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Argentine : la grève fait trembler l’ultra-droite de Milei

30 janvier 2024, par Nicolas Menna — , ,
Le 24 janvier dernier, en Argentine, a eu lieu la première grève générale contre le gouvernement ultra-libéral et réactionnaire de Javier Milei. Organisée à peine un mois après (…)

Le 24 janvier dernier, en Argentine, a eu lieu la première grève générale contre le gouvernement ultra-libéral et réactionnaire de Javier Milei. Organisée à peine un mois après son entrée en fonction, cette journée de grève et de mobilisations exprime une ferme opposition du mouvement ouvrier aux premières contre-réformes en matière de Droit du travail et droits démocratiques jusque-là garantis par la Constitution du pays.

Tiré de Inprecor 716 - janvier 2024
25 janvier 2024

Par Nicolas Menna

Les premières mesures de Milei comprennent : une dévaluation de plus de 100 % de la monnaie, une augmentation des impôts et la libéralisation de nombreux marchés (notamment immobilier) qui ont entraîné dès à présent une hausse des prix de plus de 40 % ainsi qu'une inflation qui ne descend pas en dessous de 25 % chaque mois ; des mesures qui ont déjà durement frappé les travailleurs/euses (dont 40 % travaillent dans le secteur informel) et les classes moyennes.

Privatisations et écrasement des classes populaires

En effet, avec un Décret de nécessité et d'urgence (DNU, qu'on pourrait qualifier de 49.3 argentin) et une loi « omnibus » (paquet de lois), le gouvernement veut déroger à des centaines de lois qui, jusqu'à présent, régulaient les relations de travail, le droit de grève, d'expression et de manifestation ainsi que la concentration de la propriété des médias, des entreprises et de la terre.

Le gouvernement cherche également à amplifier et étendre ses pouvoirs, d'une façon presque dictatoriale, afin d'appliquer son programme d'austérité qui implique des conséquences dramatiques sur les conditions de vie et de travail des classes populaires. Celui-ci prévoit la privatisation des entreprises sous contrôle de l'État, y compris l'entreprise nationale d'hydrocarbures YPF, les centrales atomiques (au nombre de trois dans le pays) et plus de 40 entreprises dans des secteurs stratégiques du pays (aviation, recherche, énergies, transports, communication …).

Une mobilisation qui pourrait déstabiliser le projet de Milei

Le mouvement de grève, initié par les organisations syndicales et sociales – piqueteros, organisations des quartiers populaires, des droits humains, gauche politique, parti-front péroniste « Union por la Patria » (Union pour la Patrie) - constituent une forme de pression pour que le Congrès National (Assemblée Nationale) refuse d'adopter le décret et le paquet des lois.

À ce stade, il n'est pas possible de connaître le taux de participation à la grève mais on sait qu'elle a eu un impact considérable sur les transports, le secteurs des hôpitaux, des services publics et du trafic aérien. Si elle a été fortement suivie par de nombreux syndicats, la grève n'a cependant pas été écrasante. Les manifestations, en revanche, ont donné le rythme à ce mouvement avec des centaines de milliers de personnes dans tout le pays, la plus grande quantité s'est concentré à la capitale où le slogan « l'Argentine ne se vend pas » a résonné devant le palais du Congrès. Ces mots-d'ordre ont été largement repris dans les discours et les chants des manifestants qui intiment aux élus de voter contre « la ley motosierra » (la loi tronçonneuse, en proposant un renversement du symbole utilisé par le candidat ultra-libéral pendant la campagne).

La présence des « Madres de Plaza de Mayo » (les mères des personnes disparues pendant la dictature militaire), symbole de la résistance, a contribué à fournir une forte charge symbolique à la manifestation.

Continuer à construire le rapport de forces

Après cette démonstration cruciale de la force du nombre, plusieurs juges ont déclaré l'inconstitutionnalité de certains articles de la loi, notamment ceux qui s'attaquent directement aux droits du travail. Ils ont également annulé la proposition d'augmentation des tarifs de transport ce qui a entraîné également un report de la loi d'une semaine afin de permettre au gouvernement de s'assurer une majorité désormais incertaine. Dans le même temps, les oppositions « molles » (y compris une partie des députés péronistes) se préparent à voter une loi qui est rejetée par l'immense majorité de la population.

Le rapport de forces est établi, mais il est nécessaire de continuer à pousser pour faire pencher la balance de manière décisive en faveur de la classe travailleuse.

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« Le fascisme américain » : L’historien Rick Perlstein parle de la mainmise de D. Trump sur le Parti républicain et des risques d’un deuxième 6 janvier

30 janvier 2024, par Amy Goodman, Rick Perlstein — , ,
Les Républicains.es se sont réunis et ont conçu un plan complet pour 2025. Il compte des milliers de pages où on trouve l'idée de défaire les services publics. C'est un plan (…)

Les Républicains.es se sont réunis et ont conçu un plan complet pour 2025. Il compte des milliers de pages où on trouve l'idée de défaire les services publics. C'est un plan pour défaire la forme américaine de gouvernement. Donc c'est quelque chose qu'il faut prendre avec sérieux.

Democracy Now, 22 janvier 2024
Traduction et organisation du texte, Alexandra Cyr

Amy Goodman : (…) Nous allons nous arrêter sur l'état du Parti républicain maintenant que la primaire présidentielle (républicaine) au New-Hampshire ne compte plus que deux personnes. Le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis a annoncé son retrait dimanche dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux. (…) Avec le retrait de Ron DeSantis, il annonce aussi qu'il se range aux côtés de D. Trump, pour qui beaucoup de questions sont soulevées sur son acuité mentale. Vendredi, lors d'un rassemblement au New-Hampshire, il a confondu à plusieurs reprises son opposante républicaine, Mme Nikki Haley, avec l'ancienne présidente de la Chambre des représentants, Mme Nancy Pelosi. (…) Pour aller plus loin, nous rejoignons l'historien Rick Perlstein, auteur d'une série de quatre ouvrages portant sur le conservatisme moderne. Sa chronique dans American Prospect est intitulée « The Infernal Triangle ».

Rick, soyez à nouveau le bienvenu sur Democracy Now. (…) Parlez-nous de la signification du retrait de R. DeSantis et de son appui à D. Trump. Qu'est-ce que cela veut dire maintenant que la course se fait à deux même si les sondages donnaient D. Trump gagnant, avec des marges jamais vues. On lui prédisait 30% d'avance sur DeSantis. Et les uns.es après les autres les Républicains.nes lui donne leur appui.

Rick Perlstein : Oui, sans aucun doute il va devenir le candidat si on tient pour acquis son habileté à se conduire comme un être humain mais, comme vous le savez, c'est un facteur négligeable. Ce qui est important à comprendre, c'est que la course de chevaux va bien mais elle ne compte pour rien si le gars sous la casquette MAGA déraille complètement. Le nombre de vote qu'il peut récolter n'a pas d'importance ; il va gagner l'investiture. Le nombre de vote qu'il va récolter en novembre n'a aucune importance parce qu'il va continuer à revendiquer la victoire. L'important se sont les gens. Combien de personnes sont prêtes à prendre les armes pour D. Trump le 6 janvier 2025 ? Je ne veux pas tomber dans le mélodrame mais, en ce moment, la réalité semble montrer que des millions d'Américains.es, une part considérable du Parti républicain, s'identifient à la personne de D. Trump. Et l'expression que nous devons employer pour désigner cette situation, pour mélodramatique qu'elle semble, est « fascisme américain ».

A.G. : Pouvez-vous nous parler des personnes comme le gouverneur du New-Hampshire M. Sununu, qui a appuyé Nikki Haley et qui dit maintenant que si D. Trump gagne cette primaire, en fin de compte il va lui donner son appui, en répondant à la question de Kristen Welker, à Meet the Press : « Vous dites que vous l'appuriez malgré le 6 janvier, malgré ce que vous avez dit à propos de cette insurrection ? Tous ces dirigeants.es républicains.nes après avoir questionner D. Trump à la fin se mettent à le suivre alors qu'une fois de plus il fait face au viol de Jean Carroll. Le juge a employé ce mot de la langue populaire.

R.P. : Correct. Il n'y a rien de nouveau à ce sujet. Si nous jetons un regard sur ce que des gens comme Lindsay Graham ont dit en 2015 et 2016 à propos de D. Trump, et ce qu'ils ont dit quand ils ont vu qu'il pouvait être un atout pour la conservation de leur propre pouvoir…. Encore une fois, c'est bien dommage que ce que nous avons dans ce contexte de philosophie politique qui décrit ce qui se passe nous vienne de l'Allemand. C'est le terme Führerprinzip » : Le leader détient la vérité.

Et quand ils doivent d'une certaine façon se cacher derrière un criminel pour sembler avoir une figure un peu légitime dans un parti politique ce parti (…) Vous devez vous questionner sur l'allure que ces personnes auront dans, disons 50 ans aux yeux de l'histoire. Ils vont ressembler à des personnages comme Fritz von Papen qui disait : « Nous tenons Hitler dans un coin aussi longtemps qu'il ne rue pas dans les brancards ». Fritz von Papen était le vice chancelier d'Allemagne, celui qui a monté une coalition avec Hitler et qui a pu ainsi devenir chancelier d'Allemagne. Ce sont des processus. Nous sommes rendus.es loin dans un processus pour lequel les questions posées par les journalistes conventionnels.les ne signifient plus rien.

A.G. : Le gouverneur de Floride, Ron DeSantis, s'est retiré de la course deux jours avant la tenue de la primaire du New-Hampshire, moins d'une semaine après qu'il ait perdu par 30 points face à D. Trump lors des caucus de l'Iowa. Et il a donné son appui à D. Trump.

G. Ron DeSantis : Je l'appuie parce que nous ne pouvons pas revenir à la vieille garde du Parti républicain du passé, à un reformatage du bon vieux corporatisme que représente Nikki Haley.

A.G. : Maintenant que Ron DeSantis n'est plus sur les rangs, la course en est essentiellement une à deux : D. Trump et Nikki Haley l'ancienne gouverneure de la Caroline du sud, et qui a été ambassadrice aux Nations Unies sous l'administration Trump. Elle a fait campagne au New-Hampshire durant la fin de semaine. Elle a mis en cause l'acuité mentale de son adversaire après qu'il l'ait confondue avec l'ancienne présidente de la Chambre des représentants, Mme Nancy Pelosi. Joe Biden fait maintenant campagne en ligne et se questionne sur les capacités mentales de D. Trump s'appuyant sur les propos de Mme Haley. (…) Et D. Trump dit avoir été dans la course contre B. Obama. Il demande aussi si nous voudrions voir Joe Biden présider à la deuxième guerre mondiale au lieu de la troisième.

Que représente le gouverneur DeSantis ? Combien a-t-il dépensé et d'où venait cet argent ?

R.P. : Je pense que le plus important à comprendre de R. DeSantis, de ce qu'il représente …. il n'a pas ébranlé le culte de la personnalité voué à D. Trump, aucune contestation sérieuse de sa part. Il représente vraiment l'incapacité des grands médias à faire leur travail d'information à donner aux gens ce que nécessite le fait d'être un.e citoyen.ne qui pense par soi-même. Il a été choisi malgré qu'il ait acclamé la torture à Guantánamo où il était avocat et assurait une sorte de supervision mais qui riait en observant les prisonniers torturés. Il a, pour ainsi dire, transformé son État en petit fief fasciste. Il a été mis en selle non seulement parce qu'il pouvait battre D. Trump, mais parce qu'il serait mieux que lui. D'une certaine façon nous sommes piégés.es dans cette chambre aux miroirs où on répète ce genre de manière de faire du journalisme populaire où on trouve le meneur et le compétiteur, où il y a une course de chevaux et bla-bla-bla et qui ne dit rien de ce qui se passe réellement dans le pays en ce moment.

A.G. : Et le montant d'argent qu'il a reçu ? Il a dépensé quelque chose comme 150 millions de dollars.

R.P. : Oui. Je pense que cela dit quelque chose de la manière dont fonctionne le culte de la personnalité fasciste. Impossible de le mettre au défi, d'accord ? Quand Nikki Haley souligne que D. Trump pense qu'il a fait campagne contre B. Obama et qu'elle était la présidente de la Chambre ça nous rappelle ce que G. Orwell a écrit dans 1984 : « votre loyauté envers Big Brother se manifeste par votre désir de dire que deux et deux font cinq ». Si vous examinez de près ce qu'a dit D. Trump, non seulement il confond Nikki Haley avec Nancy Pelosi mais il dit qu'il a réquisitionné 10,000 soldats.es. Ça ne s'est jamais produit, n'est-ce pas ? Impossible de vérifier les faits quand vous êtes dans cet espèce de monde mythique avec cette figure quasi religieuse qui va nous sauver du mal. Ce n'est pas ce qu'on enseigne dans les écoles de journalisme.

A.G. : (…) le gouverneur de Floride, R. DeSantis a insisté sur les nouvelles règles du Florida Board of Education qui exigent que les éducateurs et éducatrices enseignent que les gens de couleur (durant l'esclavage) : « ont développé des habiletés qui, dans certaines circonstances, pouvaient leur apporter un profit personnel ». Il a défendu ce curriculum. L'association nationale des gens de couleur a qualifié cela de : « javellisé, de récit malhonnête de l'histoire de l'esclavage aux États-Unis ». Je me demandais si vous pourriez vous exprimer à ce sujet et aussi sur les controverses entourant Nikki Haley maintenant que nous sommes dans une course à deux ; entre autre le fait qu'elle dise avoir oublié de dire que parmi les causes de la guerre civile, il y avait l'esclavage. Quand on lui a demandé sur Fox News si les États-Unis étaient un pays raciste, elle a répondu que non et qu'il ne l'avait jamais été. Qu'en pensez-vous ?

R.P. : Oui, d'accord. Nous entrons ici dans l'histoire de la droite, du mouvement conservateur et du Parti républicain. J'ai écrit à ce sujet dans mon livre, The Invisible Bridge en 2014 avec (la photo) de Ronald Reagan en couverture. Quand la série Roots a paru, a été présentée aux Américains.es, beaucoup ont été mis en face de la cruauté de l'esclavage. (R. D.Santis) a déclaré qu'il détestait cette série parce qu'elle traitait, selon lui, tous les Blancs.ches de mauvaises personnes et tous les noirs.es de bonnes.

D. Trump hérite de ce récit qui présente les États-Unis comme un pays innocent, une nation voulue par Dieu, qui ne fait jamais rien de mal mais, comme bien autre chose dans le trumpisme, comme nous l'a monté Nikki Haley, c'est maintenant devenu convenu parmi les Républicains.es (…). Mais ce n'est pas possible de vivre dans notre monde moderne avec l'idée que rien ne peut vous distraire de l'originelle perfection de votre pays, la complexité et les contradictions doivent dicter votre action. Nous sommes donc bloqués.es dans une situation où la moitié de la population doit vivre dans un espace de rêve mythique. C'est ce qui pousse certains.es d'entre nous à utiliser le mot fascisme pour décrire l'hégémonie du Parti républicain.

A.G. : Parlez-nous plus du fascisme.

R.P. : Vous savez ce ne sont pas que des politiques de droite repoussantes. Nous avons connu cela pendant longtemps. Le fascisme est le culte de la personnalité d'un.e individu.e qui est présumé.e représenter la volonté du peuple. C'est aussi l'idée mythique du retour de ce passé qui doit être débarrassé des ennemis.es transcendants.es du peuple, qui est amené à constituer le peuple normal, les vrais.es Américains.es. (…) C'est la conviction qu'ils sont le peuple, qu'ils sont l'État et que toute opposition ne peut être qu'illégitime.

Et si vous ajoutez à cela une opposition armée qui proclame qu'elle se bat contre la tyrannie, pour préserver le gouvernement républicain contre les dangereux tyrans, c'est vraiment une mauvaise conception. Mais c'est l'idéologie de la NRA qui qualifie les Démocrates de tyrans. C'est une très affreuse situation. Et si les gens sont fatigués de la politique, en ont ras-le-bol de la politique, vous ne savez plus quoi dire. Comme le dit D. Trump, il se peut que nous ne reconnaissions pas notre pays dans cinq, dix, vingt ans.

A.G. : Bientôt les primaires au NewHampshire. Quand Kristen Welker, à l'émission Meet the Press, sur NBC a interviewé le gouverneur républicain de cet État, M. C. Sununu, elle lui a demandé ce qui se passait au Parti républicain, il a répondu : « Je n'ai rien à faire avec le Parti auquel vous appartenez, que vous soyez un.e conservateur.trice extrême ou un.e socialiste libéral.e, tout le monde devrait se sentir concerné par le genre de mentalité qui règne à la Maison blanche ».

Kristen Welker : Malgré tous ses commentaires, malgré ceux sur l'immunité, malgré ce que vous avez dit à propos de l'insurrection, vous allez voter pour D. Trump à l'élection présidentielle contre Joe Biden ?

G. Chriss Sununu : Eh ! Bien, selon les sondages, la plupart des Américains.es vont le faire. C'est votre manière de ne pas rapporter (les choses). Joe Biden a été mauvais à ce point, il a été incompétent. Il peut difficilement sortie de scène. Personne ne veut de cela et tout le monde est effrayé de voir Kamala Harris présidente.

A.G. : Quand il dit que tout le monde est effrayé il n'a rien dit des raisons qui l'amènent à appuyer D. Trump après les critiques qu'il lui a faites spécialement à propos de l'insurrection. Mais il parle de Kamala Harris.

R.P. : Oui. C'est l'espace mythique dont je parle : Joseph Biden a complètement failli. On peut critiquer encore et encore J. Biden mais nous avons quand même le plus bas taux de chômage des dernières 50 années. Ce n'est donc qu'une représentation d'un faux monde où tous et toutes sont contre K. Harris. C'est une des manières dont fonctionne le fascisme. Nous avons besoin d'un conservatisme légitime et la famille Sununu a été au service de la famille Bush pour ne donner qu'un exemple. Je crois que son père a été chef de bureau pour le premier Président Bush. Vous devez avoir ce genre de légitimité auprès des soit disant élites conservatrices afin de donner l'impression d'être éligible à une position de pouvoir. Il n'est pas plus responsable de ce qui se passe que les Proud Boy qui acceptent de battre une personne employée au décompte électoral.

A.G. : Je veux que vous nous parliez de Davos, de la rencontre de l'élite d'affaire du monde qui s'y est tenue, des dirigeants.es d'entreprises et des gouvernements. Que s'y est-il dit ? La semaine dernière à ce Forum, le PDG de JPMorgan, Jamie Dimon, a dit que D. Trump a été correct sur bien des enjeux. Il a dit : « Je ne pense pas qu'on vote pour Trump pour ses valeurs familiales. Mais faites un pas de recul et soyez honnête. Il avait raison en quelque sorte sur l'OTAN. De même sur l'immigration. Il a fait progresser l'économie assez correctement. La réforme fiscale a bien marché ». Et ce qui ressort de Davos est que non seulement D. Trump va remporter l'investiture républicaine mais qu'il va gagner l'élection présidentielle.

R.P. : Encore une fois cela me rappelle (les positions) de l'élite allemande tôt durant les années 1930. Elle pensait fondamentalement qu'il était possible de contrôler (ce qui se pointait), qu'elle pourrait retenir le tigre. Ce n'est pas cela qui provoque leur vote pour D. Trump. Vous savez ce que c'est ? 80% des électeurs.trices républicains.ne dans les primaires disent qu'ils et elles sont d'accord avec D.Tump qui dit que les immigrants sans papiers empoisonnent le sang américain. Voilà ! Donc il vit aussi dans cet espace mythique. Et, clairement, si vous ne rejoignez pas la résistance c'est la fin de la démocratie comme nous la connaissons et encore une fois, c'est un membre de l'establishment qui se révèle partie au problème.

A.G. : (…) Après le 7 octobre, l'ex Président Trump s'est adressé à la Republican Jewish Coalition :

« Parce qu'ils veulent détruire notre pays. Ils veulent détruire notre pays. Avec Biden nous n'avons pas qu'un désastre migratoire, nous en avons deux. Nous avons le désastre à la frontière et nous en avons un au Département d'État de Biden qui admet d'énormes quantités de jihadistes dans nos communautés, nos campus et via nos programmes de refuge. C'est ce qui explique toutes ces manifestations à New York et Chicago. Personne ne peut croire à ce qui se passe. Nous ne pouvons pas permettre cela. Et nous ne voulons pas ressembler à l'Europe avec des jihadistes à tous les coins de rue. C'est ce qui arrive. Je veux dire, nous allons avoir … nous allons devenir comme l'Europe. Prenez Londres. Jetez un coup d'œil sur Paris. Arrêtez-vous sur ce qui se passe là-bas. Nous voulons être les États-Unis d'Amérique et nous voulons redonner sa grandeur à notre pays (make our country great again). On nous couvre de ridicule.

Président, je vais mettre fin une fois pour toute à l'importation de masse d'antisémites aux États-Unis. Comme je l'ai déjà fait, je vais tenir les terroristes islamiques radicaux hors du pays. Nous les tenions à l'extérieur. Nous allons les tenir à l'extérieur. L'interdiction d'entrée au pays va s'appliquer à nouveau. Nous allons à nouveau appliquer l'interdiction d'entrée au pays. Au premier jour, je vais autoriser l'application de cette interdiction. Nous avions cette interdiction parce que nous ne voulions pas que des gens caressant l'idée de tout faire sauter entrent dans le pays ; faire sauter nos rues, nos centres commerciaux et notre peuple. Donc, j'ai introduit ce qui est appelé l'interdiction Trump d'entrée. Ce fut un extraordinaire succès. Elle a été suspendue comme elle allait s'appliquer. (Une jugement de cour fédérale suite à des contestations monstres. ndt.). Je n'en ai jamais parlé depuis quatre ans. Je ne l'ai jamais mentionné. Nous n'avons pas eu un seul incident en quatre années parce que nous avons tenus les mauvaises personnes hors du pays. Nous les avons tenues en dehors. Nous n'avons rien eu, pas une seule fois. Je ne veux pas dire durant les quatre années parce que je ne veux pas sortir de mon discours et provoquer quelque chose, n'est-ce pas ?

Je vais aussi introduire des examens idéologiques corsés pour tous.tes les immigrants.es qui veulent (venir ici). Si vous détestez les États-Unis, si vous voulez supprimer Israël, si vous sympathisez avec les jihadistes, nous ne voulons pas de vous dans notre pays, vous n'allez pas y entrer. Je vais annuler les visas de tous les étudiants.es liés.es au Hamas et à leurs sympathisants.es sur les campus des collèges. Les campus des collèges ne doivent pas être assaillis. Et tous les résidents.es étrangers.es qui ont rejoint les manifestations pro jihadistes ce mois-ci … personne n'a jamais vu cela. 2025 arrive, nous allons vous retrouver et nous allons vous expulser. Nous allons vous expulser ».

A.G : Pouvez-vous réagir à cela, Rick ?

R.P. : D'abord, j'apprécie que vous ayez diffusé une grande partie de cet extrait. Les gens doivent vraiment savoir ce qu'est son discours et pas seulement (entendre) de petits bouts que nous donnent les reportages dans les médias.

Ensuite, il y a beaucoup à dire mais ce qui m'a surtout frappé c'est au début quand il dit : « Vous savez, le Département d'État est infiltré par les jiadistes ». C'est exactement un rappel de ce que Joseph McCarthy disais dans son fameux discours en 1950, que le Département d'État était infiltré de communistes. Cela nous fait voir à quel point nous sommes en face à ce genre de racines éparpillées qui sont là dans l'histoire de la droite républicaine.

Ce que McCarthy disait et ce que D. Trump dit, c'est que tout ce qui arrive de mauvais aux États-Unis est le fait des élites. C'est très dangereux de penser ainsi. Et donc, tout ce qui arrive de mal, que les élites ont permis qu'il arrive, est causé par les étrangers.ères. À Chicago, où je me trouve en ce moment, un gamin de huit ans a été poignardé parce qu'il était Palestinien. Est-ce qu'il était un jiadiste ? Il a été le bouc émissaire des immigrants.es sans papiers.

Ce mirage ne peut pas fonctionner. La promesse de rédemption, la promesse que tout ce qui va mal va être éliminé si nous nous débarrassons de ces mauvaises personnes, ne peut être satisfaite. C'est à ce moment-là qu'on choisit un autre groupe. Le Pasteur Niemöller disait : « Il sont venus chercher les communistes, et je n'ai rien dit parce que je n'étais pas communiste ». C'est tellement prophétique. Vous savez, quand la rédemption ne vient pas, que : « renvoyez chez eux les Mexicains, les jiadistes » (ne résout rien), les gens vont se tourner vers un autre bouc émissaire. Nous devons prendre conscience que c'est un processus en marche. Il se dirige vers une forme de plus en plus autoritaire chaque semaine, chaque mois, chaque année, comme s'il n'y avait pas de force pour l'arrêter. Nous sommes dans une dynamique extrêmement dangereuse.

A.G : Je veux savoir comment Wall Street s'insère dans ce tableau. Pendant que nous parlons, CNBC, le canal d'affaire de NBC publie : « Comme D. Trump se dirige vers l'investiture républicaine, plusieurs dirigeants.es de Wall Street ont décidé de ne rien dire contre lui et dans certains cas, on considère l'idée de le soutenir plutôt que Joe Biden. C'est une décision réfléchie selon plus d'une douzaine de personnes familières (de ce milieu). Cela reflète une position partagée par une grande partie de Wall Street qui s'applique à se faire à l'idée que D. Trump sera vraisemblablement investit candidat à la Présidence par le Parti républicain et battra J. Biden en novembre prochain. Un sondage de Real Clear Politics dimanche concluait qu'en moyenne, D. Trump battrait J.Biden par 2 points à l'élection générale ». Qu'est-ce que cela veut dire ? Et croyez vous que l'argent fait le président ? C'est un lieu commun ou non ?

R.P. : Si l'argent fait le Président, Nikki Haley est sur la bonne pente puisqu'elle est la candidate des frères Koch n'est-ce pas ? Bien des choses déterminent qui sera Président.

Ce qui me renverse c'est que cette élite d'affaire dise : « Oui, ça ne fait pas de différence ». Ça ne fait pas de différence que D. Trump gagne. Qu'elle puisse travailler avec lui est un autre exemple de la situation de Fritz vo Papen. L'histoire ne l'absoudra pas. Elle va être vue comme partie du problème quand la population regardera les ruines, les ruines fumantes des États-Unis comme république s'il y a des historiens.nes pour nous le dire dans 50 ans ou 100 ans. Ces gens doivent rejoindre la résistance anti fasciste (…). Pour ainsi dire, ils donnent une corde à D. Trump pour qu'il les pendent. Ils vont être à sa merci. Ce que Ron DeSantis à tenter de faire avec Disney n'est qu'une farce pour ceux et celles qui ont croisé D. Trump même s'ils sont les super dirigeants.es d'entreprises de l'univers. Il va avoir la technologie de la NSA à la portée. Il va avoir l'armée à sa portée. Et s'ils pensent qu'ils vont pouvoir négocier avec le crocodile (ils se trompent), c'est le crocodile qui va les manger finalement.

A.G : Parlez-nous du vote de la jeunesse. Il y a quelques temps, vous avez écrit dans le Washington Post que les Démocrates recherchaient le vote des jeunes.

R.P. : Oui, dans cette chronique et dans le livre sur lequel je travaille qui porte sur les dernières 25 années et qui s'intitule : « The Infernal Triangle ». Ce triangle, c'est l'autoritarisme républicain, l'incompétence des médias, le vôtre excepté, et une sorte d'incompétence de la démocratie. Le fait que le Parti démocrate n'est pas vu l'absolue priorité d'allumer la torche, pour paraphraser J.F. Kennedy, auprès des nouvelles générations américaines, est une vraie faute institutionnelle, une vraie tragédie. Parce que si les gens ne peuvent voir comment ils pourraient s'identifier au Parti démocrate, vous savez, dans notre système politique tel qu'il existe, c'est comme le disait Stephen Douglas aux Afroaméricains.es en 1880. Le Parti républicain peut prendre de la place, peut aussi devenir de plus en plus ploutocratique. (…) Et si le Parti démocrate ne donne pas aux jeunes électeurs.trices, qui dans 10, 20, 30, 40, 50 ans seront l'électorat vieux ; … qu'ils et elles adhérent au Parti démocrate maintenant pourrait maintienir leur loyauté. S'ils et elles ne gagnent pas, ne maintiennent pas leur loyauté, feront pas leur part va manquer dans la lutte au fascisme également.

J'avais été très encouragé par Joseph Biden et Kamala Harris …. en 2020, (disant qu'ils allaient être) une sorte de pont pour la nouvelle génération de Démocrates. Mais ils ont fini par s'accrocher à leur influence comme à une sinistre mort. Vous connaissez Ryan Grim ? Il publie un merveilleux livre intitulé The Squad. (À propos de Nancy Pelosi) le plus choquant, et ont en reste bouche bée franchement, c'est comme si instinctivement, elle semblait traiter avec condescendance la « Squad » (coalition de 4 jeunes femmes de gauche dans le Parti démocrate. Ndt.) et Alexandria Ocasio-Cortez. Elle ne les voit pas comme un atout mais bien comme une menace à son influence. Elle a même renommé le « Green New Deal », « Green new dream ». Elle en fait n'importe quoi.

Je reviens à votre segment précédent sur l'enjeu d'Israël et de la Palestine. (On y trouve une illustration) de la réaction de la classe vieillissante de 70-80 ans quand il s'agit du Proche Orient.Elle n'a aucun sens pour l'électorat dans la vingtaine, n'est-ce pas ? C'est tout simplement une terrible triste situation. Et nous avons ce boulet. Mais je vais me rendre au bout avec les candidats.es démocrates parce que ce Parti est la barque, tout le reste c'est la mer. Nous devons sérieusement penser à comment nous sortir de cette effroyable situation.

A.G. : Pouvez-vous nous dire ce que vous espérez de la primaire du New Hampshire ? Pas la républicaine mais la démocrate. Le Président Biden a dit que cette primaire comme celle de l'Iowa ne devrait pas venir en début de campagne. Ce sont les États les plus « blancs » du pays qui en détermineraient le programme pour le reste, donnant le plan pour ce qui viendra ensuite. Donc, il ne figure pas sur les bulletins de vote au New Hampshire. Discrètement, ses supporters lancent une campagne en sa faveur par l'inscription de son nom à la main sur les bulletins. Expliquez-nous ce qu'il en est et ce que vous surveillez dans la compétition Haley-Trump ; qui vote pour qui ? Qui est le député Dean Phillips ?

R.P. : À propos des Démocrates : voir la direction du Parti dans ces États s'accrocher à sa position de pouvoir comme à une sinistre mort, à persister à être les premiers dans la nation, même si le Comité national démocrate a tenté, raisonnablement et de manière responsable de réformer tout cela ! Cela nous mets face à une tragédie de plus : quand un groupe qui détient le pouvoir se représente, qu'il n'a pas le courage patriotique et civique de faire quelque chose pour le bien commun du pays. Ça aurait pu se régler en 2024, ça ne le sera pas.

Quant aux Républicains : je vais encore et encore répéter que Donald Trump va remporter le maximum de votes dans les primaires. Il ne vaut même pas la peine d'y attacher autant d'attention. Ce qui importe pour ceux et celles qui votent pour lui est de savoir combien d'entre eux et elles seraient prêts.es à prendre les armes le 6 janvier 2025. S'il perd, nous savons très bien qu'il va proclamer qu'il a gagné. Donc, nous devons réellement penser à ces jours non seulement par rapport au vote républicain mais aussi aux Républicains.nes comme formation paramilitaire. Et si les journalistes n'en parlent pas en ce sens, s'ils et elles n'y pensent pas en ce sens c'est que leur vie se passe en 1996.

A.G : Finalement, Rick, (quand on voit) D. Trump applaudir Viktor Orbán de Hongrie et dire ce qu'il va faire le premier jour de sa (future) présidence, c'est-à-dire être un dictateur d'un jour… Quel sérieux faut-il lui accorder ?

R.P. : Beaucoup de sérieux. Il n'existe pas de dictateur d'un jour. Dire que vous allez annuler des décrets de l'exécutif c'est une chose. C'est constitutionnel, légal. Mais si vous y pensez comme une preuve de dictature … Les Républicains.es se sont réunis et ont conçu un plan complet pour 2025. Il compte des milliers de pages où on trouve l'idée de défaire les services publics. C'est un plan pour défaire la forme américaine de gouvernement. Donc c'est quelque chose qu'il faut prendre avec sérieux. (Un art. a déjà été publié sur PTAG à ce sujet. Ndt). Malheureusement, des gens comme Jamie Dimon veulent l'aider à le faire.

A.G. : Pourquoi, selon vous, le soutient à D. Trump ne faiblit pas alors qu'il fait face à 91 accusations ?

R.P. : C'est le « Führerprinzip », le mot allemand pour dire que la personne de D. Trump détient toute la vérité, la réalité, la rédemption. C'est le culte de la personnalité. Rien ne vient briser cela. Si par exemple, c'est un procureur général d'un État qui le poursuit, cela veut dire qu'il est Afro-américain, qu'il est étranger, pas un vrai Américain. Le jury dans la poursuite à Washington va être noir, donc pas de vrais.es Américians.es. S'il s'agit d'une accusation d'un tribunal fédéral, ce n'est qu'une extension de l'État profond et de Joe Biden qui tente de le discréditer. Les faits n'importent pas. C'est l'espace du rêve fasciste, du mythe où il y a des bons et des mauvais et D. Trump est bon. Tous ceux et toutes celles qui lui sont associés.es sont temporairement bons et bonnes et quiconque s'oppose a lui est mauvais et doit être éliminé. Nous sommes dans cette situation en ce moment. Il faut le regarder droit dans les yeux et résister avec tous nos moyens.

A.G. : Rick est l'auteur d'une œuvre en quatre volumes sur le mouvement conservateur moderne.

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Trump gagne en Iowa : l’argent dans la politique américaine

30 janvier 2024, par Dan La Botz — , ,
L'ancien président Donald Trump a remporté la primaire républicaine de l'Iowa à la mi-janvier, la première primaire du pays, avec 51 % des voix, le reste étant réparti entre (…)

L'ancien président Donald Trump a remporté la primaire républicaine de l'Iowa à la mi-janvier, la première primaire du pays, avec 51 % des voix, le reste étant réparti entre ses rivaux, le gouverneur de Floride Ron DeSantis et Nikki Haley, l'ancienne gouverneure de Caroline du Sud.

25 janvier 2024 | Hebdo L'Anticapitaliste - 692
https://lanticapitaliste.org/actualite/international/trump-gagne-en-iowa-largent-dans-la-politique-americaine

Après ce résultat, DeSantis s'est retiré de la course et a annoncé qu'il soutenait désormais Trump. Les candidats sont maintenant en route pour le New Hampshire, où Trump devrait également l'emporter.

Si la victoire de Trump est largement due à son charisme et à la loyauté de sa base, l'argent joue un rôle énorme dans les élections américaines. Les candidats républicains ont dépensé 124 millions de dollars pour l'élection dans l'Iowa, la majeure partie de cette somme étant consacrée à la publicité télévisée et aux médias sociaux tels que Facebook et Google. L'organisation de M. Trump, Make America Great Again Inc. a diffusé environ 21 000 publicités télévisées. Mais l'argent n'a pas été décisif dans l'Iowa : Haley, qui a dépensé le plus, est arrivée en dernière position.

1 112 dollars par électeurE dans l'Iowa

L'Iowa compte 2 083 979 électeurs républicains inscrits, mais seuls 15 % d'entre eux, soit 110 000, se sont présentés aux caucus, la forme que prend leur primaire, dont les réunions se sont tenues dans les 99 comtés de l'État. Les 124 millions de dollars dépensés représentent 1 112 dollars par électeurE. La population de l'Iowa est à 87,9 % blanche et le Parti républicain l'est à 95 %.

Lors de cette primaire, l'Iowa n'élit que 40 des 2 500 délégués républicains à la convention, soit moins de 2 % du total, mais parce qu'elle arrive la première, elle peut donner le ton de l'ensemble des primaires républicaines. Les Démocrates n'organisent plus leur première primaire dans l'Iowa car ils estiment qu'elle donnerait un poids démesuré à une population majoritairement blanche et rurale qui n'est pas représentative du pays.

La prochaine primaire républicaine aura lieu le 23 janvier dans le New Hampshire, où la population est à 88,9 % blanche. Cette primaire permettra de désigner 22 délégués à la Convention républicaine, soit moins de 1 % du total. Les Démocrates de l'État organiseront également une élection primaire non officielle le même jour, mais le nom du président Joe Biden, candidat présumé, ne figurera pas sur le bulletin de vote.

55 % des contributions des entreprises aux Républicains

Dans toutes les élections primaires et, plus tard, dans les élections générales, l'argent jouera un rôle clé dans la détermination du vainqueur. L'affaire Citizens United vs. Federal Election Commission, jugée en 2010 par la Cour suprême, a renversé des règles électorales établies de longue date, et a permis aux riches particuliers, aux entreprises, aux syndicats et à d'autres de dépenser des sommes illimitées pour les élections. Cela a conduit à la création de « super-PACS » (comités d'action politique) qui peuvent accepter des contributions illimitées et les dépenser en faveur ou contre des candidats. On estime que 55 % des contributions des entreprises vont aux Républicains et 45 % aux Démocrates. Les Républicains reçoivent également des fonds de nombreux groupes conservateurs, tels que les chrétiens évangéliques qui ont contribué à hauteur de 2,3 milliards de dollars à l'élection de 2020, presque entièrement au profit des Républicains. Les Démocrates reçoivent également des fonds des syndicats, des organisations de NoirEs, de Latinos, de femmes et de LGBT. Les syndicats ont versé 1,8 milliard de dollars, dont la quasi-totalité aux Démocrates pour l'élection de 2020.

« Le comité exécutif de la classe dirigeante »

Le mouvement Occupy Wall Street de 2011 a exigé que l'argent des entreprises soit retiré de la politique. Bernie Sanders a repris ce cri en 2016 lorsqu'il s'est présenté à l'élection présidentielle. Comme l'a déclaré Nina Turner, coprésidente de la campagne de Sanders, « le trop-plein d'argent dans la politique étouffe les voix des gens ordinaires. Cela fait partie du casse-tête américain : plus on a d'argent, plus on peut s'exprimer. Cela exclut les gens ordinaires de l'équation ».

La gauche américaine au sens large convient que l'argent permet aux entreprises d'acheter le gouvernement qu'elles souhaitent, de sorte qu'il devient, selon les termes de Karl Marx, « le comité exécutif de la classe dirigeante ». L'alternative est la construction d'un mouvement de masse de la classe ouvrière et des personnes opprimées qui pourraient utiliser leur puissance sociale et politique pour créer un pays plus démocratique et socialement progressiste.

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États-Unis : exemple du Massachussetts qui augmente les impôts de 4% pour financer la santé

30 janvier 2024, par Félix Cauchy-Charest — , ,
Lunchs scolaires gratuits pour tous les élèves, investissements dans le transport collectif, abolition des frais de scolarité dans les collèges et universités publics, (…)

Lunchs scolaires gratuits pour tous les élèves, investissements dans le transport collectif, abolition des frais de scolarité dans les collèges et universités publics, investissements dans les infrastructures, voilà autant d'objectifs louables auxquels les membres du gouvernement et faiseurs d'opinion opposent habituellement la fameuse « capacité de payer de l'État ». Pour dénouer ce nœud gordien et diminuer les inégalités de richesse en faisant d'une pierre deux coups, l'État du Massachussetts a peut-être trouvé la solution.

15 janvier 2024 | CSQ
https://www.lacsq.org/actualite/quand-le-massachusetts-montre-lexemple/

Par Félix Cauchy-Charest, conseiller CSQ

Lors des dernières élections de mi-mandat, le 8 novembre 2022, les personnes votantes ont dû se prononcer sur une série de propositions d'amendement à la constitution de l'État, dont celle d'imposer une taxe supplémentaire de 4 % aux contribuables ayant des revenus supérieurs à 1 million $, afin de réinvestir l'argent dans les secteurs de l'éducation et du transport.

Les électrices et électeurs ont voté à 52 % en faveur de cette modification constitutionnelle, après une chaude lutte par le Fair Share Massachusetts, le Vote Yes on Fair Share 2022 ainsi que la Coalition for Social Justice Fair Share 2021-2022 qui s'y opposaient. En 2018, une tentative de faire passer la même mesure comme une nouvelle législation d'initiative populaire avait échoué pour des raisons techniques.

Trois grandes organisations syndicales, l'American Federation of Teachers (AFT), le Massachusetts Teachers Association (MTA) ainsi que le conseil massachusettois du Service Employees International Union (SEIU) figuraient au nombre des organisations appuyant cet amendement.

Les arguments

Les différents groupes défendant cette proposition d'amendement ont fait valoir que la pandémie avait mis en lumière les dangers du sous-financement chronique du filet de sécurité sociale de l'État. Le sénateur démocrate, James O'Day, soulignait que l'économie du Massachusetts fonctionnait très bien pour le 1 % des plus fortunés et qu'il était temps pour l'ensemble des citoyennes et citoyens de l'État de récolter les bénéfices de la richesse que leur travail a produits.

De leur côté, les opposants ont mis de l'avant les arguments classiques anti-impôt, arguant que les dollars prélevés aux riches empêcheraient autant d'investissements dans l'économie et dans la création d'emplois dans les petites entreprises. En résumé : « Créons de la richesse, nous la redistribuerons plus tard. »

Combien vaut le 4 % du 1 % ?

Les partisanes et partisans de l'amendement peuvent dire qu'ils ont visé dans le mille. Avec cette modification constitutionnelle, le Massachusetts, qui compte 6 millions d'habitants,a récolté la coquette cagnotte de 1,5 milliard de dollars. Cette dernière sera investie dans les secteurs identifiés dans le projet d'amendement (voir encadré).

LA QUESTION SOUMISE AUX ÉLECTRICES ET ÉLECTEURS

Voici ce à quoi devaient répondre les électrices et électeurs du Massachusetts lors des élections de mi-mandat, en novembre 2022 :

Approuvez-vous l'adoption d'un amendement constitutionnel tel que résumé ci-bas, approuvé par une session commune des deux chambres (Chambre des représentants et Sénat), le 12 juin 2019 et le 9 juin 2021 ?

Afin d'allouer les ressources nécessaires pour assurer une éducation publique de qualité et une abordabilité pour les collèges et universités, ainsi que pour la réparation et le maintien des routes, ponts et transports collectifs, que tous les revenus reçus en lien avec ce paragraphe soient étendus et sujets à appropriation, pour ces matières seulement. En supplément des taxes sur le revenu autrement autorisées par cet article, que soit instituée une taxe additionnelle de 4 % sur la portion du revenu imposable excédant 1 000 000 $. Afin de s'assurer que cet impôt additionnel continue de ne s'appliquer qu'aux plus riches contribuables, ce seuil d'un million de dollars sera ajusté annuellement pour refléter la hausse du coût de la vie selon les mêmes paramètres utilisés pour calculer les paliers d'impôt du gouvernement fédéral. Ce paragraphe s'appliquera à toutes les années fiscales, commençant le 1er janvier 2023 et suivantes.

Des leçons pour le Québec ?

Attention aux raccourcis, met en garde Minh Nguyen, conseiller à la recherche socioéconomique et à l'action politique à la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). « Le contexte fiscal du Massachusetts n'est pas celui du Québec. Notre 1 % n'est pas le même », explique-t-il.

Rappelons que le régime fiscal québécois prévoit quatre paliers d'imposition :

Premier palier : 14 % sur les premiers 51 780 $ ;
Deuxième palier : 19 % de 51 780 $ à 103 545 $ ;
Troisième palier : 24 % de 103 545 $ à 126 000 $ ;
Quatrième palier : 25,75 % au-delà de 126 000 $.

« En venant ajouter des paliers fiscaux à 250 000 $ et à 500 000 $ de revenu déclaré, par exemple, on viendrait chercher une meilleure répartition de la richesse produite au Québec, c'est certain, affirme Minh Nguyen. Cependant, on ne tient pas compte des gains en capitaux, de la valeur des actifs des mieux nantis ou des stratégies d'évitement fiscal, etc. » En prenant en compte tous ces éléments, on constate qu'« une vraie réflexion sur la fiscalité s'impose », conclut-il.

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Etats-Unis : Mensonges sur les élections

30 janvier 2024, par Flora, Olivia et l'équipe d'Ekō — , ,
Meta vient de lever l'interdiction des publicités affirmant que les dernières élections américaines ont été truquées. *Il s'agit d'un cadeau pour Trump, et d'un cauchemar pour (…)

Meta vient de lever l'interdiction des publicités affirmant que les dernières élections américaines ont été truquées. *Il s'agit d'un cadeau pour Trump, et d'un cauchemar pour la démocratie.

*Dites à Meta de cesser de diffuser de fausses annonces sur les élections.*

SIGNER LA PÉTITION

Ami, amie,

Mark Zuckerberg a discrètement *levé l'interdiction des publicités affirmant que l'élection américaine a été truquée*, autorisant ainsi une nouvelle vague de désinformation pro-Trump sur Facebook et Instagram, alors que les prochaines élections approchent.

Il s'agit ni plus ni moins d'une sordide opération financière destinée à capitaliser sur le flot ininterrompu de mensonges des extrémistes, dans l'indifférence la plus totale quant aux conséquences que cela pourrait entraîner dans le monde. *Mais nous avons l'opportunité de l'empêcher.*

Zuckerberg sait très bien qu'il pourrait s'attirer les foudres du grand public et nuire à Meta avec ce coup bas. Il a donc glissé cette mesure très discrètement dans une mise à jour des politiques de Meta. *À l'approche des élections américaines, nous pouvons lancer une vaste campagne publique *qui obligera Meta à faire marche arrière sur cette politique dangereuse qui pourrait avoir des conséquences désastreuses dans le monde entier. Signez maintenant :

Dites à Meta d'interdire la diffusion de publicités mensongères sur les élections dès maintenant. <https://act.sumofus.org/go/686440?t...>

Les États-Unis ne sont pas le seul pays concerné. Meta a également levé les interdictions relatives aux infox sur les résultats des élections en Italie et au Brésil, pays dans lequel les mensonges de Bolsonaro sur les élections de 2022 ont conduit des manifestants armés à prendre d'assaut le Congrès lors d'une tentative de coup d'État.

Zuckerberg est en train de démanteler les démocraties du monde entier, une élection à la fois, au lieu de faire en sorte que les erreurs du passé ne soient plus jamais commises.

Les *membres d'Ekō ont déjà fait en sorte que Meta fasse marche arrière*, notamment lorsque l'entreprise envisageait de créer un Instagram ciblant directement les enfants. *Nous pouvons renouveler l'exploit ! Signez la pétition :*

Dites à Meta d'interdire la diffusion de publicités mensongères sur les élections dès maintenant. <https://act.sumofus.org/go/686440?t...>

SIGNER LA PÉTITION <https://act.sumofus.org/go/686441?t...>

Merci pour tout ce que vous faites,
Flora, Olivia et l'équipe d'Ekō

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Géographie de la violence : les États-Unis en pole position

30 janvier 2024, par Gilles Fumey, Manouk Borzakian, Nashidil Rouiai, Renaud Duterme — , ,
Le retour de Trump sur la scène électorale (il vient de gagner la 2e étape des primaires républicaines) met en relief une des particularités des États-Unis : ils sont l'un des (…)

Le retour de Trump sur la scène électorale (il vient de gagner la 2e étape des primaires républicaines) met en relief une des particularités des États-Unis : ils sont l'un des États les plus violents de la planète.

Manouk BORZAKIAN (Lausanne), Gilles FUMEY (Sorbonne Univ./CNRS). Renaud DUTERME (Arlon, Belgique), Nashidil ROUIAI (Université de Bordeaux).

24 janvier 2024 | Billet de Blog
https://blogs.mediapart.fr/geographies-en-mouvement/blog/240124/geographie-de-la-violence-les-etats-unis-en-pole-position

On ne parle pas d'un État failli comme certains qui ploient sous les coups des gangs, mais bien d'un pays qui revient tous les quatre ans dans une joute électorale démocratique qui se termine, depuis quelques scrutins, par une contestation des résultats. Un pays menacé par un parti non loin d'adouber Donald Trump pour la prochaine campagne présidentielle puisqu'il vient de remporter la deuxième manche des primaires dans le New Hampshire après l'Iowa. Un parti « axé sur le culte de la personnalité, qui a fait du trumpisme un populisme, un anti-internationalisme » (Fergus Cullen)[1]. Visé par 91 chefs d'accusation et rendu responsable en 2023 d'agression sexuelle, l'ancien président, « autoritaire qui convient bien à un nombre significatif de républicains » est, donc, en passe d'arracher la nomination du parti avec une réélection possible en novembre 2024.

Cette dérive autoritaire et violente peut choquer dans les pays démocratiques. Mais elle oblige à se positionner face à une violence « civilisationnelle »[2] des États-Unis. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik confiait à Max Armanet : « C'est une morale perverse que de se dire qu'il n'y a qu'une seule morale qui existe, la mienne ! »[3] Il évoquait Poutine en Ukraine et pensait sans doute à Trump, hurlant au complot contre la justice de son pays.

Il n'empêche. Cette violence a pignon sur rue aux États-Unis : 43 000 homicides et suicides pour la seule année 2020. Le taux de mortalité par armes à feu pour 100 000 habitants y est de 4,1[4], et fait du pays le premier de la liste mondiale, le deuxième pays étant la Bulgarie avec 0,6 (environ huit fois moins), la France se positionnant à la 6e place (seize fois moins). Voici donc les électeurs républicains satisfaits du retour de leur chef après son passage en 2023 au congrès de la National Rifle Association, « une association célèbre qui réunit le peureux et les lâches d'Amérique se voyant bien vivre une arme dans chaque main et un couteau entre les dents »[5]. À l'automne 2023, on signalait la présence de Trump à cette réunion au moment où une vingtaine de gamins se faisaient assassiner par un déséquilibré. Et on doit rappeler qu'à la faveur d'un amendement dans la Constitution au 18e siècle, les Etats-Uniens sont autorisés à posséder une arme. Ce n'est même pas assez puisqu'il faudrait, à entendre Trump, équiper les vigiles et… les enseignants, hommes et femmes, arme automatique en bandoulière.

© World Prisons Brief, 2018

La violence, c'est aussi l'enfermement. D'après le World Prison Brief, les États-Unis sont le pays qui a le plus fort taux de détenus par habitant (666 prisonniers/100 000 habitants, soit 2 145 000 personnes derrière les barreaux) à comparer avec le Brésil (trois fois moins par habitant). Et toujours une surenchère pour construire de nouvelles prisons.

Le retour de Trump fait penser à cet épisode où Michel Serres remercie René Girard d'avoir « fait entendre, en ces abois, ces hennissements, ces hurlements d'animaux enragés […] ; d'avoir dévoilé, en cette meute sanglante, en ce nœud de vipères, en ces bêtes acharnées, la violence abominable de nos sociétés. (…) L'origine de la tragédie que Nietzche chercha sans la trouver, vous l'avez découverte, elle gisait, toute offerte, en la racine hellénique du terme lui-même : tragos, signifiant le bouc, ce bouc émissaire que des foules prêtes à la boucherie expulsent en le chargeant des péchés du monde, les leurs propres […] ». La tragédie des États-Unis, la voilà incarnée par Trump qui dévoile au reste du monde cette face qu'Ingrid Carlander qualifiait de « satanique »[6].

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[1] Libération, 23 janvier 2024, p. 6

[2] Marc Dugain, Les Echos, 10 juin 2022

[3] We demain, n°39, août 2022, p. 186.

[4] Source : Institute for Health Metrics and Evaluation's (IHME), 2019

[5] Marc Dugain (cité)

[6] Ingrid Carlander, Le Monde diplomatique, février 1991

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Yémen. Des mercenaires américains tuent pour le compte des Émirats arabes unis

30 janvier 2024, par Pierre Bernin — , , ,
Au moment où les projecteurs sont braqués sur les houthistes en mer Rouge, un documentaire de la BBC diffusé le 23 janvier 2024 jette une lumière crue sur les agissements des (…)

Au moment où les projecteurs sont braqués sur les houthistes en mer Rouge, un documentaire de la BBC diffusé le 23 janvier 2024 jette une lumière crue sur les agissements des Émirats arabes unis dans le sud du Yémen. Signée Nawal Al-Maghafi, l'enquête détaille l'implication de mercenaires américains et d'une entreprise israélienne dans l'assassinat de figures politiques et religieuses à Aden depuis 2015.

Tiré d'Orient XXI.

L'élimination de figures du parti Al-Islah, branche yéménite des Frères musulmans, ainsi que de leaders salafistes et de journalistes a longtemps été une dimension ignorée de la stratégie émiratie au Yémen. La longue série d'assassinats perpétrés dans les gouvernorats du sud, en particulier entre 2016 et 2018, est souvent apparue aux yeux des observateurs extérieurs comme un enjeu marginal du conflit. Elle était considérée comme un avatar (implicitement acceptable) de la lutte contre les djihadistes, une politique jugée nécessaire et efficace après la libération d'Aden de l'emprise houthiste au cours de l'été 2015. En tout état de cause, elle demeurait sous bien des radars.

Dans ce contexte, les autorités d'Aden, affidées aux Émiratis, faisaient commodément passer les assassinats ciblés de dizaines d'individus sur le compte de règlements entre islamistes. Elles pointaient du doigt des responsabilités djihadistes ou même houthistes, comme c'est le cas dans l'assassinat de la figure montante du salafisme Abdel Rahman Al-Adani, tué en février 2016. Dans d'autres cas, elles annonçaient que les éliminations extrajudiciaires qu'elles avaient menées ciblaient des membres d'Al-Qaida ou de l'organisation de l'État islamique (OEI).

Tuer les opposants

Mais dans la capitale du sud et ses environs, l'implication émiratie dans des assassinats qui avaient en réalité une tout autre ambition était un secret de polichinelle. Ont ainsi été ciblés des civils qui se tenaient à l'écart des djihadistes, et n'avaient aucun autre engagement que politique ou lié la mosquée. Ils avaient cependant tous en commun de critiquer les Émirats arabes unis (EAU). La liste des victimes de cette guerre secrète est longue : au moins cent personnes ont été éliminées entre 2016 et 2018 dans des attaques qui ont entretenu l'insécurité dans la grande ville, et continuent de le faire jusqu'à aujourd'hui. Alors qu'Aden devait au cours de cette période devenir la vitrine d'un Yémen pacifié, débarrassé des houthistes, elle a été maintenue dans un état d'instabilité et de misère. La ville a ainsi pu incarner aux yeux de bien des Yéménites, l'incurie des alternatives aux rebelles venus du nord.

Parmi ces victimes, on trouve Adel Al-Shihri, un salafiste qui avait engagé un rapprochement avec le parti Al-Islah et critiquait Al-Qaida. Une figure reconnue, tout comme Rawi Samhan Al-Ariqi, qui avait le même profil. Leurs assassinats n'ont jamais été élucidés. Un autre homicide, celui de Mohsen Al-Sarari, fils de la militante des droits humains Houda Al-Sarari, en 2019, illustre combien cette guerre secrète n'avait que peu à voir avec la lutte contre les djihadistes. Des dizaines de militants ou cadres locaux d'Al-Islah, dont Ansaf Mayo, député au Parlement yéménite ayant survécu à une attaque à la voiture piégée, ont par ailleurs été pris pour cibles, de même que des journalistes travaillant pour des médias proches de ce parti.

Un documentaire diffusé par Al-Jazira1 en 2018 (au paroxysme des tensions entre le Qatar et ses voisins) dans la fameuse émission d'investigation Al-Sunduq Al-Aswad (La boîte noire) avait déjà accusé les EAU de commanditer des assassinats en série pour lutter contre ses opposants, plus particulièrement les Frères musulmans dans le sud. Le documentaire démontrait que cette stratégie s'accompagnait de nombreuses violations des droits humains, et notamment de la systématisation de la torture à l'intérieur de centres secrets disséminés dans les zones sous contrôle émirati.

Témoignages directs des tueurs

Six ans plus tard, l'implacable documentaire de Nawal Al-Maghafi donne de la substance aux accusations visant les Émirats arabes unis. Cette journaliste d'origine yéménite a une solide expérience et a notamment remporté trois Emmy Awards pour son travail sur le trafic sexuel en Irak et sur la crise Covid au Yémen. Intitulé American Mercenaries : Killing in Yemen, son documentaire donne à entendre le récit direct de citoyens américains anciens soldats, ayant participé de manière directe au programme d'élimination. Dans leurs interventions, ils affirment avoir œuvré à la lutte contre les djihadistes, sûrs d'avoir fait le bien, obéissant sans mot dire aux ordres venus d'Abou Dhabi.

Au fil du documentaire, des réseaux macabres se révèlent. Les mercenaires ont été recrutés via l'entreprise de sécurité Spear Operations Group dirigée par l'israélo-hongrois Abraham Golan, grâce à ses contacts avec Mohammed Dahlan, Palestinien de Gaza devenu conseiller de Mohammed ben Zayed, le dirigeant émirati.

L'enquête de la journaliste, entretiens et documents à l'appui, bénéficie du travail fastidieux mené par l'organisation Reprieve et par le juriste Baraa Shiban. Elle inclut aussi des révélations plus anciennes diffusées par le média américain d'information BuzzFeed (2) en 2018. Ensemble, ces divers éléments démontrent combien les profils de la plupart des victimes ne peuvent aucunement être associés aux mouvements islamistes armés. Et quand bien même ils le seraient, les exécutions extrajudiciaires demeurent une violation patente des droits humains, menées en dehors de tout cadre juridique.

Le documentaire illustre combien il ne s'agit aucunement de « victimes collatérales », mais bien d'une stratégie délibérée d'élimination des opposants aux Émirats, quitte à s'allier au passage certains djihadistes hostiles aux Frères musulmans. Des noms et des détails sont livrés, en plus de curieuses concomitances, comme celle entre l'assassinat d'Ahmed Al-Idrissi, un dirigeant du mouvement sudiste réputé avoir refusé de livrer le port d'Aden qui était sous son contrôle, et la cession de la gestion de ce port aux Émirats arabes unis. Enjeux politiques et affairisme sont étroitement mêlés.

Un documentaire à des fins politiques ?

Sans surprise, le documentaire a fait grand bruit sur les réseaux sociaux yéménites. La nature des échanges illustre la fragmentation du champ politique, mais aussi la mauvaise foi de bien des intellectuels, journalistes et décideurs au Yémen, qui continuent de se positionner en fonction des intérêts de leurs sponsors régionaux. À cet égard, les réactions face aux éléments apportés par la BBC constituent un bon indicateur de l'état du débat public après presque une décennie de guerre.

Face aux révélations de Nawal Al-Maghafi, les défenseurs des Émirats ont eu beau jeu de renvoyer la journaliste à une alliance imaginaire avec les houthistes du fait de ses origines supposément hachémites (descendants du Prophète), partagées avec les leaders du mouvement rebelle. Leur critique du documentaire de la BBC veut s'inscrire dans le mouvement intellectuel de redéfinition de l'identité yéménite qui vise à exclure les Hachémites du récit national. En même temps, les défenseurs des EAU soulignent l'implication supposée des Frères musulmans dans ces révélations, montrant combien la polarisation régionale autour de la relation à la confrérie continue à structurer enjeux et positions.

Contre toute attente, on trouve également dans les critiques certains militants pro-houthistes qui, forts de leur popularité acquise grâce à leur engagement en faveur de Gaza, tentent à présent de ne pas s'aliéner les Émirats. Ceux-là ont ainsi pointé du doigt le caractère opportuniste de la sortie de ce documentaire. De leur point de vue, le film constitue une tentative du Royaume-Uni (BBC oblige) afin de faire pression sur les Émirats arabes unis qui refusent de rejoindre la coalition militaire formée avec les États-Unis pour stopper les attaques houthistes en mer Rouge. Cette critique semble faire bien peu de cas du professionnalisme de la rédaction de la BBC et de la temporalité d'une telle enquête débutée il y a plusieurs années.

Défendre les droits humains

Sans doute, le documentaire valide-t-il auprès du public yéménite un sentiment largement partagé d'exaspération face à la stratégie émiratie. Du Soudan à la Libye en passant par le Yémen, la politique étrangère émiratie soutenue en particulier par la France est, depuis les soulèvements arabes de 2011, fauteuse de troubles, de violences et d'instabilité. En cherchant à installer sur l'île de Socotra une base militaire et un comptoir, en soutenant le mouvement sudiste contre le gouvernement reconnu par la communauté internationale, la « petite Sparte » a développé une diplomatie dont les ambitions, comme les moyens, sont problématiques. L'état de décomposition du Yémen doit beaucoup aux décisions prises à Abou Dhabi, sans doute autant qu'à l'hubris des dirigeants saoudiens.

Dans sa réaction à la diffusion du documentaire, Ali Al-Boukhaiti, ancien partisan des houthistes devenu un féroce critique, relevait combien la stratégie d'élimination des figures politiques et religieuses à Aden avait directement contribué à l'échec de la coalition menée par l'Arabie saoudite. Cette tactique a en effet divisé profondément le camp anti-houthiste et généré une défiance à l'égard des acteurs régionaux. Deux jours après la diffusion, Al-Boukhaiti a organisé un space (salon de discussion) sur X (ex-Twitter) afin d'évoquer le documentaire, rassemblant plus de 15 000 personnes en direct.

En parallèle, les réactions face au documentaire s'inscrivent aussi dans une volonté de porter l'affaire des assassinats extrajudiciaires devant les tribunaux. Pour nombre d'activistes et militants — dont certains ont été emprisonnés et torturés par les forces de sécurité émiraties —, les éléments présentés fournissent de la matière à des poursuites internationales. Le travail mené par Reprieve, mais également par Huda Al-Sarari est à cet égard d'une grande importance. Sa mise en lumière par Nawal Al-Maghafi constitue une étape fondamentale.

Notes

1- « Quel rôle pour les Emirats souhaitent-il jouer au Yémen ? »

2- « A Middle East Monarchy Hired American Ex-Soldiers to Kill Its Political Enemies. This Could Be the Future of War »

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La mer de Chine orientale, cette autre zone de tensions en Indo-Pacifique

30 janvier 2024, par Olivier Guillard — , ,
Taïwan, la Corée du Nord et la mer de Chine du Sud ne sont pas les seuls points chauds en Asie-Pacifique. La mer de l'Est ou mer de Chine orientale a connu un dangereux regain (…)

Taïwan, la Corée du Nord et la mer de Chine du Sud ne sont pas les seuls points chauds en Asie-Pacifique. La mer de l'Est ou mer de Chine orientale a connu un dangereux regain de tension dans le dernier semestre, souligne Olivier Guillard dans cette tribune.

Tiré de Asialyst
21 janvier 2024

Par Olivier Guillard

Un navire de surveillance de la marine chinoise croise des gardes-côtes japonais près des îles Senkaku/Diaoyu en mer de Chine orientale, le 23 avril 2013. (Source : Bloomberg)

*En direction de Séoul et de Washington en cette année électorale (législatives sud-coréennes en avril, présidentielles américaines en novembre).

Au même titre que l'inquiétante actualité sino-taïwanaise de ces derniers mois et que l'effervescente agitation rhétorique et balistique de la défiante Corée du Nord*, la mer de Chine du Sud et sa kyrielle d'incidents, d'intimidations et de postures belliqueuses entre les marines chinoises et philippines du trimestre passé a très logiquement attiré la plus grande attention de la communauté internationale et la curiosité de l'opinion. C'est que le niveau de tension est devenu singulièrement préoccupant entre Pékin et Manille, littéralement à couteaux tirés par bâtiments interposés dans le sensible périmètre du Second Thomas Shoal (haut-fond), dans l'archipel des Spratleys.

*Cf. Britannica.
Ce trio majeur de points chauds asiatiques pourrait naturellement être complété par la guerre civile en cours en Birmanie depuis bientôt trois ans. Il mérite amplement l'attention qui lui est consacré, tant les enjeux associés emportent de lourdes conséquences régionales et internationales. Pourtant, à y regarder de plus près, il est un autre espace asiatique maritime disputé où, à intervalles réguliers, s'exercent les pressions concurrentes d'acteurs étatiques aux conceptions territoriales pas nécessairement alignées, là encore : la mer de Chine orientale (ou mer de Chine de l'Est). Étirée sur environ 750 000 km², cette zone maritime est un bras de l'océan Pacifique bordant l'Asie orientale continentale et s'étendant vers le Nord-Est depuis la mer de Chine méridionale, à laquelle elle est reliée par le sensible détroit de Taïwan*. Elle s'étend à l'Est jusqu'à la chaîne des îles japonaises Ryukyu, au Nord jusqu'à Kyushu, au Nord-Ouest jusqu'à l'île sud-coréenne de Cheju, enfin à l'Ouest jusqu'aux provinces orientales côtières chinoises. « Un grand nombre d'îles et de hauts-fonds parsèment la frontière orientale ainsi que la zone proche de la Chine continentale », précise utilement Britannica.

Souveraineté territoriale et contentieux

*Situées à 150 km au nord de Yonaguni (Japon), à 190 km au nord-est de Keekung (Taiwan), à 350 km au sud-est de Wenzhou (Chine). **En 2012, le gouvernement japonais a acheté ce chapelet rocheux inhabité à une famille nippone pour quelques dizaines de millions de dollars (Le Monde, 5 septembre 2012). ***Cf. site de l'Ambassade du Japon en France.

La République populaire de Chine, le Japon, Taïwan et la Corée du Sud se disputent l'étendue de leurs zones économiques exclusives (ZEE) respectives en mer de Chine orientale. C'est précisément entre la deuxième et le troisième économie mondiale que le désaccord est le plus marqué au niveau de la souveraineté dans ce périmètre maritime orientale contesté. Pékin et Tokyo cumulent deux contentieux distincts à son propos : le premier concerne la souveraineté sur les îles Senkaku*/Diaoyu, 8 îlots rocheux inhabitués sur 7 km², situés au nord-ouest de Taïwan, administrés par le Japon** mais revendiqués par la Chine (ainsi que Taïwan). « Après le rattachement des îles Senkaku en 1895, le gouvernement chinois ne contesta pas la souveraineté japonaise sur ces îles pendant plus de 75 ans. Tout changea dans les années 1970, lorsque les îles suscitèrent un intérêt croissant en raison de la possible présence de gisements pétroliers en mer de Chine orientale », souligne à ce sujet le gouvernement japonais***.

*SIPRI, Promoting crisis management in the East China Sea.

Le second contentieux sino-nippon en mer de Chine orientale concerne la délimitation maritime et notamment les zones économiques exclusives (ZEE) de 200 milles nautiques, calculées à partir des lignes de base des côtes des deux pays. Celles-ci se chevauchent sur une superficie non négligeable. Pékin revendique l'extension de sa ZEE le long de son plateau continental jusqu'à la côte japonaise, tandis que Tokyo promeut une résolution selon le principe d'équité et une frontière maritime le long d'une ligne médiane*.

Récentes frictions

Lors du semestre écoulé, de l'été 2023 aux premiers jours de 2024, la mer de Chine orientale a été le théâtre de divers épisodes de tension entre acteurs régionaux. Sans augurer nécessairement à court terme une escalade se muant en crise plus grave, elles laissent toutefois entrevoir à court et moyen terme de possibles lendemains crispés.

*USNI news, 14 décembre 2023.
À la mi-décembre, les armées de l'air russe et chinoise patrouillaient conjointement dans la région Asie-Pacifique. Elles déployaient à cette occasion des bombardiers stratégiques Tupolev-95MS et Hong-6K survolant la mer du Japon et la mer de Chine orientale, au grand déplaisir de Tokyo, entre autres*.

Une quinzaine de jours plus tôt, le 28 novembre, les autorités chinoises suggéraient à leurs homologues australiennes de les informer des mouvements de leur marine dans les zones contestées de la mer de Chine méridionale, mais également de la mer de Chine orientale. Et Pékin de mettre en garde Canberra contre les possibles « risques d'escalade et de détérioration des relations entre les deux armées ».

Début novembre, les garde-côtes chinois déclaraient avoir « mis en garde » plusieurs bâtiments japonais coupables « d'intrusion illégale » dans les eaux entourant les îles Senkaku/Diaoyu, et avoir « pris les mesures de contrôle nécessaires ». Pékin exhorte alors Tokyo à cesser immédiatement toute « activité illégale » dans la zone et à veiller à ce que de tels incidents ne se reproduisent pas à l'avenir… De leur côté, les garde-côtes japonais relatent que leurs patrouilleurs avaient demandé à plusieurs reprises à trois navires des garde-côtes chinois de quitter les eaux en question. Un face-à-face tendu – mais sans confrontation ni blessé – entre bâtiments chinois et nippons en tous points conformes à un incident similaire survenu mi-octobre.

Un « Millésime 2024 » encore plus crispé ?

Dans les derniers jours de l'année écoulée, la presse japonaise rappelait que le président chinois Xi Jinping avait ordonné récemment aux garde-côtes de la République populaire de « renforcer leur activité » pour « affirmer la souveraineté chinoise » sur les Senkaku/Diaoyu.

Des instructions suivies à la lettre par la marine chinoise en ces premières semaines de 2024 : quelques jours après effectué des manœuvres maritimes les 8 et 9 janvier (des exercices de tirs en conditions réelles) au large de Ningbo et Zhoushan au sud de Shanghai, la marine chinoise et ses garde-côtes supplétifs patrouillaient à nouveau quelques heures à proximité des Senkaku, « afin d'assurer la protection des droits », les garde-côtes japonais également déployés sur zone exhortant à plusieurs reprises les quatre navires chinois à quitter « les eaux territoriales nipponnes ».

Ces confrontations sino-japonaises en mer de Chine orientale n'ont jusqu'alors pas débouché sur des accrochages maritimes tels que ceux observés au dernier trimestre 2023 en mer de Chine du Sud entre les marines chinoise et philippine. Toutefois, à mesure que les garde-côtes chinois se montrent de plus en plus présents et entreprenants en mer de Chine du Sud et de l'Est, que Pékin s'arc-boute de plus en plus sur son agenda et sa posture nationaliste pour justifier, de Taïwan aux Spratleys, des Senkaku/Diaoyu aux Paracels, ses incertaines velléités territoriales, on ne peut à terme que redouter la survenance « accidentelle » d'un accrochage dans les eaux disputées entourant ces îlots rocheux inhabitués – mais si convoités.

*Congressional Research Service report U.S.-China Strategic Competition in South and East China Seas : Background and Issues for Congress, Congressional Research Service, 14 septembre 2023.

« Les actions des forces maritimes chinoises sur les îles Senkaku, administrées par le Japon, en mer de Chine orientale, sont une autre source de préoccupation pour les observateurs américains. La domination chinoise dans la région maritime proche de la Chine – c'est-à-dire la mer du Sud et la mer de Chine orientale, ainsi que la mer Jaune – pourrait avoir une incidence considérable sur les intérêts stratégiques, politiques et économiques des États-Unis dans la région indopacifique et dans d'autres régions », synthétisaient l'été dernier les rédacteurs et experts du Congressional Research Service*.

En début de semaine, dans la foulée du tir d'un missile balistique nord-coréen à portée intermédiaire (IRBM) le 14 janvier, les marines américaine (avec le groupe aéronaval du porte-avions à propulsion nucléaire USS Carl Vinson), japonaise et sud-coréennes ont mené trois jours durant des manœuvres conjointes en mer de Chine de l'Est. Dans le souci certes de manifester une fois encore collectivement à destination de Pyongyang l'hostilité de Tokyo, Séoul et Washington à pareil aventurisme balistique, mais également pour adresser un message de fermeté à l'endroit de Pékin et de ses postures territoriales hasardeuses en mer de Chine orientale.

Il y a fort à parier que ce double message, pour limpide soit-il, sera hélas probablement lu avec un certain détachement tant dans la capitale chinoise que dans l'austère Pyongyang. Une fois encore.

Par Olivier Guillard

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Taïwan : la victoire pleine d’incertitudes de William Lai

30 janvier 2024, par Pierre-Antoine Donnet — , , ,
Les menaces et la désinformation du Parti communiste chinois n'y ont rien fait. Le vice-président sortant William Lai Ching-te, poulain de Tsai Ing-wen qui ne pouvait se (…)

Les menaces et la désinformation du Parti communiste chinois n'y ont rien fait. Le vice-président sortant William Lai Ching-te, poulain de Tsai Ing-wen qui ne pouvait se représenter au terme de ses deux mandats, a été élu le 13 janvier président de Taïwan avec 40,1 % des voix. Mais il ne s'agit pas d'un triomphe. Le Parti démocratique progressiste (DPP) devra en effet composer avec l'opposition au parlement de l'île du fait de législatives qui annoncent des temps compliqués.

Tiré d'Asialyst.

Jamais sans doute une élection présidentielle à Taïwan n'avait suscité autant d'intérêt à travers le monde. Le gouvernement taïwanais a affirmé le 14 janvier avoir reçu les félicitations de « plus de 50 pays dont 12 alliés diplomatiques ». La victoire de William Lai Ching-te, ancien médecin spécialiste des lésions de la moelle épinière et candidat du Parti démocratique progressiste, a, sans surprise, suscité la colère de Pékin qui a répété son narratif inchangé depuis des années. « Quels que soient les changements qui surviennent à Taïwan, il est une donnée fondamentale et immuable : il n'existe qu'une seule Chine dans le monde et Taïwan en fait partie », a ainsi déclaré au lendemain du scrutin un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

« Taïwan n'a jamais été un pays, a renchéri le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi. Ce n'était pas le cas dans le passé, et ce ne le sera certainement pas dans le futur. Si quiconque sur l'île de Taïwan a l'intention d'aller vers l'indépendance, il divisera la Chine et sera sans aucun doute sévèrement puni par l'Histoire et la loi. [Ce vote] n'entravera pas la tendance inévitable d'une réunification avec la Chine. »

Le président chinois Xi Jinping a été encore plus explicite : « Les forces patriotiques à Taïwan doivent être encouragées et gagner en puissance pour unifier [la Nation], a-t-il écrit dans un article publié le 15 janvier par Qiushi (求是, Rechercher la vérité), le magazine du Parti communiste. Les actes séparatistes pour l'indépendance de Taïwan doivent être rejetés. La réunification complète de la mère-patrie doit aller de l'avant. »

Le bureau chinois des Affaires de Taïwan, par la voix de son porte-parole Chen Binhua, a complété : « Nous nous opposerons fermement aux activités séparatistes visant à l'indépendance de Taïwan ainsi qu'à l'ingérence étrangère. » Ce dernier terme vise principalement les États-Unis qui sont aujourd'hui l'un des très rares pays fournissant des armes à Taïwan. Une délégation informelle envoyée par Washington est d'ailleurs arrivée dès le 14 janvier dans l'île pour marquer le soutien américain à ce processus démocratique mené à bien la veille. Cette délégation était composée de l'ancien conseiller à la Sécurité nationale Stephen Hadley, de l'ex-secrétaire d'État adjoint James Steinberg et de la présidente de l'Institut américain à Taïwan Laura Rosenberger. La délégation bipartisane a rencontré la présidente taïwanais sortante Tsai Ing-wen pour lui transmettre « les félicitations du peuple américain à Taïwan pour le succès des élections », selon un communiqué de Washington.

Illustration de la proximité politique entre Taïwan et les États-Unis, le secrétaire d'État Antony Blinken a fait parvenir au président-élu taïwanais un message de félicitations personnel : « Nous nous attendons à travailler avec le Dr. Lai et avec les dirigeants taïwanais de tous les partis pour faire avancer nos intérêts et nos valeurs communes. [Les États-Unis] s'engagent à maintenir la paix et la stabilité entre les deux rives du continent chinois et de Taïwan. » Blinken a néanmoins précisé que la collaboration entre Washington et Pékin s'appliquait dans le cadre d'une « relation de longue date non officielle » qui respecte le concept d'une seule Chine observée par les États-Unis. Ce message dont la teneur est proche d'une reconnaissance de Taïwan comme un État n'a pas manqué de déclencher la fureur de Pékin qui a dénoncé dans un communiqué « une violation par Washington de son engagement à ne maintenir avec Taïwan que des relations non officielles ».

La France a elle-même salué le 14 janvier la tenue des élections et le Quai d'Orsay a adressé ses « félicitations » aux électeurs et candidats « ayant participé à cet exercice démocratique », sans mentionner nommément le président-élu Lai Ching-te. « Nous réaffirmons le caractère crucial de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan, appelons au respect du statu quo par toutes les parties, et espérons une reprise du dialogue entre les deux rives du détroit », a conclu le communiqué de la diplomatie française.

Équation à plusieurs inconnues

C'est au terme d'une campagne marquée par une forte pression diplomatique et militaire de la Chine que Lai Ching-te a remporté à 64 ans cette élection présidentielle à un tour. Il prendra ses fonctions le 20 mai prochain, aux côtés de sa vice-présidente Hsiao Bi-khim (蕭美琴), ancienne représentante de Taipei à Washington. Lai a promis de « protéger Taïwan des menaces et intimidations continuelles de la Chine ». Dans un communiqué publié le 14 janvier, le ministère des Affaires étrangères à Taipei a, lui, appelé la Chine communiste à « respecter les résultats de l'élection, à faire face à la réalité et à renoncer à réprimer Taïwan ».

Habitués aux menaces chinoises, les Taïwanais ont fait le choix de la continuité. Ils ont préféré Lai Ching-te, honni par Pékin, plutôt que Hou Yu-ih (侯友宜), candidat du Kuomintang (KMT), ou Ko Wen-je, du Parti populaire de Taiwan (TPP), deux opposants favorables à des relations plus étroites avec la Chine. Il s'agit de la troisième victoire consécutive du DPP à la présidentielle, du jamais vu dans la jeune démocratie taïwanaise.

« Nous avons montré au monde combien nous chérissions la démocratie », s'est réjoui le nouveau président, devant des dizaines de milliers de partisans venus célébrer sa victoire le 13 janvier au soir à Taipei. « Taïwan a remporté une victoire pour la communauté des démocraties, s'est-il félicité. Nous resterons du côté des démocraties. […] Seul le peuple de Taïwan a le droit de choisir son propre président. »

Pour Lai Ching-te, la tâche à venir sera probablement herculéenne. En filigrane, les pressions chinoises vont certainement s'intensifier encore, les stratèges du PCC sachant pertinemment l'existence de deux inconnues qui se présentent à lui.

Primo, les jours et semaines qui viennent seront cruciaux car Pékin pourrait bien très fortement hausser le ton, explique Lev Nachmann, chercheur à l'Université Nationale Chengchi de Taipei, cité par le magazine nippon Nikkei Asia. « Taïwan va se retrouver confrontée soit à des exercices militaires chinois très sonores, similaires à ceux qui avaient suivi la visite de [l'ancienne présidente de la Chambre américaine des Représentants] Nancy Pelosi au cours de l'été 2022, soit à une panoplie de menaces militaires plus discrètes combinées à une rhétorique brutale. » Le test sera l'attitude de Pékin à l'approche de l'investiture de Lai le 20 mai. De plus, le Kuomintang pourrait être tenté de tirer parti de la bellicosité qui sera exprimée par le régime chinois pour conforter ses positions dans la population taïwanaise.

La deuxième inconnue vient de la nouvelle donne politique dans l'île. La victoire de William Lai, malgré son score honorable, est loin d'être totale. Le DPP a perdu sa majorité au parlement, ne remportant que 51 sièges contre 52 au Kuomintang, tandis que le TPP en a gagné 8, des candidats non inscrits ayant obtenu 2 sièges. Le TPP se retrouve ainsi dans une position d'arbitre pour apporter son soutien au DPP ou au Kuomintang en fonction des gains qu'il trouvera auprès de l'un ou de l'autre. Peu après l'annonce des résultats définitifs du vote le 13 janvier, le candidat du TPP Ko Wen-je a déclaré que son parti jouerait le rôle d'une « minorité critique ». Le candidat du Kuomintang Hou Yu-ih a, quant à lui, refusé de dire si les deux partis d'opposition allaient faire cause commune contre le gouvernement, se contentant d'un truisme : « Les partis d'opposition auront la responsabilité d'être des partis d'opposition. »

William Lai devra donc composer avec ses opposants pour gouverner, un exercice qui s'avère compliqué sinon même tumultueux. « Le prochain gouvernement Lai, en particulier ses projets de loi et son budget, seront scrutés avec beaucoup plus de pressions de la part des élus que [pendant les deux mandats] de l'administration Tsai, analyse Jing Bo-jiun, un chercheur de haut rang à l'université d'Oxford, cité par le média japonais. [Le président-élu] Lai va aussi faire face à une fatigue plus prononcée des électeurs vis-à-vis du DPP qui comptera 12 ans de pouvoir en 2028″, année de la prochaine élection présidentielle. Cette situation politique est inédite à Taïwan et comporte donc de fortes incertitudes pour l'avenir de la démocratie dans l'île.

Lei Fei-fan, un ancien secrétaire général adjoint du DPP aujourd'hui membre d'un think tank influent à Taïwan, s'est dit « assez inquiet » du fait que le nouveau gouvernement connaîtra « une période très difficile » pendant les quatre années à venir, en particulier sur les questions liées aux relations entre Taïwan et la Chine communiste. Selon Lei, cité par l'agence Reuters, l'opposition au parlement pourrait être tentée de renforcer ses échanges avec Pékin.

« Compétition du siècle »

Ainsi, aux yeux de certains analystes, le Parti communiste chinois pourrait tirer parti de cette nouvelle donne politique interne pour traiter directement avec les personnalités de l'opposition taïwanaise. Et d'ignorer le gouvernement installé par Lai Ching-te. Pékin pourrait par exemple inviter en Chine des personnalités en vue de l'opposition ou décréter des embargos sur l'importation de certains produits taïwanais afin d'affaiblir l'autorité de Lai et de son gouvernement. « Il pourrait bien surgir de fortes tensions entre le palais présidentiel et les élus » de Taïwan tandis que « les ingérences de Pékin dans les affaires taïwanaises vont elles aussi s'intensifier », craint Michael Fahey, un avocat et commentateur américain établi à Taïwan, cité par le Nikkei Asia.

Le régime chinois garde le même objectif : isoler Taïwan sur la scène internationale, semer le doute au sein de la population taïwanaise dans le but ultime de rattacher l'île au continent, si possible sans devoir déclencher une offensive militaire. D'ailleurs, l'un des pays entretenant des relations diplomatiques avec Taipei, Nauru, une petite île du Pacifique, a annoncé le 15 janvier rompre avec Taipei et reconnaître dans la foulée la République populaire de Chine. Désormais, seuls 12 pays maintiennent encore des relations officielles avec Taïwan.

Cependant, nuance Su Tzu-yun, un influent chercheur de l'Institute for National Defence and Security Research, un think tank proche des milieux militaires à Taïwan, il est peu probable que Xi Jinping décide d'actions militaires offensives dans les mois à venir. « Il va observer ce que va dire Lai Ching-te d'ici son investiture. Le Parti communiste chinois est très réaliste. Ce qu'il ne supporte pas, c'est le risque politique. »

Les autorités chinoises affirment depuis des décennies que la « réunification » de Taïwan au continent est inéluctable, par la force si nécessaire. Ces dernières années, Xi Jinping a été clair : il s'agit là d'une « cause sacrée » qui doit être menée à bien par la génération présente. À la veille du scrutin taïwanais, Zhang Xiaogang, porte-parole du ministère chinois de la Défense, avait averti que l'Armée populaire de libération ne manquerait pas « d'écraser » toute velléité d'indépendance dans l'île.

En dépit de la victoire du DPP et de l'élection de Lai Ching-te le 13 janvier, l'avenir de Taïwan est tout sauf sûr, tant sont grandes les incertitudes à la fois géopolitiques, politiques, militaires et sociétales dans l'île comme aux États-Unis, en Asie et en Europe. Si Washington a toujours réaffirmé son soutien à Taipei depuis l'arrivée au pouvoir du président Joe Biden, l'armée américaine est aujourd'hui engagée sur trois fronts : l'Asie de l'Est, l'Ukraine et depuis le 7 octobre, le Moyen-Orient. Sans compter les élections présidentielles aux États-Unis en novembre prochain : la campagne des primaires qui a commencé le 15 janvier s'avère très risquée pour un Joe Biden candidat à sa réélection à l'âge de 81 ans.

L'avenir de l'île n'en est pas moins crucial. La Chine traverse une profonde et inédite crise économique et sociale, tandis que la force militaire des Américains reste impressionnante, combinée avec l'intérêt des pays démocratiques pour Taïwan avec qui le courant de solidarité ne cesse de croître. Le 15 janvier, l'un des meilleurs spécialistes de l'île, J. Michael Cole, chercheur au Global Taiwan Institute, posait ainsi, dans Foreign Affairs, l'enjeu mondial lié au sort de Taipei : « Taïwan est au cœur de la compétition du siècle, celle qui déterminera si l'ordre international établi perdurera ou s'il sera remplacé par l'autoritarisme. »

Par Pierre-Antoine Donnet

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Cour Internationale de Justice : Israël au banc des accusés, victoire du droit !

30 janvier 2024, par Association France Palestine Solidarité, Cour Internationale de Justice — , , , ,
La Cour Internationale de Justice (CIJ) a rendu ce vendredi 26 janvier sa décision sur les mesures conservatoires demandées par l'Afrique du Sud contre Israël au sujet du (…)

La Cour Internationale de Justice (CIJ) a rendu ce vendredi 26 janvier sa décision sur les mesures conservatoires demandées par l'Afrique du Sud contre Israël au sujet du génocide en cours dans la bande de Gaza.

Tiré d'Europe solidaire sans frontière.

Elle a affirmé sa compétence à statuer sur la requête de l'Afrique du Sud dans le cadre de la Convention pour la prévention et la répression du risque de génocide et a rejeté la demande d'Israël de radier l'affaire.Tout en rappelant que pour l'instant elle n'en était pas à statuer sur le fond, la Cour considère qu'il existe un risque sérieux de génocide et que des mesures conservatoires sont nécessaires pour préserver les droits de la population palestinienne.

Après avoir rappelé la définition du génocide – un ensemble d'actes qui visent à détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique, racial ou religieux - la présidente a décrit, nombre de rapports à l'appui, ce que subit depuis le 7 octobre la population de la bande de Gaza : des dizaines de milliers de morts et de blessés, les destructions massives de bâtiments, les déplacements forcés, la privation de nourriture, d'eau et de soins. Elle a ainsi estimé que l'existence même des habitants de la bande de Gaza est menacée et évoqué les traumatismes terribles des survivants.

Elle a également rappelé les nombreux discours déshumanisants des responsables politiques israéliens et considéré qu'il existe un lien direct entre ces discours et le risque de génocide à Gaza. Elle a considéré qu'il y avait un risque réel et imminent qu'un préjudice irréparable soit causé aux droits des habitants de Gaza.En conséquence de quoi la Cour ordonne à Israël :

de prévenir tout acte génocidaire, d'empêcher ses militaires de commettre de tels actes et d'assurer l'entrée dans la bande de Gaza de nourriture, d'eau, de médicaments et d'autres besoins humanitaires

de s'abstenir de commettre des actes constitutifs d'un génocide et de poursuivre les auteurs d'incitation au génocide

de soumettre sous un mois un rapport avec les mesures prises pour s'acquitter des ordonnances de la Cour.Bien que la Cour n'ordonne pas explicitement un cessez-le-feu, l'obligation de laisser entrer l'aide humanitaire impose de facto ce cessez-le-feu.

L'AFPS se réjouit de la décision historique de la CIJ. Les décisions de la CIJ sont définitives, contraignantes et sans appel, et tous les États doivent se conformer à leurs obligations légales en prenant toutes les mesures possibles pour s'assurer qu'Israël respecte la décision de la Cour et mette en œuvre intégralement et sans délai les mesures provisoires ordonnées.

La décision de la CIJ accroît la responsabilité juridique des États qui doivent mettre fin au génocide israélien en cours.L'AFPS s'adresse donc solennellement au gouvernement français et particulièrement à son ministre de l'Europe et des Affaires étrangères qui a affirmé la semaine dernière devant l'Assemblée nationale : « accuser Israël de génocide dépasse le seuil moral ». La première réaction de la diplomatie française n'est absolument pas conforme à gravité de la situation. Non seulement elle ne précise pas comment elle va contraindre Israël à appliquer les décisions de la Cour, mais on comprend qu'elle va contester auprès d'elle la qualification de génocide. Nous rappelons donc à messieurs Macron et Séjourné qu'au-delà de la responsabilité de la France, c'est leur responsabilité personnelle et morale dans une potentielle complicité du crime de génocide qu'ils engagent.

Les décisions de la CIJ ont été toutes prises à la quasi-unanimité de ses 17 juges, monsieur Séjourné, allez-vous reconnaître, comme la Cour vient de le faire, que le risque de génocide à Gaza est plausible ?

La démarche de l'Afrique du Sud redonne toute sa place au droit international. La France s'est engagée à respecter la décision de la Cour Internationale de Justice : il faut donc passer aux actes maintenant ! Il faut contraindre Israël à respecter les ordonnances de la Cour ! C'est une obligation autant juridique que morale.

Il ne suffit pas de rappeler à Israël qu'il doit se conformer au droit, il faut le lui imposer, comme il faut lui imposer par tous les moyens le cessez-le-feu, y compris par des sanctions. Et en tout premier lieu, cesser de vendre des armes à Israël !

Le Bureau national de l'AFPS
Le 26 janvier 2024

Le communiqué de la Cour internationale de justice

Application de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza (Afrique du Sud c. Israël)

La Cour indique des mesures conservatoires

LA HAYE, le 26 janvier 2024. La Cour internationale de Justice a rendu ce jour son ordonnance sur la demande en indication de mesures conservatoires présentée par l'Afrique du Sud en l'affaire relative à l'Application de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza (Afrique du Sud c. Israël).

Il est rappelé que, le 29 décembre 2023, l'Afrique du Sud a déposé une requête introductive d'instance contre Israël au sujet de supposés manquements par cet État aux obligations qui lui incombent au titre de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (la « convention sur le génocide ») en ce qui concerne les Palestiniens dans la bande de Gaza. Dans sa requête, l'Afrique du Sud a également prié la Cour d'indiquer des mesures conservatoires pour « protéger contre un nouveau préjudice grave et irréparable les droits que le peuple palestinien tient de la convention sur le génocide » et « veiller à ce qu'Israël s'acquitte des obligations que lui fait la convention de ne pas commettre le génocide, ainsi que de le prévenir et de le punir » (voir communiqué de presse 2023/77).

Des audiences publiques sur la demande en indication de mesures conservatoires de l'Afrique du Sud se sont tenues les jeudi 11 et vendredi 12 janvier 2024.

Dans son ordonnance, qui a un caractère obligatoire, la Cour indique les mesures conservatoires suivantes :

« 1) Par quinze voix contre deux,L'État d'Israël doit, conformément aux obligations lui incombant au titre de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir la commission, à l'encontre des Palestiniens de Gaza, de tout acte entrant dans le champ d'application de l'article II de la convention, en particulier les actes suivants :

a) meurtre de membres du groupe ;

b) atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;

c) soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner
sa destruction physique totale ou partielle ; et

d) mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;

POUR : M me Donoghue, présidente ; M. Gevorgian, vice-président ; MM. Tomka, Abraham, Bennouna, Yusuf, M me Xue, MM. Bhandari, Robinson, Salam, Iwasawa, Nolte, Mme Charlesworth, M. Brant, juges ; M. Moseneke, juge ad hoc ;

CONTRE : Mme Sebutinde, juge ; M. Barak, juge ad hoc ;

2) Par quinze voix contre deux,L'État d'Israël doit veiller, avec effet immédiat, à ce que son armée ne commette aucun des actes visés au point 1 ci-dessus ;

POUR : M me Donoghue, présidente ; M. Gevorgian, vice-président ; MM. Tomka, Abraham, Bennouna, Yusuf, M me Xue, MM. Bhandari, Robinson, Salam, Iwasawa, Nolte, Mme Charlesworth, M. Brant, juges ; M. Moseneke, juge ad hoc ;

CONTRE : Mme Sebutinde, juge ; M. Barak, juge ad hoc ;

3) Par seize voix contre une,L'État d'Israël doit prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir et punir l'incitation directe et publique à commettre le génocide à l'encontre des membres du groupe des Palestiniens de la bande de Gaza ;

POUR : M me Donoghue, présidente ; M. Gevorgian, vice-président ; MM. Tomka, Abraham, Bennouna, Yusuf, M me Xue, MM. Bhandari, Robinson, Salam, Iwasawa, Nolte, Mme Charlesworth, M. Brant, juges ; MM. Barak, Moseneke, juges ad hoc ;

CONTRE : Mme Sebutinde, juge ;

4) Par seize voix contre une,L'État d'Israël doit prendre sans délai des mesures effectives pour permettre la fourniture des services de base et de l'aide humanitaire requis de toute urgence afin de remédier aux difficiles conditions d'existence auxquelles sont soumis les Palestiniens de la bande de Gaza ;

POUR : M me Donoghue, présidente ; M. Gevorgian, vice-président ; MM. Tomka, Abraham, Bennouna, Yusuf, M me Xue, MM. Bhandari, Robinson, Salam, Iwasawa, Nolte, Mme Charlesworth, M. Brant, juges ; MM. Barak, Moseneke, juges ad hoc ;

CONTRE : Mme Sebutinde, juge ;

5) Par quinze voix contre deux,

L'État d'Israël doit prendre des mesures effectives pour prévenir la destruction et assurer la conservation des éléments de preuve relatifs aux allégations d'actes entrant dans le champ d'application des articles II et III de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide commis contre les membres du groupe des Palestiniens de la bande de Gaza ;

POUR : M me Donoghue, présidente ; M. Gevorgian, vice-président ; MM. Tomka, Abraham, Bennouna, Yusuf, M me Xue, MM. Bhandari, Robinson, Salam, Iwasawa, Nolte, Mme Charlesworth, M. Brant, juges ; M. Moseneke, juge ad hoc ;

CONTRE : Mme Sebutinde, juge ; M. Barak, juge ad hoc ;

6) Par quinze voix contre deux,

L'État d'Israël doit soumettre à la Cour un rapport sur l'ensemble des mesures qu'il aura prises pour donner effet à la présente ordonnance dans un délai d'un mois à compter de la date de celle-ci.

POUR : M me Donoghue, présidente ; M. Gevorgian, vice-président ; MM. Tomka, Abraham, Bennouna, Yusuf, M me Xue, MM. Bhandari, Robinson, Salam, Iwasawa, Nolte, Mme Charlesworth, M. Brant, juges ; M. Moseneke, juge ad hoc ;

CONTRE : Mme Sebutinde, juge ; M. Barak, juge ad hoc. »*

Mme la juge XUE joint une déclaration à l'ordonnance ; M me la juge SEBUTINDE joint à
l'ordonnance l'exposé de son opinion dissidente ; MM. les juges BHANDARI et NOLTE joignent des déclarations à l'ordonnance ; M. le juge ad hoc BARAK joint à l'ordonnance l'exposé de son opinion individuelle.

Un résumé de l'ordonnance figure dans le document intitulé « Résumé 2024/01 », auquel sont annexés des résumés de la déclaration et des opinions. Ce résumé ainsi que le texte intégral de l'ordonnance sont disponibles sur la page de l'affaire sur le site Internet de la Cour.

Les communiqués de presse précédents concernant l'affaire sont disponibles sur le site Internet de la Cour.

Remarque : Les communiqués de presse de la Cour sont établis par son Greffe à des fins d'information uniquement et ne constituent pas des documents officiels.

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