous pas qu'au cours des 10 derniers mois, nous devons au moins cela aux Américains d'origine palestinienne ? Oui.

AMY GOODMAN : Asma, nous vous avions initialement réservé avant ce sit-in. Vous alliez être en studio. Vous êtes un délégué non engagé du Minnesota. Et nous voulions vous demander – et nous terminerons par cette question : quel est votre gouverneur, le gouverneur du Minnesota Tim Walz, qui parlait à l'intérieur du centre de convention, où vous aviez prévu d'être hier soir, alors que vous vous asseyiez tous à l'extérieur – quelle est sa position vis-à-vis des délégués non engagés et autour de Gaza ?

ASMA MOHAMMED : Avec les électeurs non engagés, il a été en fait très gentil. Après que nous, 46 000 électeurs, nous ayons rejoints pour dire que nous voulons la fin du génocide, il a dit : « Ces gens ont besoin d'être entendus. » Et en ce moment, il a l'occasion de dire à son colistier de nous écouter. Il a l'occasion de dire : « Nous devons les laisser monter sur la scène principale. » Il a l'occasion de dire : « Nous devons arrêter d'envoyer des bombes. » Donc, s'il a l'impression que nous avons besoin d'être entendus, comme il l'a dit le 6 mars, le lendemain des élections primaires au Minnesota, alors il doit le dire très clairement à ce moment-là, parce que, en tant qu'habitants du Minnesota, nous faisons toujours, toujours référence au défunt sénateur Paul Wellstone, et nous disons : « Nous faisons tous mieux quand nous faisons tous mieux. » Eh bien, je pense que cela inclut aussi les Palestiniens.

AMY GOODMAN : Asma Mohammed, nous tenons à vous remercier infiniment d'être parmi nous, une déléguée non engagée du Minnesota, et Abbas Alawieh, un délégué non engagé du Michigan. Ils participent tous les deux à un sit-in. Nous leur parlons là où ils se trouvent, juste à l'extérieur du United Center, juste à l'extérieur de la Convention nationale démocrate.


[1] des membres du Parti démocrate qui font de l'arrêt d'envoi d'armes à Israël, la condition de leur soutien au Parti démocrate aux prochaines élections

Des délégué-es non engagé-es protestent contre le silence imposé aux voix palestiniennes au congrès du Parti démocrate

27 août 2024, par Democracy now ! — , ,
Alors que les délégué-es « non engagé-es » [1] continuent leur sit-in juste à l'extérieur de la Convention nationale démocrate pour protester contre le refus du parti de (…)

Alors que les délégué-es « non engagé-es » [1] continuent leur sit-in juste à l'extérieur de la Convention nationale démocrate pour protester contre le refus du parti de répondre aux demandes de présenter un orateur palestinien américain sur la scène principale, nous entendons deux délégué-es non engagé-es qui ont fait un effort concerté pour mettre la guerre d'Israël contre Gaza au premier plan et pour faire avancer la campagne de Harris sur sa politique au Moyen-Orient. Asma Mohammed, directrice de campagne pour Vote Uncommitted Minnesota et déléguée du Minnesota, dit qu'il y a une déception et une trahison généralisées ressenties parmi les délégué-es qui ont le sentiment que leurs voix en faveur des droits des Palestinien-nes sont ignorées. « Ce niveau de silence, ce niveau d'exclusion n'a pas sa place dans notre Parti démocrate », ajoute Abbas Alawieh, cofondateur du Mouvement national non engagé et délégué non engagé du Michigan.

22 août 2024 | tiré du site de Democracy now !

AMY GOODMAN : Juste à l'extérieur du United Center, le centre de congrès, nous sommes rejoints par Asma Mohammed, directrice de campagne pour Vote Uncommitted Minnesota et co-présidente de la délégation non engagée du Minnesota, l'une des 11 délégué-es non engagé-es du Minnesota au DNC. Elle a passé toute la nuit au sit-in, bien qu'elle n'ait pas prévu de le faire, et nous l'avons invitée à parler du gouverneur Walz. Elle est originaire de Minneapolis.

Mais à l'heure actuelle, dans ce sit-in – qui a semblé vous surprendre tous hier soir lorsque vous avez appris que votre demande d'un orateur américano-palestinien avait été refusée – pouvez-vous décrire ce que vous comprenez qu'il se passe ? Je crois comprendre que Roger Lau, le directeur exécutif du Comité national démocrate, est resté avec vous toute la nuit, préoccupé par le fait qu'il voulait s'assurer que vous ne soyez pas arrêté-es. Mais vos exigences n'ont pas été satisfaites. Expliquez-moi pourquoi vous êtes assise là, Asma. Je sais que la vidéo peut être un peu louche ici, mais nous avons pensé qu'il était vraiment important d'entendre votre voix depuis le site du sit-in.

ASMA MOHAMMED : Oui, et je vais demander à Abbas de partager dans un instant aussi. Mais il était important de s'asseoir ici, car la demande n'a pas été satisfaite. Nous plaçons la barre la plus basse pour notre parti. Et nous avons reçu des questions comme : « Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi est-ce le moment ? Parce que c'est notre parti. J'ai passé plus d'une décennie de ma vie à organiser pour les démocrates de haut en bas du scrutin, professionnellement. En tant que démocrate, j'ai le droit de demander un-e Palestinien-ne. Je ne suis pas Palestinienne moi-même, mais je plaide pour qu'un ou une Palestinienne, comme Ruwa Romman, comme Abdelnasser Rashid, comme les brillant-es dirigeant-es élu-es et représentant-es palestinien-nes que nous avons, puissent avoir la chance de parler de ce qui s'est passé à Gaza au cours des 10 derniers mois, de pouvoir parler de ce qu'ils et elles ressentent en ce moment en tant qu'Américain-es d'origine palestinienne.

Et le fait que cela ait été refusé m'a rappelé – cela m'a fait sentir que cette rencontre, cette fête, n'est pas assez grande. Et je pense que pour ceux et celles qui nous regardent, les messages que je reçois des gens de ma communauté sont les suivants : avons-nous notre place dans ce parti en ce moment ? Et en tant que démocrate, je ne veux jamais envoyer ce message à mon peuple. Je ne veux jamais que mes gens aient l'impression qu'ils n'ont pas leur place dans ce parti. Je vais donner la parole à Abbas.

NERMEEN SHAIKH : Eh bien, assis à côté de vous, Asma, nous voyons Abbas Alawieh, qui a également passé la nuit. Abbas, pourriez-vous nous parler de la façon dont cette nuit s'est déroulée et du type de réponse que vous attendez maintenant de la part du DNC ?

ABBAS ALAWIEH : Merci beaucoup. C'est un plaisir d'être avec vous.

Comme délégué-es non engagé-es, Asma et moi sommes parmi 30 délégué-es non engagé-es qui sont venus à la convention en faveur d'un cessez-le-feu qui arrête les bombes et qui réunit tous les captifs, israéliens et palestiniens, avec leurs familles. Nous sommes venus ici en tant que 30 délégués non engagés. Nous nous sommes organisés pendant que nous sommes ici. Tout un tas de délégués de Harris se sont joints à nous. Nous sommes près de 300, ce que nous appelons, des délégués du cessez-le-feu. La position que nous représentons est très populaire parmi les démocrates. Nous devons cesser d'envoyer des armes qui tuent des civils. C'est ainsi que nous obtiendrons un cessez-le-feu. Telles sont les revendications de notre mouvement.

Alors que nous continuons à faire valoir ces demandes, nous avons eu une demande secondaire, dont nous avons pensé — nous pensons que nos demandes sont très raisonnables. Arrêtez de tuer les gens que nous aimons. Mais nous avons eu une demande secondaire que nous pensions être un lancer coulé dans le parti de la représentation, dans le parti où tout le monde a au moins le droit d'être entendu. Nous avons pensé que dans le parti qui permettrait à un dirigeant d'Uber de s'exprimer depuis la scène principale – Uber, une entreprise qui traite terriblement ses travailleur-euses, je pourrais ajouter – dans ce parti, au moins ils permettraient à un Américain d'origine palestinienne de parler depuis la scène en ce moment où notre propre gouvernement a si profondément contribué. malheureusement horriblement, à la douleur que ressentent les Palestinien-nes et les Américain-es d'origine palestinienne.

Et donc, du jour au lendemain, nous avons réfléchi à notre demande centrale. Nous avons besoin que notre gouvernement cesse d'envoyer des armes. Nous sommes aussi, honnêtement, dans un état de choc. Ce niveau de silence, ce niveau d'exclusion, cela n'a pas sa place dans notre Parti démocrate. Et nous savons que la majorité des électeurs démocrates à travers le pays sont d'accord avec nous. Nous sommes consternés que la direction du Parti démocrate nous ait donné une réponse négative. Nous espérons que ce ne sera pas leur réponse finale. Nous sommes toujours assis ici, juste en face du United Center. J'ai mon téléphone. J'attends que le Parti démocrate rappelle et nous dise, espérons-le, que ce n'est pas un parti qui réduit au silence les Palestinien-nes et ceux qui défendent les droits humains des Palestinien-nes.

AMY GOODMAN : Quand nous avons appris que vous faisiez le sit-in et que nous nous sommes précipités vers le United Center, vous avez tous semblé aussi surpris que n'importe qui de faire cela, car vous avez obtenu ce que vous pensiez à l'époque être le non final, bien que rien ne soit définitif. Mais vous avez le directeur exécutif du DNC juste là, du Comité national démocrate. Asma Mohammed, c'est vrai ? Roger Lau. Et pouvez-vous lui poser ces questions ? Je veux dire, il est resté avec vous toute la nuit.

ABBAS ALAWIEH : Oui. Nous avons donc été en contact avec tout un tas de personnes, à la fois au DNC et dans l'équipe de la vice-présidente Harris. Il ne s'agit donc pas d'un seul individu. Nous savons que tout le monde dans la direction démocrate a été mis au courant de cette demande. Donc, le problème ne concerne pas un seul individu.

Le problème est, malheureusement, un problème systémique dans notre parti, un problème systématique dans notre pays, où il y a des forces pro-guerre. Il y a des forces pro-guerre dans notre pays. Ils ne sont pas la majorité. Nous sommes la majorité, et nous allons gagner. Nous mettrons fin à la guerre. C'est ce que veut le peuple américain. Mais il y a des forces pro-guerre qui gagnent de l'argent avec chaque bombe supplémentaire qui est lâchée et tue des bébés. C'est la chose difficile dans laquelle nous sommes assis.

Et pour une raison quelconque, après un très long va-et-vient avec le DNC, où ils – où nous leur donnions des noms, et nous avions des membres du Congrès qui contactaient également l'équipe du vice-président, et des gens qui poussaient de l'intérieur – après tout cela, et après que nous nous soyons sentis très proches, sortie de nulle part – sortie de nulle part, la réponse a été non. Quelqu'un y a opposé son veto. Je ne sais pas qui ils sont. Ils s'opposent probablement aux droits humains des Palestinien-nes. Mais nous sommes des gens qui soutiennent tous les droits humains. Nous soutenons les droits humains pour tous et toutes, y compris les Palestinien-nes. Et nous sommes la majorité dans ce pays.

ASMA MOHAMMED : Quatre-vingt-six pour cent des démocrates soutiennent un cessez-le-feu. Je sais que les gens qui sont à cette convention veulent entendre un-e Palestinien-ne. Ils ont besoin d'entendre un-e Palestinien-ne. En tant que personne qui n'est pas palestinienne, je veux entendre un-e Palestinien-ne sur cette scène principale. Ils méritent cette étape. Ils ont besoin de cette étape. Ne pensez-vous pas qu'au cours des 10 derniers mois, nous devons au moins cela aux Américain-es d'origine palestinienne ? Oui.

AMY GOODMAN : Asma, nous avions initialement réservé votre présence avant ce sit-in. Vous alliez être en studio. Vous êtes une déléguée non engagée du Minnesota. Et nous voulions vous demander – et nous terminerons par cette question : quel est votre gouverneur, le gouverneur du Minnesota Tim Walz, qui parlait à l'intérieur du centre de convention, où vous aviez prévue être hier soir, alors que vous vous asseyiez tous et toutes à l'extérieur – quelle est sa position vis-à-vis des délégué-es non engagé-es et autour de Gaza ?

ASMA MOHAMMED : Avec les électeurs et électrices non engagés, il a été en fait très gentil. Après que nous, 46 000 électeurs, nous aient rejoints pour dire que nous voulons la fin du génocide, il a dit : « Ces gens ont besoin d'être entendus. » Et en ce moment, il a l'occasion de dire à son colistier de nous écouter. Il a l'occasion de dire : « Nous devons les laisser monter sur la scène principale. » Il a l'occasion de dire : « Nous devons arrêter d'envoyer des bombes. » Donc, s'il a l'impression que nous avons besoin d'être entendus, comme il l'a dit le 6 mars, le lendemain des élections primaires au Minnesota, alors il doit le dire très clairement à ce moment-ci, parce que, en tant qu'habitant-es du Minnesota, nous faisons toujours, toujours référence au défunt sénateur Paul Wellstone, et nous disons : « Nous faisons tous mieux quand nous faisons tous mieux. » Eh bien, je pense que cela inclut aussi les Palestinien-nes.

AMY GOODMAN : Asma Mohammed, nous tenons à vous remercier infiniment d'être parmi nous, une déléguée non engagée du Minnesota, et Abbas Alawieh, un délégué non engagé du Michigan. Ils participent tous les deux à un sit-in. Nous leur parlons là où ils se trouvent, juste à l'extérieur du United Center, juste à l'extérieur de la Convention nationale démocrate.

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[1] des membres du Parti démocrate qui font de l'arrêt d'envoi d'armes à Israël, la condition de leur soutien au Parti démocrate aux prochaines élections

Au Royaume-Uni, la victoire en trompe-l’œil des antiracistes

27 août 2024, par Laure Van Ruymbeke — , ,
Après des jours d'émeutes racistes dans les rues d'Angleterre et d'Irlande du Nord, la tension est retombée. Pourtant, malgré « l'élan de solidarité » des « marcheurs (…)

Après des jours d'émeutes racistes dans les rues d'Angleterre et d'Irlande du Nord, la tension est retombée. Pourtant, malgré « l'élan de solidarité » des « marcheurs anti-haine », la période reste « effrayante », selon des militants.

Londres (Royaume-Uni), correspondance

16 août 2024 | tiré du site de Reporterre.net
https://reporterre.net/Au-Royaume-Uni-la-victoire-en-trompe-l-oeil-des-antiracistes

Le Royaume-Uni a la gueule de bois. Pendant une dizaine de jours, de Plymouth sur la côte sud, à Sunderland au nord de l'Angleterre, en passant par Belfast en Irlande du Nord, des émeutes racistes ont violemment secoué le pays — les pires, selon certains, depuis un siècle, par leur ampleur et leur étendue.

Le 29 juillet dernier, trois fillettes ont été assassinées à Southport dans une attaque au couteau faussement attribuée sur les réseaux sociaux à un migrant de confession musulmane, arrivé récemment par bateau. Munis de battes, de briques ou de bouteilles, des émeutiers d'extrême droite s'en sont alors pris aux mosquées et aux logements hébergeant des demandeurs d'asile, avec des slogans islamophobes et racistes. Ils ont vandalisé des magasins appartenant à des musulmans, incendié des voitures et même une bibliothèque à Liverpool. La police a arrêté plus de 1 000 personnes, de 11 à 69 ans, dont près de 600 poursuivis et à ce jour 120 condamnés. Leur visage, nom et âge circulent depuis dans les médias.

Marches antiracistes

Une date a marqué une bascule : mercredi 7 août. Ce soir-là, alors que la police avait identifié de possibles émeutes dans une centaine d'endroits du pays, des contre-manifestants antiracistes — auxquels s'est joint le député antifasciste français Raphaël Arnault — se sont mobilisés par milliers. « La nuit où les marcheurs anti-haine ont tenu tête aux voyous », titrait le Daily Mail.

Depuis, les émeutiers, qui font honte à 73 % de Britanniques, se sont tus et les associations antiracistes organisent des manifestations avec des pancartes « Refugees welcome ! » (« Les réfugiés sont les bienvenus ! ») Une victoire ?

« C'est formidable de voir cet élan d'amour et de solidarité envers les communautés musulmanes et les demandeurs d'asile, nous avons vu des habitants, dont des Blancs, aider à nettoyer les rues et reconstruire les mosquées, indique Rohini Kahrs, de la fondation pour la justice raciale Runnymede Trust. Mais il ne s'agit pas selon moi d'une victoire antifasciste. C'est une période effrayante pour les personnes racisées et les musulmans en particulier qui sont intimidés dans la rue. » Le maire de Londres, Sadiq Khan, a lui aussi indiqué « ne pas se sentir en sécurité en tant que musulman ».

« Racisme institutionnel »

Selon plusieurs associations, ce racisme exacerbé n'est pas une surprise. Le Royaume-Uni a été incapable de lutter contre le racisme institutionnel, accuse un rapport publié par Runnymede Trust et Amnesty International le 12 août dernier. « C'est le résultat d'années de discours hostiles de la part de certains médias et d'hommes politiques, qui nient totalement l'humanité des personnes qui ont besoin d'asile », confirme de son côté Leila Zadeh, directrice exécutive de Rainbow Migration, qui fournit un soutien psychologique aux demandeurs d'asile LGBTQI+.

Ainsi, dès 2007, le gouvernement travailliste a introduit la notion d'« environnement hostile » à l'encontre des travailleurs clandestins, largement amplifiée sous les conservateurs. « Un changement significatif s'est amorcé en 2013 lorsque l'équipe de Theresa May — alors ministre de l'Intérieur — a eu l'idée de conduire des vans dans des quartiers défavorisés de Londres avec ce slogan : “Rentrez à la maison ou vous risquez d'être arrêté” », souligne Parth Patel, chercheur à l'Institut pour la recherche publique (IPPR).

Il y a ensuite eu le Brexit et son lot de promesses anti-immigration. Puis, « face à la montée du vote populiste, les conservateurs ont ajusté leur politique ». Le parti a ainsi voulu expulser les migrants vers le Rwanda ; un échec. Rishi Sunak a eu pour slogan : « Stop the boats » (« Arrêtez les bateaux »). Suella Braverman, ancienne ministre de l'Intérieur aux sorties controversées, a mis en garde contre l'arrivée d'un « ouragan de migrants » et a qualifié les marches pro-Palestine de « marches de la haine ». Une rhétorique reprise dans les médias, traditionnels comme les tabloïds.

Confronté à sa première grande épreuve, le Premier ministre travailliste Keir Starmer incarne-t-il l'espoir d'un changement ? « Dans l'immédiat, il a su traiter la phase aigüe de la crise, répond Parth Patel. Reste à savoir quelles réponses il apportera sur le long terme. »

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Royaume-Uni :* les travaillistes propagent un « {vieux message de peur et d’hostilité} », après l’annonce du gouvernement d’augmenter les expulsions de migrants

27 août 2024, par Théo Bourrieau — , ,
Le nouveau gouvernement britannique a annoncé mercredi 21 août une série de mesures pour lutter contre l'immigration, notamment en augmentant le nombre d'expulsions. Le (…)

Le nouveau gouvernement britannique a annoncé mercredi 21 août une série de mesures pour lutter contre l'immigration, notamment en augmentant le nombre d'expulsions. Le gouvernement « promeut un message séculaire de peur et d'hostilité à l'égard de certaines des personnes les plus victimisées et traumatisées », a réagi *Amnesty International Royaume-Uni *(*1*).

Par Théo Bourrieau <https://www.humanite.fr/auteur/theo...> ,
Tiré de L'Humanité, France, le 21 août 2024

Nombreux liens dans le texte sur www.humanite.fr/monde/immigration/royaume-uni-les-travaillistes-propagent-un-vieux-message-de-peur-et-dhostilite-apres-lannonce-du-gouvernement-daugmenter-les-expulsions-de-mi <http://www.humanite.fr/monde/immigr...>

Si la victoire du parti travailliste au Royaume-Uni, lors des élections législatives du 4 juillet, n'était pas une surprise, les positions sécuritaires du nouveau gouvernement en matière d'immigration l'étaient encore moins. Le nouveau Premier ministre Keir Starmer, représentant l'aile droite du parti travailliste, avait pourtant abandonné le projet de ses prédécesseurs d'expulser les migrants arrivés illégalement vers le Rwanda dès son arrivée au pouvoir.

Mais, mercredi 21 août, le gouvernement britannique, la ministre de l'Intérieur en tête, a annoncé une série de nouvelles mesures pour lutter contre l'immigration. « Nous prenons des mesures fortes et claires pour renforcer la sécurité à nos frontières et veiller à ce que les règles soient respectées et appliquées » a déclaré Yvette Cooper. « Des personnels sont redéployés pour augmenter le nombre de renvois de demandeurs d'asile déboutés, qui a chuté de 40 % depuis 2010 », continue la nouvelle ministre de l'Intérieur qui veut atteindre dans les six prochains mois le niveau d'expulsions de 2018.

*Des « penchants islamophobe et anti-migrants »*

Steve Valdez-Symonds, directeur du programme sur les droits des réfugiés et des migrants à *Amnesty International Royaume-Uni *a déclaré que les travaillistes ne font que « réchauffer » la rhétorique du gouvernement précédent et devraient plutôt se concentrer sur la mise en place d'itinéraires sûrs pour réduire les dangers des passages frontaliers et le risque que les personnes vulnérables soient exploitées par des gangs criminels. Le gouvernement « propage un message séculaire de peur et d'hostilité à l'égard de certaines des personnes les plus victimisées et traumatisées », fustige le responsable d'Amnesty.

Après les émeutes d'extrême droite qui ont éclaté dans des dizaines de villes d'Angleterre début août, la thématique de l'immigration est plus que jamais au centre des débats au Royaume-Uni. « Les émeutes sont le résultat d'années de peur raciste, de politique anti-immigrés et de langage antimusulman qui ont atteint un pic après qu'Israël a commencé son génocide à Gaza », expliquait dans nos colonnes *Ashok Kumar,* professeur d'économie politique à l'université de Londres (*2*).

Le professeur, à l'origine de nombreuses publications sur des sujets aussi divers que la théorie urbaine, le développement, la crise capitaliste, les mouvements des travailleurs, les chaînes d'approvisionnement mondiales et l'identité, anticipait la politique des nouveaux ministres britanniques : « le gouvernement de Keir Starmer durcira ses penchants islamophobe et anti-migrants pour apaiser la foule, mais assouplira peut-être les mesures d'austérité ». Pour l'instant, ses prédictions semblent se concrétiser.

(*1*) www.amnesty.org/en/location/europe-and-central-asia/western-central-and-south-eastern-europe/united-kingdom/report-united-kingdom/

(*2*) www.bbk.ac.uk/our-staff/profile/9159291/ashok-kumar

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Élections britanniques de 2024 : Défis et opportunités

27 août 2024, par Feminist Dissent — , ,
Feminist Dissent commence par noter un immense soulagement face à l'ampleur des victoires contre les conservateurs. Nous partageons le dégoût que tant de personnes ont ressenti (…)

Feminist Dissent commence par noter un immense soulagement face à l'ampleur des victoires contre les conservateurs. Nous partageons le dégoût que tant de personnes ont ressenti à l'égard des conservateurs (en particulier de la dernière administration), qui ont vu les services publics littéralement réduits à néant tandis que les principaux membres du gouvernement reprenaient les théories conspirationnistes racistes de l'extrême-droite.

Le rejet par l'électorat de cette stratégie flagrante de division sociale, et de bon nombre des personnalités qui y étaient associées, a été non seulement important, mais aussi profondément gratifiant. En même temps, il y a des réserves importantes à ces bonnes nouvelles : le taux de participation électorale a atteint un niveau historiquement bas, ce qui montre à quel point de nombreuses personnes se sentent désengagées de l'ensemble du processus politique. Il est clair que si la colère est grande contre ce que les conservateurs ont fait subir au Royaume-Uni par leurs politiques sociales et économiques destructrices et génératrices de divisions, il est difficile de savoir dans quelle mesure les choses changeront réellement sous l'impulsion des travaillistes. Contrairement à la situation qui prévalait lors du dernier raz-de-marée travailliste en 1997, le Royaume-Uni est plus pauvre, plus divisé et a désespérément besoin de reconstruire son économie, ses services publics et surtout ses institutions démocratiques, qui ont été si profondément ternies par le dernier gouvernement conservateur. Les travaillistes ont un mandat pour le changement, mais dans quelle mesure l'institueront-ils ?

Dans cette discussion, nous ne voulons pas simplement réitérer les critiques politiques de Starmer qui ont été formulées par de nombreux groupes de gauche, féministes et antiracistes. Nous souhaitons plutôt nous concentrer sur certaines questions clés que la plupart de ces commentaires n'ont pas abordées, et réfléchir aux possibilités d'intervention que la situation actuelle offre à un mouvement politique de gauche, féministe et antiraciste.

La communautarisation de l'électorat : la politique de l'identité dans les élections
L'un des paradoxes du dernier gouvernement est qu'il était le plus diversifié jamais vu en Grande-Bretagne, tout en étant idéologiquement le plus raciste. Comment comprendre qu'un ministre de l'intérieur britannique d'origine asiatique, dont les parents ont immigré en Grande-Bretagne, se fasse le champion de l'expulsion des demandeurs d'asile vers le Rwanda et les décrive comme une invasion ? De nombreux membres de la gauche ont réagi avec perplexité, comme si ces personnes trahissaient quelque chose. Toutefois, si l'on considère cette situation dans le contexte de la communautarisation politique des identités des minorités ethniques, elle prend tout son sens. L'une des caractéristiques les plus significatives de cette élection, rarement commentée dans les médias grand public, est la mesure dans laquelle les Sud-Asiatiques sont désormais appelés à voter selon des critères religieux plutôt que de classe ; ils sont appelés à voter en tant que « musulmans », « hindous » et « sikhs ».

Le processus de communautarisation se poursuit discrètement depuis un certain temps. Lors des élections de 2019, les conservateurs ont cherché à utiliser des tactiques d'intimidation religieuse pour attirer les électeurs et les électrices hindous. Les forces de l'hindutva avaient déjà produit des vidéos de soutien à David Cameron en Grande-Bretagne et à Donald Trump aux États-Unis. Ce qui a été le plus remarquable dans cette élection, c'est la confiance avec laquelle la politique de la « banque de votes » religieuse sud-asiatique a été affirmée dans le domaine public, et la façon dont ces groupes ont exigé que les politiciens adhèrent à leurs agendas. Cela reflète une croissance plus large du rôle de la politique identitaire, qui se manifeste non seulement par le vote religieux dans les communautés minoritaires, mais aussi par la politique identitaire nationaliste blanche représentée par le Parti réformiste, autre grand vainqueur de cette élection.

En ce qui concerne le vote religieux dans les communautés musulmanes, la presse en a largement rendu compte en parlant d'un « vote pro-Gaza réduisant les majorités travaillistes ». Dans le cas de Jonathon Ashworth à Leicester South, cela a conduit non seulement à la réduction de certaines majorités travaillistes, mais aussi à l'éviction d'un député travailliste en exercice dans ce qui est considéré comme un siège « sûr ». Mais ce qui a été moins commenté, c'est le rôle de la politique d'identité religieuse et des groupes fondamentalistes qui s'organisent dans cet espace politique.

L'organisation « The Muslim Vote » illustre clairement ce processus. Elle a fait campagne pour la « paix en Palestine » contre les positions pro-israéliennes affichées dans le refus initial du parti travailliste de soutenir un cessez-le-feu à Gaza. Les membres de ce groupe ont cherché à obtenir un soutien pour différent·es candidat·es musulman·es « indépendant·es » et à se situer dans une campagne globale en affirmant qu'elles et ils constituent « la plus grande campagne politique musulmane jamais mise en place dans l'histoire de la communauté musulmane britannique ». Avec des slogans tels que « paix en Palestine, égalité au Royaume-Uni », ces groupes semblent avoir des positions que de nombreuses personnes progressistes soutiendraient.

Cependant, nous ne devons pas nous faire d'illusions sur le fait qu'il s'agit d'une tentative majeure de reconstituer des allégeances politiques avant tout sur une base religieuse. Il ne s'agit pas seulement de l'importance des « identités culturelles », comme beaucoup pourraient le penser. Il s'agit plutôt d'un processus dans lequel les communautés sont contraintes d'accepter les normes fondamentalistes et les étranger·es doivent accepter ces dirigeants comme des porte-parole légitimes ou uniques. Ce processus a des implications majeures pour la position des femmes, des jeunes filles et des minorités sexuelles dans ces communautés – et il est également très significatif pour la façon dont il déplace complètement les questions concernant les personnes ayant des intérêts communs au-delà des frontières religieuses, telles que les affinités en tant que travailleurs/travailleuses ou en tant que femmes.

Si les chefs religieux musulmans peuvent se positionner aux côtés de personnalités progressistes anti-guerre comme Jeremy Corbyn sur la question de la Palestine, leurs programmes politiques plus larges sont plus régressifs que les normes patriarcales traditionnelles déjà présentes dans ces communautés. Le groupe Muslim Vote est soutenu par le MEND et l'Association musulmane de Grande-Bretagne (MAB), qui représentent tous deux cette forme de politique fondamentaliste. Par exemple, ces deux groupes ont défendu des définitions de l'« islamophobie » qui associent la critique légitime de la doctrine islamique au racisme, créant ainsi un code du blasphème de facto. Ils ont activement fait campagne pour introduire une forme autoritaire de politique religieuse dans l'éducation (en promouvant la ségrégation sexuelle dans les écoles et en s'opposant à l'éducation sexuelle) et, plus généralement, dans la politique sociale (où ils ont défendu des initiatives telles que les tribunaux religieux).

Au sein des communautés musulmanes, ces groupes réduisent activement au silence les voix dissidentes, en particulier celles des femmes et des jeunes filles. Les médias ont évoqué les problèmes d'intimidation lors des élections. Mais ce qui n'a pas été évoqué, c'est la manière dont ces intimidations ont été dirigées de manière agressive contre des députées travaillistes laïques telles que Rushanara Ali (Bethnal Green et Stepney), Shabana Mahmood (Birmingham Ladywood) et Jess Phillips (Birmingham Yardley). Cette dernière est importante dans la mesure où, contrairement à nombreuses et nombreux autres députés travaillistes qui ont également été confrontés à l'hostilité en raison du refus initial du parti de critiquer Israël, Jess Phillips avait déjà quitté le banc du parti travailliste en signe de protestation contre la position du parti à cet égard.

De l'autre côté du camp du vote religieux, les hindous se sont mobilisés pour le vote hindou en utilisant un manifeste hindou et en organisant des réunions dans les temples hindous à travers le pays. Ce manifeste contient une série d'exigences. La plus sérieuse d'entre elles demande à Keir Stammer de lutter contre les crimes de haine à l'encontre des hindous, ce qui a été décrit comme de l'« hindouphobie », bien qu'il n'y ait aucune preuve de sa prévalence au Royaume-Uni. Comme pour la promotion de l'islamophobie, l'hindouphobie a été inventée pour créer un espace permettant aux hindous de projeter une idée de victimisation hindoue qui est étroitement liée à l'agenda nationaliste hindou de l'actuel premier ministre indien Narendra Modi.

Ainsi, l'agenda pour la reconnaissance des communautés religieuses ou confessionnelles est mené par des forces de droite qui sont connectées au niveau mondial. Par exemple, le manifeste hindou est soutenu par des forces hindoues telles que le Hindu Forum of Great Britian, le Hindu Council UK, le National Council of Hindu Temples et d'autres qui ont été mobilisées dans le cadre de la tentative de Modi de s'emparer de la diaspora hindoue indienne. Ce sont ces mêmes organisations qui se sont opposées avec succès à l'introduction d'une législation contre la discrimination fondée sur la caste au Royaume-Uni et qui se sont mobilisées pour réclamer des écoles confessionnelles, l'inclusion de l'« hindouphobie » dans la politique sociale et le discours public et des contrôles stricts de l'immigration – sans doute pour se présenter comme une communauté minoritaire respectueuse de la loi et bien intégrée par rapport aux nouvelles et nouveaux migrants illégaux et aux « musulman·es qui ne méritent pas ».

Dans le même ordre d'idées, un manifeste sikh a été lancé le 7 juin, visant en grande partie le parti travailliste, que la plupart des sikhs soutiennent encore. Mais comme les autres, il promeut une identité politique sikh khalistanaise et demande au Royaume-Uni de déclassifier les groupes khalistanais en tant que terroristes. Il est intéressant de noter que le document ne mentionne pas les groupes à l'origine de cette initiative et qu'il est donc moins transparent que les autres.

Leicestershire est l'un des endroits où cette communautarisation de l'électorat s'est le plus manifestée. D'une part, dans la circonscription de Leicester South, la musulmane indépendante Shokat Adam a éliminé le travailliste Jonathon Ashworth. De l'autre côté de la ville, il est très ironique de constater que le seul gain des conservateurs sur les travaillistes dans l'ensemble des élections s'est produit à Leicester Est, où Shivani Raja a remporté le siège des travaillistes pour les conservateurs – c'est la première fois en 37 ans que cette circonscription élit un conservateur. Shivani Raja a mené sa campagne sur une base totalement communautaire, se positionnant comme une Gujarati hindoue plutôt qu'asiatique. En dehors de la ville de Leicester, Lee Anderson – qui avait quitté les conservateurs pour rejoindre le parti réformiste – a remporté pour ce dernier la circonscription d'Ashfield, qui est historiquement un siège travailliste sûr pour les anciens mineurs. Des récits anecdotiques émanant de communautés minoritaires du Leicestershire indiquent aujourd'hui qu'Ashfield est « une zone interdite aux personnes non blanches ». Il a également été prouvé que le travail de l'extrême droite consistant à associer les Asiatiques aux gangs de toilettage à Rotherham a également eu un impact dans cette circonscription, ce qui reflète le pouvoir de mobilisation de cette question.

Nous assistons ici à une consolidation de la politique identitaire en tant que force au sein d'un certain nombre de circonscriptions britanniques. Si les programmes politiques de ces identités sont différents et s'expriment différemment dans la rhétorique musulmane, hindoue ou nationaliste blanche, ils sont tous le reflet les uns des autres dans la mesure où chaque identité se positionne en opposition à un « establishment » qui « n'écoute pas » un groupe d'électeurs et d'électrices méprisées et victimisése. À une époque où la méfiance à l'égard des institutions démocratiques est si grande et où tant de personnes se sentent incertaines de ce que l'avenir leur réserve, à elles et à leurs familles, les politiques identitaires s'adressent aux peurs et aux angoisses des gens, mais dans le langage réactionnaire d'un concours ethnique à somme nulle, où les différents groupes sont montés les uns contre les autres. Les formes de mobilisation politique qu'elles proposent ne feront que renforcer les forces les plus réactionnaires et chauvines au sein de toutes ces communautés et encourageront le blâme, l'aliénation et le racisme. Les programmes politiques qu'ils proposent ne s'attaquent à aucun des problèmes réels auxquels les gens sont confrontés, car ces problèmes sont généralisés : le logement, le coût de la vie, l'emploi précaire et le mauvais état des services publics. Ce dont nous avons besoin ici, ce sont des campagnes politiques qui rassemblent les persones sur la base de leurs besoins et qui proposent un vaste programme progressiste, plutôt que de se préoccuper d'identités culturelles victimisées.

Les limites du parti travailliste

Alors que la gauche s'inquiète à juste titre du danger que représente la montée d'une droite nationaliste suprématiste blanche, profondément raciste à l'égard des musulman·es, elle a tendance à réduire les manifestations plus larges du racisme au seul racisme anti-musulman. Comme nous l'avons noté par le passé, cette tendance a créé la base d'alliances entre la gauche et les fondamentalistes musulmans. La question de savoir comment créer une alternative est un enjeu majeur pour une gauche féministe laïque et antiraciste, et cela ne viendra pas du Labour ou des nombreuses sections de la gauche qui ont soutenu sans esprit critique des groupes tels que MEND et Cage. Les travaillistes seront également préoccupés par les bouleversements électoraux causés par les indépendants dans les régions à forte population musulmane, ce qui pourrait donner aux dirigeant·es travaillistes une raison supplémentaire de s'acoquiner avec les leaderships religieux minoritaires dans un effort pour « regagner la confiance ». C'est bien sûr sous le dernier gouvernement travailliste de Tony Blair que le « multiconfessionnalisme » a réellement pris son essor, et il est probable que ce type d'approche reviendra sous la direction de Starmer.

La question de l'immigration a été largement soulevée par les conservateurs et les réformistes lors des élections, et certaines parties de l'électorat se sont ralliées aux arguments que l'on trouvait autrefois principalement dans les groupes d'extrême droite, selon lesquels l'immigration mine la Grande-Bretagne et l'« identité britannique ». Le parti travailliste se devait évidemment de répondre à ces arguments, mais ce qu'il a proposé est profondément décevant. La proposition de Keir Starmer, l'une de ses six promesses électorales, est de créer une « force de sécurité frontalière » qui cherchera à « briser les gangs de trafiquants ». Cette politique est vouée à l'échec car elle ne reconnaît pas que le pouvoir des gangs de trafiquants repose sur l'absence de moyens sûrs et légaux d'émigrer au Royaume-Uni. Non seulement les travaillistes n'ont pas plaidé en faveur d'une immigration sûre par crainte d'être attaqués par la presse et les groupes de droite et de se rendre impopulaires sur le plan électoral, mais ils ont utilisé le même langage que la droite – en acceptant que l'immigration en tant que telle est un problème qu'il faut réduire. Ce faisant, les travaillistes n'ont fait que donner aux réformistes un bâton pour les battre.

Il est important de noter que si le parti réformiste a remporté quatre sièges sur cinq face aux Tories, il est arrivé en deuxième position dans 89 circonscriptions travaillistes, dont beaucoup dans les régions industrielles en déclin du Nord, du Nord-Est et des Midlands. Dans le même temps, il est important de reconnaître que, contrairement à la situation en France, l'extrême droite est sous-développée au Royaume-Uni. Le parti réformiste existe à peine en tant que mouvement politique organisé, malgré le nombre élevé de voix qu'il a obtenues. Il semble également que les divisions entre les conservateurs et celles et ceux qui se situent plus à droite se poursuivent. Suella Braverman, qui, à un moment donné, était considérée comme une dirigeante capable d'unir les différentes sections de la droite au sein du parti conservateur, semble aujourd'hui moins populaire qu'elle ne l'était autrefois. Si la droite a une carte à jouer en manipulant les craintes liées à l'immigration, elle est encore faible sur le plan organisationnel et la question de savoir qui dirigera et donnera une orientation aux conservateurs dans la période post-électorale est toujours d'actualité.

Des espaces pour l'intervention féministe ?

La dé-sélection de Faiza Shaheen par le parti travailliste avant les élections est profondément ironique car, plus que toute autre candidate musulmane indépendant,e elle a fait entendre une voix musulmane ouvertement laïque. Certaines d'entre nous ont participé à sa campagne et ont noté l'éventail des différentes circonscriptions qu'elle a réunies. Il est significatif qu'en quatre semaines, cette campagne ait obtenu autant de voix que le parti travailliste, privant ainsi ce dernier d'une victoire qui aurait dû être facile. Cette affaire montre que les forces progressistes ont encore la possibilité de développer des mobilisations progressistes qui reflètent une vision plus optimiste et plus égalitaire de la Grande-Bretagne et, surtout, qui ne sont pas liées aux formes de politique identitaire évoquées plus haut. Malgré la défaite de cette campagne électorale, la coalition de forces qui s'est réunie ici a pour objectif de poursuivre ce travail.

Tout en reconnaissant les limites du parti travailliste, il est également important de reconnaître que les gouvernements travaillistes ont accompli des choses précieuses dans le domaine de la politique sociale, en particulier en ce qui concerne les questions de droits sociaux. Il sera important de réfléchir à la manière dont nous nous orientons vers eux et dont nous exigeons davantage d'eux. Il y aura probablement des espaces où les travaillistes pourront adopter des éléments de politique que nous soutiendrons ou hésiter sur des politiques que nous pensons qu'ils devraient soutenir. Quelle sera, par exemple, l'approche du parti travailliste en matière d'éducation et le rôle des groupes religieux dans ce domaine ? Quelle sera la position du parti travailliste sur des questions telles que l'introduction de l'éducation sexuelle et relationnelle et le développement continu de tribunaux religieux qui constituent une menace directe pour les droits des femmes issues de minorités ? Verrons-nous de nouvelles approches de la question de la violence à l'égard des femmes et des jeunes filles – un problème de plus en plus grave ? Des espaces d'intervention féministe et antiraciste sont susceptibles d'émerger en fonction des événements sur le terrain. Tout en restant critique, Feminist Dissent considère également qu'il est important d'être attentif à ces opportunités lorsqu'elles se présentent et d'essayer d'influencer la politique lorsque nous le pouvons.

https://feministdissent.org/blog-posts/2024-uk-elections-challenges-and-opportunities/
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

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Comment des conditions extrêmes ont poussé les Ukrainiens à des « transformations sociales » pour leur la survie commune

Depuis plus de deux mois, les Ukrainiens subissent de graves coupures d'électricité dues aux tirs de roquettes. Et la situation risque de se détériorer considérablement cet (…)

Depuis plus de deux mois, les Ukrainiens subissent de graves coupures d'électricité dues aux tirs de roquettes. Et la situation risque de se détériorer considérablement cet hiver. Cependant, la vie montre qu'il est possible d'améliorer la vie quotidienne même face à des coupures de courant qui durent des mois, si les gens se soutiennent mutuellement et si les autorités locales font leur travail de manière désintéressée. C'est cette approche des difficultés qui est abordée dans cet article.

20 août 2024 | tiré du site entre les lignes entre les mots
https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2024/08/22/comment-des-conditions-extremes-ont-pousse-les-ukrainiens-a-des-transformations-sociales-pour-leur-la-survie-commune/#more-85093

Dans les zones de la ligne de front de l'Ukraine, de nombreux villages sont privés d'électricité depuis un an ou plus. La situation est d'autant plus compliquée qu'il est impossible d'effectuer des travaux de réparation, la zone environnante étant régulièrement bombardée. Néanmoins, les habitants ont réussi à organiser des conditions de vie acceptables. Les habitants s'entraident de manière désintéressée en s'équipant, en partageant des générateurs, en remettant en état les infrastructures de transport incendiées, en livrant du bois de chauffage aux endroits « les plus chauds » et en organisant un « budget du peuple » pour répondre aux besoins les plus urgents. Nous publions des récits sur la vie des habitants de quatre villages des régions de Kharkiv, Soumy et Mykolaiv.

« Tout le monde vit une situation similaire »

La plupart des Ukrainiens savent par expérience que les coupures de courant prolongées entraînent une détérioration des conditions de vie, notamment des problèmes d'eau, de chauffage et de communication. Dans le cas des régions de la ligne de front, qui sont soumises à des bombardements réguliers, il est également difficile de se déplacer et d'acheminer des médicaments et de la nourriture. Néanmoins, de nombreuses personnes choisissent de vivre près de la ligne de front, même dans ces conditions extrêmes – malgré le danger, elles préfèrent rester chez elles. Viktoriia Kolodochka, chef du district Tokarivsky de la collectivité territoriale de Derhatchi dans l'oblast de Kharkiv, a expliqué à Commons que quatre villages de son district sont privés d'électricité depuis deux ans : Kochubeivka, Shopyne, Tokarivka et Hoptivka. Avant la guerre, un millier de personnes vivaient dans ces villages. Aujourd'hui, ils sont 69, dont 50 à Hoptivka.

Au fil du temps, les gens se sont adaptés à l'absence d'électricité. Les réfrigérateurs ne fonctionnant pas, la nourriture doit être préparée pour un seul repas. Les denrées périssables (beurre, soupes) sont conservées dans des bassines d'eau, qui sont changées fréquemment, ce qui permet de conserver les aliments jusqu'à deux jours. Les vêtements sont lavés à la main. Pour ce faire, ils chauffent l'eau avec un feu, mais le plus souvent ils utilisent du gaz en bouteille car il y a un problème de bois de chauffe dans la région. Il n'y a pas de moyens de communication dans les villages. Un système satellitaire Starlink, offert à titre gracieux, est mis en marche deux fois par semaine pour permettre aux habitants de communiquer avec leur famille.

Grâce à la participation active du starosta1, de l'administration locale autonome et de bénévoles, les habitants de la région résolvent le problème du manque d'électricité à l'aide de générateurs. Nombre d'entre eux disposent également de batteries. Mais le problème le plus aigu reste le chauffage. L'État fournit gratuitement du bois de chauffage aux habitants des zones de la ligne de front, mais il y a des problèmes de livraison. Selon Viktoriia Kolodochka, le bois de chauffage doit être transporté jusqu'au village par des voitures avec remorque, car les camions sont visés par des tirs. Cependant, il n'est pas possible de transporter beaucoup de bois en voiture, alors pour avoir le temps de le distribuer, il faut commencer à le stocker à la fin de l'été.

Il convient de noter que les conditions de vie extrêmement difficiles n'ont pas divisé les habitants du village de la ligne de front. Selon Viktoriia Kolodochka, les habitants aident les personnes seules et les personnes handicapées : ils apportent de l'eau, nettoient la maison et recouvrent les fenêtres d'un film plastique. Les hommes des villages voisins aident à la livraison du bois de chauffage, qu'ils apportent gratuitement à Hoptivka dans leurs propres voitures.

« Chacun d'entre eux a vécu une situation similaire, alors ils essaient d'aider. Je voudrais ajouter que les sarostas sont aussi devenus beaucoup plus amicaux. Nous pouvons même dire que nous avons développé une relation familiale. Nous restons toujours en contact les uns avec les autres, nous nous entraidons autant que possible et nous partageons nos expériences » déclare Viktoriia Kolodochka.

Aujourd'hui, cette femme, qui vit dans la ville voisine de Dubivka, doit travailler comme assistante sociale, infirmière et psychologue en plus d'être starosta. En outre, elle doit rendre visite à chaque habitant des villages privés d'électricité, car l'absence de communication ne lui permet pas d'atteindre les gens autrement.

Nous avons créé une « route de la vie »

Un autre exemple est le village de Ryzhivka dans la communauté Bilopilska de l'Oblast de Soumy, qui est situé près du village russe de Tyotkino dans l'oblast de Koursk et qui est régulièrement bombardé. Pour la première fois, le village a été privé d'électricité à l'automne 2022 : un obus a endommagé une ligne électrique à 500 mètres de la frontière. Mais grâce à l'initiative d'un habitant, le chef forestier du district, Sergei Anikin, l'électricité a pu être rétablie. L'homme a réussi à convaincre une équipe d'électriciens qui a accepté de se rendre sur les lieux de l'accident mais avec le véhicule d'Anikin, car les véhicules non locaux étant sous le feu de tirs. Les dégâts sont réparés, mais quelques mois plus tard, la ligne électrique est à nouveau bombardée. Cette fois, les électriciens ont refusé catégoriquement de repartir pour des raisons de sécurité. Les villageois n'ont pas été en mesure de réparer la ligne par eux-mêmes, même s'ils avaient une certaine expérience et les outils nécessaires fournis par les électriciens.

Depuis le printemps dernier, Ryzhivka est privé d'électricité. Les habitants ont élu Sergei Anikin à la tête du village parce qu'il s'occupait activement de l'approvisionnement en nourriture et de l'aide humanitaire. Anikin affirme que son travail de starosta a eu un impact majeur sur sa santé et a failli lui coûter la vie. L'homme a essuyé des tirs à plusieurs reprises. Une fois, il s'est même empêtré dans un fil-piège, mais heureusement, la mine n'a pas explosé, et Sergei et la femme qui marchait derrière lui ont survécu. À plusieurs reprises, le starosta a déminé manuellement des tronçons de route. Il dit avoir eu peur au début, mais s'y être habitué par la suite. Selon Anikin, les habitants de Ryzhivka se sont rapidement habitués à l'absence totale d'électricité et ont déployé tous leurs efforts pour s'adapter.

« Il a été difficile de vivre sans électricité pendant les trois premiers jours. Ensuite, on commence à s'adapter. Nous avons mis en place un « point » pour les gens, où nous avons installé un générateur, et les habitants pouvaient venir recharger leurs téléphones portables le matin et l'après-midi. Nous avons également utilisé le générateur pour fournir de l'eau, car notre village dispose d'un système centralisé d'approvisionnement en eau » a-t-il déclaré.

Selon le starosta, les bénévoles et les autorités locales ont partiellement aidé la population en lui fournissant des générateurs domestiques. Les habitants ont souvent coopéré avec leurs voisins et acheté un générateur pour plusieurs familles. Il est devenu courant de s'appeler les uns les autres et de s'inviter à recharger téléphones et batteries. Le principe des habitants est que si j'aide aujourd'hui, ils pourront m'aider demain. En raison des routes détruites et minées et des bombardements constants, le village est pratiquement isolé. Les services gouvernementaux et les bénévoles ne peuvent pas s'y rendre. Un jour, les habitants se sont rendu compte que l'eau avait emporté les routes qu'ils pouvaient emprunter pour quitter le village. La seule solution était de construire un pont sur le ruisseau. Mais c'était dangereux, car il y avait toujours un risque de bombardement.

« À cette époque, il ne restait plus que dix hommes valides. J'ai proposé de construire un pont et j'ai été soutenu, personne n'a eu besoin d'être persuadé. Tout le monde a compris qu'il construisait pour lui-même. À ce moment-là, j'ai compris que depuis longtemps j'avais du soutien, que les gars m'aideraient toujours » explique Sergey Anikin.

Les gens ont travaillé pendant deux semaines pendant deux heures, car après les tirs de mortier commençaient. Cependant, le pont a été construit et, heureusement, les gens n'ont pas été blessés. Le village a connu un jour sombre en mars de cette année, lorsque près de 70% de la localité a été détruite à la suite d'un puissant bombardement qui a duré cinq jours. Aujourd'hui, seules six personnes vivent à Ryzhivka, les autres ayant quitté les lieux.

Responsabilité à l'égard des autres

Un autre village de la communauté de Bilopilska, Obody, est privé d'électricité depuis plus d'un an et ne compte plus que 65 habitants sur 600. La ligne électrique endommagée qui alimente le village est située à quelques centaines de mètres de la frontière et doit être remplacée sur quatre kilomètres. Les autorités locales avaient prévu de poser un câble souterrain depuis le village voisin de Katerynivka, mais des problèmes d'autorisation n'ont pas permis de le poser.

L'approvisionnement en eau est aujourd'hui le problème le plus important du village. En raison de la chaleur torride du mois de juillet, l'eau des étangs et des puits s'est presque tarie. Toutefois, grâce au système centralisé d'approvisionnement en eau du village et aux puissants générateurs, les habitants et les animaux ne souffrent pas de la soif, même si l'eau est fournie toutes les heures et que les habitants doivent faire des réserves au cas où. De nombreux villageois se sont approvisionnés en générateurs. Selon la cheffe du village, Olena Minakova, il était prévu de doter plusieurs foyers d'un générateur puissant, mais en raison de la distance qui les sépare, ils ont abandonné cette idée. Par conséquent, les autorités communautaires et les bénévoles ont aidé les villageois à se procurer certains générateurs, tandis que les autres ont été achetés par les habitants à leurs propres frais : certains ont économisé sur leur pension, d'autres ont été aidés par leurs enfants. Ceux qui le souhaitent peuvent recharger leurs téléphones au bureau du starosta. Il n'y a actuellement aucune communication dans le village, car l'antenne relais située dans le village voisin a été endommagée par les tirs d'obus. Pour rejoindre leurs proches, les habitants d'Oboda doivent parcourir cinq kilomètres le long d'une route bombardée, souvent menacée par des drones FPV.

L'aide humanitaire, les médicaments, le carburant et la nourriture sont principalement livrés au village par Olena Minakova et son mari, qui est chauffeur et effectue également de nombreuses autres tâches. Avant la guerre, elle était chargée des questions sociales, mais après le licenciement du précédent chef de village pour des raisons de santé, elle a accepté la proposition de devenir starosta. Elle aurait pu partir depuis longtemps, mais elle a décidé de rester avec ses concitoyens parce qu'elle se sentait responsable. Le travail d'Olena est difficile. Elle doit s'occuper de nombreuses questions importantes, au péril de sa vie. Une ou deux fois par semaine, Olena et son mari doivent quitter le village pour apporter aux gens tout ce dont ils ont besoin. Dans le même temps, des avions, des hélicoptères et des drones survolent souvent le village, et il y a régulièrement des bombardements.

« Il y a des mines le long des routes et dans les champs, et les routes elles-mêmes sont dans un tel état que nous devons rouler à faible vitesse. Ce n'est pas effrayant, mais on se signe et on par t » explique Olena Minakova.

Le couple dispose d'une voiture de fonction, une Lada. Cependant, le véhicule consomme beaucoup de carburant, indispensable au fonctionnement des générateurs du village, et la municipalité ne peut pas en fournir davantage. Olena et son mari utilisent donc principalement leur voiture, qu'ils doivent souvent ravitailler en essence à leurs frais.

Malgré les conditions difficiles, Olena Minakova nous assure qu'elle ne remarque aucune dépression parmi les villageois. Les gens s'efforcent de maintenir le village en bon état, en gardant les routes propres et en fauchant les mauvaises herbes sur le bord des routes. Ils s'efforcent d'avoir une apparence soignée et de s'habiller correctement. Selon la starosta, cela soulage psychologiquement les gens. En outre, la communauté villageoise s'efforce de résoudre tous les problèmes ensemble.

« Je constate que les gens sont devenus plus amicaux. Cela se manifeste par de petites choses. Les voisins informent toujours les autres de la disponibilité de l'aide humanitaire. Si une personne vient au bureau de la starosta, elle apporte les appareils électroniques que les gens lui ont donné pour les charger. Au printemps, ils s'aident mutuellement à planter dans les jardins. Pour cela, ils utilisent tout ce qu'ils ont : un tracteur, une charrue, un cheval. Ils s'intéressent constamment à la vie des autres. Si quelqu'un ne sort pas, ils s'inquiètent pour lui et lui rendent visite » explique Olena Minakova. Elle note que, malgré les difficultés, les villageois continuent de croire que les temps difficiles prendront bientôt fin.

Se créer ses propres ressources

L'expérience des habitants du village de Zelenyi Hai, dans la communauté de Shevchenkivska, dans la région de Mykolaïv, est intéressante : après neuf mois de privation d'électricité et de bombardements, les habitants ont créé un fonds d'entraide qui leur permet de répondre rapidement aux problèmes sociaux locaux. Zelenyi Hai a été privée d'électricité en mars 2022. L'une des attaques contre l'école a tué plusieurs personnes, dont l'ancien du village. Ensuite, le chef de la communauté de Shevchenkivska, Oleh Pylypenko, a été fait prisonnier. Le village s'est donc retrouvé pratiquement sans gouvernance. Oksana Hnedko, une habitante de Zelenyi Hai qui était chargée à l'époque des questions sociales dans le village, a déclaré qu'elle a commencé à aider activement ses compatriotes à résoudre les difficultés liées à la fourniture de l'aide humanitaire. En même temps, elle s'occupait constamment de son mari à l'hôpital – il était directeur d'école et était l'un de ceux qui avaient souffert du bombardement de l'école. Cependant, les médecins n'ont pas pu sauver la vie de son mari.

« Les organisations humanitaires étaient prêtes à nous fournir de l'aide, mais elles nous ont demandé de l'apporter nous-mêmes au village en raison de l'intensité des bombardements. L'un de nos agriculteurs locaux a donc pris en charge l'acheminement de l'aide humanitaire jusqu'au village. Il a également branché ses propres générateurs au château d'eau, qu'il a ravitaillé lui-même. C'est ainsi que les habitants de Zelenyi Hai ont eu de l'eau malgré l'absence d'électricité », a déclaré Oksana Gnedko, qui est aujourd'hui la starosta du village.

Les hostilités autour du village ont pris fin en novembre 2022. À cette époque, de nombreuses organisations caritatives sont venues au village et ont non seulement pour aider à la reconstruction, mais ont également installé de puissants panneaux solaires pour alimenter l'approvisionnement en eau. Les villageois ont décidé de créer un fonds d'entraide afin de pouvoir utiliser leurs propres ressources pour résoudre rapidement divers problèmes dans le village. Par exemple, en termes d'aménagement paysager, de soutien, etc.

« Nous comprenons que certains villages ont besoin de plus d'argent que nous pour leur reconstruction. Nous avons donc décidé d'utiliser nos propres ressources pour les soutenir. Nous avons tenu une réunion au cours de laquelle nous avons élu un trésorier qui présente des rapports sur nos finances. Nous finançons notre fonds par des contributions – 50 UAH par mois par chaque personne – c'est la décision qu'ont prise les gens eux-mêmes. Cela semble être une petite somme d'argent, mais au bout d'un certain temps, elle s'avère être un montant considérable. Nous décidons également de toutes les questions liées aux dépenses lors de l'assemblée générale. Nous en discutons dans un groupe fermé sur Viber » explique Oksana Gnedko.

Les villageois ont déjà utilisé le fonds pour améliorer le cimetière et carreler l'allée, ce dont ils sont très fiers. La starosta note l'intérêt des villageois à résoudre les problèmes ensemble. « Pour moi, le village est unique parce que les gens étaient déjà unis avant, mais pendant la guerre, ils sont devenus encore plus amicaux » conclut-elle.

L'expérience des habitants des communautés de première ligne avec lesquels nous nous sommes entretenus montre que, bien qu'il soit extrêmement difficile de vivre sans électricité, dans les situations extrêmes où l'aide de l'État est limitée, les gens sont obligés de s'organiser eux-mêmes. Dans cette interaction, la richesse et le profit personnel cèdent généralement le pas aux objectifs collectifs, de sorte que les gens unissent leurs forces, aident activement ceux qui ne peuvent pas s'occuper d'eux-mêmes et s'attaquent de manière désintéressée aux problèmes sociaux. Plus les membres de la société sont impliqués dans ce processus de construction de liens horizontaux de solidarité, plus les citoyens seront en mesure de relever les défis d'une époque où il est vain de s'en remettre aux autorités.

20 aout 2024
Alexander Kitral
Publié par Commons.
Illustration Katya Gritseva.
Traduction Patrick Le Tréhondat.

1 Poste administratif pour représenter les intérêts de tous les habitants. NdT.

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En Inde, le viol et le meurtre d’une médecin déclenchent des manifestations

27 août 2024, par Jayshree Bajoria — ,
Il faut appliquer les lois contre les abus sexuels, y compris sur le lieu de travail. Des milliers d'Indiennes et d'Indiens sont descendus dans la rue pour protester contre le (…)

Il faut appliquer les lois contre les abus sexuels, y compris sur le lieu de travail. Des milliers d'Indiennes et d'Indiens sont descendus dans la rue pour protester contre le viol et le meurtre d'une médecin dans un hôpital public de la ville de Calcutta la semaine dernière. Ils réclament la justice et une meilleure sécurité dans les hôpitaux et sur les campus médicaux.

Tiré de Entre les lignes et les mots

L'attaque a mis en lumière la façon dont des millions de femmes indiennes restent exposées aux abus sur le lieu de travail, et continuent de se heurter à de graves obstacles pour obtenir justice pour violences sexuelles.

Le 9 août, une stagiaire en médecine âgée de 31 ans a été retrouvée morte dans une salle de séminaire. Selon les médias, elle s'était endormie dans la salle de classe après une journée de travail épuisante de 36 heures parce qu'il n'y avait pas d'espace de repos désigné pour le personnel. L'autopsie a montré que son corps présentait de graves blessures, notamment des fractures, suggérant une agression brutale. Un bénévole de l'hôpital a été arrêté.

L'Inde dispose de lois telles que la Loi sur la Prévention du harcèlement sexuel au travail, ou loi POSH (Prevention of Sexual Harassment at the Workplace Act, ou POSH Act) pour lutter contre la violence et le harcèlement sexuel sur le lieu de travail. Les lois contre le viol et les abus sexuels ont été renforcées après qu'un viol collectif et un meurtre à Delhi en 2012 ont déclenché des manifestations à l'échelle nationale.

Les autorités n'ont cependant ni appliqué efficacement ces lois, ni garanti que des comités examinent des plaintes de harcèlement sexuel dans les secteurs formel et informel.

Si la plupart des entreprises du secteur privé et des administrations publiques ont mis en place des comités de plaintes internes, beaucoup n'existent que sur le papier. Les employeurs ne font pas grand-chose pour améliorer la culture du lieu de travail en sensibilisant les gens à ce qui constitue le harcèlement sexuel, et aux conséquences d'un tel comportement.

Certaines manifestantes ont affirmé que l'administrateur de l'hôpital de Calcutta avait rejeté la faut sur la victime, et tenté de dissimuler le crime. Une foule a tenté de perturber les manifestations, ravivant les inquiétudes concernant les obstacles rencontrés par les victimes et leurs familles dans les cas de violences sexuelles. Des enquêteurs fédéraux sont actuellement chargés de cette affaire.

La ministre en chef de l'État du Bengale-Occidental a exigé que « les coupables soient pendus » d'ici le 18 août. Imposer la peine de mort peut avoir un attrait populaire après un crime aussi horrible, mais cela ne protégera pas les filles et les femmes des abus et de la violence. Cela nécessite des réformes systémiques, notamment une meilleure application des lois et des protections dans les espaces publics ainsi que sur le lieu de travail et dans les institutions. Human Rights Watch s'oppose à tout recours à la peine de mort.

En Inde, les femmes et les filles devraient ont le droit de vivre et de travailler dans la dignité, sans craindre pour leur sécurité.

Jayshree Bajoria
Directrice adjointe, division Asie
https://www.hrw.org/fr/news/2024/08/15/en-inde-le-viol-et-le-meurtre-dune-medecin-declenchent-des-manifestations

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Le mouvement de protestation au Bangladesh a gagné contre la répression

27 août 2024, par Sushovan Dhar — , ,
Les manifestations de masse au Bangladesh ont renversé Sheikh Hasina après que la répression de l'État ait fait des centaines de morts. Mais le gouvernement intérimaire dirigé (…)

Les manifestations de masse au Bangladesh ont renversé Sheikh Hasina après que la répression de l'État ait fait des centaines de morts. Mais le gouvernement intérimaire dirigé par le gourou du microcrédit Muhammad Yunus n'est pas en mesure de s'attaquer aux graves problèmes sociaux auxquels sont confrontées les classes populaires du pays.

Tiré d'Inprecor
18 août 2024

Par Sushovan Dhar

Après quinze ans au pouvoir, la Première ministre du Bangladesh, Sheikh Hasina, a démissionné et a fui le pays le 5 août, chassé par de jeunes manifestant·es. Ce qui avait commencé comme un mouvement contre les quotas dans la fonction publique s'est transformé en un soulèvement général contre le pouvoir autocratique de Hasina et de son parti, la Ligue Awami (LA).

La situation a changé au cours d'une période de cinq semaines, et la victoire finale a été réalisée au prix de plus de quatre cents vies et de plusieurs milliers de blessé·es et de disparu·es. La tournure des événements dans ce pays d'Asie du Sud évoque le Sri Lanka en 2022, ou encore la révolte de masse qui a contraint le président des Philippines, Ferdinand Marcos, à fuir le pays en 1986 après deux décennies de régime autocratique.

Le 5 août, Hasina n'a eu que quarante-cinq minutes pour démissionner et quitter le pays, alors que des centaines de milliers de manifestant·es sont descendus dans la rue, prêts à défier le couvre-feu à tout prix. La veille encore, elle semblait nier que son mandat de Première ministre était terminé. Cependant, une marée populaire l'a emportée comme un puissant tsunami. Le chef de l'armée a facilité sa fuite.

Un cercle complet

Avec l'éviction d'Hasina, un cercle complet de la politique de la LA a été bouclé. La phase de consolidation la plus récente de la Ligue a commencé avec sa victoire aux élections de 2008, lorsque l'alliance de quatorze partis qu'elle dirigeait a remporté une majorité écrasante de 263 sièges sur 300. Bien que le parti ait été au pouvoir à deux reprises auparavant (1971-75 et 1996-2001), il s'agit d'une victoire historique.

Les élections parlementaires initialement prévues pour janvier 2007 ont été suspendues après des mois de bouleversements politiques. Entre-temps, un gouvernement intérimaire soutenu par l'armée a continué à gouverner, ce qui a évoqué le spectre d'une autre dictature militaire, bien que sous la forme d'une mascarade. Au cours de ses vingt premières années d'existence, le Bangladesh a été soit sous un régime militaire direct, soit administré par un gouvernement soutenu par l'armée pendant près de seize de ces années.

Cette victoire a également marqué la consolidation prolongée du pouvoir par la Ligue Awami. Considéré comme une force laïque en raison de ses racines historiques et de son rôle de leader dans la guerre de libération, le parti a accédé au pouvoir en s'appuyant sur cette nostalgie. Depuis 2007, un nouveau mouvement de la société civile, soutenu par la LA, a intensifié les demandes de jugement des criminels de guerre ayant collaboré avec l'armée du Pakistan occidental.

Le parti d'opposition Bangladesh Nationalist Party (BNP), qui a gouverné entre 2001 et 2006, a participé aux élections en s'alliant avec Jamaat-e-Islami, un groupe islamique radical. Les observateurs ont également vu dans ces élections un rejet public des idéaux islamiques radicaux et une répudiation de la politique religieuse.

Deux tournants

Le mouvement pour la restauration de la démocratie en 1990 (populairement connu sous le nom de Mouvement anti-autoritaire des années 90), après des années de régime militaire, constitue le premier tournant positif dans l'histoire du Bangladesh indépendant. Des millions de personnes ont défilé dans les rues à partir de novembre 1997 pour réclamer le rétablissement d'un régime civil.

Le pays a été pris en otage par des gangsters militaires entre 1982 et 1990, sous le règne du chef de l'armée, H. M. Ershad. Son régime a été un épisode sombre marqué par des meurtres et des agressions, des arrestations et des détentions arbitraires, la corruption et le pillage, accompagnés de l'anéantissement de la démocratie et des valeurs démocratiques. Un soulèvement populaire a chassé Ershad et ouvert la voie à la démocratie parlementaire.

Le mouvement a contribué à l'émergence d'une nouvelle conscience progressiste, en particulier chez les jeunes, ainsi qu'à certaines réformes constitutionnelles. Il a permis de délégitimer l'emprise de l'armée sur la politique. Les partis politiques sont parvenus à un consensus sur la future trajectoire démocratique de la nation – un consensus qui a été violé par la suite. La Ligue Awami et le BNP ont grandement bénéficié de la perception qu'ils étaient à l'avant-garde de ces luttes.

Le deuxième tournant majeur a été le mouvement de 2013, populairement connu sous le nom de mouvement Shahbag, exigeant la peine capitale pour les criminels de guerre. La LA a d'abord soutenu cette mobilisation, car elle servait ses propres intérêts et objectifs. Cependant, les manifestant·es du Shahbag ont commencé à réclamer une démocratisation plus large de la société et la fin des injustices socio-économiques.

Dans un premier temps, la Ligue a tenté de contrôler le mouvement, mais n'y est pas parvenue. Elle a alors retiré les cadres de son parti et harcelé les dirigeants de Shahbag, tout en encourageant les querelles internes dans leurs rangs, ce qui a paralysé la lutte. La gauche bangladaise a continué à participer aux manifestations de Shahbag, mais les organisations de gauche étaient peu nombreuses et n'avaient qu'un impact limité sur la scène politique du pays.

En 2014, le mouvement a perdu son élan. Ce faisant, le pays a perdu l'une de ses plus grandes chances de parvenir à une véritable démocratisation et de s'attaquer aux injustices socio-économiques sous la pression des mouvements auto-organisés de la base. En fin de compte, le mouvement Shahbag a été anéanti.

Répression de l'opposition

Après avoir atteint cet objectif, la Ligue Awami a continué à démanteler son adversaire politique, le BNP. Pour la LA, le Jamaat-e-Islami et d'autres groupes islamiques étaient également un facteur à prendre en compte, mais le BNP était son adversaire électoral immédiat. Les dirigeants de la LA ont rapidement compris que le mécontentement à l'égard de leur bilan de mauvaise gouvernance pouvait profiter au BNP sur le plan électoral.

Les dirigeants du BNP ont été arrêtés au hasard et des accusations ont été portées contre eux, ce qui a déstabilisé le parti. En outre, le BNP a longtemps bénéficié d'un soutien important de la part de l'armée. Toutefois, l'intérêt de l'establishment militaire pour le pouvoir civil ayant diminué, la force du parti s'est affaiblie.

Son bilan, lorsqu'il était au pouvoir entre 2001 et 2006, était également caractérisé par la corruption et des attaques violentes contre l'opposition, y compris une tentative d'assassinat de Hasina à l'aide d'une grenade en 2004. Ce bilan a discrédité le parti et a contribué à son déclin continu, lorsqu'il a été combiné à l'utilisation impitoyable de l'appareil d'État par la Lige Awami à l'encontre de son rival. Le BNP a tenté en vain de manipuler le système électoral pour s'accrocher au pouvoir en 2006, mais la Ligue a fait preuve d'une maîtrise supérieure de ces tactiques.

Le BNP s'est retiré des élections de 2014 au motif qu'elles se déroulaient dans des conditions inéquitables. Il a exigé la démission d'Hasina en tant que Première ministre pour laisser la place à une personnalité « impartiale » et « non membre d'un parti » pour superviser les élections. Cette abdication a simplement donné le pouvoir à la Ligue sur un plateau, 153 candidats sur 300 étant élus sans contestation.

la Ligue Awami a ensuite bloqué les activités politiques du BNP dans tout le pays, et des milliers de procès ont été intentés contre les dirigeants et les militants du parti, allant de la corruption à l'accusation de meurtre. Le parti n'a pas été en mesure de se remettre de ces attaques sur plusieurs fronts et a recouru à la violence après 2014, ce qui a donné à la Ligue l'occasion de le cibler davantage. Khaleda Zia, deux fois Première ministre du BNP, a été emprisonnée pour corruption en février 2018.

Un tournant à droite

Dans le même temps, les forces de gauche engagées dans les mouvements populaires ont également été confrontées au harcèlement et à la répression. L'État a pris pour cible les dirigeants du mouvement Rampal en les accablant de fausses accusations et en les intimidant physiquement, et les mouvements de travailleurs ont subi le même sort.

Les islamistes bangladais avaient l'habitude de soutenir le BNP lors des élections. Cependant, avec le déclin du BNP, ces forces ont commencé à participer à l'arène électorale de leur propre chef. Pendant ce temps, la Ligue Awami a compromis ses références laïques historiques en formant une alliance tacite avec Hefazat-e-Islam, un groupe islamiste radical qui a été responsable du meurtre de blogueurs laïques.

Le front politique dirigé par la LA comprenait plusieurs partis islamistes conservateurs. En outre, le gouvernement de Hasina a accordé certaines concessions aux forces islamistes, comme la validation des madrasas Qawmi, des écoles religieuses au programme conservateur qui ne sont pas réglementées par le gouvernement. Ces écoles se concentrent uniquement sur l'enseignement religieux et enferment les étudiants issus des couches les plus pauvres de la population dans des dogmes religieux mystiques. Tous ces développements ont eu lieu malgré la prétention de la Ligue à être le sauveur suprême de la communauté religieuse hindoue minoritaire au Bangladesh.

La Ligue Awami a de plus en plus pris le contrôle de l'administration de l'État par le biais du processus des nominations [de fonctionnaires] et a mis les médias et l'intelligentsia sous contrôle grâce à un mélange d'incitations et de coercition. À la fin de l'année 2018, la LA avait une emprise ferme sur la bureaucratie, le système judiciaire et même l'armée, traditionnellement considérée comme un soutien majeur du BNP.

Les résultats des élections de 2018 ont même dépassé les attentes les plus optimistes de la Ligue, ses candidats remportant 288 des 300 sièges en jeu. Les élections suivantes, en janvier 2024, ont été un simulacre, l'ensemble de l'opposition étant absente du scrutin. Cela a poussé la résistance dans l'arène extraparlementaire, culminant dans les manifestations qui ont évincé Hasina.

Le gouvernement intérimaire

Trois jours après le départ d'Hasina, l'économiste Muhammad Yunus, lauréat du prix Nobel de la paix en 2006, a prêté serment en tant que chef du gouvernement intérimaire du Bangladesh. Officiellement appelé « conseiller en chef », M. Yunus dirigera une équipe de dix-sept personnes, composée de bureaucrates et d'officiers militaires à la retraite, de personnalités d'ONG, d'avocats, d'universitaires et d'autres personnes, ainsi que de quelques leaders étudiants impliqués dans la rébellion. L'équipe est diversifiée en termes d'origine de ses membres ainsi que sur le plan ethnique et religieux, bien qu'elle ne contienne aucun représentant de la classe ouvrière.

L'érosion constante des institutions démocratiques au Bangladesh a suscité une profonde haine à l'égard des partis politiques existants. Yunus était une figure appropriée pour diriger le gouvernement intérimaire en tant que personnalité connue qui projette l'image d'une personne s'élevant au-dessus de la politique partisane tout en promouvant le développement national. Il a également été harcelé par le gouvernement d'Hasina et a failli être contraint de quitter le pays, ce qui a renforcé la sympathie à son égard.

Pour M. Yunus, cette aventure fait suite à de précédentes tentatives infructueuses d'entrer dans le champ politique. Alors que de grandes attentes sont désormais placées en lui, nous devons garder à l'esprit son rôle antérieur, en tant que promoteur des programmes de microcrédit. Loin de représenter un remède à la pauvreté rurale, ces programmes n'ont fait qu'imposer des charges supplémentaires aux pauvres. Sa défense zélée des politiques néolibérales a fait de Yunus la coqueluche des gouvernements occidentaux et de la Banque mondiale.

La Ligue Awami étant discréditée, les deux principales forces politiques restantes, le BNP et le Jamaat-e-Islami, espèrent que des élections anticipées les porteront au pouvoir. Cette dernière force, en particulier, semble être très bien organisée, avec des réseaux de militants dans tout le pays, et ne voudra certainement pas laisser passer cette chance.

Le soulèvement de juillet a été couronné de succès grâce à la participation d'un large éventail de forces sociales. Comme dans d'autres luttes contre des régimes autocratiques, l'aspiration populaire était celle de la liberté, largement exprimée en termes plutôt vagues et abstraits. En d'autres termes, il ne s'agissait pas d'un mouvement guidé par des positions idéologiques clairement définies.

Les étudiant.es ont d'abord protesté pour la réforme du système des quotas, mais la répression de l'État a déclenché un soulèvement de masse impliquant de larges pans de la classe ouvrière et de la classe moyenne bangladaises, qui s'est achevé par le soulèvement qui a balayé Hasina. Les étudiant.es ont gagné la confiance de la population et devront tracer la voie à suivre.

On peut certainement espérer que l'esprit du mouvement étudiant contribuera à favoriser une prise de conscience beaucoup plus claire de la nature d'un programme de transformation. Outre les demandes d'élections démocratiques et d'État de droit, les principaux points de ce programme comprendront des gains économiques tels que des salaires plus élevés et de meilleures protections sociales, ainsi qu'une action en faveur de la justice climatique - le Bangladesh est immensément vulnérable à l'impact du changement climatique. On ne peut pas compter sur le gouvernement intérimaire ou ses successeurs probables pour relever l'un de ces défis.

À long terme, les événements de juillet ne déboucheront sur une issue positive que si la classe ouvrière et les autres groupes opprimés sont en mesure de jouer un rôle de premier plan, en surmontant les divisions religieuses et ethniques de la société bangladaise. Si les étudiant.es ont amorcé la révolution, les travailleurs devront veiller à ce qu'elle aboutisse. C'est là que réside le plus grand défi pour la gauche au Bangladesh.

Le 14 août 2024

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